Scientologie, par Ralph Hilton

Bob Minton, riche américain ayant pris un jour fait et cause dans la lutte anti-scientologie - il n'en connaissait rien jusqu'à ce qu'il en découvre quelques crimes sur Internet - a décidé voici quelques temps d'aider un peu plus encore, en ouvrant un concours doté de 10000 dollars qui récompenseraient le meilleur des articles de 10-15000 mots écrits sur la secte, sous certaines conditions préétablies (nouveauté du point de vue, possibilité de le faire lire à des scientologues et de les convaincre, etc).


Les gagnants sont connus depuis aujourd'hui 30 septembre 1999... Bob Minton, très généreux, a décidé en définitive de leur offrir à CHACUN 10000 dollars, et 20000 $ (plus de 120000 F) au grand vainqueur! Rappelons qu'il avait déjà largement participé auparavant (en versant une dizaine de millions de F à divers organismes ou individus présents sur la scène anti-scientologique). Sachant la détermination dont il a fait preuve face aux ignobles attaques des scientologues fantaisés, je ne doute guère de l'issue du combat.


Le grand gagnant est Joe Cisar; son texte. Les autres gagnants sont:

Scott Mayer
Arnie Lerma
Jeff Jacobsen
Warrior (celui-ci)
Konchok Penday
Ralph Hilton: ci-dessous

Leurs articles traduits pour le public francophone seront publiés au fur et à mesure et l'ensemble sera zippé pour en faciliter le chargement et la lecture via Internet.


Bravo aux vainqueurs.


Bien longtemps avant qu'il soit question de scientologie, L. Ron Hubbard, écrivain de science-fiction, conçut un plan mondial destiné à lui permettre de contrôler un empire. De ce trône, il espérait recevoir les honneurs dûs à Dieu seul.

Le schéma comportait deux étapes: d'abord, créer une technologie capable d'induire des modifications chez bon nombre de gens, en leur permettant d'augmenter leurs aptitudes, mais de façon telle qu'Hubbard acquière un contrôle sur eux, sans que cela leur permette toutefois de devenir plus puissants que lui. Il fallait aussi que la technologie en question lui fournisse un flot d'admiration continu de la part de ses adeptes.

Il s'agit là d'une des conclusions possibles quant à un homme qu'on a décrit comme étant schizophrène paranoïaque... ou dieu!

Nombreux sont ceux qui croiront abusive cette description de celui qu'ils considèrent comme le Sauveur de l'humanité. Pour d'autres, cela ressemblera plutôt à un euphémisme sur celui qu'ils croient être un charlatan complet.

J'imagine plutôt qu'il s'agit d'une carcature simpliste. Le raisonnement sous-jacent supposerait que la scientologie n'est qu'une machine à fric, ce qui paraît exagéré.

L'altrusime n'est pas davantage la motivation acceptable ici.

On a beaucoup écrit sur les activités hubbardiennes, on l'a critiqué en utilisant les déclarations de tierces personnes; je préfère évaluer ici les mots et actions d'Hubbard en direct, et démontrer son caractère d'après ces données. Personne ne pourra prétendre ensuite que je me fie à des on-dit.

Hubbard a d'ailleurs dit qu'il fallait juger quelqu'un en fonction de ses résultats, plutôt qu'en fonction de ses paroles.

Allons-y donc pour l'examen de ses résultats, comparons-les à ses dires et à ses motivations. C'est ainsi qu'on pourra analyser ses attributs essentiels et mieux comprendre son existence, ses intentions et sa philosophie.

On ne sait pas grand chose de sa première oeuvre non publiée, Excalibur: il l'aurait écrite dans les années 30. Il en parle dans un bulletin du 17 mars 69:

"Je ne parlerai pas de ce qu'on peut trouver au-dessus de la démocratie; mais l'homme essaie surtout de résoudre un problème de succession en se servant d'idéologies. On a vu de bien meilleures formes de gouvernement que ceux d'aujourd'hui, mais aucun n'a pu fournir de garantie de perennité lors de successions. On peut conduire les adeptes de toutes les formes idéologiques à penser qu'une "monarchie bienveillante" serait une excellente pratique de gouvernement, pratique qu'ils refuseront néanmoins, du fait que le successeur d'un monarque bienveillant ne le sera pas nécessairement."

On peut donc constater qu'Hubbard croyait en la dictature avant la naissance de la scientologie. Nous verrons ensuite que cette opinion se reflète dans l'organisation de la Sea Org (corps d'élite de la scientologie). On observe aussi un contraste important entre ses idées antérieures sur l'auto-déterminisme et la liberté et la façon dont il a mené les organisations. Il choisissait les cadres de la Sea Org en fonction de leur obéissance aveugle aux règlements, comme le prouve l'enquète de "leadership" utilisée: l'enquète démontre que l'intelligence du chef est moins prisée que son adhésion stricte aux règles.

La Sea Org est une organisation para-militaire dotée d'une hiérarchie rigide dont chaque maillon doit obéir aux instructions provenant de l'échelon supérieur. Le commodore - décédé - dominait l'ensemble, image idéalisée d'un chef parfait dans ses moindres pensées. Toute altération même mineure d'une de ses règles était punissable et qualifiée de crime capital pouvant mener à l'expulsion de la scientologie. (Bulletin HCO du 15 février 1979, Pénalités pour la Tech Verbale).

Je ne peux que conclure à partir de ses actions et de ses dires, qu'il était persuadé que la meilleure façon de gérer une organisation se trouvait être une dictature extrèmement rigide et tout entière dévouée à ses ordres.

