LE SECTICIDE
L'ANTI - SCIENTOLOGIE antisectes.net

Un de mes articles dans la revue "Les Cahiers de l'Actif", N° 284-285 janvier février 2000, pages 61-75

http://www.actif-online.com

(Ce numéro des "Cahiers de l'Actif" contient un dossier de 153 pages; y ont participé - par ordre de parution dans la revue:

Anne Fournier, Nathalie Luca, Florence Lacroix, Jacques Guyard, la MILS, Jean-Pierre Bousquet, Janine Tavernier, Didier Pachjoud, François Marchiani, Didier Thomas, Max Bouderlique, Michel Sidobre, et Henri Perret.)

SECTES ET MILIEU EDUCATIF

Avant-propos : l'auteur Note
Définitions
Le phénomène sectaire pourrait-il plus facilement concerner les milieux éducatifs ?
Raisons d'ordre professionnel se transformant en motivations personnelles :
Groupes spécialisés
Psychologie et psychiatrie
Opération séduction
La loi du silence
Lavage de cerveau - Contrôle mental
Education… de l'éducateur

A propos du Rapport de la Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes

Avant-propos : l'auteur

Ancien patron fondateur d'une organisation scientologue française régionale, Roger Gonnet a finalement quitté cette secte qu'on peut qualifier de prototype des sectes coercitives, au bout de huit ans.

Il est l'auteur de l'ouvrage " La Secte " - secte armée pour la guerre, chroniques d'une " religion " commerciale à irresponsabilité illimitée (Alban édition, sortie novembre 1998), ouvrage qu'il qualifie d'entreprise de destruction systématique d'une multinationale de l'escroquerie.


Il entretient par ailleurs les deux sites internet francophones critiques de la scientologie - dianétique les plus documentés et les plus complets existant au monde (
http://www.antisectes.net) et http://www.home.ch/~spaw1736/sciento-vs-internet [site pas à jour, note ajoutée], qui contiennent chacun quelques 3 millions de mots.

Note :

Que les lecteurs veuillent être indulgents : la plupart des exemples cités proviennent de la secte prototype. Je ferais d'ailleurs observer qu'elle a tant abusé des failles juridiques et des lenteurs des gouvernements, qu'en dehors des Etats-Unis où elle jouit d'une protection toute relative (suite à des chantages et autres combines illégales), la scientologie est actuellement partout décriée; ajoutons que c'est en fait à ses manœuvres trompeuses que tous les autres mouvements coercitifs similaires doivent une partie de leurs ennuis : elle a sensibilisé l'opinion au problème réel du lavage de cerveau et des techniques de contrôle mental, et reste de très loin la plus souvent citée ou attaquée, y compris dans son propre berceau, les USA. Les Témoins de Jéhovah, qui n'étaient certes pas parfaits mais restaient souvent acceptables en dehors de quelques détails qu'ils pourraient probablement régler sans perdre leur âme, ont par exemple eu le tort de copier certaines de ses politiques de défense, ce qui leur a valu des retours de bâton.


Les " religions " qui s'entourent désormais d'avocats ne servant qu'à leur monter le bourrichon et descendre leur portefeuille - excusez ma trivialité - deviennent forcément suspectes. On peut les mettre en parallèle avec ces sociétés chimiques ou pétrolières défendant leurs " droits " après Bohpal et ses 25000 morts, ou après le naufrage de l'Exxon Valdez en Alaska, sous la houlette d'un capitaine ivrogne.

Définitions

En dépit de l'intérêt que représente le débat ouvert sur la question des définitions de ce que recouvre le terme " sectes ", nous ne l'aborderons que par un rapide résumé. Les sectes, au sens fin du XXe siècle le plus connu et le plus usité, sont ici ces mouvements philosophiques ou pseudo-philosophiques, religieux ou pseudo-religieux, parfois mêmes politiques, qui cherchent, pour quelques-uns d'entre eux, à dominer et contrôler l'existence de leurs adeptes, à leur soutirer des sommes ou un travail considérable, et parfois, à faire adopter leur point de vue totalitaire à l'ensemble de la planète. C'est donc uniquement au sens moderne du terme qu'il est envisagé ici, à l'exclusion de ses définitions de base : mouvement dissident d'une religion principale. Un mot toutefois : certains mouvements dissidents, en particulier ceux bâtis sur des versions spéciales de la Bible, sont à la fois des sectes au sens ancien et au sens moderne. Moon " l'église de l'Unification " en est un exemple.

