Cet article provient d'un journal local indéterminé vers 1990, probablement
le Progrès
Les sciento font école
LA SCIENTOLOGIE règne en maître à Lyon. Deux centres
accueillent actuellement les adeptes : l'Eglise de scientologie, place Rigaud et le centre de Dianétique,
place des Capucins où douze personnes travaillent en permanence. Les statuts d'un troisième centre.
situé à la Part-Dieu, érigés en loi 1901, ont été déposés
à la préfecture du Rhône le 9 septembre. Saint-Etienne et Chambéry possèdent
également leur centre de Scientologie. Balayés les Krishna, Moon et autres AAO. Désormais,
la place est aux adeptes de la Dianétique qui ont champ libre pour agir.
Lyon, capitale des sectes ? Certainement pas. Ou du moins certainement
plus. " Nous constatons une diminution exceptionnelle de tous les mouvements marginaux qui croissaient et
se multipliaient joyeusement il y a à peine cinq ans " , explique un fonctionnaire du ministère
de l'intérieur, spécialiste des questions sectaires. " Une seule domine aujourd'hui et connaît
un succès grandissant: la Scientologie "
La raison de ce succès ? Le message de la scientologie. Loin
de tout zen et de toute spiritualité teintée d'exotisme. Bref, un message efficace, au coeur des
préoccupations actuelles : le rendement, l'épanouissement, la puissance. Toutes les autres sectes
n'ont cependant pas complètement disparu. Elles existent encore à Lyon mais à l'état
latent. Elles n' ont plus pignon sur rue et changent fréquemment d'adresses. Difficiles à localiser,
elles se contentent en fait de "gérer la crise des vocations " quand elles ne sont pas obligées
de mettre la clé sous la porte. Moon, par exemple, qui occupait un domaine à Saint-Germain-au-Mont-d'Or
et un hôtel particulier aux Brotteaux a essuyé un échec particulièrement retentissant
: " Les malversations de ses gourous y sont sans doute pour beaucoup ", reconnait un membre de l'association
ADFI. Dernier sursaut de Moon dans la région, la confédération CAUSA (Confédération
d'associations pour l'unification des sociétés d'Amérique) - " filiale " de la secte
a entamé un tour de France des grandes villes et devrait passer par Lyon et Grenoble. Nul ne connait encore
la date de cette visite. Même desarroi chez Krishna, un temps installée à Sainte-Foy-Les-Lyon.
Les toges safran et les cranes rasés ne paient plus.
Secte ou pas secte
Encore faut-il établir de sutbtiles distinctions entre les sectes. Certaines revendiquent l'appellation
contrôlée de religion (très utile surtout auprès du fisc). C'est le cas de la Scientologie.
D'autres regroupements, considérés comme des sectes, n'en sont pas. II en va ainsi des Témoins
de Jéhovah. Et de la Nouvelle Acropole, dont les affiches placardent les murs de lyon, considérée
comme un mouvement politique d'extrême droite. D'autres encore servent des intérêts tout à
fait en marge de la législation. Les Enfants de Dieu, par exemple, un temps localisés à Caluire.
" Disparus " depuis quelques années de l'agglomération lyonnaise, mais y officiant sans
doute encore, ses adeptes pratiquent la prostitution sacrée des enfants. Les sectes lucifériennes
sont également fréquentes à Lyon. Prudentes, elles ne se laissent pas facilement repérer.
Elles sont surtout prétextes à orgies et prostitution.
Toutes les sectes prennent de multiples précautions pour éviter les démêlés avec
1a justice. Les détournements de mineurs, beaucoup trop dangereux, ne sont plus pratiqués. Les tribunaux
lyonnais n'ont jamais eu à traîter une seule affaire pour détournement de mineur depuis de
nombreuses années.
Quant à elle, l'Eglise de Scientologie de Lyon prend une nouvelle orientation. Les tracts et autres propagandes
se distribuent de plus en plus aux abords des lycées. Les scientologues, en fins recruteurs, savent choisir
leur clientèle. Seules, les écoles privées et les facultés, les attirent. Au point
que certains proviseurs, en particulier celui du lycée Récamier ont publié une mise en garde
à l'intention des parents d'élèves. Le recrutement ne se fait donc pas au niveau des drogués
et autres marginaux. Le discours scientologue touche les classes moyennes et supérieures, nanties et soucieuses
d'être toujours plus efficaces. Les professions libérales sont les plus touchées à Lyon
et comptent un nombre d'adeptes important.
La technique du "rateau"
Diverses méthodes de recrutement sont utilisées selon la technique du "rateau " : en ratissant
large, il restera toujours quelque chose. Plus de six cents stagiaires avaient ainsi été " recrutés
" en 1982 à Lyon. La scientologie n'hésite pas à recruter par le biais des petites annonces.
Ainsi celles du 69 parues en juillet 87 : "Vous voulez devenir conseiller (e), aider les autres à être
mieux dans leur peau, plus à l 'aise dans la vie. Petite rémunération. tel. pour R.V ".
Une " petite rémunération " pour laquelle l'église scientologue de Saint-Etienne
a été lourdement comdamnée et mai 87 pour infractions répétées au Code
du Travail. Ni le SMIC, ni la sécurité n'étaient respectés. Autre appât de l'église
scientologue : le test gratuit de personnalité. Des milliers de tracts sont distribués chaque année
dans les rues lyonnaises.
