Suisse: article de fond sur
l'infiltration scientologique en Suisse
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BILAN N°6 JUIN 1994
PAR MAX MABILLARD
Lafayette Ron Hubbard était son nom. Cet
Américain très particulier, mort en 1986 à l'âge de 75 ans, a fondé un
mouvement connu sous le nom de scientologie et qui a essaimé un peu partout
dans le monde. A ses disciples, il a légué en héritage une doctrine faite de
bric et de broc. Comme la dianétique, cette méthode de psychologie appliquée
qui nimbe et inspire, aujourd'hui en Suisse, une bonne quinzaine de conseillers
d'entreprises. La grande majorité d'entre eux opère, on ne sait trop pourquoi,
en terre romande.
Organisées, le plus souvent, en petites unités d'une ou deux personnes, ces
sociétés vendent aux dirigeants d'entreprises de toute taille des maximes de
conduite, des préceptes de management, des cours de formation, des assistances
et des soutiens multiples. Plusieurs d'entre elles sont affiliées à
l'organisation WISE (World Institute of Scientology Enterprises), à qui elles
ristournent, pour prix d'utilisation du "matériel", une partie de
leurs honoraires. (Lire le dossier de Philippe Le Bé)
Jusque-là, rien de très extraordinaire. Si des managers peuvent se sentir
ragaillardis ou sublimés par la dianétique, après tout pourquoi pas... Dans
l'incessante émergence des théories polymorphes censées maîtriser l'art de
l'organisation, on ne recense plus, depuis quelques années, les couches de
poudre de perlimpimpin. Il y en aurait trop et de toute nature. Seulement
voilà, le système scientologue ne s'apparente pas tout à fait aux modes de
management courants. Il appartient, lui, au monde occulte. Ses adeptes avancent
masqués la plupart du temps. L'attestent plusieurs témoignages recueillis
auprès de managers helvétiques en relation avec des formateurs hubbardiens;
auprès de ce patron, par exemple, qui a observé un conseiller se servir de
cartes de visite différentes, suivant son interlocuteur, à l'intérieur de la
même entreprise. L'atteste, encore, le silence obstiné des intéressés. Nous
avons contacté la quinzaine de consultants helvétiques dont le nom figure, ou a
figuré, sur des listes scientologues; deux seulement ont répondu à la question,
banale, portant sur la nature des techniques utilisées dans leurs cours. Qu'on
ne brandisse pas, ici, le drapeau du choix religieux ou de la liberté de
croyance; nous nous situons, en l'occurrence, sur un tout autre registre; il
s'agit de vente de prestations et de services, donc de relations économiques
impliquant un minimum de transparence.
On pourrait, d'un haussement d'épaules, renvoyer ces conseillers au rayon de
l'anecdote. Et plaindre, dans un soupir de commisération, ceux qui découvrent,
un peu tard, les fondements réels de cette consultance. Mais il se trouve que
les techniques généralement utilisées par les adeptes de Lafayette Ron Hubbard
peuvent entraîner des effets secondaires. Ce système paraît avoir pour
conséquence - contingente ou intentionnelle - de détacher les personnes de
leurs références habituelles, par la perversion du sens des mots, par exemple. (Lire
l'interview du psychiatre Jean-Marie Abgrall.) Il aboutit aussi, parfois, à
supprimer la distinction entre le réel et l'imaginaire, promettant, aux
utilisateurs des techniques hubbardiennes, le ciel en prime. Est-ce bien ce
dont un responsable d'entreprise a besoin?
Il est, autour de l'Etat, un pouvoir de la pénombre qui porte le nom de lobby. Cette
pratique d'origine américaine paraissait peu acclimatée, officiellement, à
Scientologie I - Les consultants qui s'inspirent des cours de management
mitonnés par Ron Hubbard, le père américain de la scientologie, considèrent le
monde des entreprises comme un vivier de rêve. Hélas, ces cours laissent
souvent un goût très amer aux patrons et cadres qui ont affaire à:
PAR PHILIPPE LE BÉ
"Nous ne trouvons aucune personne qui soit critique vis-à-vis de la
scientologie qui n'ait pas de passé criminel."
Ron Hubbard, 26 juin 1961,
"Je suis juif, scientologue et libre penseur." Le conseiller d'entreprises Peter Molnar, l'unique représentant de Man Age S.à.r.l. à Blonay, a un grand mérite. Contrairement à maints de ses confrères membres de l'Eglise de scientologie, il ne craint pas d'afficher la couleur. Ou plutôt les couleurs, quitte à opérer de bien curieux mélanges. Fils de père hongrois et de mère suisse alémanique, ce personnage ressemble à la fois à un jeune patriarche et à un antiquaire soixante-huitard.
Séduit par la scientologie en 1980 à la suite de nombreux décès dans sa
famille, dont celui de son fils tué dans une avalanche, Peter Molnar ne veut plus
aujourd'hui entendre parler de WISE, l'Institut mondial des entreprises de
scientologie. (Voir l'encadré "WISE, la scientologie dans les
affaires".) Son diagnostic est clair: "WISE est devenue la maladie
des marchands du Temple. On y a mélangé, à tort, le business et le
religieux."
Surprenante déclaration. Comment une personne, toujours scientologue, peut-elle
ainsi décocher de telles flèches au bras économique de la secte de Ron Hubbard?
Car Peter Molnar n'y va pas avec le dos de la cuillère. Il précise:
"Derrière WISE se profile l'Eglise qui affiche sa spiritualité, devant
WISE le chaland qui sort son portefeuille. C'est un peu comme le vin des
chanoines qui sert à alimenter la tirelire, autrement que par les contributions
des fidèles." Les chanoines de l'abbaye de Saint-Maurice, dont notre
interlocuteur a fréquenté le collège durant sa jeunesse, apprécieront sans
doute la comparaison.
Sincérité? Les réflexions de ce scientologue plutôt atypique ne peuvent gommer
cette réalité: la quasi-totalité des "formateurs indépendants" ou des
sociétés de conseil en management qui diffusent les méthodes préconisées par
Ron Hubbard ne se posent pas les questions existentielles soulevées par Peter
Molnar. Reliés d'une manière ou d'une autre à WISE (voir l'encadré "Contrat
type" ), ils participent financièrement et psychologiquement à un système
qui ne laisse pas de place au dilettantisme. Il existe en Suisse une bonne
quinzaine de conseillers d'entreprises dans la mouvance de la scientologie.
