Résumé:
Des scientologues parisiens ou mééridionaux, incités par une chef
de leur services secrets "OSA", ont tenté de suborner l'expert , Docteur Jean-Marie Abgrall, et
lui ont volé du courrier. On observera que l'un d'eux était médecin.
Après une longue instruction, le juge d'instruction a renvoyé les scientologues
devant le tribunal correctionnel, c'est le document présenté ici. On y lit entre autres que la scientologie
y est qualifiée de "secte" (passage mis en rouge)
Entretemps, l'un d'eux s'était suicidé (Rémy Petit). Il semble probable
qu'il ait décidé cet acte pour protéger la sciento, sur incitation directe ou indirecte de
ses chefs.
Le jugement d'appel de ce procès est ici
TRIBUNAL
GRANDE INSTANCE
DE TOULON
CABINET
DE Monsieur Franck LANDOU
JUGE D'INSTRUCTION
N° DE PARQUET : 91002737
N° D'INSTRUCTION: 50/91
ORDONNANCE DE RENVOI
DEVANT LE TRIBUNAL CORRECTIONNEL
ET DE REQUALIFICATION
ET DE NON-LIEU PARTIEL
avis de la présente
ordonnance a été
donné aux personnes
mises en examen par LR le 27 mars 1995 LE GREFFIER
Nous, F. LANDOU Juge d'Instruction au Tribunal de Grande Instance DE TOULON
Vu la procédure d'information suivie contre :
L J P personne mise en examen du chef de tentative de corruption, menace de subornation
de témoin
Né(e) le 27 Juillet 1961 A SALON DE PROVENCE 13
de
et
de
demeurant
:
profession : médecin
Ayant Me D'ORNANO Roland
pour
avocat(s)
LIBRE
R P
personne mise en examen du chef de tentative de corruption, menace de subornation de témoin, vol
Né(e) le 21 Juin 1969 A NICE 06
de
et
de
demeurant :
profession
: agent commercial
Ayant Me MAS Michel
pour avocat(s)
LIBRE
---------------------------------------
P R personne mise en examen du chef de vo
l
Né(e) le 23 Mai 1969 A SAINT GERMAIN EN LAYE 78
de
et de
demeurant :
profession : vendeur
Ayant Me VANZO
pour avocat(s)
LIBRE
D
épouse
F P personne mise en examen du chef de Cmoplicité de vol
Né(e) le 7 Mars 1955 A Suresnes (92)
de
et de
demeurant
:
profession : sans
Ayant Me METZNER Olivier
pour avocat(s)
LIBRE
avis de la présente ordonnance a été donné aux avocats des personnes mises
en examen en date du 27mars 1995
LE GREFFIER
PARTIE(S) CIVILE(S)
ABGRALL Jean Marie
13 Bd de Strasbourg, 83000 TOULON
Ayant pour avocat(s) Me HENRY Marie-Françoise
Vu notre ordonnance de soit-communiqué de la procédure à Monsieur le
Procureur de la
République en date du 11 janvier 1995,
Vu le réquisitoire de Monsieur le Procureur de la République en date du 23 février 1995,
tendant au renvoi devant le Tribunal Correctionnel , à requalification , à non-lieu partiel et dont nous adoptons les motifs ;
Vu les articles 175, 179, 180,183 et 184 du Code de Procédure Pénale ;
---------------------------------------
Attendu que l'information a établi les faits suivants :
Le 6
septembre 1990, le docteur ABGRALL
déposait plainte auprès du SRPJ antenne de TOULON, en exposant les faits suivants :
En mai et juillet 1990, il avait
été désigné expert judiciaire par un juge d'instruction
de MARSEILLE, puis de LYON dans le cadre d'informations judiciaires ouvertes contre la Secte de Scientologie, appelée Eglise de Scientologie.
Dans l'après-midi du 28 août 1990, il avait
reçu la visite de deux nouveaux clients ; d'abord un homme, qui avait "provoqué" et "importuné" ses patients dans la salle d'attente
ainsi que sa secrétaire et qu'il avait dû "expulser physiquement" pour
ce motif, sans avoir noté
son nom ; et ensuite une femme qui s'était présentée sous l'identité de N S.