Deux cents questions pour mieux se connaître. Une façon efficace d'attirer du monde dans les locaux
cossus du " centre de dianétique ". Les questions permettent aux scientologues de définir
les points faibles de l'intéressé. Et les résultats, forcément déplorables,
anéantissent le candidat. Une façon idéale de lui faire reprendre confiance en lui par le
biais de la Dianétique. Ce test, contraire à toute déontologie, a été dénoncé
par le Syndicat national des psychologues en octobre 86.
Une "école de l'éveil "
Très organisée et très hiérarchisée, l'église de scientologie de
Lyon est l'une des plus actives d'Europe. Elle dépend de l'église de Copenhague, soumise elle-même
à l'église mère de Clearwater aux U.S.A. Dernière innovation dans le monde de la Scientologie
lyonnaise : la mise en place d'une "école de l'éveil" destinée aux enfants. Des
annonces ont paru en ce sens dans le numéro du 69 du mois de juillet libellées de façon non-équivoque.
"Recherchons personne respons. pour création groupe éduca. (garderie, rattrap. scol. etc...nouvelle
méth.pédag.. Se présenter Centre de Dianétique."
Et cela inquiète vivement les autorités qui y voient un virage. Une activité sans doute très
lucrative. Selon le témoignage de Roger Gonnet, ancien responsable de l'église scientologue de Lyon
de 76 à 82, actuellement " repenti ", les cotisations et frais de " formation " s'élèvent
à plus de 400000 francs par adepte. Impossible en effet de franchir les étapes, de devenir "
clair " puis "OT3 " et de signer un contrat d'un milliard d'années avec lasecte avant une
centaine de
séances payantes. Et les tarifs connaissent une augmentation de 12 % en moyenne par mois. Une situation
que n'a pas accepté l'ancien responsable. Selon son témoignage, les recettes de l'église scientologue
de Lyon atteignaient 34000 francs par semaine en 82. Elles servaient partiellement à la formation de personnels
au Danemark, aux Etats-Unis et dans le Royaume-Uni.
CAROLE CHATELAIN
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CLASSÉS "SUPPRESSlFS"
"Tous les adeptes que nous rencontrons sont des gens totalement convaincus.
C'est ce qui les rend dangereux et terriblement efficaces. " C'est en ces termes que Michèle Trifillief,
secrétaire de l'Association de défense de la famille et de l'individu (ADFI), présente ceux
qu'elle fait profession de combattre: Une " lutte " difficile, un rien clandestine, réalisée
avec peu de moyens : " Nous savons tous que nous risquons gros à nous lancer dans cette aventure. Nous
sommes classés "suppressifs" par l'Église de Scientologie. En clair, cela veut dire que
notre élimination physique est programmée par les membres de la secte. " Bien peu militent par
vocation au sein de l'ADFI. Tous ont eu maille à partir avec les sectes. L'enrôlement d'un fils ou
d'une fille est souvent à l'origine de cette démarche. Une réaction plutôt qu'une action
: " Certains membres de notre équipe sont contraints de garder l'anonymat pour éviter que leur
enfant, retenu dans une secte, ne subisse les conséquences de leur engagement. Ils n' hésitent pas
en effet à faire pression sur eux pour que cesse toute action à leur encontre." Michèle
Trifillief a également rencontré l'ADFI par hasard.
Le jour où sa fille, en larmes, se désespérait d'avoir obtenu un score désastreux sur
un test d'intelligence offert " gratuitement "par les scientologues.
"J'ai vu rouge. Je me suis énervée comme rarement dans ma vie. Je ne connaissais pas les scientologues,
mais j'ai immédiatement décidé de porter plainte pour racolage sur la voie publique. Depuis,
je consacre plusieurs heures par jour à cette lutte. Mon mari commence d'ailleurs à en avoir assez
que cela empiète sur notre vie privée. J' écris, je répertorie , je me renseigne. "
Une démarche empirique, encore totalement à l'aveuglette. Un travail de longue haleine pour remettre
à jour les fichiers quelque peu délaissés depuis le départ " à la retraite
" du président del'association. Les fiches, roses, jaunes ou vertes selon les catégories et
le taux de dangerosité, prenaient tranquillement la poussière.
Les adresses, aujourd'hui, ne correspondent souvent plus à rien. " Je suis en train de restructurer
tout cela. Il me faut du temps. J'obtiens des renseignements auprès des familles qui viennent nous voir
à notre permanence pour nous demander de l'aide et surtout des conseils. Nous tentons de démasquer
toutes les nouvelles sectes qui s'installent et surtout d'informer. Nous venons également en aide aux anciens
membres des sectes qui cherchent à se réinsérer dans la société. "
Impossible de lutter à armes égales avec les sectes. David contre
Goliath. Les caisses de l'ADFI sont vides. Le bulletins de liaison en voie de cessation de parution. " Nous
devons tout réapprendre sur Lyon. Notamment l'aspect psychologique de notre action. Pour le moment, nous
ne savons pas encore exactement ce qu'il convient de dire aux familles pour les réconforter. Pour cette
raison, nous allons suivre une formation en novembre auprès des psychologues de l'ADFI de Paris. L'univers
des sectes me dépasse. Je suis complètement attèrée."
C.C
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