Le premier ouvrage qu'il a publié sur sa nouvelle technologie est "Dianétique, Science moderne de la santé mentale" (retitré en français, pour cause légale, "Dianétique, la puissance de l'esprit sur le corps"). L'ouvrage prétendait dévoiler une science capable d'élever toute l'humanité au niveau de "Clair" - un tel être ayant un souvenir complet de toute son existence. Son auteur disait avoir effectué des recherches scientifiques, mais il ne mit que quelques semaines avant d'en rabattre sur ses prétentions de souvenirs complets. En quelques années, il abandonna le concept d'une technologie uniquement basée sur cette vie-ci pour s'aventurer dans l'exploration de la "Piste du Temps" - c'est à dire les trillions d'années d'existence antérieure des êtres spirituels, disait-il, où se serait selon lui trouvé le secret de l'esclavagisme humain actuel, et la voie pour rendre à l'homme ses pouvoirs surnaturels incommensurables.

Lors de chacun des développements, Hubbard affirmait que la dianétique était science achevée; on le vit lors de la sortie du Cours de Classe VIII en 1969, pour le retrouver quelques dix ans plus tard à la sortie du nouveau concept de "clair dianétique", qui fit abandonner la dianétique au profit d'une nouveauté "la NED, ou Dianétique pour OTs" [qui n'a d'ailleurs aucune ressemblance de fond avec la première dianétique, ndt].

On peut dès lors penser que l'homme faisait sans cesse des affirmations sans preuves quant à l'efficacité de sa technologie. Chacune de ces techniques fournissait certains résultats, qui n'étaient jamais ceux qu'il avait promis. Question cruciale dès lors: croyait-il lui-même ce qu'il racontait?

Nombreux sont les critiques d'Hubbard qui firent le lien avec ses expérience de magie antérieures à la scientologie, en particulier auprès du groupe d'Aleister Crowley, ou d'autres gens. Il est possible qu'on ait exagéré, mais je vois pourtant la trace de cet engagement chez lui.

Voyons ce qu'il a dit à ce propos:

Conférence n° 18 du PDC - Philadelphia Doctorate Course.

"Un magicien, euh, les sectes de magie des 8e, 9e, 10e,11e et 12e siècle au Moyen-Orient étaient tout à fait fascinantes. Les seules études connues sont en des endroits surprenants, mais c'est un travail fascinant, qu'Aleister Crowley, feu Aleister Crowley, un bon ami à moi, heu... il en a fait une oeuvre esthétique très splendide, de ces, euh, sectes de magie. Euh, c'est très intéressant de trouver un exemplaire de son livre, vraiment rare, THE MASTER THERION, T-h-e-r-i-o-n, par Aleister Crowley. Il signe du pratonyme "La Bête", la marque de la bète, 6-6-6. Très, enfin très; - Crowley a exhumé là des tas de données sur ces anciennes sectes de magie."

[Il parle probablement ici du livre "Magick in theory and practice"]

De la conférence 35 du PDC:

"Un type, Aleister Crowley, euh, s'est intéressé à un niveau d'adoration religieuse tout à fait intéressant, mon vieux! La Presse n'a pas arrèté de lui taper sur les doigts. La Grande Bête, 6-6-6 - c'était une autre manière religieuse d'adorer".

D'autres ont cité et commenté ses relations avec Jack Parsons. On a assez de données conflictuelles quant aux descriptions pour se trouver en difficulté sur les jugements à porter. Mais l'étude qu'Hubbard fait de Crowley est suffisamment significative de sa façon de voir les choses.

Bien qu'il annonce que la scientologie serait très proche du Bouddhisme, on ne trouvera rien dans ses oeuvres qui indiquerait une vraie compréhension du Bouddhisme.

Hubbard écrivit ses axiomes peu après avoir étudié Crowley. Ce dernier décrivait la Magie comme l'art et la science de provoquer des changements en accord avec la volonté. Il annonce très tôt qu'au fond, la vie est un statique est capable de postuler et de percevoir.Les deux auteurs ont cette notion en commun: ce qui importe en tout premier lieu, c'est l'aptitude à décider de quelque chose et de faire que ça arrive. Hubbard le dit clairement dès le PDC, conférence 19:

"Bon, on a ici le magicien, il fait, euh, il sort et il dit - Bon, balançons donc quelques crânes d'araignées et des fils, mélangeons ça à quelque bave de crapaud, qu'on va gentiment exposer à ce coeur de noirceur de Diogène. On scande trois incantations, et voyons, qu'est-ce que je faisais, déjà? Ah oui; on va en répandre un peu sur le sol, ah la! imaginez ça, il pousse un arbre ici, et il commence à tout avaler aux alentours. Bon, c'est intéressant, hein? Et soudain, bon, il dit "mais ça commence à s'assombrir, par ici, qu'est-ce qui peut bien se passer? Pffuii! c'est cet arbre qui pousse dans toutes les directions et qui cache la lumière. Vaut mieux que je rejoigne ma caverne, mais zut, il n'y a plus de caverne, et cet arbre, il est partout, et ainsi de suite". Et il continue; et il commence à rouspéter vers l'arbre: regarde-moi ça, ce qu'il me fait? Quelle saleté, cet arbre, quel malade, regarde un peu toutes les vacheries qu'il fabrique. Et un second magicien s'approche, il le voit ruiné, en train de mendier le long des routes, et de se plaindre amèrement de ce qu'a fait l'arbre. Il a commis plusieurs erreurs. La première, c'était de mélanger toute sorte de choses sans postuler d'abord le résultat qu'il désirait avoir. Il n'a pas exprimé ce que devait être le produit final. La seconde, euh, il n'a pas dit ce qu'était le produit final, quel but il voulait atteindre, pourquoi il voulait atteindre ce but - il a immédiatement abandonné le sommet-cause, et s'est laissé glisser dans la vallée-effet. Au moment où il s'est trouvé côté effet, il a vu la cause enfler, prendre la lumière, et il a dit "Bon, je ne suis pas le responsable de ce truc, et euh, je suis drôlement affecté... et il a continué à dégringoler."

