
Introduction
Le débat sur le "lavage de cerveau" au sein
des sciences sociales
Rapports sur le RPF au sein des Tribunaux et
des Médias
Questions méthodologiques
Historique de l'idéation du RPF
Le manuel d'Hubbard sur le lavage de cerveau et
la psychopolitique
Discussions d'Hubbard au sujet du lavage de cerveau
vers la fin des années 60
Les précédents du RPF au sein de
l'organisation
(2e fichier: 50 K env.)
La création du RPF
La création du RPF du RPF
Les règles fixes et variantes
du RPF
Cette étude entend prouver que ce lavage de cerveau, c'est à dire "l'élimination scientifique, systématique et coercitive de l'individualité du mental d'autrui" (Scheflin & Opton, 1978 #40)" est un concept approprié pour analyser l'obligation d'endoctrinement imposé par les programmes de scientologie dans les conditions de confinement expérimentées par les membres du RPF et de sa pire extension, le RPF du RPF. L'étude construit son argument en se servant des documents originels d'Hubbard, le fondateur de la scientologie, qu'ils soient écrits ou copiés, ainsi que de documents de justice, de transcriptions d'entretiens et d'articles des médias. Ces documents et d'autres éléments aident à identifier le contexte d'où est issu le RPF au sein de l'organisation et de l'histoire scientologue, et fourniront un ample aperçu de la façon dont on fait le RPF en divers endroits et périodes. Pour les étudiants, l'usage qui sera fait des données scientologues discutant des techniques de lavage de cerveau du milieu des années 50 jusqu'aux années 60 est d'interêt particulier. Non seulement le terme de lavage de cerveau sera scientifiquement acceptable en sciences sociales et utilisable pour le RPF, mais ce sera aussi un mot coïncidant avec les propres descriptions du lavage de cerveau écrites par la scientologie, en ce qui concerne la coercition destinée à obliger des personnes à changer d'attitude au sein d'environnements confinés.
Le Débat sur le "Lavage de Cerveau" au sein
des Sciences Sociales
Ce débat naquit surtout en sciences sociales dans les années 80 et au début des années 90, lorsque plusieurs organisations professionnelles, professeurs et étudiants réagirent en opposition à des arguments acceptés au sein de Tribunaux, arguments mettant en avant la coercition que de soi-disant religions nouvelles utiliseraient pour convertir leurs disciples. Bon nombre de ces attaques sociologiques eurent pour cible le Professeur Margaret SINGER, Docteur en Philosophie, qui se servit d'un modèle de "persuasion coercitive - lavage de cerveau" afin d'expliquer aux tribunaux comment les plaignants [anti-sectes] étaient entrés et se comportaient dans les groupes qu'ils poursuivaient en justice, ou qu'ils contre-attaquaient devant les Tribunaux.
Les attaques sociales scientifiques concluaient que le terme "lavage de cerveau" n'était acceptable que si le groupe usait d'incarcération, de mauvais traîtements physiques contre ses membres (voir Anthony, 1990 #93) dans des situations de consentement inaverti (Young et Griffith, 1992, #20, 25-11). Si cette condition existait, elle permettait à la fois aux chercheurs et aux tribunaux d'isoler la notion de lavage de cerveau des autres formes de persuasion coercitive. Robbins et Anthony concluaient : "[en l'absence] de force physique créant les limites, il n'existe pas de point précis permettant de déterminer si la persuasion coercitive est en mesure de supplanter la volonté de l'individu", ainsi que le suppose le modèle "lavage de cerveau" (Anthony et Robbins, 1992, #21)
L'un des aspects cruciaux du lavage de cerveau lors des procès était de savoir si les tribunaux devraient autoriser des individus à user de ce concept comme excuse à des comportements déviants ou illégaux. C'est le chercheur Dick Anthony (qui travailla fréquemment avec Tom Robbins) qui développa l'essentiel de la théorie de ce domaine et servit d'expert consultant aux avocats défendant l'église de l'Unification (Moon), la Scientologie, ISKCON (Krishna), la Méditation Transcendentale, et la Communauté de la Chapelle contre les affirmations de lavage de cerveau émanant d'anciens membres déçus. (Anthony et Robbins, 1992, #6 - 1). Ils concluaient en disant que certaines des tentatives faites pour user du terme "lavage de cerveau dans une secte" afin de justifier les exemptions (fournies par la constitution américaine) de protection en matière de religion