Il va de soi qu'il existe de très grandes différences de dangerosité entre ces mouvements. Nous nous occupons surtout ici des plus dangereux (scientologie ; Moon; IVI ; Hue ; Raël etc). Précisons que si des rapports officiels comme ceux des Commissions d'Enquête de l'assemblée nationale en France ou en Belgique, ont cru utile d'établir une liste de mouvements sectaires, c'est qu'il existe toujours une crainte que certains d'entre eux, qui étaient calmes et peu gênants jusque là, ne virent un jour à la folie meurtrière. C'est ainsi que l'OTS a assassiné la plupart de ses adeptes, sans que quiconque ait pu prévoir cette fin tragique. On ne peut donc pas se passer d'une liste des mouvements présentant des caractères sectaires ; cependant, c'est à chacun, en son âme et conscience, de faire au mieux le tour des caractéristiques sectaires d'un mouvement, qu'il soit ou non répertorié, avant de juger de ses dangers éventuels ou de sa qualification de " secte ". On remarquera cependant que parmi tous ces groupes à prétentions idéalistes se résumant trop souvent à des questions bassement financières, aucun n'a jamais accepté de se qualifier de " secte " ou de " sectaire " . Ce sont en effet des termes péjoratifs. Cependant, céder au politiquement correct ne ferait ici qu'aggraver la confusion qu'ils entretiennent eux-mêmes à dessein, car leurs intentions ne cadrent pas souvent avec leurs activités ou avec leurs méthodes.

Le phénomène sectaire pourrait-il plus facilement concerner les milieux éducatifs ?


Il existe un certain nombre des raisons au fait que le milieu éducatif soit plus particulièrement visé par l'environnement sectaire. Tout d'abord, c'est de tout temps que les orientations philosophiques, religieuses, psychologiques, pseudo psychologiques et croyances ont orienté les méthodes d'éducation. Dans grand nombre de pays, notamment ceux du bloc islamique, cette influence est encore monopolisée par les religieux. Dans d'autres, surtout en Occident, la psychologie a partiellement remplacé le monopole des croyances ; ailleurs, comme dans l'ex-URSS, l'état et la politique tentaient de tenir le rôle normalement dévolu aux familles ou aux enseignants : nous avons donc toujours eu des liens étroits entre ces domaines.

Raisons d'ordre professionnel se transformant en motivations personnelles :

- Les éducateurs et professeurs sont en perpétuel contact avec les problèmes humains : être chargé d'âmes et se sentir responsable du bien-être et du futur de centaines d'êtres humains n'est pas chose simple. La multiplicité des problèmes de conscience et de " technique " - si ce mot peut réellement s'appliquer ici - entraîne bien souvent l'éducateur ou le professeur vers un questionnement de ses théories, de sa pratique, de ses propres méthodes vis-à-vis de ceux dont il a la charge.


- L'enseignement et la formation reçus dans le milieu éducatif contribuent aussi à diriger l'attention du professionnel en direction des problèmes humains : pédagogiques, philosophiques, psychologiques, sanitaires, sociaux, voire théologiques.


- Les discussions entre collègues, nombreuses et immanquables (au point qu'on a parfois caricaturé le souci constant d'information des éducateurs en leur attribuant une déformation professionnelle - " les pédagos " entend-on dire) ne font qu'accentuer l'importance qu'ils accordent à l'aspect humain de leur métier, de leur vocation.


- Dans les milieux éducatifs spécialisés, ces premiers points sont peut-être plus marqués encore puisque c'est là que les difficultés de compréhension de l'être humain est la plus criarde : les professionnels de ces milieux pourraient être davantage tentés d'essayer certaines des solutions qu'offrent ces mouvements : quand on croit avoir tout essayé et que rien ne marche pour soigner un cancer physique ou moral, l'envie de réussir peut mener vers les voies parallèles offertes.
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Or, que font les mouvements sectaires, sinon fournir la solution , au moins en apparence, (avec parfois quelques succès) à la cause humaine ?
Les sectes, grâce à un ensemble de principes préétablis et parfois rigoureux dans leur présentation, grâce aussi à un charisme et à des techniques d'aide, à divers processus très présents de love-bombing , paraissent parfois en mesure de donner un certain nombre de réponses satisfaisantes à ceux qui cherchent à combler des lacunes, réelles ou imaginaires, dans leur pratique professionnelle.