(Voir le tableau) Près des trois quarts se trouvent en Suisse romande. Rarement
organisés en équipe de plusieurs associés, ils travaillent généralement en
solitaire ou en couple. Si Monsieur était scientologue et si Madame ne l'était
pas (ou vice versa), le couple ne tiendrait pas longtemps. Leur clientèle
favorite: les petites entreprises. Mais les sociétés de moyenne ou de grande
importance ne sont pas ignorées pour autant. Il est vrai que, pour les
scientologues, les cours de management restent un outil multifonctionnel
remarquable. Pour commencer, ils s'adressent à des patrons. Ces derniers, ou
leur entreprise, reposent généralement sur un coussin financier attirant. Par
ailleurs, dès que le directeur général a mordu à l'hameçon, le consultant peut
toujours jeter ses filets parmi les cadres de la société. Enfin, depuis
quelques années, la mode est résolument au "coaching".
Dans les années soixante-dix, le conseiller d'entreprises parlait plus
volontiers au savoir- faire de l'entrepreneur. Dix ans plus tard, il avait
tendance à mettre l'éclairage sur ses compétences financières. Aujourd'hui,
plus que jamais, il s'adresse à la tête et au coeur du manager. Le
savoir-penser, le savoir-être demeurent la clé du succès. Les portes des âmes
s'ouvrent plus facilement. Le consultant scientologue ne peut que profiter de
cette évolution. Celui qui s'adresse à des chefs ou à des cadres d'entreprise
doit le faire avec un certain doigté. Il convient de ne pas heurter de front
ces patrons non scientologues, ces personnes certes cultivées mais dont les
"engrames", troubles de l'esprit et du comportement (pour reprendre
le langage hubbardien), empêchent une "vision claire" de la réalité.
Fin janvier 1992, Paul Gamber* et Jean-Pierre Ottier*, respectivement directeur
et sous-directeur d'une entreprise industrielle dans le Nord vaudois, suivent
un cours de management dispensé par Jean-Luc Guignard, de la société vaudoise
Lightec. Aucune allusion à Ron Hubbard ne sera faite.
Mais, à l'occasion d'une seconde rencontre au printemps de la même année, Jean-Luc
Guignard propose à Paul Gamber de lui envoyer un ouvrage, sans préciser lequel.
Après avoir reçu "La dianétique, la science moderne du mental" à son
domicile, livre de base de Hubbard, le directeur finit par réaliser à qui il a
affaire. Il convoque immédiatement le formateur de Lightec. L'entretien ne dure
pas plus de deux minutes. Démasqué, Jean-Luc Guignard tire sa révérence. Fort
courtoisement. On est entre gentlemen.
Selon un contrat de licence type, rédigé en anglais et qui peut être conclu
entre WISE, à Los Angeles, et un formateur indépendant ou une société de
conseil en management, trois cas sont prévus:
- Les membres WISE qui délivrent à leur clientèle des service fondés sur la
"technologie administrative" de Ron Hubbard. De tels services
comprennent le conseil en management, des séminaires, des ateliers et des
cours. Lors des deux premières années du contrat, les royalties perçues par
WISE se montent à 13% des honoraires, et à 15% après ce délai.
- Les membres WISE qui utilisent la "technologie administrative" pour
leur clientèle sans toutefois délivrer de séminaines, d'ateliers ou de cours
versent des royalties atteignant 9% de leurs honoraines.
- Enfin, pour les membres WISE qui n'utilisent qu'une partie seulement de la
"technologie administrative", les royalties s'élèvent à 6% des
honoraires.
Caméléon
Au vrai, l'attitude du consultant sera adaptée à la personnalité ainsi qu'aux réactions de son client. A cet égard, l'histoire vécue par Com-- est exemplaire. En 1991, cette société d'appareils de mesure est scindée en deux: la partie électronique (Com--- Electronics) qui reste en mains familiales est dirigée par Bernard H., l'un des donateurs importants cités par l'Association internationale des scientologues. La partie mécanique (Com--- SA) est conduite par Patrice C. qui, lui, n'est pas du tout favorable à la scientologie.
Organisation & Management, une société genevoise de consultants membre de WISE, intervient en mai 1992 pour régler un problème de décompte entre nouvel et ancien actionnaire. Cette intervention n'aboutira pas. Mais en octobre 1993, Organisation & Management revient à la charge. René Hauser, l'un de ses collaborateurs, contacte Patrice C. pour lui proposer un audit. Il lui présente alors une carte de visite sur laquelle on peut lire: "Hubbard Quality System, la qualité totale pour votre entreprise." Le patron de Com--- SA devine alors avec qui il traite.
Mais une semaine plus tard, Patrice C. aperçoit par hasard ce même René Hauser dans le hall de l'entreprise. En grande discussion avec le directeur technique de Com--- SA. Le collaborateur d'Organisation & Management vient de donner à sa nouvelle cible une seconde carte de visite. La mention "Hubbard Quality System" y a mystérieusement disparu!
Parfois, l'intrusion de scientologues au sein de l'entreprise peut avoir des
conséquences redoutables sur son devenir. Pierre-Alain Moret en sait quelque
chose. Fin août 1991, il fonde avec deux associés une société d'informatique,
Cryptocom Technologie, à Bussigny (VD). En octobre de la même année, une jeune
femme scientologue puis, dans la foulée, la secte de Ron Hubbard séduisent l'un
des associés. Lequel s'est fixé pour objectif de devenir OT 8 en trois ans, le
grade le plus élevé et aussi le plus onéreux délivré par la scientologie. (Voir
l'encadré "Un univers de science-fiction".) Un gouffre financier
béant s'ouvre alors devant lui.
Le test
Un an plus tard, à court d'argent, l'associé scientologue insiste pour que
Pierre-Alain Moret accepte les sages conseils d'un certain Robert Weinberger.
