Ceci est la traduction d'un article paru au sujet de la mort suspecte d'une scientologue de 36 ans, LISA Mc PHERSON, décédée le 5 Décembre 1995 à Tampa (Floride), des suites des mauvais traitements administrés et de la négligence de la secte scientologie -dianétique. Affaire actuellement portée en justice par la famille de Lisa Mc Pherson.

Copyright (c) 1997 St Petersburg Times et traduction française Roger Gonnet
CINQ MEDECINS SONT D'ACCORD AVEC L'EXAMINATEUR
LORS DU DECES DE LA SCIENTOLOGUE
Par Thomas C. Tobin

St PETERSBURG TIMES, 9 mars 1997

Clearwater - Cinq pathologistes disent qu'il est clair, d'après les résultats de laboratoire essentiels, que Lisa Mc Pherson ait été déshydratée lorsqu'elle décéda après 17 jours de séjour à la Church of Scientology.

Le Times a interviewé cinq médecins après le désaccord largement manifesté entre l'église et le Médecin Légiste Joan Wood de Pinella-Pasco, quant à la façon dont Mc Pherson est morte. Aucun des médecins n'était précédemment au fait de ce cas.

LES CINQ PATHOLOGISTES:

Après le désaccord entre l'église de scientologie et le Médecin Légiste de Pinellas-Pasco Joan Wood, consécutif au décès de Lisa Mc Pherson, le Times a cherché un autre avis. Nous avons reçu cinq opinions.

En partant comme référence d'une liste des membres du Conseil et des Officiers de l'Association Nationale des Médecins Légistes, nous avons trouvé et sollicité cinq pathologistes dotés de fortes expériences, qui ont révisé les résultats de laboratoire de l'autopsie de Mc Pherson. Ces cinq personnes sont:

Dr John Coe, qui fut médecin légiste à Minneapolis pendant 20 ans , avant de prendre sa retraite en 1964. Coe est l'ex président de l'association Nationale des Médecins Légistes, et considéré comme un des experts mondiaux de chimie post-mortem.

Dr Ed Friedlander, Maître de la Chaire du Département de Pathologie de l'Université des Sciences de Santé à Kansas City, Minnesota.

Dr Michel Graham, Médecin Légiste en Chef à St Louis depuis 1989; il est aussi secrétaire-trésorier de l'association nationale des médecins légistes.

Dr Don Reay, qui est chef médecin légiste à Seattle depuis 1975.

Dr Edward Wilson, député médecin légiste de l'Etat d'Oregon, et l'un des membres du Directoire de l'association Nationale des Médecins légistes. Il dit avoir été médecin légiste depuis près de 30 ans.

Ces personnes et d'autres médecins ont été contactés par téléphone. Certains ont été d'accord pour participer, d'autres non; d'autres ont envoyé le Times à d'autres docteurs. Le but était de trouver des sources indépendantes qui ne puissent être accusées de parti-pris. Aucun n'a reçu de rétribution pour sa participation.

Avant de donner leurs conclusions, aucun des cinq médecins consultés n'avait été mis au courant que la scientologie était dans l'affaire. Deux ont demandé qui avait pris soin de Mc Pherson et on leur a fait savoir la relation avec la scientologie, mais seulement après qu'ils aient donné leur opinion.

On a communiqué à chacun les résultats de labo comme point de départ de leurs conclusions pour ce cas.

Certains ont demandé et reçu une information sélectionnée en sus, provenant du rappport d'autopsie de Wood. Friedlander a demandé et obtenu le rapport complet et a reçu une copie. Il a fourni ensuite un rapport de deux pages.

Les cinq médecins ont eu à donner leurs conclusions avant qu'on leur communique ce qu'en avait dit Wood aux journalistes. Aucun d'eux n'avait entendu parler du cas auparavant

_______________________.
Alors que nombre de leurs conclusions collent avec ce qu'a dit Wood au sujet de la mort de Mc Pherson, la plupart d'entre eux désirait davantage d'information avant de pouvoir dire, comme l'a fait Wood, que Mc Pherson était inconsciente depuis 24 à 48 h lors de son décès, et qu'elle n'avait pas reçu de liquide depuis cinq à dix jours.

Deux des médecins ont douté de l'affirmation de l'église de scientologie disant que Mc Pherson soit "tombée brutalement malade" et de la suggestion d'une infection à staphylocoques comme cause majeure du décès.

L'avocat Eliot Abelson basé à Los Angeles a réagi vendredi en appelant par téléphone plusieurs des médecins pour les questionner à propos de leurs entretiens avec le Times.