Hors du milieu éducatif, on trouve probablement déjà une majorité de gens préoccupés d'améliorer leurs relations et leurs performances: cette proportion augmente encore chez ceux qui sont constamment en butte à de réels problèmes humains.


On peut donc facilement imaginer que les mouvements de type philosophiques séduiront largement et tout naturellement les professions liées à l'enfant - ou à l'homme - en proportion directe de leur engagement et de leur dévotion à cette tâche difficile et aux multiples visages.


Je pourrais citer l'organisation scientologique que j'ai dirigée en exemple : dans les débuts, plus d'un tiers des "clients " provenait du milieu enseignant.
On peut aussi constater que la politique suivie dans ces mouvements se modifie souvent, par opportunisme et pragmatisme, attirant alors d'autres couches de population ou de profils personnels. De plus en plus axée sur l'argent, la scientologie semble ainsi désormais plus orientée vers les professions de l'informatique, du conseil et du commerce, plus capables d'assurer des versements pouvant dépasser 2 millions de francs par personne (je peux prouver ce que j'avance).

Groupes spécialisés

Afin d'assurer la meilleure pénétration possible dans le domaine pédagogique, certaines sectes se sont dotées d'universités (Moon) ou de nombreuses façades comme le GAME, ABLE, APPLIED SCHOLASTICS, et de diverses crèches ou écoles ; à ces groupes spécialisés s'ajouteront des groupes supposés prendre en charge des problèmes de société criants auxquels les professeurs et éducateurs sont très sensibles : les drogues (Narconon, et le Patriarche-Dianova) ; la criminalité (Crimanon) ; les droits de l'homme (CCDH, CCHR, Ligue pour une Justice Honnête), la tolérance religieuse etc.
Qu'on ne se fasse aucune illusion : tous ces groupes n'ont que trois idées en tête : a/ améliorer l'image de marque de leur secte fondatrice, b/ attaquer ses ennemis, et c/ trouver de nouveaux membres séduits par une approche qui leur plairait. Excusez ce jugement radical : j'ai pratiqué assez longtemps pour les voir à l'œuvre, et un ouvrage complet suffirait à peine à justifier ce point de vue, tant les exemples sont nombreux.

Psychologie et psychiatrie

Mention particulière doit être faite de l'attaque enragée de la scientologie envers la psychologie et la psychiatrie. Dans le même lot, religions et médecine tiennent une place moins visible parmi les cibles. C'est un fait que Ron Hubbard avait annoncé " l'éradication totale de la psychiatrie pour l'an 2000 ".
On comprend bien que ces sujets ne soient ni parfaits, ni finis, ni leurs résultats toujours satisfaisants. Cependant, la secte profite de ces faiblesses pour relever avec une opiniâtreté sans faille toute anomalie réelle ou imaginaire qu'elle publiera en généralisant. Qu'un psy soit condamné pour tentative sexuelle envers un patient sera très vite généralisé à " la psychologie et aux psychiatres ". Si les électrochocs ou les médicaments psychiatriques ne sont pas la panacée, loin s'en faut, cela devient " toute la psychiatrie utilise la camisole électrique ou chimique ".


Ces sujets sont aussi des voies d'entrée dans le monde éducatif dont profitent ces mouvements prétendant posséder des réponses parallèles, dont quelques-unes sont effectivement séduisantes. Hélas, leurs effets secondaires sont souvent dévastateurs lorsqu'elles sont appliquées sous le contrôle de leurs " inventeurs ", puisque c'est non seulement le plat de résistance qu'il faudra consommer, mais les sauces empoisonnées qui l'accompagnent.

Opération séduction

Les mouvements sectaires ont chacun leurs méthodes ; toutefois, c'est de très loin le bouche à oreille (quelquefois via les groupes " sociaux " dont il est question ci-dessus) qui leur fait gagner des parts du grand marché de l'irrationnel ou du religieux. S'il arrive assez souvent qu'un quidam soit abordé dans la rue ou dans les lieux publics, ce sont surtout les démarcheurs proches de la future victime qui servent d'interfaces entre la secte vendeuse et ses prospects - c'est là le terme que certaines utilisent. Le parent, l'ami proche seront davantage susceptibles de convaincre ces prospects que les conférences d'introduction, films, livres, discussions de prosélyte à votre porte, tests et autres illusions.