présupposaient que le lavage de cerveau serait une forme de "déterminisme dur" supposant "des gens confinés dans un système idéologique dont ils seraient contraints d'adopter les doctrines". (Anthony et Robbins, 1992, #23). Anthony et Robbins conclurent que ce postulat de "déterminisme dur" n'avait pas été généralement ou substantiellement été admis par les communautés scientifiques concernées" (on peut penser qu'il s'agit de la psychologie et de la sociologie) et qu'il "n'était pas pris au sérieux au sein du monde académique". (Anthony et Robbins, #25). Par conséquent, Anthony et Robbins "espéraient que les chercheurs, lors de leurs évaluations futures de ressemblance entre les théologies de groupes religieux avec des idéologies totalitaires, se concentreraient sur les idées libres plutôt que sur les tendances gouvernementales de plus en plus nettes allant dans le sens régulation d'idées réligieuses, ou que sur ce qui ressort des tribunaux." (Anthony et Robbins, 1992, #26). En d'autres termes, ces scientifiques sociaux respectés croient que la recherche destinée à savoir si les groupes religieux lavent le cerveau est achevée par un constat du fait qu'elle ne le font pas, au moins selon la théorie de "déterminisme dur", et que cette conclusion élimine toute nécessité de discussion quant à une intervention légale ou gouvernementale contre des religions sur la base du fait, désormais sans fondement, que ces groupes laveraient le cerveau de leurs membres pour les transformer en robots commettant des actes déviants ou criminels.
RAPPORTS SUR LE RPF AU SEIN DES TRIBUNAUX ET DES MEDIAS
On put toutefois observer au cours de ce débat que la presse populaire, certains documents des tribunaux et au minimum une décision en cour d'appel décrirent le confinement forcé, les mauvais traîtements, et le consentement inaverti que les membres de l'organisation maritime scientologique subissaient au sein des bâtiments et du programme scientologique du RPF. Cela décrivait un programme de lavage de cerveau utilisé pour retenir des membres plutôt que les convaincre, et c'est peut-être pour cette raison que ces scientifiques négligèrent d'en tenir compte.
La première déclaration publique sur le RPF semble être apparue dans un affidavit [déclaration en justice sous serment] le 25 Janvier 1980, de la part de l'ex-membre Tonya Burden de Las vegas, Nevada, qui décrivit l'affaire comme un "camp de concentration scientologique" (Burden, 1980, #8), camp d'ont elle s'échappa après avoir passé quelques trois mois sur le programme. L'ex-membre Gerry Armstrong appuya la description générale du RPF de Tonya Burden lors d'un affidavit, disant "qu'il avait personnellement observé des membres - y compris Tonya Burden - du RPF dormant à même le plancher, dans des entrepôts, des chaufferies, et dans d'autres conditions inhumaines." (Armstrong, 1982, #3)
Armstrong et deux autres anciens membres, Laurel Sullivan et William
Franks, critiquèrent violemment le RPF lors d'un article de 1984
paru dans le journal de Floride "Clearwater Sun"; Franks y disait qu'il
"s'agissait d'un truc horrible" (cité par Shelor, 1984, #1B) et
Sullivan insistait sur la dureté du programme, disant qu'il fallait
travailler en pleine chaleur (désert californien, 49°C, 120°F)
alors qu'il souffrait d'une côlite sévère (cité
dans Shelor, 1984, #2B). La même année, le Sunday Times Magazine
anglais titrait sur le RPF; avec trois autres ex-membres, Bent Corydon,
Jay Hurwitz et David Mayo:
David Mayo indiquait que durant les cinq premiers jours, lui-même
et les autres furent enfermés sous bonne garde; "on nous amenait
à manger et nous dormions par terre; nous devions nous servir des
lieux d'aisance en présence des autres (Barnes 1984, #38). Hurwitz
était au RPF proche de Gilman Hot Springs, Californie, à
l'été 82, en même temps que 18 autres cadres supérieurs
de la scientologie (Barnes, 1984, #38-39). Toujours en 1984, un tribunal
anglais écrivait dans une décision que deux années
auparavant, une femme du QG scientologique d'East Grinstead, Sussex, "devait
travailler au minimum 12h1/2 par jour physiquement (à porter des
briques, vider des poubelles etc) ce qui aggrava une condition dorsale
chronique" (Royal Court of Justice, 1984, #27). Cette même affaire
reparaissait dans l'excellente étude écrite par l'anglais
Jon Atack en 1990 (Atack, 1990, #341), puis dans un article de journal
(Bracchi, 1994).