Antérieurement, dans un entretien précédant les appels téléphoniques, Abelson a dit que les médecins basaient leurs commentaires sur une information partielle à ce sujet, incluant les faits du rapport d'autopsie de Wood, que la scientologie affirme fortement erronés.

Au cours des semaines passées, Abelson a accusé Wood d'être de parti-pris par rapport à l'église, de "tirer des conclusions hatives", et de faire des commentaires irresponsables aux journalistes. Abelson a traîté Wood de "menteuse haïssable". Et un procès de la Scientologie contre Wood prétend que les affirmations de Wood "ne sont pas supportées par le rapport d'autopsie".

Au centre de tout ceci, les résultats des tests de laboratoire faits sur les fluides oculaires, qui ont servi de fondement à la conclusion centrale de Wood, c'est à dire, que Mc Pherson était gravement déshydratée.

Cinq médecins, incluant un expert mondial de chimie post-mortem du Minnesota, ont reçu ces tests de laboratoires pour donner leurs conclusions.

"Mon opinion est que la mort est en effet très probablement due à la déshydratation", a dit Ed Friedlander, Maître de Chaire du Département de Pathologie de l'Université des Sciences de Santé de Kansas City, Minnesota.

"Si mon scénario est correct, alors, quiconque, même un profane ayant eu à s'occuper d'elle, a pas mal de choses à expliquer", a dit Friedlander après avoir étudié le rapport d'autopsie complet.

En outre, Friedlander et un autre médecin ont exprimé de sérieuses réserves quant à la version scientologue de la mort de Mc Pherson.

Les officiels scientologues disent qu'il n'apparaissait pas qu'elle ait eu besoin de soins médicaux jusqu'au 17e jour de son séjour à l'Hotel Fort Harrison, sis dans la ville basse de Clearwater, lorsqu'elle tomba subitement malade et mourut. Ils indiquent un test sanguin de l'hopital où on l'emmena, qui donnait un résultat positif pour une infection staphylococcique.

"Ca, c'est vraiment dur à avaler, " a dit le Dr Edward Wilson, quant à la soudaineté de la mort et au scénario staphylocoque. Wilson est Médecin Légiste Député pour l'Etat d'Oregon et siège à l'association Nationale des Médecins Légistes. Il dit avoir été Médecin Légiste près de trente années durant, et avoir travaillé précédemment à cette fonction en Utah et au Maryland.

Vendredi, Abelson a remis les conclusions en cause parce que les médecins n'avaient pas tous le dossier au complet. La scientologie a récemment demandé au tribunal l'accès au dossier de Wood dans ce cas, mais un juge de Pinellas n'en a fait passer qu'une partie.

"Ceci est outrageux, a dit Abelson, car les gens n'ont pas tous les faits".

Le rapport d'autopsie de Wood est accessible au public, comme certains des rapports de laboratoire et quelques photos couleur. La scientologie veut faire faire les tests à ses propres experts sur les fluides et tissus corporels, mais les tribunaux n'ont pas accordé d'autorisation jusque là.

Abelson a dit que les cinq médecins auraient dû recevoir le rapport d'autopsie complet, et pas seulement les tests de fluides oculaires. Il a ajouté que de toute manière, l'église ne faisait pas confiance en l'autopsie.

En fait, dit-il, l'église soupçonne chacune des choses découvertes à l'Office de Wood, pour le cas Mc Pherson, y compris les résultats de laboratoire.

Pour abattre les découvertes de Wood, "nous avons engagé les meilleurs experts de ce pays", a dit Abelson, "et quand viendra le moment, nous rendrons leurs conclusions publiques."

Abelson a refusé d'identifier les experts.

Wood, le médecin légiste sous les canons scientologiques, a refusé de commenter davantage le cas.

L'église de scientologie est venue s'installer à Clearwater en 1975 et a fait de cette cité ses quartiers généraux spirituels. Des paroissiens du monde entier viennent au Fort Harrison et dans d'autres bâtiments recevoir les conseils scientologues basés sur les écrits de L. Ron Hubbard.

Les critiques disent que l'église est un système à faire de l'argent qui fait payer ses services à des prix exorbitants. Les officiels de l'église disent que les prix sont abordables et que la scientologie améliore la vie des gens.

Mc Pherson était scientologue depuis l'âge de 18 ans. Des paramédicaux l'ont emmenée à l'Hopital Morton Plant le 18 Novembre 1995, après qu'elle se soit déshabillée en pleine rue suite à un accrochage automobile sans gravité.