Ce dernier, soutient-il avec ardeur, aidera la petite société à trouver de
nouveaux débouchés, à s'agrandir... donc à s'enrichir. Les conseillers
d'entreprises E + R Weinberger, à Lausanne, ont explicitement mentionné dans
l'annuaire suisse du Registre du commerce qu'ils utilisaient des techniques de
management de L. Ron Hubbard. Cette transparence les honore. Hélas, pour
Pierre-Alain Moret comme pour tant d'autres personnes, le nom de Hubbard ne
signifie pas grand-chose. Pourquoi, dès lors, ne pas tenter l'expérience?
Pierre-Alain Moret ne garde pas un bon souvenir de sa première rencontre avec
Robert Weinberger. Ses deux associés (dont le scientologue) l'accompagnent.
Voulant en savoir un peu plus sur les méthodes de travail du consultant, il se
voit rétorquer qu'une telle question est déjà payante!
Le prix du service (6000 fr.) fixé par Robert Weinberger est exceptionnellement
bas. Mais cette faveur s'explique: le consultant entend s'introduire auprès des
futurs clients de la société d'informatique. En définitive, il se contentera de
proposer à son client qu'il fasse de la publicité. Sous quelle forme? "Nous
allons élaborer une stratégie pour voir comment vos concurrents s'y prennent",
rétorque-t-il laconiquement. Le conseil fort nébuleux aura finalement coûté 750
fr. l'heure. Mais Robert Weinberger fera mieux. Il inscrit Pierre-Alain Moret à
un cours sur "l'éthique et la survie de l'entreprise", indispensable,
selon lui, à la compréhension de ses prochaines prestations. Pierre-Alain
Moret, pris dans l'engrenage, accepte de suivre ce séminaire de quarante heures
étalées sur un mois. Celui-ci est animé par Richard Bovey, alors collaborateur
d'une autre organisation de conseil en management: Power Management Institute,
aujourd'hui à Ecublens (VD). Pierre-Alain Moret: "M. Weinberger m'a
assuré que ce cours était destiné aux hommes d'affaires et n'était en aucun cas
un cours de scientologie. En fait, je n'ai pas vu la différence."
Aujourd'hui, les trois associés se sont séparés et la société Cryptocom
Technologie vient d'être liquidée. Les conseillers d'entreprises hubbardiens
ont naturellement tissé des liens entre eux. Ils savent se renvoyer l'ascenseur
en cas de besoin. Ils utilisent aussi des tests identiques, destinés à mieux
cerner la personnalité de leur aimable clientèle. Ainsi, Organisation &
Management, Power Management Institute Lightec et E + R Weinberger, notamment,
proposent le test "Epoch Business Analysis".
Les cent affirmations interrogatives de ce test, auxquelles il faut répondre
"vrai", "incertain" ou "faux", permettent
notamment de mesurer la capacité financière du dirigeant concerné, ainsi que sa
propension à épargner ou à investir. L'allégation 99 ("Un bon dirigeant
préfère générer des fonds plutôt que d'emprunter le financement qu'il estime
nécessaire") revêt un intérêt certain pour n'importe quel directeur
d'entreprise. Mais, aux yeux des scientologues, l'information prend une
signification bien particulière: pour financer les cours de la scientologie, le
recours au crédit est largement encouragé. Ne pas s'y plier est considéré comme
plutôt fâcheux.
Autre aspect important révélé par le test: ce que Ron Hubbard appelle
"l'échelle des tons", soit une gradation des différents états de
conscience. Cela va de l'enthousiasme à la mort en passant par la colère. Comme
le souligne Julia Darcondo ("Voyage au centre de la secte", Editions
du Trident), "la tech (technologie de Hubbard, n.d.l.r.) consiste à
évaluer au premier coup d'oeil l'état émotionnel de l'individu ou du groupe à
"manier", et à établir une stratégie à partir de cet élément.
"(...) Chacun sait, par exemple, qu'il est inutile de chercher à
convaincre une personne en colère ou antagoniste. Aucun argument ne peut
l'atteindre. D'après la tech, il faut commencer par l'amener sur un niveau
émotionnel où elle sera plus malléable."
Le cours intitulé "L'éthique et la survie de l'entreprise", notamment
dispensé par Power Management Institute, invite le client à pratiquer de
singuliers exercices. Par exemple, celui qui consiste à "donner des
exemples du passé ou du présent dans lesquels des individus, des groupes, etc.
étaient ou sont dans une condition de trahison" (section IV du cours,
point 8).
Dans le sillage de Ron Hubbard
dossier
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Dans le sillage de Ron Hubbard Les
noms de personnes et sociétés cités dans le tableau ci-dessous (à l'exclusion
de Bernard Tschuppert) figurent sur une liste de membres émise par WISË (1992). Bilan a envoyé à
chaque personne concernée un questionnaire dont les réponses principales sont
ici reproduites. Nous avons sélectionné les personnes ou sociétés qui ont été ou sont encore
actives dans le conseil d'entreprise. |
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Nom, raison sociale |
Avez-vous utilisé dans votre enseignement des techniques de Ron Hubbard? |
Utilisez-vous encore de telles techniques? |
Remarques |
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Alain Bohren Formatique,
Pully (VD) |
N'a
pas répondu |
N'a
pas répondu |
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Richard Bovey* Lausanne
(VD) |
«Je
ne fais partie d'aucune société de conseil en management et je ne suis pas formateur indépendant s'inspirant de la
technologie de L Ron
Hubbard.» |
Un
document publicitaire de mars 1993 émanant de Power Management Institute annonce un
séminaire du Hubbard College of Administration. Intitulé «L'art de vendre», ce séminaire est présenté par Richard Bovey |
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Pierre Court Power
Management Institute, Ecublens(VD) |
N'a
pas répondu |
N'a
pas répondu |
Témoignages
et documents montrent que Power Management Institute utilise les méthodes préconisées par
Ron Hubbard. |
|
Philippe Gaille Lutry
(VD) |
«Je
ne fais plus partie de WISE depuis trois ans. Mon activité professionnelle
n'a rien à voir avec ce
que fait WISE, je travaille comme indépendant dans le domaine de la photographie.» |
Dans
l'annuaire téléphonique 93/95, on lit: «Philippe Gaille, formation pratique pour cadres.» |
|
|
Romano Garatti U-Man Consulenze e Servizi SA, Camorino (TI) |
«Non.» |
«Non.» |
A
collaboré avec le groupe U-Man International de 1988 à 1992. Ne dit pas s'il utilise ou non
le U-Test prisé par les scientologues. |
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|
Jean-Luc Guignard Lightec,
Arnex-sur-Orbe
(VD) |
«Je
n'entends pas faire l'objet d'un article dans votre mensuel et le caractère cavalier de vos questions me surprend.» |
Témoignages
et documents montrent que Lightec utilise les méthodes préconisées par Ron Hubbard. Collabore notamment avec Organisation &
Management. |
|
|
Martin
& Jocelyne Huber Huber & Partner, Dûbendorf (ZH) |
N'ont
pas répondu |
N'ont pas répondu |
•• |
|
Lucie Jungi* Jungi & Partner, î Thôrishaus (BE) |
«Comme
nous ne sommes pas actifs en Suisse romande, nous ne pouvons pas vraiment profiter des résultats de votre article.