L'emphase, mise ici sur le fait que la personne serait la seule cause de ce qui lui arrive dans l'existence, a perdu du terrain pendant quelques temps, puis a refait surface vers la fin des années 50, par exemple dans le bulletin HCO du 15 octobre 58, "Procédure de Mise au Clair ACC", où on lit:

"La procédure de base de mise au Clair en se servant de la responsabilité est la suivante: "vous pouvez faire une image dont vous êtes tout à fait responsable". Une fois que vous avez aplani (achevé ça jusqu'à ce que ça ne donne plus de réactions, ndt), ça peut faire un clair. Ca utilise le fait que la personne fait son bank elle-même, et ça la persuade de s'en rendre compte. Il faut une version ou l'autre de la responsabilité pour réaliser la mise au clair. L'assignation de la responsabilité est à la base de la recherche des phénomènes, elle est magique dans la mise au clair."

Le principe continue ensuite, servant de thème essentiel aux actions sous-jacentes en dianétique et scientologie. S'il peut être tout à fait intéressant d'encourager les gens à agir de façon responsable dans leurs vies, ça peut être tout à fait mal pris de jeter les gens à la porte des organisations sous prétexte qu'ils sont malades et qu'ils ont de mauvais résultats statistiques. Cette assignation totale de la cause aux individus provoque une absence totale de responsabilité de la part des organisations de scientologie. Ca a permis à Hubbard de rester sur son trône, hors d'atteinte des reproches alors que tout allait mal, puisque les erreurs provenaient des overts et retenues de ceux qui avaient failli à appliquer sa technologie parfaite et idéale.

Par opposition, les niveaux supérieurs de scientologie n'ont pratiquement affaire qu'à des histoires d'entités spirituelles différentes de l'individu proprement dit. Depuis OT 2 jusqu'à OT 7, on ne s'occupe que des effets provoqués par ces êtres de classe inférieure. On passe des milliers d'heures à resoudre le problème qu'ils causent. C'est en totale opposition avec les hypothèses antérieures de responsabilité totale.

On a donc depuis 1967 l'étrange dichotomie d'une religion qui défend la responsabilité totale mais délivre au contraire une "approche thérapeutique" où la personne est totalement effet d'êtres parasitaires, les "Thétans de Corps".

Nous allons aborder l'aspect suivant du caractère d'Hubbard en nous servant de ce qui est certainement la lettre de règlements -"policy"- la plus connue de toute la scientologie, puisqu'on la trouve au début de chacun des cours des organisations.

Il s'agit de "Comment faire en sorte que la scientologie continue à fonctionner", du 7 février 1965.

"Durant toutes ces années de recherche, j'ai laissé mes lignes de communication ouvertes aux données de recherche. J'avais eu l'impression qu'un groupe pouvait élaborer la vérité. Un tiers de siècle d'expérience m'a profondément désabusé à ce propos. Alors que j'étais désireux d'accepter les suggestions et les données, il n'y en eût qu'une poignée de valables dans le temps - moins d'une vingtaine - et aucune n'était réellement importante. Lorsque j'ai accepté des suggestions importantes et que je m'en suis servi, ça a déraillé, nous en sommes revenus et avons parfois dû manger de la vache enragée."

Ce passage fait transition dans la pensée hubbardienne. Il avait en effet parfois accepté et accusé publiquement réception de procédés créés par d'autres gens, comme par exemple celui d'Evans Farber "Essaie de ne pas être un mètre derrière ta tête".

Mais en 1965, il affirmait être l'unique source de la tech, disant qu'aucun autre n'avait fait de contribution importante. Ce fut aussi une période de changements dans les organisations de scientologie. C'est semble-t'il alors qu'il commença à imposer lourdement ses croyances aux autres. En mars, il écrivait "Offenses et Pénalités", en Mai, "Rapports des Membres du Staff" - une règle exigeant que tout staff rapporte par écrit les manquements des autres staffs - quelque chose qui nous rappelle assez les épisodes de l'ex-URSS durant la Guerre Froide.

Nous observons donc qu'il croyait s'être élevé au-dessus de la condition mortelle de ses semblables. Dans cette même lettre de règlements, il parle de l'état dégradé de l'humanité: "Un individu doit s'élever au-dessus du désir d'admiration et d'accord de la part d'un groupe d'humanoïdes pour pouvoir réaliser quelque chose de décent". Il démontre aussi son mépris pour la démocratie: "Et je ne crois pas que les mesures populaires, la self-abnégation et la démocratie aient jamais fait quoi que ce soit pour l'humanité, sinon l'enfoncer un peu plus profondément dans la boue."

Et d'ajouter vers la fin: "C'est une activité mortellement sérieuse"... phrase que nous pouvons comparer avec ce qu'il disait 13 ans plus tôt dans la conférence PDC n° 26: "Plus vous prendrez le jeu sérieusement, moins vous aurez de chances de le gagner".

Il existe en scientologie une échelle de base sur l'affinité, la réalité et la communication, nommée "échelle des tons". Hubbard a émis l'opinion qu'il serait possible de déterminer le niveau d'une personne sur cette échelle pour prédire son comportement et déterminer son potentiel de survie. Les gens se trouvant en haut seraient enthousiastes, amicaux, attirant les autres, appelant à la joie et à la raison. Plus bas, l'appel doit être imposé. En-dessous, la survie est en réalité inhibée par la personne elle-même.

Il semble bien que le virage ait été pris en 1965: c'est alors qu'Hubbard a commencé à imposer la scientologie aux autres. Il est ensuite tombé plus bas - inhibition de la survie - en augmentant énormément les tarifs et les obligations préalables, et en supprimant la libre pensée chez ses staffs.

