BELGIQUE
.../...bien s'effondrer. Fin septembre 1999, le tribunal correctionnel de Marseille a, à son tour,
requis deux ou trois années de prison pour sept membres de la section marseillaise, tous prévenus,
eux aussi, d'escroquerie. Jugement le 15 novembre...
Alors que l'Etat français se bat, avec plus ou moins de bonheur, sur le terrain judiciaire--on sait les
avocats de la scientologie, extrêmemcnt pointus en matière de procédure, prompts à exploiter
tous les recours légaux--, un pays voisin, l'Allemagne, a pris la "pieuvre " par les ventouses.
Dès juin 1997, 16 Lander, la Bavière en tête, plaçaient la scientologie sous surveillance
étroite des services généraux allemands, empêchant notamment tout fidèle (particuliers
ou entreprises) de décrocher des contrats dans divers secteurs sensibles de la fonction publique. S'ajoutaient
bientôt à cette mesure plusieurs perquisitions, la mise en service d'une ligne téléphonique
officielle réservée aux victimes des scientologues, l'interdiction pour ces dernier "d'ouvrir
des comptes dans certaines banques et la rédaction d'une nouvelle loi censée "corseter"
la vente de séminaires psychologiques, une activité commerciale dans laquelle excelle la scientologie.
Sale coup pour l' Eglise, dans une contrée que Ron Hubbard, feu son fondateur, avait spécialement
élue base principale du développement de la secte en Europe--avec la Suisse, en raison des moyens
financiers dont disposent les ressortissants de ces Etats.
Dans ce concert de récrimination, la Belgique vient donc d'élever aussi la voix. D'autant que la
découverte de cinq comptes liés à la scientologie, dans la fameuse "liste KB-Lux"
traitée par le juge Jean-Claude Leys, oblige notre pays à s'intéresser, qu'il le veuille ou
non, au financement international de l'organisation. Mais que pèsent ces coups de griffe européens
face à la toute-puissance d'un trust administré depuis les Etats-Unis? Voilà une institution
très hiérarchisée et uniformisée: avec la même structure, le même mode
de fonctionnement et les mêmes activités à Copenhague, Rome ou Johannesburg, "ses méthodes
s'exportent comme un McDo", constate un enquêteur. Totalitaire, aussi. La scientologie fournit tout
à ses membres: occupations, loisirs, traitements pseudo-médicaux, buts "supérieurs"
pour leur existence. Or, parce que sa façade reste relativement discrète, en Belgique, il est très
difficile d'imaginer, ici, l'emprise et la richesse qui la caractérisent outre-Atlantique. A partir de chiffres
avancés par l'Assemblée nationale française, Alain Lallemand, du journal Le Soir, évalue
ses revenus mondiaux annuels entre 66 et 131 milliards de francs belges. Plausible, mais complexe à vérifier.
Si chacune des quelque 3 000 églises, missions et associations concernées dans 110 pays verse effectivement
des deniers du culte à la maison mère de Los Angeles, si les écrits du gourou (plus de 100
millions d'exemplaires vendus), le matériel didactique surévalué (lire l'encadré),
les cours techniques et les dons personnels continuent à alimenter, en un flux proprement incessant, les
caisses de la scientologie, il est clair que ces abondantes rentrées d'argent ne sont pas gérées
à la petite semaine: elles font l'objet de mécanismes d'évasion fiscale extrêmement
bien rodés.
N'oublions pas qu'aux Etats-Unis l'Eglise tire profit d'une décision de justice qui lui fut hautement favorable.
Après trente-cinq ans de guerre judiciaire entre le fisc et la scientologie, l' Internal Revenue Service
(IRS) admettait, en octobre 1993, que cette dernière, "poursuivant des buts exclusivement religieux
et charitables", pouvait être entièrement exonérée de taxes...Les causes de cette
tolérance américaine sont doubles: le pays choie une tradition quasi "épidermique"
du respect des libertés et des minorités. En outre, plus prosaïquement, Hollywood, qui forme
le contingent le plus visible des disciples de la scientologie, est un des principaux bailleurs de fonds de la
politique américaine. David contre Goliath? Qu'importe. Tancé par le ministère des Affaires
étrangères américain (pour le traitement réservé par son gouvernement à
un culte "made in America"), le chancelier Helmut Kohl s'est souvent contenté de hausser les épaules
faces aux coups de semonce répétés provenant des Oliver Stone, Dustin Hoffman, Tom Cruise
et autres John Travolta, tous scienlologues zélés; issus d'un monde tellement apte à forger
des mythes qu'il a, depuis longtemps, confondu délire et réalilé...
La souffrance des victimes, en revenche, n'est pas un fantasme. Parce que la seule façon de tester la scientologie
est de dépenser des fortunes pour des cours ineptes qui durent des années, parce que le vrai visage
de la secte n'apparaît véritablement qu'à l'usage--même si les tentatives d'intimidation
sur des ex-adeptes, experts, magistrats et journalistes sont une réalité bien tangible--, peu d'observateurs
extérieurs peuvent témoigner qu'il s'y produit effectivement, par la mise en route de psychothérapies
incontrôlées, une destruction grave du mental des individus. Ces manipulations sont d'autant plus
ardues à prouver que les adhérents consentent souvent à leur propre déchéance.