Quoi qu'il en soit, les dés jetés sont pipés, dans tous les cas. Les auteurs de l'ouvrage
Snapping, les Dr Flo Conway et Jim Siegelman, sont les auteurs d'une théorie intéressante portant entre autres sur les phénomènes observables chez ceux qui pénètrent une secte coercitive. C'est ce qu'ils nomment snapping, que l'on peut traduire par rupture soudaine avec l'environnement ou le passé: un nouvel adepte subit en effet des pressions et séances de conviction ou séduction pouvant entraîner plus ou moins vite une rupture d'avec ses habitudes de vie, dont l'importance peut s'accentuer au point qu'il perdra parfois tout contact avec sa famille et ses amis, son travail, ses centres d'intérêt etc, qu'il dépensera brutalement la totalité de ses économies ou s'endettera au-delà de ses moyens, parfois même en trichant largement, allant par exemple chez plusieurs organismes de crédit qu'il n'informe pas des autres emprunts qu'il aurait effectué.


Une autre image permet d'illustrer le phénomène de snapping : tomber amoureux. Quand cela se produit, on constate souvent de vastes changements d'habitude. Ce serait comparable au snapping subi lors de l'entrée dans un mouvement. Il est indispensable d'insister sur ce phénomène, que l'on retrouve assez bien décrit par exemple dans le passage du procès perdu en novembre 99 par la scientologie à Marseille ; il s'agit d'un médecin cardiologue qui a brutalement accepté de leur signer un chèque de 132 000 F, après quelques séances " d'audition dianétique ", ou encore, autre exemple choisi par les juges, une jeune femme fut non seulement contrainte d'entrer en section psychiatrique à la suite des effets secondaires néfastes des procédés scientologiques, mais son ami a immédiatement payé 5000 F de plus à la secte pour apprendre comment la soigner , alors qu'elle était dans un état très manifestement alarmant. (Heureusement ici, le bon sens de son ami a pris le dessus et la jeune femme a passé quelques jours en repos médicalisé.)

La loi du silence

Il me paraît nécessaire d'aborder l'un des aspects particuliers de la justice pour expliquer la relative absence de plaintes à l'encontre de sectes dangereuses. Illustrons en comparant les victimes de sectes à tous ceux qui se font avoir par certaines cures d'amaigrissement miracle et autres fournisseurs en poudres et recettes magiques. On peut penser que l'acheteur de tels produits imagine confusément dès le début qu'il pourrait s'agir d'un leurre.


Le temps passé, et de faibles résultats (on peut perdre 2 kilos en une journée par certains programmes, tout comme on peut avoir des impressions miraculeuses d'euphorie dans une secte) laisseront le consommateur sur sa faim - si l'on peut dire ! - Il risque donc de se persuader, durant un temps plus ou moins long, que les techniques qu'on lui applique ont fonctionné, et qu'elles continueront à marcher si l'on y consacre de plus en plus de temps et d'argent.


Deuxième facteur favorisant la durée de l'engagement dans ces mouvements : l'auto-conviction si naturellement répandue : je ne peux pas avoir tort à ce point - sous-entendu, j'ai déjà dépensé beaucoup, les gens autour de moi semblent heureux, je fais mon devoir pour la société, je fais mon devoir envers Dieu, etc ; corollaire : tout devrait donc s'améliorer.


Troisième facteur, l'abolition de la critique par la démonisation de ceux qui s'y risqueraient ; le critique n'est habituellement pas attaqué de front, sauf dans les cas extrêmes : on usera du love-bombing pour lui démontrer qu'il s'agit de l'œuvre de Satan -c'est vrai pour la plupart des groupes basés sur des écrits déformés provenant de religions anciennes, ou pour lui démontrer qu'il a mal compris quelque pensée essentielle du Maître : c'est là qu'Hubbard laissa apparaître un certain génie, en provoquant chez ses adeptes la certitude qu'ils avaient des désaccords avec lui et ses écrits en raison de leurs (a) mots mal compris ; ou de (b) ses exactions. Une fois cette certitude provoquée chez l'adepte bien dressé, rien de plus facile que l'entraîner à penser : " j'ai toujours tort, puisque j'ai des mots mal compris, et qu'il m'arrive de faire des actes nuisibles ".