Ce jour-là, selon les dossiers, un médecin de Morton Plant l'a rendue à ses collègues scientologues, l'un d'eux refusant qu'elle reçoive un traîtement psychiatrique. Ils ont promis de s'occuper d'elle et de la garder 24 h sur 24. Physiquement, Mc Pherson était en bonne santé en quittant Morton Plant, disent les rapports.

Les officiels de l'église disent qu'elle fut prise à l'Hotel Fort Harrison et qu'on s'occupait bien d'elle, qu'elle était isolée dans une des chambres d'invités. Elle y resta jusqu'au 5 Décembre 1995. Ce soir-là, elle fut emmenée sur le siège arrière d'un break de l'église à 40 km de là, au Nouvel Hopital de Port Richey, où elle devait être examinée par un médecin scientologue. Mais elle était morte avant d'y parvenir.

L'état et les autorités locales enquètent sur la mort, et les héritiers de Mc Pherson ont déposé plainte contre l'église, et veulent obtenir des dommages et intérêts.

Durant tout ce temps, les avocats scientologues ont régulièrement critiqué Wood puisqu'elle a dit aux journalistes, le mois passé, que Mc Pherson avait dû rester sans boire les cinq à dix jours précédant sa mort, et qu'elle était inconsciente depuis 24 à 48 heures.

Wood a dit qu'elle basait en grande partie sur les tests de laboratoire exécutés sur le fluide oculaire de Mc Pherson. Chaque oeil adulte contient environ 1/5e de cuillère à café d'un liquide de type gelée, appelé humeur vitreuse.

Les légistes utilisent ceci pour deux raisons: il s'agit d'un indice précis des contenus sanguins à l'heure de la mort, qui reste en bon état bien plus longtemps que le sang, qui lui, se détériore rapidement après le décés.

Le fluide est testé pour la présence de plusieurs substances, dont chacune renseigne sur le corps au moment du décès.

Le fluide de Mc Pherson contenait plusieurs phénomènes inhabituels, ont dit les cinq pathologistes.

Le contenu sodé, indice du niveau d'humidité du corps, était de 180 milliosmoles par litre. La norme est de 135 à 145, selon la définition de la publication 1994 du Diagnostic et Traitement Medical Actuel.

Le contenu en azote uréique, qui peut servir à juger la déshydratation, était de 300mg par décilitre. La norme est de 8 à 20, d'après ce texte.

Le contenu en créatinine, qui reflète la condition rénale, était de 2,6mg par décilitre. La norme serait de 0,6 à 1,2, selon le texte.

Le contenu en chlorure était de 161 milliosmoles par litre. La norme est de 98 à 107, selon le texte.

Les médecins ont cité ces chiffres à l'appui de leur avalisation de la conclusion du médecin légiste disant que Mc Pherson était gravement déshydratée.

Le chiffre de sodium de Mc Pherson était si anormalement élevé qu'il forçait à une double vérification, a dit John Coe, qui fut médecin légiste à Minneapolis durant 20 ans, avant de prendre sa retraite en 1964. Coe est l'ex-président de l'association nationale des Médecins Légistes; on le considère comme un des principaux experts mondiaux de la chimie post-mortem.

Selon les rapports d'autopsie et un témoignage sous serment de Wood, les chiffres des liquides oculaires de Mc Pherson ont reçu double vérification par le labo ayant mené les tests. Wood a dit dans sa déclaration sous serment qu'elle était persuadée de leur véracité. L'énoncé a été donné à un avocat scientologue, pour le procès engagé contre Wood.

En supposant que les résultats soient corrects, a dit Coe, les chiffres indiquent que Mc Pherson n'avait pas eu assez de boisson et qu'elle souffrait de déshydratation sévère. Il ajouta que les chiffres élevés d'azote et de chlorure indiquaient aussi cet état de fait.

Le fluide oculaire ne suffit pas à dire exactement combien de jours la personne a passé sans boire ni si elle était inconsciente, a dit Coe; en n'ayant pas davantage d'informations, il s'agit d'une "idée basée sur l'expérience".

Mais il a ajouté:"Elle n'avait pas les soins ni les boissons nécessaires."

Le Dr Michel Graham, Médecin Légiste en Chef à St Louis depuis 1989, a également reçu les chiffres des fluides oculaires. Il est secrétaire-Trésorier de l'association nationales des médecins légistes.

"Elle est déshydratée", a-t'il conclu.