(...)» |
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|
|
Monique et
Francesco Kimmeier Organisation
& Management, Vernier
(GE) |
N'ont pas répondu |
N'ont
pas répondu |
Témoignages
et documents montrant que Organisation & Management utilise les méthodes préconisées par
Ron Hubbard. Collabore
notamment avec Lightec. |
|
Ernst Koch On Top managertraining idividuell,
Wohlen (AG) |
N'a pas répondu |
N'a pas répondu |
|
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Yves Lehmann Prévondavaux
(FR) |
«Voilà
près de deux ans que j'ai cessé mes activités de conseiller. De plus, l'activité de conseiller concernait des
mandats d'ordre
technique et commercial essentiellement, qui n'avaient de rapport ni avec la formation ni avec la technologie de M.
Hubbard.» |
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|
pEter Molnar man Age SA, Bionay
(VD) |
«Oui.» |
«Non.
Nous avons rompu
nos relations avec
U-Man et WISE en
1992.» |
Toujours
scientologue convaincu, Peter Molnar reproche à WISE et à U-Man de mélanger affaires
et religion. Utilise encore le U-Test avec certains clients mais ne souhaite pas continuer. Développe son propre produit. |
|
Renaud Monnin (Formation
spécialisée pour cadres) -Paceux (NE) |
«Je
vous informe que je ne souhaite pas répondre à vos questions.» |
Renaud
Monnin utilise les méthodes préconisées par Ron Hubbard. Il s'est notamment
fait connaître à l'Hôpital de Moutier. |
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Gerd Pabst AG zur
Entlastung von Führungskràften AEF, Verkaufs
und Management :??ulung, Arni (AG) |
N'a
pas répondu |
N'a
pas répondu |
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Fernand Pasche Formatique
Pasche et Sprüngli, Genève (GE) |
N'a
pas répondu |
N'a
pas répondu |
A
été responsable de « l'Association de chefs d'entreprise pour l'augmentation
de la confiance mutuelle», qui diffuse la brochure «Le chemin du bonheur». |
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Bruno Tschuppert* Tschuppert AG, Füllinsdorf (BL) |
N'a
pas répondu |
N'a
pas répondu |
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Robert Weinberger Weinberger
E + R SA Lausanne
(VD) |
N'a
pas répondu |
N'a
pas répondu |
Dans
l'annuaire suisse du Registre du commerce, il est indiqué: «Affaires immobilières en
Espagne et dans d'autres pays étrangers, techniques de management de Ron Hubbard.» |
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* Les personnes dont le nom est suivi d'un astérisque
figurent sur une liste des principaux donateurs de |
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BILAN 6/94

* Les personnes dont le nom est suivi d'un astérisque figurent sur une liste
des principaux donateurs de la scientologie. Cette liste, établie par
l'Association internationale des scientologues, a été diffusée dans la revue
"Impact" en 1993.
Le même exercice suggère au participant qu'il examine sa propre vie et qu'il
note "les zones ou dynamiques qui sont ou étaient dans une condition de
trahison". Le mot "trahison" peut être remplacé, un peu plus
loin dans le cours, par celui d'"ennemi" (section IV, point 11). On
ne sort pas vraiment du registre de la persécution.
Les scientologues sont passés maitres dans l'art de la perversion sémantique.
Plus de dix mille mots ont été redéfinis par la secte. A commencer par le mot
"réalité" qui, selon les disciples de Hubbard, "est
essentiellement accord. Ce que nous sommes d'accord de considérer comme réel
est réel." Dès lors, pourquoi ne pas "se mettre d'accord" sur de
nouvelles définitions?
Dans le cours WISE sur "le leadership efficae", on lit notamment:
"Un bon dirigeant prend soin des travailleurs. Il prend aussi soin de
l'entreprise. Le type qui a un parti pris pour le travailleur - le
syndicaliste, l'agitateur, le bon samaritain - ne s'occupe que du travailleur
et de ce fait il l'assassine." Assassiner? Bigre! Mais dans le glossaire
de la scientologie, "assassiner" signifie "faire échouer, se
défaire de".
De toute manière, quelle que soit la signification donnée à ce mot, la phrase
demeure incompréhensible. Comme bien d'autres, d'ailleurs.
La redéfinition de mots, l'invention de termes nouveaux, les sempiternelles
allégories d'un goût souvent douteux, tout cela vise un objectif précis: faire
perdre aux individus leur propres références, les détacher de leurs fondements
éducatif et social, les déstabiliser. "Désapprendre pour apprendre"
les nouvelles valeurs et les nouveaux principes de la scientologie.
Mais avant d'en arriver à la phase active et réellement efficace de son
intervention, le consultant hubbardien se doit d'apprivoiser son client. Tout
en douceur et en patience. Hans Malder*, directeur d'une entreprise
industrielle du Nord vaudois, se souvient avoir passé dix-huit heures
d'affilée, de 7 heures du matin à 1 heure le lendemain, en compagnie de
Jean-Luc Guignard, de Lightech. Après avoir été repoussé pendant six mois, le
cours sur le management du temps a commencé le 6 septembre 1990. "Dès que
M. Guignard a su mon salaire, nous avons lié amitié." La moindre difficulté,
la moindre question d'organisation soulevée par Hans Malder trouve sa solution.