C'est ainsi qu'en dépit des multiples constats d'échecs que je ressentais autour de moi (abandons répétés de nombreuses personnes ayant commencé leur voie, ou pour moi-même - par exemple, en étant incapable de vraiment arrêter de fumer alors que c'était mon désir), j'ai continué des années durant à pratiquer et entraîner les autres, espérant un hypothétique lendemain qui chanterait, tandis que le gourou augmentait les taux des donations et le nombre des services dans des proportions sans aucune commune mesure avec les bénéfices imaginaires ressentis - (les bénéfices psychiques, même imaginaires, sont sur le moment tout aussi convaincants que les autres).


Nous avons donc à la fois une abolition passive de la critique, et des moyens actifs de l'imposer quand il le faut. On a découvert dans certaines installations du gourou criminel d'Aum Shinrikyo, des adeptes emprisonnés dans des cages, depuis des mois ou plus. La scientologie entretient des véritables goulags , où elle expédie les récalcitrants, voire tout simplement, les auteurs de fautes tout à fait involontaires faites en toute bonne foi pour le compte de la secte.
Quatrième facteur, l'irresponsabilisation du groupe par rapport à l'individu, et son corollaire, la culpabilisation progressive des membres. Au départ, l'adepte reçoit des autres convaincus une impression de toute-puissance du groupe ; il est ainsi amené à croire que ce dernier prendra les décisions et entreprendra les actions nécessaires à sa propre perpétuation ; il n'en est évidemment rien : les incartades, la mauvaise publicité ou les crises d'un adepte entraînent rapidement des réactions punitives du groupe ou de ses chefs. Les membres finissent alors par s'estimer responsables de tous les maux de l'univers (en fait, des seuls du groupe), et n'ont de cesse d'apporter davantage à sa survie , même au péril de la leur.


Cinquième facteur :à certains niveaux, le groupe peut aller jusqu'à exiger des crimes ou des délits à des adeptes triés selon leur engagement… crimes dont il gardera trace, car ils peuvent servir à exercer des pressions de chantage par la suite : l'arme est à double tranchant. Notons d'ailleurs qu'il n'y a pas systématiquement exigence claire du groupe en ces domaines : c'est bien souvent le membre qui décidera de lui-même de passer la frontière pour aider sa secte. Au chantage potentiel si l'adepte quitte la secte, s'ajoutera la honte ou la culpabilité : à la fois la culpabilité des délits commis pour le compte du groupe et celle d'avoir aidé à piéger d'autres victimes - souvent des parents ou des amis proches.


Sixièmement, le membre qui s'en va après une période assez longue souffre la plupart du temps d'un temps de latence souvent considérable avant de réagir au lavage de cerveau subi ; on s'accorde volontiers à penser, lors de discussions entre anciens membres, qu'au temps passé dans le groupe succède un temps plus ou moins équivalent avant de décider de le critiquer publiquement; nombre de procès contre ces mouvements se perdent ainsi en route, les délais légaux de plainte étant dépassés.


Tous ces facteurs combinés à un septième (les bénéfices imaginaires - ou réels, que chacun en juge par lui-même) et à l'érosion des souvenirs, chez les moins touchés, auront pour effet d'amoindrir considérablement le nombre d'affaires pouvant aboutir en justice, d'autant que certains mouvements -la scientologie encore !- ont ajouté diverses méthodes extérieures vicieuses ou quasi terroristes destinées à empêcher les critiques de parler. La scientologie s'arrange pour rembourser une partie des sommes des clients insatisfaits, peu avant que les procès ne passent devant les tribunaux.


J'ai ainsi été menacé à huit reprises de poursuites si je n'ôtais pas de mes sites Internet certains secrets qu'elle vend à ses gogos pour un million de F ou davantage, et l'on ne compte plus les journalistes, juges ou policiers ayant fait l'objet de pressions amicales ou inamicales de ces mouvements. Je n'ai jamais obtempéré à leurs demandes, ayant été suffisamment renseigné sur leurs méthodes et sur la légalité de ces documents pour me le permettre. Tous les critiques n'ont pas eu cette chance.

Lavage de cerveau - Contrôle mental

Le fin du fin des sectes reste le lavage de cerveau, les techniques de contrôle mental.


Si la psychologie et la psychiatrie s'accordent à dire que le lavage de cerveau qu'on pourrait qualifier d'absolu ou de définitif n'existe pas, la simple observation des faits suffit à démontrer qu'il en existe pourtant à divers degrés. Certains contrôles mentaux sont assez bénins et très surveillés : la publicité en fait partie. Les techniques de vente sont un peu plus complexes et aboutissent parfois à un acte d'achat inconsidéré, que peu de gens regretteront vraiment ensuite au point d'aller en justice pour réparation.