A nouveau aux USA, l'ancien membre Don Larson déclara au Magazine Forbes qu'il avait envoyé près de 300 scientologues récalcitrants au RPF, dans des centres scientologues du monde entier, en quelques 14 mois, jusqu'à son départ fin 1983. Dans ces programmes sadiques de détention, les membres du staff étaient contraints à effectuer de dures tâches, à manger les restes provenant des gamelles et à dormir sur le sol. Certains y restaient indépendemment de leur volonté (Behar, 1986, #318).
L'année suivante, le biographe Russell Miller (1987) publiait sa version de la vie d'Hubbard, dans laquelle on trouve une demi-douzaine de références au RPF.
En 1989, une décision de Cour d'Appel indiquait que "en permanence et durant trois semaines, l'ancien membre Larry Wollersheim avait été "persécuté et harcelé" pour qu'il entre au RPF, le juge mentionnant que cela "prouve" qu'il avait accepté une partie de ses auditions (c'est à dire le "conseil religieux") sous menace de coercition physique (Cour d'appel de Californie, 1989, #9274). Les récits de Franks, Sullivan et de l'ancienne cadre Sea Org Hana Whitfield paraissent à nouveau dans une série d'articles sur l'organisation publiée par le Times en 1990 (Welkos et Sapell, 1990). L'article indiquait que "le RPF fournit à l'église un pool de manoeuvres pouvant accomplir l'entretien des bâtiments, arracher les mauvaises herbes, vider les poubelles, nettoyer les toilettes et faire tout ce que les cadres de l'église croient indispensables à leur rédemption". (Welkos et Sappell, 1990, #25). La même année, lors d'une série du Los Angeles Times sur la scientologie, l'étude complète de Jon Atack au sujet de son ex-groupement contenait aussi plusieurs informations sur le RPF (Atack, 1990, #206, 341, 358, etc, voir aussi Atack, nd #9.10) . Enfin, en 1996, le RPF faisait l'objet d'une étude de la part de l'ancien scientologue Bent Corydon (1996) qui l'avait subi. Pris ensemble, ces éléments suggèrent vivement que le RPF serait une organisation de lavage de cerveau selon les exigences élaborées par Anthony (1990) et Young et Griffith (1992), mais aucun scientifique n'a poursuivi les recherches dans ce domaine.
Une des causes possibles pour lesquelles les scientifiques n'ont pas examiné les dynamiques du lavage de cerveau du RPF pourrait provenir du fait que son étude présente certains aspects inhabituels quant à la méthodologie; c'est un obstacle qu'il faut surmonter pour obtenir les informations appropriées. Tout d'abord, la scientologie a souvent contracté des compromis hors tribunaux qui forcent les anciens membres à ne pas parler publiquement ni critiquer l'organisation. Je connais au moins cinq personnes, deux américains, deux Canadiens et un Néo-Zélandais qui ont signé ce genre de compromis.
Deuxièmement, la scientologie garde au secret les séries de documents clé définissant l'opération du RPF. Ces documents font partie de la série des Ordres de Flag 3434 (qui contient au minimum 56 publications différentes); seuls quelques-uns ont été communiqués aux chercheurs. Il est donc toujours impossible de retracer l'historique du programme RPF sans ces documents essentiels de l'organisation, ce qui veut dire que les seules sources restantes sont les récits d' anciens membres.
Troisièmement, on trouve difficilement les anciens qui sont passés par le RPF, et quand on les trouve, il est fort délicat de les faire parler à un chercheur. La difficulté d'en découvrir vient en partie du fait que le but du programme est de remettre les participants repentants (certains diront : des gens cassés sur le plan émotionnel) dans l'organisation. Par conséquent, une partie des anciens du RPF reste en scientologie de crainte d'être excommuniés ou renvoyés au RPF s'ils en parlent négativement. De plus, la majorité des participants a passé un temps infini (parfois des centaines d'heures) à confesser des péchés et crimes supposés, si bien qu'ils craignent que l'organisation n'utilise ces confessions à leur encontre s'ils parlent. En effet, les gens du RPF doivent signer, avant leur départ du programme, une déclaration louant les vertus du RPF. C'est pour toutes ces raisons que je n'ai pas cherché à questionner des membres actifs de la scientologie qui auraient passé par le RPF. Toute critique ou déclaration qu'ils auraient faites auraient eu des conséquences extrèmes pour eux.