Le cours du conseiller d'entreprises finit par plaire au directeur.
Fin 1991, Jean-Luc Guignard envoie à son élève enthousiaste, et à qui il
téléphonait tous les deux mois pour avoir des nouvelles, le fameux test des
cent questions. Après analyse, il lui suggère de rencontrer Monique Kimmeier...
de la société Organisation &Management. Le prix de ce nouvel enseignement
est élevé (27 500 fr.). Mais le conseil d'administration donne son feu vert le
28 janvier 1992. Une semaine plus tôt, Monique Kimmeier a proposé une liste de
cinq garanties à Hans Malder. La troisième est ainsi formulée:
"Possibilité à moyen terme de devenir consultant d'entreprises faisant
partie des efficaces." Suggestion plutôt surprenante! Mais, dans l'esprit
des scientologues, il va de soi que l'arrosé ne doit pas trop attendre avant de
devenir à son tour arroseur.
Durant le mois de mars 1992, tous les lundis, Hans Malder met sa société à nu
devant sa consultante, qui lui parle notamment de la "troisième
dynamique", la dynamique de groupe des huit impulsions répertoriées par
Ron Hubbard. Lors d'une séance, le licenciement d'un collaborateur
(vraisemblablement un "suppressif" selon la terminologie scientologue)
est chaudement recommandé. Et comme le conseil ne semble pas être suivi à la
lettre, Monique Kimmeier réprimande son élève quelque peu désobéissant. Mais la
coupe est pleine.
Mis en alerte, Hans Malder convoque en avril 1992 Jean-Luc Guignard et Monique
Kimmeier. II leur demande d'être remboursé. "Attention, vous avez
engagé le conseil d'administration. Que va-t-il penser de vous?"
mettent en garde les consultants. "Le conseil d'administration est déjà au
courant", rétorque sèchement Hans Malder. Finalement, le remboursement
sera en partie réalisé.
Sens critique
"II n'y a pas de raison valable de s'opposer à la scientologie. Dans
notre jeu, tout le monde gagne."
Ron Hubbard, 26 juin 1961.
Le client de rêve du consultant scientologue est celui qui n'a jamais suivi de
cours de formation donné par un conseiller extérieur à l'entreprise. Mais le
cadre déjà habitué à côtoyer d'autres formateurs, ou bien initié aux
différentes théories du management aura appris à aiguiser son sens critique. A
l'instar de ce collaborateur de l'Hôpital de Moutier, le seul à savoir qui est
réellement Ron Hubbard quand le conseiller Renaud Monnin y fait référence
devant certains cadres de l'établissement. En septembre 1992, à l'occasion de
son cours de présentation, Renaud Monnin précise en effet qu'il a été formé en
Allemagne, dans une école qui applique les principes du fondateur de la
scientologie.
Ce même collaborateur découvre, un peu plus tard, que les quelques principes de
rangement de bureau prodigués par Renaud Monnin ont nécessité une pleine
journée de travail. "Une demi-heure aurait suffit!" Le
consultant voulait faire place nette. Et celui-ci de demander à son
interlocuteur si tel vase ou telle photo de famille étaient vraiment
indispensables. "Une technique abrutissante, avilissante qui, de
surcroit, met l'accent sur notre vie privée dans le cadre professionnel."
La découverte d'un conseiller d'entreprises scientologue dans l'établissement
hospitalier provoquera un joli scandale dans l'établissement et fera la
manchette de la presse.
Mais, encore une fois, les formateurs scientologues savent fort bien moduler
leur comportement en fonction des personnes rencontrées et des circonstances.
René Monnier, patron de la société Diffusair SA, à Russin (GE), a dans un
premier temps été fort refroidi par "les promesses utopiques" d'un
collaborateur de la société Organisation & Management, décidément fort
active. Le cours proposé valait plus de 20 000 fr et ne semblait pas répondre à
ses besoins. Deux mois après cette rencontre, fin 1992, Monique Kimmeier s'est
elle-même deplacée pour vendre à René Monnier un cours d'organisation
personnelle mieux adapté à sa société. "Une méthode efficace qui a le
mérite de poser les problèmes de manière juste", commente le président de
Diffusair. Qui reconnaît par ailleurs s'être intéressé, par curiosité, à la
scientologie, "parce que je savais que c'était la source du cours que je
recevais".
Jugement plutôt positif, encore, d'un autre responsable d'un magasin genevois
qui affirme: "En trois ans de travail avec Organisation & Management,
le thème de la scientologie n'a pas été abordé directement plus de dix minutes
sur des centaines d'heures." Mais cet interlocuteur reconnaît aussi
manifester un manque d'intérêt pour les sectes en général, ainsi que pour la vie
et l'oeuvre de Ron Hubbard en particulier. "Sans doute les Kimmeier ont
senti cela." Approche à géométrie variable, modulée en fonction des
facteurs "temps" et "réceptivité" des clients. A quoi bon
forcer la dose si ces derniers ne sont manifestement pas (encore) disposés à
aller plus loin?
Vie antérieure
Tout autre expérience, celle vécue par Odile et André Glaser*. Encore sous le
choc de ce qui a failli entraîner un éclatement du couple. Tout a commencé en
septembre 1990 lorsqu'un consultant est venu leur proposer d'améliorer la
gestion de leur entreprise en Suisse romande. Odile n'est pas convaincue. Un
peu plus tard, ce même collaborateur revient, accompagné cette fois d'un autre
conseiller.
Odile et André acceptent alors de suivre un cours. Mais ensemble. Hélas, les
cinq premières leçons ne concernent qu'André, tandis que sa femme demeure sur
la touche. "Pour vous, j'ai quelque chose de mieux", suggère
le consultant. A partir de janvier 1991 commencent alors de bien étranges
leçons. Le conseiller demande par exemple à son élève de s'asseoir en face de
lui, de le fixer des yeux sans jamais détourner le regard. Puis de dire des
nombres, n'importe lesquels, à haute voix.
