Entre une attitude de repli et une tactique offensive, la secte Elan Vital, mise en lumière par le numéro
spécial de Combat de mai dernier et par plusieurs articles de presse a choisi : elle a acheté dans
Le Monde daté du ler et du 2 juillet une pleine page de publicité. Intitulée "Une mise
au point de l'association Elan Vital", il s'agit pour l'essentiel de la reprise d'informations déjà
disponibles sur son site Internet. Seul le premier paragraphe tranche en faisant référence à
des "attaques diffamatoires de la part d'une partie de la presse écrite et audiovisuelle, pour lesquelles
l'association se réserve de demander réparation [sic]". Par ailleurs, le texte met en cause
le travail mené par le Parlement sur les sectes.
Combat, aisément reconnaissable comme support ayant commis aux yeux de la secte des "attaques
diffamatoires", a adressé au Monde un droit de réponse rappelant avoir publié une enquête
fondée sur des faits et des témoignages, particulièrement fournis et concordants, qui n'ont
donné lieu à aucune poursuite, et regrettant que Le Monde ait ainsi "porté préjudice
à l'action de ceux qui cherchent à mettre en lumière les processus de manipulation mentale
qui, sans être l'exclusivité des organisations sectaires, y sont particulièrement prégnants".
Parallèlement, Combat et le Réseau Voltaire ont demandé au Monde de reverser aux acteurs de
la prévention et de la lutte contre les mouvements sectaires le produit de l'insertion publicitaire d'Elan
Vital.
On attend toujours, au moins, une mise au point sur la publication d'une telle publicité
dans un quotidien partout cité en référence ?
La réaction est toute autre du côté des pouvoirs publics et des parlementaires.
Plusieurs députés - notamment Jacques Myard (RPR), Marc-Philippe Daubresse (UDF), Michel Pajon (PS),
Gérard Charasse (PRG) - ont indiqué leur attention à ce dossier, de même que le ministre
de l'Intérieur, Daniel Vaillant, auprès duquel le député de la Sarthe, Pierre Hellier
(DL) est intervenu. Quant à Jean-Pierre Brard, député-maire de Montreuil, il s'est fendu d'une
lettre au directeur de la Publication du Monde, Jean-Marie Colombani : "(...) je ne m'attendais certainement
pas à ce que cette secte s'adresse à l'opinion publique par le biais de votre quotidien. Les sectes,
des plus obscures aux plus illustres, auraient-elles donc désormais la possibilité d'utiliser, pour
peu qu'elles y mettent le prix, les colonnes du Monde pour asseoir leur emprise sur leurs adeptes et développer
leurs actions de prosélytisme en toute tranquillité ? Conclusion hâtive que je ne souhaite
en aucun cas tirer." Réponse de Jean-Marie Colombani, en substance : le quotidien fait ses enquêtes
lui-même - chiche ! - et il n'a à recevoir de leçons de personne...
Sur Internet, Elan Vital et, de manière évidemment spontanée, des adeptes
de "base" ont multiplié les sites pour défendre le gourou Maharaji et chanter ses louanges,
en anglais et en français. Elan Vital France a mis en ligne un dossier de presse et des documents sur le
thème "Pourquoi Elan Vital n'est pas une "secte"" pour montrer qu'elle ne répond
pas aux critères établis par les Renseignements généraux. Notons qu'en ce qui concerne
l'embrigadement des enfants, il est indiqué : "Maharaji demande aux mineurs intéressés
par son enseignement d'attendre leur majorité pour demander à recevoir la Connaissance. Il considère
que l'adolescence n'est pas une période propice pour faire un choix éclairé en la matière".
Au contraire, un document remis lors du congrès de Versailles sur celui de Nottingham (Royaume-Uni), destiné
aux personnes résidant au Royaume-Uni et en Irlande, mais aussi "aux personnes résidant dans
les autres pays européens" précisait : "Les enfants de huit ans et plus qui manifestent
un réel intérêt pour le message de Maharaji et sont en mesure de rester attentifs pendant la
durée du congrès peuvent assister aux conférences du 16 juin et à celle de l'après-midi
du 17 juin. Vous devez réserver une place pour chaque enfant". Il n'est donc pas interdit de s'interroger
sur la présence d'enfants français dans les activités internationales de la secte.