J'ai néanmoins interviewé six personnes ayant passé par le RPF lors de mon étude, dans diverses parties du monde, et j'ai recueilli des documents des tribunaux, des affidavits et des correspondances émanant de quatorze autres. J'ai aussi questionné une personne ayant vu fonctionner le RPF - mais ne l'ayant pas subi - et recueilli des récits (grâce à des correspondances personnelles, messages dans des forums d'Internet, et documents légaux) de huit autres personnes disant avoir vu des participants à ce programme. En supplément de l'information de ces vingt-neuf personnes, j'ai recueilli des documents originaux de scientologie et des publications discutant du RPF, et des récits venant de la presse. L'image émergeant de l'ensemble est diversifiée pour certains détails importants, mais le concept général qui ressort quant à la façon dont le programme est mené est remarquablement homogène.
HISTORIQUE DE L'IDEATION DU RPF
Il existe cinq formes d'activités de contrôle social (se
recouvrant fréquemment) apparemment universellement répandues
au sein du RPF qu'on découvre dans toutes les sources disponibles
hors de la scientologie. Celles-ci sont:
1/ confinement imposé de force;
2/ mauvais traîtements physiques (par l'intermédiaire
d'exercices physiques très durs, d'occupations physiquement épuisantes,
de nourriture insuffisante, de temps limité pour l'hygiène,
de conditions de repos inadéquates, etc).
3/ Mauvais traîtement social (au moyen de restrictions apportées
aux communications écrites ou orales, de dégradation, de
paie excessivement faible etc.);
4/ étude idéologique intensive et
5/ Confessions imposées de prétendus "péchés"
passés.
Leur objectif est d'aligner les membres du RPF avec les buts de la scientologie telle que les chefs de la scientologie l'établirent. Cet alignement de buts vient après que le prgramme ait éliminé les aptitudes ou désirs de critiquer les règles ou les chefs qui les supervisent. On ne s'étonnera pas de trouver dans un livret d'Hubbard daté de 1955 les fondements mêmes des techniques destinées à soumettre les populations et les gens à une règle totalitaire, ainsi que certaines des techniques présupposant les règlements du RPF qu'il approuva finalement à l'encontre de son propre corps d'élite.
MANUEL DE PYSCHOPOLITIQUE ET LAVAGE DE CERVEAU D'HUBBARD
Ce livret portait comme titre: "Lavage de cerveau - une synthèse des textes russes sur la psychopolitique"; une version portait " publié à titre de service public par l'église de scientologie" sur la contre-couverture. (Hubbard, 1955, non signé). L'introduction prétend être une conférence de Lavrenti Beria, le fameux chef de la Police Secrète Soviétique, aux "Etudiants américains de l'université Lénine", sur la manière de subjuguer les sociétés par l'imposition de la psychopolitique à des populations, sous couvert de "traîtements mentaux". Tout le texte n'est que tromperie (Kominski, 1970) et tous les indices désignent directement l'auteur: Hubbard. Hubbard a en tout cas publié le "lavage de cerveau" pour ses disciples (Hubbard, 1955#a, 309-310, 1955#b 312-313; 1956: #328), où il annonce "qu'à moins de comprendre la philosophie de base du lavage de cerveau, les auditeurs auront du mal à comprendre les clients ayant subi ces techniques. (Hubbard, 1955a#309). Il cherchait plus probablement à la fois à discréditer la psychiatrie et à faire apprécier son organisation auprès du gouvernement américain (disant que la dianétique et la scientologie pourraient inverser les effets du lavage de cerveau et seraient donc une arme contre le communisme, et donc, un magnifique outil politique). Hubbard désirait sans nul doute renforcer la Dianétique et la scientologie en armement contre le communisme : cela explique qu'il ait écrit ce livret vers la mi-Décembre 55. Cela expliquerait aussi pourquoi la scientologie publia ce mince volume comme un "service public" - la contre-couverture montrant Hubbard, l'auteur probable.