Lors d'une autre rencontre, le conseiller d'entreprises parle à Odile de ses
vies antérieures, lui annonce qu'elle menait jadis une vie dépravée et que sa
grand-mère était une sorcière. "J'aimerais faire de
Quant à André Glaser, le consultant lui propose de participer à une conférence
dans un restaurant de Carouge. Curieux, il s'y rend. Parmi la vingtaine de
participants figure un personnage venant des Etats-Unis. Le thème de cette
conférence: le communisme et le fascisme dans le monde. "Complètement
bidon!" se souvient aujourd'hui André Glaser. A ce moment-là, le
couple réalise qu'il a été embarqué dans une spirale infernale. ll décide enfin
d'y mettre un terme. Coût de l'opération: quelque 28 000 fr.
"L'embrigadement? C'est un crime!" déclare avec un brin
d'indignation Peter Molnar, le scientologue libre-penseur de Suisse romande.
Hélas, ni Ron Hubbard ni ses disciples les plus fervents ne semblent partager
cet avis. Dans un fascicule de la secte daté d'octobre 1985, Hubbard s'exprime
ainsi: "Quand quelqu'un s'inscrit, considérez que c'est pour l'éternité.
Ne permettez à jamais une approche de type "esprit ouvert". (...)
Quand nous faisons réellement et correctement l'instruction de quelqu'un, il
devient un tigre."
* Tous les noms et prénoms suivis d'un astérisque ont été modifiés à la
demande des intéressés.
Le gourou démasqué
Dans son édition du 6 avril 1987, le "Figaro littéraire" publiait
quatre pleines pages d'un article dithyrambique sur le fondateur de la
scientologie, intitulé: "L. Ron Hubbard. Profession: humaniste."
Hubbard l'explorateur, le philosophe, le pédagogue, l'artiste, le romancier, le
gestionnaire, le guérisseur des toxicomanes, l'humaniste, rien ne manquait au
portrait du héros. Hélas, les auteurs de cet étrange publi-reportage présenté
comme un article étaient des scientologues. Aujourd'hui encore, la rédaction en
chef du journal se souvient de ce très fâcheux dérapage.
Pour en savoir un peu plus sur la véritable vie de Lafayette Ron Hubbard (il
est mort en 1986 à l'âge de 75 ans), rien ne vaut encore la lecture du livre de
Russell Miller ("Ron Hubbard, le gourou démasqué", Plon 1993). Au
terme d'une minutieuse enquête, l'auteur démonte, page après page, la
biographie du gourou américain, revisitée par l'Eglise de scientologie. Hubbard
a mis sur pied l'une des sectes les plus riches et les plus puissantes de la
planète, après avoir maintes fois répété que le plus sûr moyen de devenir
millionnaire était encore de fonder sa propre religion.
Il y avait du Charlot dans Hubbard. Voyez, par exemple, sa manie d'enterrer des
trésors, un des éléments récurrents de ses vies passées sur terre, de même que
sa frustration de ne pas les retrouver dans sa vie présente. Voyez encore, un
exemple parmi bien d'autres cités par Russell Miller, ses pitreries à
l'occasion des leçons qu'il dispensait à ses disciples. Un jour, il donna son
cours en boitant, expliquant qu'il avait remonté sa piste de temps génétique
jusqu'au moment de la guerre de Sécession, où il avait reçu une balle dans la
jambe. II n'avait pas eu le temps de revenir au présent.
Si le fondateur de la scientologie s'était contenté d'écrire sa centaine de
médiocres romans de science-fiction, l'histoire n'aurait sans doute pas retenu
son nom. Mais Hubbard s'est fendu d'une méthode pseudo-psychanalytique, la
dianétique, au début des années cinquante. Comme le remarque judicieusement un
témoin de l'époque,
A la fin de sa vie, Ron Hubbard navigue sur un bateau amiral. Délirant,
déprimé, couvert d'or, il s'est entouré de "messagères". De jeunes
adolescentes en minishort, ivres de pouvoir, qui font régner la terreur à bord.
Le "commodore" a institué une section disciplinaire baptisée
"Rehabilitation Project Force", ou RPF. Tous ceux qui n'exécutent pas
les ordres du gourou avec assez de diligence sont condamnés à un stage plus ou
moins long à
WISE: la scientologie dans les affaires
Une lionne protégeant amoureusement ses deux lionceaux: c'est le logo de WISE,
World Institute of Scientology Enterprises International (Institut mondial des
entreprises de scientologie). Dans l'un de ses documents rédigé en français,
WISE se présente comme "une organisation de gestion dont le but est de
faire en sorte que la technologie administrative de Ron Hubbard soit disséminée
à grande échelle et employée dans le monde des affaires". Et le document
de nous apprendre que "L. Ron Hubbard a développé la seule technologie
administrative complètement fonctionnelle, codifiée et globale sur cette
planète". Merci, sauveur!
Fondée en 1979, WISE est en effet la branche ouvertement économique de la
secte. Elle figure à tous les niveaux hiérarchiques de cette dernière: le
"Watchdog Committee", l'autorité suprême représentée par le schéma
ci-dessous (l'équivalent d'un conseil d'administration dans une entreprise), l'"Executive
Director International", la direction générale opérationnelle, les
"Flag Command Bureaux" assistés par les "Continental Liaison
Offices".
Derrière ce jargon se cache un système complexe de contrôle et de surveillance
au niveau planétaire. Cette emprise transparaît au travers des contrats passés
entre WISE International (à Los Angeles) et les six différentes catégories de
membres!
Actuellement présidée par l'Américain Rick Siegel, WISE International chapeaute
une organisation qui délivre des licences à des particuliers ou à des sociétés,
afin de leur permettre d'utiliser la "technologie administrative" de
Hubbard.
A Genève, la société de consultants Organisation & Management diffuse la
littérature hubbardienne à sa clientèle. Dans l'introduction de son volume 2
sur la "technologie du management", L. Ron Hubbard promet au lecteur
et à l'utilisateur un avenir des plus merveilleux: "Celui qui connaît à
fond le cours pour cadres d'entreprise (sept volumes) et qui saurait le mettre
en application pourrait complètement redresser une entreprise ou un pays en
déclin."
Un univers de science-fiction
L'échafaudage du système hubbardien repose sur quatre principaux piliers: le
bouddhisme, la théosophie, la psychologie et la science-fiction. Cette dernière
est assurément l'élément le plus important. La cosmogonie élaborée par Hubbard
s'inspire en effet largement des histoires de bandes dessinées.