Il a dit que des chiffres de sodium aussi élevés ne se rencontrent guère, et ajouta: "j'ai vu des décès dans ces eaux-là."

Il a aussi dit que la forte teneur en azote uréique de Mc Pherson, autre indice de déshydratation, était "complètement hors de la plaque".

Le Dr Don Reay, chef Médecin Légiste à Seattle depuis 1975, a dit que le chiffre de créatinine l'avait frappé. Il a dit qu'il s'agissait d'un indice de dysfonction rénale. En d'autres termes, a-t'il ajouté, ces chiffres étaient si élevés qu'on pouvait supposer un blocage des reins par suite de déshydratation complète.

Le rapport d'autopsie de Wood ne mentionne pas de déficience rénale.

En se rapportant à ces chiffres, Reay a dit "C'est une bonne preuve de déshydratation sévère".

On lui a aussi demandé s'il était en accord avec les conclusions de Wood quant au fait que Mc Pherson n'ait pas bu durant 5 à 10 jours, et qu'elle ait été inconsciente 48 heures durant.

"Cela semble raisonnable", a-t'il dit.

Abelson a dit que les paroles de Reay "différaient fameusement de ce qu'avait dit Wood. à propos de Mc Pherson inconsciente et sans liquides.

Quand une personne est déshydratée, les sels contenus dans le corps se concentrent, ce qui a pour résultat le pourcentage élevé de sodium, a dit Coe.

D'après Reay, l'absence de fluide dans le corps peut provoquer l'épaississement du sang, qui déclenche la coagulation. Woods a conclu que Mc Pherson était morte de "repos alité et sévère déshydratation".

Les officiels de la scientologie n'ont pas nié qu'il ait eu ce caillot de sang. Ils proposent néanmoins une théorie différente sur sa provenance.

D'après les rapports de l'hopital de New Port Richey, le sang de Mc Pherson a été testé positivement pour infection à staphylocoques. Le sang a été soutiré environ une heure après la mort. Le docteur ayant prononcé le décès a conclu qu'elle était morte de "septi"[-cémie], présence de bactéries ou d'autres maladies provoquant la maladie physique.

La scientologie étale ces découvertes, suggérant que le caillot mortel de Lisa Mc Pherson pourrait avoir été l'effet d'une maladie soudaine causée par une infection staphylococcique grave.

Wood a qualifié ce scénario "d'impossible", disant que les résultats de labo démontrait une lente détérioration de la santé de Mc Pherson au fil de plusieurs jours, et non pas un brutal empirement d'une situation, que décrivent les scientologues.

Dans sa déclaration sous serment, Wood a aussi indiqué qu'une infection à staphylocoques se serait vue au coeur de Mc Pherson. Mais le coeur n'en montrait aucun signe.

Friedlander, le pathologiste de Kansas City, a dénoncé l'infection staphylococcique comme étant un "non-sens". Les infections staphylococciques sont monnaie courante après la mort, dit-il.

Il a aussi remarqué le niveau de sodium du liquide de l'oeil, inhabituellement élevé à 180 milliosmoles par litre.

"On ne peut pas se déssécher si vite, a-t'il ajouté: "on ne déssèche pas en une nuit."

Wilson, le député Médecin Légiste de l'Ohio, a utilisé des termes similaires à ceux de Wood lorsqu'on lui a demandé s'il était possible que Mc Pherson ait été en état un jour et mortellement malade le lendemain d'un infection staphilo.

"C'est impossible : rien dans l'autopsie des poumons de Mc Pherson ne démontre d'infection à staphilos.

Abelson a répliqué "ce n'était pas l'endroit".

Dans le passé, Abelson a dit que Mc Pherson était tombée malade le dernier jour du séjour au Fort Harisson.

Vendredi, il a dit qu'elle avait pu tomber malade avant et a ajouté "nous n'avons jamais prétendu qu'elle avait l'air en forme dans les jours précédant la mort".

Il a refusé de s'étendre sur ce sujet.

Wilson a aussi dit qu'il avait quelque mal à croire qu'une quantité fatale de bactéries ait pu empoisonner le sang de Mc Pherson d'un seul coup. Même l'infection staphilo aurait été plus graduelle, a-t'il ajouté.

La victime aurait transpiré, été fiévreuse, clouée au lit, et aurait empiré le jour, a dit Wilson; "Il y aurait eu assez de signes avant-coureurs montrant qu'elle nécessitait des soins".

Thomas C. Tobin,

St Petersburg Times, Mars 1997

Retour début de l'article -- Retour homepage