"La phobie des pouvoirs publics à l'égard des sectes va bien au-delà de la seule volonté
de défendre les victimes des groupes sectaires. Elle traduit, plus largement, une suspicion à l'égard
du religieux en général".
Pasteur Jean-Arnold de CLERMONT
Quelle "phobie" peut bien éprouver la Fédération Pasteuriale de France (F.P.F.)
sous l'influence de son nouveau Président, Jean-Arnold de CLERMONT, à l'égard des personnes,
des associations ou des pouvoirs publics qui president la défense des victimes des sectes, pour ouvrir,
par cette citation, un important dossier sur les Sectes, dans cinq numéros de l'hebdomadaire protestant
d'information générale REFORME (N°2865 - 2866 -2867 - 2868 - 2869) ?
Benoît Hervieu-Léger, l'auteur de ce dossier, commence son premier article par cette citation du Pasteur
de Clermont, qu'il trouve sévère, mais qui a, selon lui, "le mérite de pointer l'erreur
fondamentale de vue qui affecte le combat anti-sectes des pouvoirs publics depuis ses débuts : celle d'avoir
introduit comme critère répressif la vocation religieuse (réelle ou non) de groupes par ailleurs
convaincus - mais pas toujours - de crimes ou de délits".
Comment peut-on comprendre et admettre une telle diffamation accusant les pouvoirs publics, et tous les "anti-sectes",
de discrimination religieuse ? On croit rêver ou, mieux, lire "Ethique et Liberté".
On est d'autant plus surpris de cette position protestante que la Fédération Protestante de France
nous avait habitué à un autre discours en matière de secte. On se rappelle l'excellent dossier
préparé par Claudine CASTELNEAU, intitulé "Voyage au Pays des Sectes", paru dans
le n° 2464 de REFORME du samedi 4 juillet 1992. On avait retenu en particulier cette phrase:
"Si le discours de la Fédération Protestante sur l'obligation de la tolérance a sûrement
sa raison d'être en France, il dérape totalement aujourd'hui : répéter que le christianisme
"est une secte qui a réussi" ou que les Eglises protestantes françaises doivent être
tolérantes parce qu'elles étaient considérées comme des sectes, il y a peu encore,
n'intéresse plus personne et ce discours, utilisé par les groupes sectaires, désespère
ceux qui attendent un encouragement positif et adapté, quand ils se battent sur le terrain sectaire".
L'amalgame est un peu gros. Avoir voulu, au nom de la sociologie des religions, ou de la théologie, baptiser
les sectes de "nouveaux mouvements religieux" puis prendre leur défense en portant l'accusation
d'atteinte à la liberté religieuse contre ceux qui se battent uniquement pour défendre les
Droits de l'Homme bafoués et violés par les sectes, est simplement intolérable.
La tolérance devient intolérable quand elle tolère l'intolérable.
NOTE DU WEBMASTER:
J'ai rendu visite au Pasteur Arnold de Clermont en décembre 2000.
A part certains arguments - des deux côtés - qui prètaient à discussion et ne pouvaient
être immédiatement réglés, il ne fait toutefois aucun doute que le pasteur de Clermont
n'a aucune tendance amicale envers les sectes les pires (en particulier les scientologues et les raéliens).
Il semble que l'essentiel de ses remarques critiques de la position française provienne d'un ou deux malentendus,
l'un d'eux portant sur l'église pentecôtiste de Besançon, l'autre sur un énoncé
de la page 51 du Rapport de l'Assemblée nationale 1996, qui énonce que des "groupes évangéliques"
pourraient faire partie d'un type de sectes.
La qualification "groupes évangéliques" étant entre
guillemets, la nuance importante apportée par ces guillemets peut effectivement échapper au lecteur
non averti ou non attentif, et laisser supposer que des groupes évangéliques tout à fait "normaux"
pourraient être sectaires, ce qui n'est évidemment pas le cas: aucun d'eux n'a d'ailleurs été
épinglé mis à part le cas particulier de l'église pentecôtiste de Besançon-
d'ailleurs pas à proprement parler évangélique. Mais il semblerait que cette classification
éventuellement malencontreuse serait le fait d'une dénonciation d'une seule personne, proche du pasteur
de cette église. [ces faits ne sont pas actuellement vérifiés de mon côté; j'attends
d'autres données sur ce cas particulier].
Le Président de la Fédération Protestante de France a par ailleurs
réaffirmé haut et fort son mépris pour les méthodes employées par certains mouvements,
et m'a répété que sa Fédération avait fait savoir plusieurs fois aux églises
protestantes américaines que la France n'avait absolument pas classé les baptistes ou les mormons
ou les Adventistes parmi les sectes (signifiant qu'il s'agissait donc d'une invention de sources de désinformation.)
Voir aussi: pourquoi les religions ne devraient pas s'acoquiner avec certaines
sectes.