A la fin des années soixante, le chef de la secte a publié les grades
supérieurs de cette dernière, appelés "Operating Thetan" (OT). Le
thétan,esprit immortel, aurait des capacités bien supérieures à celles que
l'homme peut imaginer. Par un prétendu travail initiatique, l'adepte est censé
traverser les différents grades scientologiques afin, précisément, de
revitaliser son thétan. Bien que considérés comme secrets par les
scientologues, les niveaux OT sont connus du public. Le premier, OT 1, consiste
en une série d'exercices, tels que marcher dans la rue en comptant les gens
jusqu'à ressentir de l'euphorie et parvenir à une sorte de réalisation. Arrivé
au second stade (OT 2), l'adepte lutte contre une liste d'affirmations et de
négations qui n'en finissent pas, du genre "je dois exister" et
"je ne dois pas exister". II doit s'imaginer voir une lumière et
ressentir un choc à chaque phrase. Une fois le problème des antagonismes
résolu, le nouvel OT 2 est prêt à traverser "le mur du feu" du niveau
OT 3. II apprend alors, révélation inouïe, qu'il y a soixante-quinze millions
d'années
Pour résoudre ce problème, Xénu envoya sur terre les gens de quelque septante-six planètes différentes, avant de les détruire. Capturés au moyen d'un rayon paralysant, puis congelés et empaquetés, les thétans ont été rassemblés dans des volcans. Des bombes thermonucléaires y ont alors explosé. Ensuite, pendant trente-six jours, on a implanté des images de sociétés terrestres dans ce qui restait de ces pauvres victimes. Toujours selon Hubbard, toutes les cultures et religions qui ont suivi ces tragiques événements découlent de ces implantations hypnotiques. Sous l'effet de la déflagration nucléaire, les thétans ont été malencontreusement rassemblés par grappes. Autrement dit, mon "je" est tenu prisonnier par des centaines de thétans collés à lui, les "body thetan", comme les a appelés Hubbard. L'apprenti OT 3 doit se débarrasser de ces intrus. "Un long travail qui requiert du soin, de la patience et de la bonne audition", prévient Hubbard.
OT 8 est le grade le plus haut actuellement délivré par la secte. II donnerait
le pouvoir d'être cause sur la matière, l'énergie, l'espace et le temps,
subjectifs et objectifs. Dieu n'a qu'à bien se tenir!
(Sources: Jon Atack, ex-scientologue, "The Total Freedom Trap",
Tetha Communications, 1992; Paul Ranc, " Une secte dangereuse",
Éditions Contrastes, 1993.)
Scientologie II - Pour le médecin-expert français Jean-Marie Abgrall, la
scientologie utilise des méthodes éprouvées dans maints domaines d'activité,
mais sensiblement perverties. A l'instar de bien d'autres sectes,
PAR PHILIPPE LE BÉ
Bilan - Jean-Marie Abgrall, la scientologie est-elle une secte?
Jean-Marie Abgrall - C'est ainsi qu'elle est qualifiée par divers auteurs,
journalistes, universitaires, religieux ou ex-adeptes.
Bilan - Pour vous, qu'est-ce qu'une secte?
J-M. A. Affirmer, comme le font certains auteurs, qu'une secte est un
nouveau mouvement religieux ou bien une minorité religieuse, cela pose d'emblée
le problème clé la liberté de penser, de la liberté d'expression personnelle ou
religieuse, etc. Or, ce n'est pas du tout le propos. A mon avis, une secte est
un mouvement replié sur lui-même, organisé autour d'une idéologie, qu'elle soit
religieuse ou politique, et d'un gourou. Ou bien des deux, la plupart du temps.
Son mode de fonctionnement est donc fermé et son organisation pyramidale. Des
manipulateurs exploitent des manipulés.
B- En quoi la scientologie est-elle une organisation fermée?
J.-M. A. - La scientologie connaît un mode de fonctionnement occulte
articulé autour de l'OSA, son bureau des affaires spéciales. L'OSA est un
véritable service secret qui, dans le cadre de la propagande noire, lance des
informations destinées à discréditer certaines personnes. Lorsqu'un individu
est considéré comme dangereux pour la scientologie, les adeptes ont le droit et
même le devoir de le réprimer.
B. - Quelles méthodes utilisent les scientologues pour attirer du monde?
J: M. A. - Ce sont des techniques de marketing et de publicité
classiques. Les scientologues choisissent un groupe social donné. Puis ils
proposent aux cibles de ce groupe tel produit peu coûteux, leur faisant
miroiter un pronostic de réussite rapide. Cela peut concerner l'éveil de la
personnalité (la dianétique), la musique (l'école de l'éveil) ou la santé (les
techniques de "purification"). Dans un deuxième temps, une prestation
de services beaucoup plus large est offerte. Mais à un prix sensiblement plus
élevé.
B. - Et quels sont les sources, les fondements de ces techniques?
J.-M. A. - Les techniques d'éveil de la personnalité, par exemple, sont
relativement banales. Elles s'inspirent du bouddhisme, du yoga ou de la
psychatrie traditionnelle. Mais celui qui ne les connaît pas a l'impression de
découvrir quelque chose d'extraordinaire. Dans le monde des affaires, il est
aussi fait appel à des méthodes largement éprouvées dans les secteurs de la
publicité ou de la formation pour cadres. Mais, sorties de leur contexte et
appliquées sans discernement par des gens incompétents, de telles méthodes sont
vite perverties. Pour les scientologues, cela n'a évidemment aucune importance.
B. - Ron Hubbard a lui-même côtoyé certains milieux ésotériques...
J: M. A. - En effet il a notamment été en relation avec des ordres
"initiatiques" branchés sur l'Inde comme la théosophie de Helena
Petrovna Blavatsky, et sur l'Angleterre comme l'Ordo Templis Orientis (O.T.O.)
dirigé par Aleister Crowley. Hubbard a donc alimenté sa cosmogonie personnelle
avec des données récupérées un peu partout dans les écoles
"initiatiques" classiques. Mais ensuite, il a su s'enrichir du
mouvement psychiatrique naissant aux Etats-Unis dans les années de l'après-guerre.