Examinons maintenant l'aspect suivant: son désir d'admiration. En avril 1953, il écrivit les "Facteurs" (résumé de considérations et recherches sur l'esprit humain et l'unvers matériel, entre 1952 et 53). Il s'agit d'une dissertation sur la nature de la création et de l'existence.

Le point 29 : "Dans l'opinion du point de vue, tout état d'être, toute chose, est meilleur que pas de chose, tout effet meilleur que pas d'effet, toute particule meilleure que pas de particule, mais la particule d'admiration est la meilleure de toute."

Il achève sa dissertation ainsi: "Grâcieusement offert à l'homme, par L. Ron Hubbard, 23 avril 1953".

Il a inclut son nom dans presque chacun des titres de cours de scientologie. Sa photo se trouve exposée dans les salles de cours des orgs de scientologie. Toute organisation possède un bureau qui lui est réservé et ne peut servir à qui que ce soit d'autre. Ce sont généralement les plus beaux bureaux de l'organisation - on y trouve même un paquet de cigarettes Kools.

Il n'a pas souvent rendu son désir d'admiration public, mais le fit dans une policy du 12 février 1967, "La Responsabilité des Leaders" dont voici un passage révélateur:

"7: Enfin, et c'est peut-être le plus important, car nous ne sommes pas tous sur scène avec nos noms en haut de l'affiche, propulsez toujours la puissance/le pouvoir en direction de celui qui détient le pouvoir dont vous dépendez. Cela peut se traduire par davantage d'argent pour la puissance, par la défense virulente de la puissance face à la critique, ou même, par le bruit sourd du corps d'un ennemi tombé dans l'ombre, ou la flambée glorieuse du camp ennemi en cadeau d'anniversaire.

Si vous travaillez à cela et que la puissance dont vous êtes proche ou dont vous dépendez ait la moindre idée sur ce que c'est qu'être une puissance, si vous poussez les autres à faire de même, le facteur de puissance ne cessera d'augmenter et d'amplifier, et vous acquerrez également une sphère de puissance plus large que si vous aviez travaillé seul. Les puissances réelles sont élaborées par de fortes conspirations qui propulsent en avant celui en qui elles ont foi. Si de surcroît elles sont justes, qu'elles ont raison, et qu'elles s'arangent pour empècher leur chef de succomber par suroccupation, mauvais caractère ou fausses données, une sorte de Djaggernaut se produira. Ne vous sentez pas faible sous prétexte que quelqu'un est plus fort. Le seul échec possible arrive lorsqu'on affaiblit le pouvoir dont on dépend. Tous les échecs à rester en place en tant que pouvoir d'un pouvoir ne sont qu'échecs d'avoir contribué à renforcer ce pouvoir, à faire durer son oeuvre, à l'aider. La dévotion exige une contribution active aussi bien hors de la sphère du pouvoir qu'à l'intérieur".

On trouve là l'image d'admiration et d'adoration ayant présidé à la fondation de la Sea Org. Hubbard, en promenade sur le pont, entouré de jolies jeunes filles, l'une tenant ses cigarettes, l'autre le briquet, la troisième le cendrier tendu avant même que les cendres ne tombent, pendant que Monsieur se pavane sous le regard admiratif de ses adeptes adorateurs, qui le croisent avec un respectueux "Bonne Soirée, Sir"...

Autre aspect inhabituel chez lui: le nombre d'ennemis qu'il croyait avoir. C'est ainsi qu'il a inventé l'expression "Personne Suppressive" pour désigner toute personne agissant surtout négativement, ou dangereuse pour ses semblables en raison d'activités et intentions néfastes continuelles. La scientologie s'en sert pourtant essentiellement pour désigner quiconque s'oppose aux règles absolues d'Hubbard - ou de ses successeurs. Certes, il eut des ennemis par milliers, mais le fait qu'on ait étiquetés "suppressifs" des milliers des scientologues sous sa houlette ne colle pas du tout avec l'idée que seuls 2,5 % de la population seraient composés d'êtres nuisibles.

Il considérait que certaines catégories de la population étaient essentiellement composées de suppressifs: psychiatres, journalistes, agents du FBI etc.

On a déjà largement exposé la façon dont il entendait qu'on traîte ses ennemis, dans la "policy du gibier de potence - Fair Game". J'ajouterai ce qui suit aux diverses choses qui ont été dites au sujet de sa manie de croire en des conspirations, (extrait d'un ordre de GO 060571 du 6 mai 71, intitulé "Théorie Efficace").

"Les nazis avaient trois canaux essentiels dans le monde.

Le renseignement (intelligence). Leurs services de renseignements étaient les meilleurs et les plus efficaces que le monde ait jamais connu. On en a de nombreuses preuves. Ils cachèrent leurs dossiers après la première guerre mondiale, puis les mirent à jour en 1928 et poussèrent Hitler au pouvoir. Ils avaient des milliers d'agents dans chaque pays et firent crouler l'Autriche, la Tchécoslovaquie, la Pologne et la France , tout cela "en partant du sommet". Hitler gagna ces pays après que les services secrets les aient conquis (géo-politique).

Les drogues: les allemands dominaient l'industrie mondiale du médicament; leurs chimistes couvraient le monde entier; ils cherchèrent même à obtenir des ouvertures politiques en usant de nouveaux traîtements chimiques.