Les enfants manipulent leurs parents, les parents leurs enfants, etc. C'est une forme très adoucie de contrôle mental et les règles en sont habituellement perceptibles, si bien qu'on ne parle pas de contrôle mental ici ; pourtant, dans les trois cas précédents, se cache à divers degrés le premier outil utilisé par les escrocs et les sectes : le mensonge. Cela reste la première solution pour obtenir de quelqu'un quelque avantage qu'il n'aurait pas forcément donné, s'il savait la vérité. "Le maître a demandé 20 F pour… " signifie parfois " je veux me payer 20 F de bonbons ".


Du mensonge simple, il faut passer au mensonge à étages pour arriver au domaine qui nous intéresse. Le gourou prendra la bible, modifiera à sa guise certains passages, les interprètera en les éclairant d'une lumière qu'ils ne portent pas, et grâce à un charisme dévastateur qui n'est qu'une seconde facette du mensonge, parviendra à transformer l'existence de dizaines, puis centaines, puis milliers d'individus, leur faisant perdre tout sens critique. Des groupes comme celui de Jim Jones, 930 morts au Guyana, démarrent petit ; leurs fondateurs ne calculent même pas forcément les effets de leurs paroles, à tel point que Le Temple du Peuple fut classé bénin durant des années… au cours desquelles la paranoïa parfois liée au pouvoir acquis peu à peu par le gourou sur ses troupes le transforme instant après instant en un dangereux tyran. Ce type d'hypnose des foules n'est pas nouveau ; les Hitler, Staline et autres dictateurs en disposent aussi. Imagine-t'on les allemands obéissant comme ils l'ont fait, sans qu'une combinaison de forces psychologiques, financières, et individuelle leur soit appliquée ?

Education… de l'éducateur

Si toute sorte de remèdes sociaux ont été mis en branle pour tenter de juguler ces groupements, aucun n'a remplacé l'éducation ; c'est un truisme qu'affirmer que la première arme contre le mensonge reste la vérité, que la meilleure méthode pour lutter contre l'absence d'esprit critique reste l'éducation et la formation de cet esprit critique.


Permettez-moi donc d'encourager les discussions à ce sujet, en essayant d'éviter les aspects trop peu importants, telle l'histoire du tchador à l'école que je prends ici en illustration. Le problème est bien davantage une affaire de fond que de forme. Le jour où les femmes et filles fréquentant nos écoles démocratiques comprennent mieux les valeurs humaines et les droits de l'homme, elles cessent, je le crois, de s'inquiéter de la forme-tchador, pour s'intéresser davantage à leurs propres droits et devoirs. Le jour où les aspects choquants d'un groupe fasciste sont répertoriés ou plus facilement reconnus grâce à l'éducation, le groupe perd sa clientèle, ou cesse d'être fanatique, à l'exception de ses marges extrémistes.


Ce jour-là, nous y gagnons tous, car même si l'on peut reconnaître aux abus une certaine valeur éducative en soi, autant les réduire pendant qu'il est temps. Aucun besoin désormais d'une Shoah pour faire passer l'anti-racisme , et aucun besoin de religions ou sectes voulant dominer le monde pour savoir que les hommes méritent qu'on leur applique les recommandations de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.


Le rapport de la Mission interministérielle de Lutte contre les Sectes

Peu avant que ne sorte l'article sur les sectes, nous avons reçu ce long et intéressant document proposant diverses mesures pour lutter plus efficacement (texte complet http://www.antisectes.net/mils2000htmfr/htm ou en word, zippé : http://www.www.antisectes.net/mils2000wordfr.zip). J'aborderai ici surtout les aspects touchant à l'enseignement et aux organismes sociaux.


Globalement, il s'agit d'un bon texte, précis, même si les lectures parfois hâtives qui en ont été faites n'ont pas immédiatement abouti à une relative unanimité quant aux solutions porposées : il y a de fortes chances qu'au fil du temps on y découvre de plus en plus d'avantages et d'efficacité.
Le document est très orienté vers le respect des droits de l'homme, la qualification de secte au sens moderne étant attribuée après que des mouvements aient gravement violé ces droits - à répétition, et sur de longues périodes.