Obsédé des questions de contrôle et de sujétion
des individus et des nations, le manuel de "lavage de cerveau" est un travail
exceptionnel. Il est plus que probable que l'essentiel des idées
clés d'Hubbard devinrent des règlemnts et procédures
du RPF, près de vingt ans plus tard. Par exemple, la définition
du manuel de psychopolitique indique qu'il s'agit "de l'art et de la science
d'affirmer et maintenir sa domination sur les pensées et loyauté
d'individus, officiers, offices, et des masses, et d'entreprendre la conquète
des ennemis et nations au moyen des "soins mentaux" (Hubbard, 1955
#6). Plus tard, le texte présentait une stratégie que pouvaient
utiliser les subversifs afin de détruire l'opposition d'ennemis
de l'état, cette stratégie impliquant la destruction de toute
forme d'individualité pouvant laisser planer des doutes quant à
l'idéologie subversive:
Discussion d'Hubbard sur le Lavage de cerveau vers
la fin des années 60
Vers la fin des années 60, Hubbard a discuté du lavage
de cerveau à quatre reprises au moins, dans des conférences
ou par écrit: ces discussions étaient toujours en rapport
avec les techniques de base de destruction de la personnalité et
l'alignement de buts abordé dans le manuel de lavage de cerveau
de 1955. Le livre, "All about Radiations" (tout sur les radiations)
sert de lien entre les années 50 et 60, Hubbard ayant fait ses commentaire
en partant d'un "congrès sur les Radiations Nucléaires et
la Santé" publié en 57, republié en 67 sous forme
de livre. Cette publication contient un passage intitulé "Ce
qu'est le Lavage de Cerveau":
On peut aussi trouver d'autres informations quant au point de vue d'Hubbard
dans un article paru sur le magazine "Freedom" de l'organisation. Lors
de la première publication, cet article ne disait pas l'auteur,
ce n'est qu'après 1992 que les chercheurs purent vérifier
qu'il provenait d'Hubbard (voir Church of Scientology International, 1992,
#757). Cet article se composait d'un long extrait du politicien conservateur
Robert G. Ridgway, suivi des commentaires d'Hubbard; une partie de l'article
de Ridgway parlait de "la crise de nerfs" [ou de psychose, ndt]. Elle
décrivait les techniques utilisées pour casser les individus
et les reconstruire afin qu'ils adoptent les buts du groupe.:
Hubbard (auteur présumé) avait fait la même argumentation dans son manuel de lavage de cerveau de 1955; il disait:
Les précédents du RPF au sein de l'organisation
Pendant la période où Hubbard écrivit ces données sur le lavage de cerveau vers la fin des années 60, il établit aussi un certain nombre de structures formelles au sein de la scientologie, à la fois destinées à punir les déviants dont la performance au travail était trop faible et à entraîner les gens aux tâches dont l'organisation avait besoin. Ayant pris la mer fin 1967 (Atack, 1990, #176-177), la discipline punitive et l'entraînement imaginés par Hubbard reflétaient alors la vie à bord. Le 4 Janvier 1968, Hubbard créa ainsi les "Mud Box Brigades" (Brigades des boites à boues), auxquels étaient assignés les gens de la Sea Org qu'Hubbard avait estimé "déserteurs" pour avoir "fainéanté en étant de quart et humé le vent" (cité dans Hubbard, 1976b #341). Les tâches choisies consistaient à nettoyer la zône où les ancres du navire traînent dans la boue (les boites à boues), ainsi que les "tubulures de mazout, d'écoulement d'eau, fonds de cale etc." (cité dans Hubbard, 1976, #341). Il s'agissait de travaux rebutants, difficiles, parfois dangereux, dont les gens du programme punitif du RPF, ceux qu'on envoie au RPF des RPF, prendraient la suite quelques années plus tard.
On sait que début 1969, Hubbard avait mis en place deux projets d'entraînement - le DPF (Projet Force de Pont) et le PPF (Projet Force du Commissaire de Bord), qui furent abolis le 25 mars 1969. Il semble que le DPF servit à entraîner les membres de la Sea Org à des tâches à bord, et le PPF à entraîner des gens aux questions de finances de bord et d'approvisionnement (Hubbard, 1976b, #429). On vit aussi peu avant Avril 1972 un projet d'entraînement pour les services domestiques nommé "Stewards Project Force" (SPF). (Hubbard 1972a, 1976 b, #501); puis un programme nommé "EPF" (Projet Force d'entretien des Biens) qui - comme l'expliquaient les documents en notre possession - servait aux travaux du genre peinture et nettoyage (Hubbard, 1977, #1) Jusqu'à la création du RPF, l'EPF recevait des gens de la Sea Org envoyés dans ce que la scientologie nomme un "réentraînement". Ces staffs avaient besoin de supervision constante, posaient des problèmes manifestes ou ne travaillaient pas avec l'enthousiasme désiré (c'est à dire qu'ils souffraient de "robotisme" (Conseil d'Administration des Eglises de Scientologie, 1977, #1).