La psychologie et la psychiatrie. Leipzig est la base d'où sortirent les théories sur les réflexes et les animaux, désormais répandues. La pureté raciale etc. sortit de la psychologie et psychiatrie allemandes. Avant Hitler, les psys allemands avaient passé 300 000 malades mentaux dans les chambres à gaz, ce fut ensuite le tour des juifs sur ordre d'Hitler, qui n'avait plus qu'à les accepter. Toyt cela a fait ensuite tache d'huile: la théorie des gènes équivaut à "on doit stériliser et tuer". Les atrocités psychiatriques qu'on découvre de nos jours en Angleterre et ailleurs ne sont que des pratiques nazies. Les pratiques utilisées dans les camps de la mort sont psychiatriques à l'origine.

NOUVELLE HYPOTHESE DE TRAVAIL

Il semble qu'existe donc un memorial nazi ou un plan destiné à conquérir le monde. Un groupe utilisant l'infiltration des gouvernements, les drogues et la toxicomanie, et la psychiatrie pour éliminer les indésirables et les minorités, se trouve dès lors sur la bonne voie de conquète politique de la planète".

Voyons comment il a traîté ses amis, ces gens qui l'ont aidé à bâtir son empire. On a des quantités de témoignages sur le destin des cadres scientologues les plus en vue et de leur expulsion de la secte.
Curieusement, Hubbard semblait injoignable et sorti des lignes scientologiques à chaque fois que les opérations de basses-oeuvres avaient lieu. C'est arrivé tant de fois que je suis sûr qu'il en tenait les rènes, même si l'on ne trouve pas des quantités d'évidences pour supporter cette hypothèse. Il n'est simplement pas pensable qu'un paranoïaque de ce calibre, désireux de tout contrôler, ait pu laisser éxécuter des activités de cette timportance sans en avoir conscience. On en eut quand-même quelques preuves, comme le message d'Alan Walter que voici:

" <3.0.4.32.19990816101329.009b17a0@cyberstation.net> -posté dans alt.clearing.technology

Pendant que j'étais sur la bateau, Hubbard ordonna une vaste campagne menée par le Commandant de la Zône Pacifique. Hannah Eltringham, le GO Jane Kember, l'assistant GO legal John Parcell et Lensworth Small devaient "informer" l'IRS et le FBI à mon sujet.

Ce qu'ignorait Hubbard, c'est que ma copine travaillait à l'IOC de Flag (centre de communications), c'est de ce centre secret-là que partaient les ordres d'Hubbard vers les orgs et les staffs du commodore.

Elle vint donc à ma cabine m'apporter l'ordre écrit d'Hubbard disant à Brian Livinsgton de dire au GO LEGAL etc d'informer l'IRS de mes "tricheries sur les impôts" (il n'y en avait pas la moindre). "

"Mais si vous ne trouvez pas, fabriquez-en" dit Hubbard; c'est la règle même du Fair Game! ce fut le début de 28 ans de bagarres entre l'IRS et moi."

Quant à la démolition survenue dans les années 82 - 83, sous contrôle des quelques scientologues fanatiques, elle fut de telles proportions qu'il est impossible qu'Hubbard ne l'ait pas apprise.

J'ai examiné ici les aspects négatifs d'Hubbard; certains prétendent qu'ils sont plus que largement compensés par les bons côtés. Il aurait travaillé énormément pour publier ces millions de mots et ces milliers de conférences qui servent de bases à la scientologie. Les adeptes donnent aussi toute sorte de témoignages des profits qu'ils ont retiré de la "technologie".

On le considérait souvent comme bon conférencier: on aimait son humour, son aptitude à capter l'attention, sa connaissance du sujet.

A côté des récits de ses exactions ignobles, on entend des contes où il tient le rôle d'humaniste généreux.

Il est probable que nul n'est entièrement bon ou entièrement mauvais sur terre.

Nous savons donc désormais qu'Hubbard croyait être au-dessus du reste de l'humanité, et pensait être Le leader spirituel. Il pensait que la dictature était la meilleure méthode pour conduire une organisation. Il avait un besoin maladif d'admiration et une peur paranoïde d'ennemis secrets. Il travaillait beaucoup plus que la moyenne. Il s'en prenait à ceux qui semblaient capables de pouvoir ou menaçaient de conduire son empire, détruisant du même coup certains de ceux qui avaient été parmi ses meilleurs amis.

J'ai déjà posé cette question: croyait-il ce qu'il disait? Nous touchons là le point le plus intérieur de ce que fut véritablement Hubbard. Je suppose qu'une majorité de ceux qui lui sont opposés n'en croient rien. Je suggérerais une réponse tout à fait opposée. Qu'en dépit de ses illogismes, Hubbard ait pu croire en lui et en sa création scientologique bien plus à fond que ses adhérents... Il fut peut-être le plus piégé de ses adeptes! Tout autre pouvait quitter la scientologie, mais lui, il ETAIT la scientologie: il ne pouvait donc la quitter.

Si l'on admettait qu'il croyait ses histoires, on pourrait être amené à supposer que ses continuelles affirmations d'efficacité et de résultats viennent non pas de mensonges, mais d'une forme d'optimisme purement maniaque et complètement dissocié d'observations possibles dans l'univers réel.

Il pouvait croire que ses activités étaient essentielles à la survie de l'humanité. Dans le "Journal de Ron n° 67, on lit ainsi:

"Dans l'univers tout entier, il n'existe nul autre espoir pour l'homme en dehors de nous. C'est là une responsabilité terrible. J'ai trop longtemps été seul pour la tenir. Vous la partagez dsormais avec moi."

Il considérait toute critique de son activité comme une tentative d'arrèter le salut de l'humanité; voici ce que dit la suite du même texte:

"Les suppressifs risquent de peser sur notre oeuvre ; si l'on permet qu'ils pénètrent nos organisations et qu'ils détruisent nos plans et activités, nos buts et nos gains, nous perdrons autant. Nous nous devons donc d'avoir une éthique très rigide dans les organisations: toute personne qui fait des remarques amoindrissantes sur ce qui s'y passe essaie seulement de bloquer la roue."

