Malgré un programme républicain volontairement édulcoré, le "conservatisme
compassionnel" de George W. Bush s'inspire des théories de Marvin Olasky, un personnage haut en
couleur dont les idées sont des plus conservatrices.
LOS ANGELES TIMES (extraits)
D'AUSTIN
Il y a un peu plus d'un an, George Bush, alors gouverneur du Texas, prononçait son premier grand discours
politique en tant que candidat à l'élection présidentielle. Esquissant sa vision d'un nouveau
conservatisme, plus doux et plus souple, il a cité le mot "compassion" 15 fois en vingt minutes.
Dans le public se tenait Marvin Olasky, l'homme à la source du "conservatisme compassionnel"
de Bush. Olasky, ex-communiste, ex-athée, nouveau chrétien, est devenu une espèce de sauveur
pour les républicains, qui voient dans ses théories un moyen d'instaurer un petit gouvernement au
grand coeur.
Newt Gingrich, ancien président de la Chambre des représentants, est le premier à avoir sorti
Olasky de l'ombre, en 1995, suggérant que sa vision serve de modele pour l'avenir du Parti républicain.
Aujourd'hui, l'idée d'Olasky-la religion doit jouer un rôle dans l'action sociale gouvernementale-a
trouvé un écho chez Bush, texan et fervent chrétien lui aussi, auquel on doit d'ailleurs la
préface du dernier livre d'Olasky-un éloge des associations caritatives "fondées sur
la foi". Olasky est convaincu que le mur entre la religion et l'Etat doit être abattu, afin de permettre
aux organisations religieuses d'utiliser l'argent du contribuable pour venir en aide aux pauvres.
LA SÉPARATION ENTRE L'ÉGLISE ET L'ÉTAT EST MENACÉE.
Au cours des derniers mois, des groupes de défense des droits civiques ont attaqué ses positions
sur la religion, qu'ils considèrent comme une menace pour la séparation entre l'Eglise et l'Etat.
Les féministes ont éte indignées par ses remarques qui, selon elles, prouvent qu'Olasky pense
que les femmes font de piètres dirigeants. Et certaines associations juives ont été irritées
par un récent article dans lequel Olasky attaquait un groupe de chroniqueurs conservateurs qui se sont tous
avérés juifs.
Certaines attaques, en particulier les accusations d'antisémitisme, ont provoqué la colère
d'Olasky qui, âgé de 50 ans, a été élevé dans la religion juive. Cependant,
il ne renonce en rien à sa philosophie. Dans une récente interview, il a même déclaré
qu'il laisserait un groupe comme celui des scientologues ou celui des wiccans [adeptes de la sorcellerie] utiliser
l'argent des contribuables pour fournir des services aux pauvres. A condition, bien sûr, que les participants
soient volontaires et que les programmes proposés aient prouvé leur efficacité. Olasky est,
en fait, presque amusé par la virulence des attaques dirigées contre lui. Après avoir été
considéré pendant des années comme un obscur universitaire au parcours excentrique, il apparaît
à présent comme une puissante éminence grise poussant Bush à prendre un tournant radical.
Olasky se gausse de cette idée, réduisant sa fonction à celle de conseiller "très
occasionnel, très informel" qui n'a eu aucun contact avec Bush cette année.
"C'est un conseiller extérieur, sans aucun caractère officiel", a d'ailleurs déclaré
Dan Bartlett, porte-parole de George Bush. Lequel a également souligné que Bush et Olasky ne se sont
vus que deux fois. Même si ces deux rencontres ont eu une importance indéniable.
Christian T. Miller