Enfin, le président d'Elan Vital en France, Jean-Marie Bibérian, nous a adressé
la traduction en français d'un communiqué de la branche américaine de l'organisation annonçant
une plainte, en Inde, contre Jagdéo Upadhaya, un ancien proche du gourou Maharaji mis en cause par d'anciens
disciples pour de sombres affaires de pédophilie. La plainte, dont nous n'avons pu vérifier le dépôt
par une autre source, concerne le fait que ce monsieur "aurait failli à ses devoirs envers l'organisation
par un comportement inapproprié et retors", ce qui constituerait une atteinte à la "bonne
réputation" des organisations au service du gourou Maharaji. Il s'agit d'un changement de position
de la secte, qui avait jusqu'ici prétendu que les allégations des victimes de Jagdéo Upadhaya
étaient fausses et destinées à nuire au mouvement.
Enfin, ce texte indique qu'une ancienne adepte du mouvement aurait négocié avec
"Combat pour le sida" [sic], publication qui "soutient activement la loi About-Picard récemment
votée en France", la primeur d'allégations du même type.
Aliénation sectaire
Le numéro spécial de COMBAT sur l'aliénation sectaire et le cas de la secte Elan Vital est
toujours disponible (prix : 50F, port compris). Commande sur papier libre par courrier à COMBAT, 2 rue E.
Vaillant 93200 Saint-Denis, ou par fax au 0142437129.
Les débats de Combat
Le 16 juin, Combat organisait son premier café-débat à la Flèche d'Or Café,
proposant de débattre sur le thème "Aliénation sectaire et contrôle social : deux
faces de la manipulation mentale ?"
Y participaient, entre autres, Jean-Michel Kahn, ancien administrateur de la secte et leader
d'une fronde de ses anciens adeptes, Vincent Biringer et Jean-Luc Guilhem, de la rédaction. Pour cette première,
la formule du débat libre et informel avait été choisie, avec le désir majeur de répondre
le mieux possible à toutes les questions posées.
Au cours de la discussion, c'est finalement le second volet proposé, à savoir "manipulation
mentale et contrôle social" qui fut le plus abordé au travers des multiples questions et interventions.
A partir de l'aliénation sectaire et des manipulations mentales utilisées par les
groupements sectaires, ont été largement évoquées les différentes formes de
manipulation mentale présentes à de nombreux niveaux de la société civile et des institutions
de l'Etat.
Parmi les sujets abordés, citons le conditionnement publicitaire, qui participe à
l'entreprise capitaliste d'asservissement du consommateur, et qui abrutit les enfants dès leur plus jeune
âge, le marketing politique, qui participe au conditionnement abêtissant du soi-disant citoyen et le
réduit à la simple dimension d'objet-électeur (ou d'abstentionniste irresponsable et incivique),
les massmedia, en particulier la télévision, et leurs effets de mise sous dépendance et d'anesthésie
des masses, de conditionnement également par le biais de produits tels que, entre autres, les mangas japonais,
les feuilletons américains, la filmographie hollywoodienne... en faisant principalement référence
pour celle-ci au travail d'Ignacio Ramonet(1).
Mais d'autres sujets furent évoqués, bien trop rapidement hélas au regard
de leur importance capitale, à savoir les sacro-saintes institutions de la famille et de l'école.
Nous nous "contenterons" ici de faire rebondir le débat par une simple question : le système
actuel d'éducation peut-il en même temps assurer la production des futurs producteurs, des futurs
consommateurs, des futurs travailleurs et aider les adultes en devenir à développer leurs capacités
d'expression, de réflexion et leur esprit critique ?
Jean-Luc Guilhem
(1) Voir notamment son ouvrage Propagandes silencieuses, Paris, Ed. Galilée, 2001.