D'où les activités du GO (devenu ensuite OSA), l'éthique lourde de la Sea Org, les conditions basses assignées au staff, tout cela pouvant passer pour une conséquence de sa croyance fanatique que la planète serait attaquée par des êtres nuisibles et que ses organisations et sa technologie seraient seuls à fournir la solution: sans lui, la planète serait vouée à la misère éternelle.

J'aimerais examiner maintenant les effets de ses excentricités individuelles sur le développement de la scientologie et sur la secte. Il faut pour cela observer d'autres éléments de sa création, comme son irrespect complet pour les développements scientifiques des autres dans cette société, et son refus de laisser tester ses techniques par les autres, qui ne sont que de vulgaires "préclairs".

Il dit ainsi dans une conférence du 4 juillet 1958 "Les libertés du Clair", à propos du Q.I.:

"Si vous testez une bonne audition, ça peut faire grimper le Q.I. à raison d'un point à l'heure. Certaines parties de la techniques n'ont pas trait au clearing en soi, mais aux retenues, au fait de retenir. Et si vous les faites sur des gens, vous pouvez obtenir jusqu'à 5 points de mieux par heure."

Certains diront qu'on n'a pas de preuves d'observations statistiques de l'augmentation du QI, ni de vérification de ce qu'il prétend. Cela prétend qu'on pourrait passer de 100 à 200 de QI en quelques 100 heures - c'est à dire qu'on parvient au rang des génies. Des milliers de scientologues sont pourtant très en deça de ces QI, bien qu'ils aient reçu largement plus de 20 heures d'audition. Je n'ai trouvé aucun exemple de ce qu'il annonce.

Autre exemple: regardons ce qui se passe dans le niveau secret d'OT 3 - l'un des niveaux supérieurs de la scientologie, censé être le point d'orgue de l'aberrations humaine.

Le scénario du film "Révolte dans les étoiles" devait paraît-il révéler ces évènements à la population terrestre, afin d'envoyer les spectateurs tout droit dans les filets scientologues. Il expliquait que la confédération galactique était composée des étoiles suivantes:


"Sirius, Canopus, Alpha Centauri, Vega, Capella, Arcturus, Rigel, Procyon,
Achernar, Beta Centauri, Altair, Betelgeuse, Acrux, Aldebaran, Pollux,
Spica, Antares, Fomalhaut, Deneb, Regulus et Sol"

Ce sont justement une bonne partie de celles qu'on retrouve parmi les étoiles les plus brillantes du guide Hamlyn d'Astronomie, de David Baker, en 1978:

"Sirius, Canopus, Alpha Centauri, Arcturus, Vega, Capella, Rigel, Procyon,
Achernar, Betelgeuse, Beta Centauri, Altair, Aldebaran, Acrux, Antares,
Spica, Fomalhaut, Pollux, Deneb, Beta Crucis"

Divers types d'étoiles existent. Arcturus et Aldebarran sont du type K0 et K5, c'est à dire si froides qu'il faudrait qu'une planète se trouve dans leur zône de captation de la rotation par la force d'attraction pour que la vie y soit possible: cela veut dire qu'elle présenterait sans cesse la même face vers l'étoile. Acrux est à l'opposé: c'est une étoile double si riche en UV qu'aucune vie ne pourrait subsiter dans ses parages, et qu'aucune planète ne pourrait y être stable. Les distances auxquelles ces étoiles se trouvent varient énormément; une fédération en construction n'irait pas choisir de s'éloigner à ce point pour le seul plaisir de choisir des étoiles brillantes. Conclusion inévitable: la liste des étoiles en question ne provient pas d'un souvenir de la piste du temps, mais d'une lecture distraite d'un ouvrage d'astronomie...

Hubbard disait l'électromètre scientifiquement exact pour dater des incidents; mais il a changé ses propres datations dans des proportions fantastiques à plusieurs reprises. L'implant dont il est question dans le Clearing a d'abord été estimé vieux de trillions d'années, puis c'est devenu 75 millions d'années, en 1967... Puis en 1978, c'est devenu quatre quadrillions d'années. Avec datation par son instrument scientifique dans chaque cas!

On trouvera des pléthores d'exemples de cette approche non-scientifique, inutile donc d'insister.

De ce qui précède, on peut déduire que la scientologie serait issue des croyances d'un seul homme. Il a manifestement inclus des études faites par d'autres, mais a pris seul ses décisions d'emprunts. On peut aussi constater qu'il a refusé de tester les produits dans un environnement qu'il n'aurait pas choisi lui-même. Seuls ses propres critères pouvaient être utilisés pour en juger, ce qui amène à juger d'un sujet en utilisant les critères établis par le sujet lui-même.

Je n'aborderai pas l'efficacité de la scientologie. Un système usant de ses propres outils de test basés sur ses propres théories peut difficilement échouer, si l'on accepte le sujet d'emblée. Si l'on accepte les prémices, on finira par estimer que tout échec provient de mauvaises applications du sujet ou d'une prédisposition individuelle empèchant le sujet de fonctionner.

Quelqu'un qui observerait au contraire le sujet depuis l'extérieur et en usant de ses propres critères n'arriverait forcément pas à ces mêmes résultats; c'est l'unique méthode pour effectuer des observations objectives.

Pour examiner les effets individuels de la scientologie, on utilisera séparément deux phénomènes . L'un est la technologie utilisée, l'autre l'impact de cette technologie.

Je suggère que la scientologie peut marcher ou pas: ce n'est pas ici le fond de la question: l'essentiel, c'est que la scientologie implique un endoctrinement graduel.

Les novices peuvent ne pas s'apercevoir qu'ils ont été choisis en raison de leur receptivité individuelle aux procédures d'endoctrinement scientologues - celles qui servent de cadre à la technique.