Dans l'Education Nationale, nombre d'actions d'information sur les sectes ont été entreprises, sous la houlette de M. Groscolas, inspecteur général, afin par exemple d'améliorer la formation des maîtres dans les IUFM, et d'en faire prendre conscience aux élèves, par le biais des manuels d'instruction civique. Suite à ce qui pourrait passer pour ambiguïté du rapport, certains ont pu croire qu'il était question de surveiller les croyances des professeurs ; ce n'est évidemment pas le cas : le rapport se contente de signaler que des parents d'élèves proposent que les professeurs membres de certains groupements douteux n'aient pas de contacts avec les enfants, la Mission ne prend pas parti .


Pour l'essentiel, le passage consacré aux relations entre la mission et le Ministère de l'E.N. tend à rappeler que le point essentiel concerne les droits de l'enfant - en particulier son épanouissement, dans le respect de la Convention Internationale des droits de l'Enfant (que seuls, rappelons-le, les USA et la Somalie n'ont pas signée).


Le chapitre consacré au Ministère de la Jeunesse et des Sports va dans le même sens, et rappelle que ce Ministère fut l'un des tout premiers à s'engager dans des actions d'information et de surveillance vis-à-vis des groupes présentant des caractéristiques sectaires trop affirmées.


Un long passage (au titre du Ministère de l'Emploi et de la Solidarité) a trait au fait que dans le domaine des psychothérapies et de la formation professionnelle, aucun diplôme n'est exigé pour exercer, ce qui a permis à diverses sectes [psychogroupes, comme les ont nommées nos voisins outre-Rhin, ou sectes psychanalytiques, selon le rapport de 1996 de nos députés] de s'engouffrer dans une brèche de ces domaines au sein desquels la multitude des techniques et écoles laisse place à une confusion possible entre techniques éprouvées et douteuses compétences.


Enfin, l'on observe que parmi les cibles préférées de certaines sectes se retrouvent des organismes à vocation sociale : la direction générale de la Santé, la direction de l'action sociale, l'association nationale pour la formation du personnel hospitalier (ANFH) et d'autres organes similaires sont souvent sujets aux tentatives d'entrisme [la scientologie s'est fait aux Etats-Unis une spécialité d'organiser des colloques de management destinés aux dentistes ou médecins, par exemple. Sans doute, l'attrait de ces milieux financièrement aisés, largement écoutés par le grand public et habitués par ailleurs à ne pas disposer d'une unique réponse face à un symptôme, facilite-t'il le choix prosélyte qu'en font les sectes. Certaines d'entre elles comportent aussi nombre d'avocats : ceux-ci trouvent là une clientèle aux fonds illimités]


La définition assez brutale (et assez juste à mon sens) que la Mission a donné du terme " sectes " parachève le texte : on imagine quelles sont les plus visées:

" Une secte est une association de structure totalitaire, déclarant ou non des objectifs religieux, dont le comportement porte atteinte aux Droits de l'Homme et à l'équilibre social. "

Puis deux mouvements seulement sont décrits avec quelque détail : ce sont les plus dangereux en France à l'heure qu'il est : l'OTS - Ordre du Temple Solaire et sa cohorte de suicides-assassinats, et la scientologie, avec ses buts totalitaires (le rapport est agrémenté de citations dont celle-ci correspond remarquablement à l'esprit du fondateur : " Quand vous quittez une position de puissance, payez immédiatement toutes vos obligations, déléguez le pouvoir à tous vos amis et partez armé jusqu'aux dents, doté de moyens de faire chanter tous vos anciens rivaux, de fonds illimités sur votre compte privé, d'adresses de tueurs à gages expérimentés, allez vivre en 'Bulgravie' et soudoyez la police. Et même alors, vous risquez de ne pas vivre longtemps, si vous gardez une once de pouvoir dans tout camp que vous ne contrôlez plus aujourd'hui, ou même si vous ne faites qu'annoncer : "Je soutiens le politicien Jiggs". Abandonner totalement le pouvoir est partculièrement dangereux." (Ron Hubbard, Introduction à l'éthique de la Scientologie, p. 80). "


Il suffisait d'écouter les porte-parole de la secte à la publication du rapport pour entendre l'absurdité de leur " argumentation " en réponse aux accusations : " Qu'on détruise la Mission, qu'on retire le Rapport et : nous allons fédérer toutes les religions contre la France " fut en substance leur réaction. Pas un mot évidemment sur leurs crimes, leurs victimes, leurs condamnations à répétition - ni sur les ennuis similaires qu'ils ont partout dans le monde.


Roger Gonnet,
Janvier 2000

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