Parmi les techniques utilisées par la scientologie, certaines sont directement
issues de la psychiatrie traditionnelle. Comme par exemple la dynamique de
groupe, le psychodrame, la relaxation, la "renaissance", etc.
B. - Y a-t-il un profil type de l'adepte de la scientologie?
J: M. A. - Non. Mais il est vrai que de nombreuses personnes attirées
par la secte se trouvent dans une état de fragilité psychique, dans une
situation de rupture et de solitude. Dépressives, anxieuses, ces victimes
potentielles ne connaissent personne à qui se confier. Elles ne vivent pas dans
un cadre de référence, par exemple un club sportif ou une école artistique, où
elles pourraient exprimer leurs doutes. Autre cible privilégiée: les gens
fascinés par l'ésotérisme, la métaphysique, la parapsychologie, etc
B. - Comment se déroule le processus d'inculcation de la scientologie?
J.-M. A. - Au commencement de leur approche, les scientologues utilisent
un langage normal. Pour ne pas effrayer les futurs adeptes. Au fil du temps,
après quelques séances, ils proposent à leurs sujets de manier un langage
qu'ils considèrent comme indispensable à la lecture et à la bonne compréhension
des ouvrages des scientologues. Mais, à la différence d'une initiation à une
technique nouvelle, qui exige l'apprentissage d'une terminologie nouvelle
précise, les termes employés par la scientologie, à quelques exceptions près,
continuent d'appartenir au langage courant. Cependant, ils sont légèrement
déviés de leur sens original.
B. - Quels sont les efets d'une telle déviance?
J: M. A. - Après avoir pratiqué une sémantique trafiquée pendant
plusieurs mois, le sujet ne sait plus très bien où se trouve la frontière entre
le réel et l'imaginaire. Il a perdu ses repères culturels et sémantiques
habituels. Quand, ensuite, il reçoit des informations de plus en plus
aberrantes, ces dernières lui sont alors présentées sous forme de symboles.
Lesquels, peu à peu, deviennent réalité! Imaginez un chrétien adorant une croix
et qui aurait oublié qu'en vérité c'est le Christ cloué sur la croix qu'il
adore. Il finirait par adorer l'instrument de torture et non plus la
signification du sacrifice. Le voilà sorti du système de référence
traditionnel. Dans la scientologie, on commence donc par vous inculquer des
idées à peine marginales, avant de vous faire glisser, peu à peu, dans la
marginalité complète.
B. - Quel rôle joue l'électromètre dans la scientologie?
J.-M. A. - L'électromètre est une prestation supplémentaire dans le
fonctionnement de la scientologie. Instrument de mesure des variations
galvaniques de conductivité de la peau sous l'effet d'un stimulus ou d'un
stress, il équivaut grosso modo à un détecteur de mensonge. A quoi sert-il?
Pour commencer, les scientologues vendent une doctrine. Mais, à un certain
moment, le sujet est tiraillé par le doute. Il se dit: manifestement, cela ne
marche pas très bien! Or, l'électromètre est précisément destiné à lui prouver
le contraire. Réintégré dans le discours abscons de la scientologie, cet appareil
devient une manifestation de l'au-delà, des thétans, de l'esprit. Devenu objet
de culte, l'électromètre est divinisé aux yeux des scientologues.
B. - Comment passe-t-on de l'état de manipulé à celui de manipulateur?
J: M. A. - Ces précisions, pour commencer: les manipulés inconscients
sont incapables de faire la part du réel et de l'attrape-gogo. Quant aux
leaders financiers, ils se trouvent à Los Angeles ou à Copenhague, un centre de
la scientologie pour l'Europe. Ils contrôlent économiquement et financièrement
la secte. Cela dit, parmi les manipulés, certains finissent malgré tout par
émettre des doutes. Ils se forgent une autoanalyse sincère et critique. A ce
moment-là, les "superviseurs des cours" vont cerner davantage la la
personnalité de ces individus. Jusqu'à présenter à quelques-uns un contrat du
genre: " Je te paie désormais tes cours, mais en échange tu fais tel
travail pour nous." C'est un peu comme dans une entreprise. Ceux qui ne
peuvent sortir du travail à la chaîne restent en bas de l'échelle. Alors que
ceux qui sont faits pour devenir leaders le deviennent. Les quelque quatre
cents dirigeants tout en haut de la pyramide scientologue vivent comme des
nababs.
B. - Il y a pourtant un grand nombre d'adeptes scientologues qui un jour
quittent la secte...
J: M. A. - Tant qu'un individu est productif, soit parce qu'il est
fortuné ou qu'il peut fournir un travail, la secte le garde. Mais si ce n'est
plus le cas, elle l'exclut. Il y a certes des gens qui prennent réellement
conscience qu'ils vivent dans un univers aberrant. Deux cas de figure se
présentent alors: ou bien, comme je l'ai dit, ils s'intègrent toujours plus à
la secte et deviennent des manipulateurs de haut vol, ou bien tout explose dans
leur tête. L'initiation se fait à l'envers. Au lieu de se dire: "J'ai vu
ou lu Ron Hubbard et je suis convaincu", ils prennent conscience qu'ils se
sont fait piéger durant des années. Ils claquent la porte de la scientologie
et, bien souvent, se dressent alors contre elle.
B. - Quelles traces laisse une telle expérience?
J: M. A. - Beaucoup des ex-scientologues ont perdu une partie de leur
famille et leurs biens. Certains souffrent par ailleurs de troubles
psychiatriques plus ou moins graves. Cela va de la dépression à la psychose,
aux délires chroniques, ou aux hallucinations. D'ailleurs, la secte ne souhaite
pas garder en son sein hallucinés ou psychopathes. Exemples détestables pour
les autres adeptes, ces malades peuvent être la source de graves ennuis d'un
point de vue criminologique. Ils ne sont finalement utilisables que dans un cas
bien particulier: quand leur délire s'intègre dans la cosmogonie de la secte.
Un OT 8 convaincu de passer le mur du feu sans problème demeure parfaitement
utilisable. A la fois fou et divinisé, il joue le rôle des chamans dans les
sociétés tribales.