Deux critères de sélection sont utilisés ici:

1. La personne croit que quelque chose ruine sa vie

2. Elle croit qu'il est possible de changer ça.

A la première étape, on dirige fortement son attention sur cet aspect de ruine de l'existence, et quand l'attention est bien fixée, on suggère que la scientologie y peut quelque chose.

Dans les processus de lavage de cerveau, on sait très bien user d'une confusion chez quelqu'un pour en profiter et lui faire gober une donnée.

Hubbard savait inutile de créer la confusion: le seul rappel d'une confusion suffit en effet à pouvoir utiliser profitablement la suggestion.

Chaque membre du staff et du public scientologue reçoit un entraînement à cette procédure afin de l'appliquer aux nouveaux.

Si vous êtes scientologue et que vous lisiez cela, vous pourriez ignorer que cela sort tout droit de la lettre de règlements de HCO du 23 octobre 1965, "EXERCICE DE DISSEMINATION", dont voici les étapes:

1. Contacter la personne.
2. Manier toute attaque ou hostilité de sa part.
3. Découvrez chez la personne ce qu'elle croit en train de ruiner sa vie.
4. Faites-lui comprendre que la scientologie est en mesure d'en venir à bout.

Le scientologue qui s'en sert ne le considère pas comme une technique de sélection, puisqu'il a déjà accepté le fait que n'importe qui a une ruine, et que quiconque n'en est pas conscient n'est pas prèt pour la scientologie!

L'étape suivante est une série d'exercices nommés les TRs (routines d'entraînement). Il y a de longues périodes d'interaction avec une autre personne; au départ, on se contente de regarder l'autre personne.

Les scientologues diront que c'est profitable. Il suffira d'essayer avec un ami pour s'apercevoir que cela induit un changement psychologique, parfois une euphorie, au bout de quelques heures.

La scientologie pousse les étudiants à faire part de leur expérience - de leurs gains - à chaque étape. Le groupe approuve en applaudissant. Cela renforce les impressions positives des uns et des autres tout en estompant le négatf.

Etape importante qui vient ensuite: la personne commence un cours important. On l'y endoctrine alors à l'infallibiité hubbardienne- contenue dans la lettre de règlements "Comment faire en sorte que la scientologie continue à fonctionner" - précédemment abordée ici.

Points essentiels sur lesquels on met alors fortement l'accent:

1. Il existe une technologie du mental infaillible
2. C'est un être exceptionnel qui l'a créée, et a réussi à atteindre des états d'êtres supérieurs par des voies mystérieuses.
3. La personne a un mécanisme mental nommé mental réactif pouvant inciter à des désaccords irrationnels avec Hubbard
4. Si l'individu tient à manier sa ruine, il doit être sans pitié et dévoué.

Les gens qui travaillent sont sous la surveillance constante d'un autre qui croit tout cela, ou doit agir comme s'il le croyait. Chaque désaccord rencontre un maniement automatique de la part du superviseur, qui poussera l'étudiant à trouver dans le sujet des mots mal compris et à les définir.

Il est possible qu'un des mécanismes principaux de contrôle soit induit lors des étapes initiales; il fait en tout cas partie de la vie de tous les jours pour les employés. On le trouve dans la lettre de règlements "Récompenses et Pénalités" du 6 mars 1966.

Hubbard condamne Pavlov et ses enseignements, les qualifiant de méthodes de contrôle, mais il utilise lui-même la méthode:

"Nous récompensons la production et les statistiques qui montent et nous pénalisons la non-production et les statistiques en baisse. Dans tous les cas."

Ca tient debout. Mais dans une organisation strictement hiérarchisée, ça fournit un puissant mécanisme de contrôle . Les ex-scientologues racontent très souvent que la balance pèse plutôt vers la non-production et les pénalités, les évaluations étant souvent basées sur l'accord entre subalternes et supérieurs, plutôt que sur un examen de la vraie production.

Un autre facteur augmente considérablement la portée du système:

Quelqu'un qui travaille en scientologie peut soit être un "technicien", soit un administratif.

Les exigences envers le personnel technique sont très précises. L'auditeur doit accepter de ne jamais évaluer ou invalider le patient qu'il "conseille". Il faut aussi qu'il soit tout à fait certain que la scientologie marche. D'après moi, un auditeur qui est désireux d'aider quelqu'un, qui accuse réception à ce que dit la personne et la comprend, parviendra à des résultats même sans procédés, tandis que les meilleurs processus ne donneront pas grand chose si l'auditeur n'a pas cet état d'esprit.

Je pense donc que ceux qui y croient doivent devenir techniciens. Sinon, qu'ils aillent dans l'administration. Ce que j'avance est peut-être très général. Disons alors que les gens disposant des postes d'encadrement sont souvent ceux qui ont le moins d'affinité naturelle et qui feront de mauvais auditeurs. J'ai pu constater que c'était la plupart du temps vrai au cours de mes dix années de scientologie.

Ce sont donc surtout ceux qui ont la moins bonne expérience du sujet "scientologie à visage humain" qu'on retrouvera aux postes de commandement.

Autre pensée qui m'est venue à ce propos: j'ai observé que beaucoup de cadres de scientologie déclarant leur dévotion à "la cause" avaient reçu fort peu d'audition et d'entraînement en scientologie. Je suis donc très méfiant quant à leurs motivations. On pourrait les comparer à ces "vrais croyants" que décrit Eric Hoffmann dans l'ouvrage "Le Vrai croyant".

Du fait de son organisation, la scientologie est presque intégralement gérée par du personnel administratif.