"Parce que ceux qui perpétuent le crime sont aussi des victimes, la scientologie est un train fou impossible
à arrêter", affirme un adversaire de l'Eglise. Vraiment impossible? Longtemps, l'immense impuissance
des Etats européens a laissé l'opinion publique perplexe. Les mises en garde et les alertes officielles
semblaient floues face à des autorités comme "tétanisées". Pour contrer la
mafia des consciences, aura-t-il suffi de comprendre que la seule façon de barrer la route à la scientologie
est de viser sa comptabilité et ses circuits financiers? Aura-t-il suffi de cela, et d'un rien de coopération
européenne?
Valérie Colin
ATTRAPE-NIGAUD(E)S
Merchandising et cyber-traque
En recrutant désormais sur le Net, la scientologie élargit son terrain de chasse. Sans renoncer
aux méthodes traditionnelles de vente par correspondance.
"Mettez la tech en application dans la vie "...Le "catalogue des fêtes de dianétique
et de scientologie", brochure luxueuse rédigée en français, propose la gamme compacte
des "produits" de Ron Hubbard. Consultons-la, histoire de rigoler un bon coup. Blousons avec bras de
cuir véritable, broches et bracelets d'argent d'un goût suspect, photos encadrées du grand
maître à tous les âges de la vie y côtoient bien sûr, la titanesque bibliographie
de Source Ron Hubbard (Source s'est tari en 1986, pour le plus grand bien des arbres de la planète).
Disponible en une quinzaine de langues, tous ces ouvrages volumineux racontent l'"histoire brillante de la
vie la plus extraordinaire jamais vécue" (rayon culte de la personnalité, Staline et Mao peuvent
aller se rhabiller). Mais trêve de vilaine jalousie, à existence exceptionnelle, prix d'amis: l'un
des best-sellers de l'Eglise (Qu'est-ce que la scientologie?)--un livre de 835 pages qui, assure-t-on, "remplit
totalement le vide" (par le vide?), ne coûte que 5 157 francs (tarif 1995). C'est précisément
cette brique indigeste que le service de presse offre en double exemplaire (pourquoi tant de cruauté?) aux
reporters mal intentionnés. Mais passons. Tiens, ça vous dirait d'acheter la totalité du Cours
d'instruction spéciale de Saint Hill (430 conférences de Ron)? Grande est la sciento, qui vous fait
30% de remise sur le lot. Total: 521 325 francs. Trop cher? Il y a peut-être, quelque part, un petit électromètre
en solde [NDLR: sorte de détecteur de mensonges, outil indispensable aux affiliés].
Mais oui! Les couleurs de fins de série ne valent que 172 500 francs. Une paille. En revanche, un exemplaire
de l'édition spécia1e de la machine, émeraude ou rubis, se paie uniquement en dollar et en
chiffres ronds (10 000$ à titre de "donation pour la dissémination planétaire" de
la religion). Bon. Y'a plus qu'à passer commande, au moyen de l'enveloppe jointe, sans oublier le chèque
ou le numéro de carte de crédit.
Mais ça, c'est pour les vrais mordus. Pour tous ceux qui voudraient commencer, disons, plus modestement,
la scientologie propose, depuis des lustres, de sonder les performances psychiques de ses recrues éventuelles.
Dernière nouveauté: la fameuse "Oxford Capacity Analysis", qui sonde la personnalité
du volontaire, est aujourd'hui disponible sur Internet. Gratuitement. "Normalement, ce genre de test vous
coûterait plus de 500$" (C'est ça, c'est ça.) Un enrôlement à l'oeil? Vraiment,
fallait pas. D'autant que les questions (200, pseudo-scientifiques et vaguement freudiennes) sont d'un rasoir...
Au hasard: "feuilletez-vous des indicateurs de chemins de fer rien que pour le plaisir?", "vous
rongez-vous les ongles?", "réglez-vous vos dettes?", "songez-vous souvent à votre
propre infériorité?". La liste, dont les items se recoupent constamment, trahit quelques-unes
des éternelles obsessions scientologiques: la hantise des drogues, la révérence aux règlements
et à la famille, "Si vous n'êtes pas heureux dans la vie, vous pouvez découvrir pourquoi",
insistent les concepteurs du test, censé mettre en évidence "les facteurs qui vous stress (sic!)".
Résistez à la tentation de perdre votre temps...et votre anonymat. Le document rempli, la scientologie
vous invite à le lui retourner électroniquement (pour analyse "par un évaluateur compétent"),
avec mention de vos nom, adresse, téléphone, e-mail, âge, sexe et emploi. (Et salaire?) Attention:
la référence rassurante à la loi "informatique et liberté", qui protège
l'internaute contre les atteintes à la vie privée, n'a que peu de valeur dans la gueule d'un loup.
Les gendarmes belges l'ont appris, depuis leurs perquisitions et la découverte de milliers de données
classées, théoriquement confidentielles.
V.C.
LE VIF/L'EXPRESS 8/10/99 .
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