Cette dernière avait sollicité un traitement
et
des examens ; elle lui avait dit appartenir à "l'association de citoyens pour la défense de l'homme" (émanation de l'église de Scientologie) et lui avoir été
adressée par le docteur L, membre de cette église. Ce dernier avait d'ailleurs déjà rencontré
le docteur ABGRALL fin juillet 1990, pour l'entretenir de l'Eglise de Scientologie et l'inciter à rendre des conclusions favorables dans
l'information ouverte au TGI de MARSEILLE et notamment dans le rapport d'expertise qu'il devait établir sur E A, concubine du docteur J-P
L écrouée à
MARSEILLE par le juge d'instruction (Mme SAYOUZ) sous l'inculpation de complicité d'escroquerie. (D 17)
Après le départ
de la jeune femme, le docteur
ABGRALL avait constaté la disparition d'un paquet de
cartes de visite et d'un ordonnancier.
Déjà,
le 4 août 1990, et à trois reprises, un
interlocuteur avait téléphoné successivement au docteur ABGRALL (par
ailleurs Président d'une association écologique CERASTES) à M. COUDERC (Vice président de cette association), puis au docteur
Robert MARTIN (médecin généraliste
à HYERES) pour avoir des renseignements
sur l'expert Jean-Marie ABGRALL, en faisant allusion à des détournements
de fonds commis par l'expert psychiatre à l'occasion de l'examen de majeurs protégés.
(D 10)
Le correspondant du docteur
MARTIN disait se
nommer P R (en fait P R) et le contenu de ses
propos laissait penser qu'il était
employé ou client de la compagnie d'assurance
LES MUTUELLES UNIES.
---------------------------------------
Il s'était en tout cas présenté
comme "membre de l'association de défenses des droits des citoyens".
Le docteur ABGRALL
déclarait que ces divers
incidents étaient
évocateurs de la "propagande noire",
terme utilisé par l'église de Scientologie et recouvrant un processus allant de la calomnie aux pressions procédurielles et à l'élimination
physique de tous ceux qui s'opposaient à cette secte. (D 4/D
5)
Le 13 septembre 1990, le
docteur ABGRALL déposait une nouvelle plainte au SRPJ pour vol de correspondance dans sa boite aux
lettres après avoir constaté la diminution du nombre de son courrier et la non réception de relevés bancaires ainsi que d'une mission expertale
adressée par une compagnie d'assurance. Cette
plainte était jointe à l'enquête,
en cours dans ce service. (D 8)
A la mi novembre 1990, M.
Claude GIRIEU, un
ancien infirmier du centre hospitalier spécialisé de PIERREFEU (où avait exercé le docteur ABGRALL) déclarait avoir reçu d'une dénommée LE F A-M, membre de la "ligue de défense des droits des citoyens", un appel téléphonique
au cours duquel elle lui avait demandé des renseignements d'ordre privé sur ce médecin.
(D 9)
N S, entendue une première fois le
5 février 1991, ne niait ni sa visite au docteur
ABGRALL, ni son appartenance à
l'église de Scientologie ; mais elle affirmait
avoir consulté ce médecin pour raisons exclusivement médicales et être totalement étrangère
à la disparition de l'ordonnancier et des
cartes de visite. (D 11)
---------------------------------------
La perquisition effectuée à
son domicile le
même jour, si elle ne permettait pas d'y retrouver ces documents, amenait la découverte d'un carnet d'adresses sur lequel
figuraient les numéros de téléphone
de F P et de R P. (D 12)
R P, entendu le 19 février 1991,
se
déclarait "conseiller pastoral au sein
de l'église de Scientologie" et membre de
la "commission des citoyens pour les droits de l'homme". C'était à
ce titre qu'il avait "enquêté" sur le docteur ABGRALL pour vérifier si ce dernier ne se rendait pas
coupable "d'abus psychiatriques".
Il affirmait avoir agi de son
propre chef et niait tout vol, comme toute intrusion dans le cabinet du plaignant
La perquisition effectuée à son domicile se
révélait négative et il n'était pas reconnu par la secrétaire du docteur ABGRALL
L J-P, entendu le 21 février
1991, confirmait être le concubin d'une certaine
E O.
Il affirmait n'avoir rencontré le docteur
ABGRALL que dans le but d'obtenir des nouvelles de sa compagne, en aucun
cas pour faire pression sur l'expert.
---------------------------------------
Après un avis de classement sans suite adressé au plaignant le 17 mai 1991, pour auteur inconnu en ce qui concernait les vols et infraction
insuffisamment caractérisée en ce qui concernait les autres faits,
une information était ouverte, sur constitution de partie
civile, le 28 juin 1991 contre N S, J-P L et P R, des chefs de tentative de corruption, menaces et subornation
de témoin. (D 2 D 1 D 27)
Entendu le 16 septembre 1991, le docteur
ABGRALL précisait que lors de la visite qu'il lui avait rendue, J-P L avait fait allusion aux problèmes divers qu'il pourrait rencontrer s'il
ne se montrait pas compréhensif
à
l'égard de Mlle O sans s'étendre sur ces problèmes.