Ce que je mets ici en lumière, c'est le fait que la scientologie est un phénomène agissant sur l'individu selon la façon et l'environnement où on le présente, en même temps qu'un ensemble de techniques d'amélioration capable de fonctionner - ou non. Pour en évaluer les effets, la personne doit clairement différencier les deux aspects.

Je renforcerai cette différentiation des deux influences comme suit: les techniques et la façon dont elles sont présentées sont deux créations hubbardiennes. L'usage de l'électromètre en conjonction avec des séries de processus très détaillés n'avait jamais été pratiqué dans le passé. Il peut très bien avoir emprunté une part des techniques, mais la présentation est sa création. Freud, Jung et d'autres ont découvert l'essentiel des bases, Hubbard a compilé l'ensemble à sa façon.

La méthodologie de l'organisation et le cadre de présentation sont en fait deux techniques anciennes. Elles sont présentées dans un environnement qu'on retrouve dans la plupart des systèmes de croyance de masse.

On dira au scientologue à quel point la sciento est unique. Ce pourrait fort bien être une nouvelle technologie utile. Peut-elle avoir été élaborée par un homme se croyant infaillible, au sein d'un environnement où il était vénéré comme Dieu en personne? Il pourrait avoir créé toutes ces organisations en fonction de son propre "cas", mais cela pourrait-il être la solution finale aux problèmes de l'humanité?

Son cas est aussi complexe que celui de tout messie - chez bien des grands hommes ayant entraîné leurs adeptes à une guerre sainte.

Il se croyait le Messie.
Il croyait enseigner le seul chemin de la vérité.
Il croyait que ceux qui n'étaient pas de son avis avaient des déficiences mentales.
Il croyait que quiconque désertait la "cause" était un traître ne méritant pas la justice
Il croyait que tous ses adeptes devaient vivre dans la pauvreté et le dévouement absolu.
Il n'y voyait aucune contradiction avec sa propre existence, où chacun de ses souhaits était exaucé.

Il croyait que tous ceux s'opposant à sa règle suprème étaient des traîtres à la vraie cause.

Il croyait que la fin (le produit final) justifiait les moyens.

C'est peut-être là qu'on trouve la partie la plus scandaleuse de son système de croyances: il estimait normal d'utiliser des implants pour restimuler les gens afin de les faire entrer en scientologie! Je n'ai pas accès aux matériaux en question, que j'aurais aimé citer aussi. La seule preuve tangible se trouve sur les couvertures d'ouvrages de la fin des années 60, où l'on découvre que les "troupes d'implantation" portent des uniformes assez similaires à ceux de la Sea Org. Les détails sont dans l'Ordre de Flag intitulé "Operation Digest" et dans une conférence intitulée "Symboles". Je n'ai pas d'exemplaires de ces documents.

Je pense donc que la scientologie pourrait avoir un intérêt réel, mais que l'environnement sectaire au sein duquel cela se déroule n'est pas bon.

A ses débuts, Hubbard semblait moins fanatique à propos d'ennemis et plus intéressé par la technologie. Il écrivit en 1959 dans le magazine "Ability":

"Les données sont vos données pour autant que vous les ayiez évaluées. Ce sont vos données "par autorité", ou ce sont "vos" données. Si ce sont vos données "par autorité", quelqu'un vous les a donc imposées, et au mieux, c'est une légère aberration. Il est évident que si vous posez une question à un professionnel et qu'il vous réponde, la donnée ne vous est pas imposée. Mais si vous prenez ce qu'il vous dit pour argent comptant sans chercher à l'évaluer par vous-même, sans le mettre en parralèle avec les faits réels, vous n'achevez pas vraiment le cycle de l'apprentissage."

Ce sera remplacé esnuite par: "Comment faire en sorte que la scientologie continue à fonctionner."

Il semblait bien plus fort dans ses premières oeuvres : plus tard, il a glissé vers les méthodes totalitaires. Chacun devra se faire son opinion pour décider si ces changements sont dûs aux échecs de la technologie, ou à l'accroissement des pressions venant de l'élargissement de son organisation qui ne comportait, de son point de vue, pas de vrais hommes de confiance .

Le portrait que je fais ici d'Hubbard a des points communs avec ceux de gens particulièrement nuisibles, comme Hitler. C'est la portrait d'un homme de changements, mais les changements que ces gens créent s'accompagnent toujours de violence et de sang. Ils ont provoqué des modifications réelles au sein de la société.

Ils avaient violence et force de volonté pour dire leurs désaccords et entamer le changement, mais semblent avoir manqué de la dose d'amour et de compassion nécessaire à un équilibre prometteur d'une société meilleure.

La tâche incombe ensuite à ceux qui réviseront leurs oeuvres et jugeront de leur valeur sociale. Ces critiques ne seront probablement pas des gens disposés à jouer les héros immenses, ou les gentils garçons.

Que devrait-on dire à ceux qui cherchent dans les oeuvres d'Hubbard ou qui se font racoler par les "routeurs de corps" de la scientologie?

Parlez-leur des leçons du passé. Demandez-leur de comparer les grands hommes du passé qui furent simlaires à Hubbard, et ceux qui furent différents. Faites de même pour les créations de l'un et des autres. Faites-leur observer les caractéristiques de groupes créés par des hommes de tempérament similaire à celui d'Hubbard.

Faites-leur lire des ouvrages de philosophie et de psychologie.

Faites-leur visiter Internet et lire les critiques d'Hubbard et les "lettres de succès".

Montrez-leur qu'ils ne sont pas les premiers dans l'histoire à croire avoir découvert La Vérité - et faites-leur observer les conséquences qui s'en sont suivies.

Donnez-leur un détecteur de crétineries pouvant résister à la bombe H.

Ca pourrait être la meilleure contribution à donner à un étudiant en sciences humaines.




Ralph Hilton
http://Ralph.Hilton.org
Freezone International: http://www.fzint.org