Source : Le Temps, 11 août 2000, par Patricia Briel
«L'important, ce n'est pas tant de décider où vous voulez aller, c'est
de savoir comment y aller.»
Ce slogan, accompagné d'un dessin qui montre des cyclistes en pleine action et d'une publicité pour
un livre signé L. Ron Hubbard, figure sur
la nouvelle campagne d'affichage de la scientologie.
Sur un autre type d'affiche, on peut voir un montagnard qui chausse des patins à roulettes, et une formule
proche de la précédente:
«L'important, ce n'est pas tant ce que vous voulez atteindre, mais c'est de savoir comment l'atteindre.»
Selon Eric Ribaud, responsable de cette campagne, près de 350 affiches ont été placardées
essentiellement dans le bassin lémanique, dans des
gares, des centres commerciaux et des parkings. La scientologie s'apprête à mettre des annonces dans
les journaux, et à distribuer 140000 papillons à tous ménages.
«C'est la première fois que nous lançons une campagne de cette ampleur. Il s'agit donc d'une
campagne-pilote, qui marche très bien. Beaucoup de
gens nous appellent, et commandent le livre», explique Eric Ribaud. «Une peur a été générée
par tout ce qu'on a dit sur la scientologie, affirme
Suzanne Montangero, porte-parole de la secte. Nous voulons donc améliorer notre communication pour que les
gens puissent s'informer par
eux-mêmes.»
Ennuis à Lausanne et à Zurich
La scientologie a d'autres campagnes de publicité à son actif, qui lui ont valu des ennuis dans différentes
villes. Il y a deux ans, la Municipalité de Lausanne donnait un préavis négatif à la
Société Générale d'Affichage qui s'apprêtait à lancer une campagne en
Suisse romande. Silvia Zamora, alors directrice des Travaux, fondait sa décision «sur le maintien
de la tranquillité publique vu le caractère contesté de la scientologie». La secte avait
fait recours au Tribunal
administratif. Celui-ci n'a pas encore rendu son verdict.
En 1994, la scientologie avait également rencontré des problèmes à Zurich. La municipalité
avait interdit aux scientologues de distribuer dans la rue des tracts et un test de personnalité. A la fin
du mois de juin de cette année, le Tribunal fédéral a confirmé une décision
du Tribunal administratif zurichois qui oblige la Ville à autoriser cette distribution à certaines
conditions.
Il n'y a pas que les autorités pour s'inquiéter des campagnes de la scientologie. Certains citoyens,
comme ce lecteur d'un quotidien romand, crient à la manipulation mentale et estiment que le rôle de
l'Etat est d'interdire une telle propagande. Cette année, à Lausanne, la secte a limité sa
publicité aux seuls parkings et aux centres commerciaux. A Genève en revanche, elle a pu afficher
sur l'ensemble du domaine public. La Société Générale d'Affichage a toutefois pris
la précaution de soumettre la campagne au Département de justice et police et des transports (DJPT).
«La SGA ne fait aucune censure, explique Claude Miffon, directeur. Elle n'a pas le droit de refuser une affiche.
Mais en cas de doute, elle en réfère au DJPT.»
Selon Christophe Friederich, secrétaire adjoint au DJPT, «les possibilités d'interdire ou de
censurer une affiche sont extrêmement limitées. Pour qu'une telle mesure soit appliquée, il
faudrait que l'affiche soit contraire aux moeurs ou menace l'ordre public. Ce n'est pas le cas de la campagne actuelle
de la scientologie».
Claire-Lise Hoehn, membre du Centre de liaison et d'information concernant les minorités spirituelles, adopte
une attitude de neutralité face à cette campagne: «Du moment qu'on permet à toutes sortes
de groupes d'afficher leurs convictions, on doit laisser la possibilité à la scientologie de faire
de même.»
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