Hubbard réinstitua semble-t'il le DPF, doté d'une fonction supplémentaire au simple entraînement. En plus des nouvelles recrues, le DPF recevait des membres de la Sea Org protestant contre l'autorité. Dans la logique particulière de la scientologie, on disait qu'ils avaient "intériorisé", c'est à dire "la personne trouve qu'il existe de la contre-intention dans l'environnement et la colle à sa propre contre-intention, ce qu'on nomme "raisonnabilité"; son intention se dirige alors plutôt dans le sens de sa contre-intention que vers son but". (Hubbard, 1976b, #437, citant un Ordre de Flag du 23 septembre 1969). Plus simplement exprimé, ces gens mettaient en doute des aspects de la vie de la Sea Org et découvraient à l'extérieur des sujets renforçant leurs doutes.. Le DPf avait donc pour but de "réhabiliter et extérioriser leur attention en leur faisant faire davantage de tâches". (Hubbard, 1972a, voir 1976b #133). Traduit simplement, l'intention du programme était d'empècher la personne d'observer en elle-même et de (ré)apprendre à accepter les ordres de l'organisation et des chefs.
Ayant ce but en tête, Hubbard mit au point son système de récompenses et punitions appelé "éthique" sur les gens du DPF, en parallèle avec celui déjà institué auprès des membres de la Sea Org. On trouvait un "DPF MAA" 'Maître d'armes du DPF) qui était censé "rendre l'éthique réelle pour les membres du DPF en ôtant la contre-intention et les autres-intentions de la zône et en obtenant que chaque membre du DPF fasse une production correcte visible sur ses "statistiques en progrès". (Hubbard, 1976b, #133, citant un ordre de Flag du 20 Février 1972). En d'autres termes, le MAA devait faire sauter toutes les idées qui ne correspondaient pas aux buts de la scientologie, en se servant du système récompenses-punitions de 'l'éthique" en scientologie.Ensuite, les travaux médiocres, les attitudes négatives et autres devinrent des actions "hors d'éthique" ou "out-éthique" qui valaient de recevoir une "condition éthique basse" impliquant des pénalités de sévérité graduelle. Le coupable se devait de travailler en plus de son travail normal de huit à dix heures quotidiennes, durant des heures (des "amendes") (voir Conseil d'Administration des Eglises de Scientologie", 1973). On présumait que le fait d'éxécuter ces amendes apprenait aux gens à juger des conséquences de l'absence d'augmentation continuelle de leurs statistiques/production, absence supposée provenir d'intentions personnelles ne collant pas aux buts de la scientologie. Dans les assignations éthiques du RPF MAA, nous entendons l'écho des théories d'Hubbard sur le lavage de cerveau, déjà discuté depuis 1955 et élaboré après 1960. Ce staff (le MAA) devait donc épuiser physiquement les gens afin de les faire renoncer à leurs doutes, le but final étant de leur faire complètement embrasser les buts de l'organisation.
Il semble que le régime de travaux durs du DPF continua jusqu'au début des années 1980, car le récit de Birgitta Dagnell parle de son temps au DPF au Danemark, avec de remarquables similitudes avec les récits du RPF. Selon elle, elle faisait partie de 82 anciens membres du Guardian Office envoyés au DPF Danois par la nouvelle direction de l'OSA (Office des Affaires Spéciales, les services secrets scientologiques qui remplaçaient et copiaient la structure du Guardian Office après le procès qui expédia neuf d'entre leurs patrons en prison aux USA, ndt). Conditions de peuplement, nourriture médiocre, horaires épuisants, assignations de tâches du genre "nettoyer les wcs, les corridors, et les chambres d'hotel, plus quelques travaux de peinture et construction" (Dagnell, 1977#3) étaient semblables à celles des copains du RPF dans d'autres parties du monde. De même que les "gang-bang sec-checks", (littérallement, les questionnaires de sécurité Gang-Bang) (dont je parlerai ensuite) et l'exigence que nous reconnaissions à quel point nous étions "mauvais et nuisibles" (Dagnell, 1997, #4) qu'elle a subi durant ce qu'elle pensait à l'origine être des séances d'audition.
2e fichier (40K)...![]()