Il lui avait également fait valoir que des
conclusions favorables pouvaient lui apporter une clientèle recommandée par l'église
de Scientologie et des faveurs accordées par la dite église telles, des voyages et une rémunération
financière. (D 34)
Selon le docteur ABGRALL, les propos étaient insidieux, sans menace directe.
Inculpés respectivement les 13 avril et 2l
septembre 1992
de tentative de corruption, menaces et subornation de témoin, J-P L confirmait ses déclarations antérieures tandis que P R ne faisait aucune déclaration. (D 36 D 37)
N S ne déférait
pas à la convocation du juge d'instruction.
(D 38)
---------------------------------------
L'enquête poursuivie sur commission rogatoire
permettait d'établir
que "la commission des citoyens pour les droits de l'homme" (CCDH), association régulièrement déclarée, avait pour objet la réforme de la psychiatrie et pour siège social au 54 rue Custine à PARIS (18°), une chambre de bonne occupée par deux employés de l'église
de Scientologie pour le compte de laquelle ils recevaient le courrier adressé au CCDH. (D 47)
Après de nombreuses difficultés liées
à la complexité de l'organisation de cette "église" et aux changements d'adresse fréquents de ses succursales, une perquisition était effectuée le 21 janvier 1993 dans les locaux de
la "mission de NICE", succursale niçoise de "l'église de Scientologie". (D 39 à D
61)
Elle amenait la découverte d'un manuscrit
signé par P R, dans lequel celui-ci avait confessé, à la
demande d'un officier d'éthique
de l'église (M. C N), ses fautes dont le vol,
en compagnie d'un dénommé P R, dans la boite aux lettres du docteur ABGRALL, d'un courrier destiné à ce médecin.
(D 62)
R P, entendu le 25 janvier,
reconnaissait les faits et expliquait que membre de l'église de Scientologie et de la commission
des citoyens pour les droits de l'homme, filiale de la précédente,
il avait reçu pour instructions, en août 1990, de P F, de "développer selon la tactique dite de la propagande
noire définie par RON HUBBARD, une contre-attaque
concernant les affirmations du médecin
psychiatre ABGRALL de TOULON, qui était,
un opposant notoire à
l'église de Scientologie au point d'avoir
été selon P F, la cause de la fermeture du centre de Scientologie de NICE. (D 70 D 82)
Conformément à ces instructions, purement
verbales,
il avait, en compagnie de P R, enquêté
sur le compte du Docteur ABGRALL,
cherchant à savoir "tout ce qui était de nature à compromettre sa réputation" tout en "émettant des doutes sur son honorabilité".
Et dans le courant du mois d'août 1990, il
avait dérobé en compagnie de R un courrier des assurances MUTUELLES UNIES D'ELBOEUF (75) destiné au docteur ABGRALL, puis l'avait remis
à P R.
Ce faisant il disait n'avoir 'fait
qu'exécuter un ordre express reçu
de P F de prendre tous les documents qu'il pouvait trouver sur le docteur ABGRALL. (D 82)
P R reconnaissait avoir agi sur
1'invitation expresse de P F pour mener une enquête de profil professionnel sur le docteur ABGRALL ; il s'était pris dans l'entrain de jouer au détective et était en présence
de R P lorsque celui-ci avait dérobé la lettre des assurances MUTUELLES UNIES.(D
88)
Quant à P D épouse
F elle
niait avant et après sa mise en examen, toute participation comme complice du vol du courrier. (D 94) Alors
même qu'elle reconnaissait avoir dirigé, toute "l'enquête"
menée par P R et R P sur le compte du docteur
ABGRALL, et que ces derniers la désignaient comme l'auteur moral de l'infraction, à tout le moins l'instigatrice des faits de vol de courrier.
RENSEIGNEMENTS:
P R était
conseiller pastoral de
l'église de Scientologie jusqu'en 1992. Il a refusé de se soumettre à un examen médico-psychologique ordonné
par le juge d'instruction. Il n'a jamais été
condamné.
P D épouse F était à
1'époque responsable de projet à la 'commission des citoyens pour les droits de l'homme où elle travaille bénévolement. Elle est mariée et mère
de 4 enfants. Se dit aujourd'hui sans profession.
Son bulletin n° 1 ne porte trace d'aucune condamnation.
---------------------------------------
J-P L est médecin ; il est décrit lors d'un examen médico psychologique comme un individu d'une personnalité organisée dans une adaptation superficielle et rigide, présentant même quelques traits persécutifs d'allure paranoïde. Son bulletin n° l du casier judiciaire ne fait état d'aucune condamnation.
SUR |