Critique du film Holy Smoke
par Ian Haworth, http://www.xenu.net/cic/
Traduction-adaptation roger gonnet
remarques du webmaster en bleu
21.12.1999, Londres, UK
J'ai pu assister hier soir à la présentation privée à l'Académie anglaise
de film et télévision, du film Holy Smoke de Jane Campion, avec Kate Winslet et Harvey Keitel.
Ce film décevra ceux qui travaillent dans le domaine de la lutte anti-sectaire, et leur paraîtra souvent
aggressif envers leur cause.
Le film expose nombre des mythes entretenus par les sectes elles-mêmes et par leur propagande, suggérant
que seuls des enfants paumés s'engagent dans les sectes, que les déprogrammeurs exploitent financièrement
leurs familles et sexuellement ceux à qui ils sont supposés venir en aide.
Jane Campion a écrit et dirigé le film; des spectateurs m'ont dit que le film était très
dans son style, qu'il concerne les changements de relations entre un homme et une femme et le transfert du pouvoir
de l'un à l'autre. C'est bien le cas, et le pack de relations publiques du film le confirme. Il est clair
que le sujet sectes n'avait pas d'importance pour Jane Campion dans cette histoire - il aurait aussi bien pu s'agir
d'autre chose.
Il n'est pas pour autant acceptable qu'elle use de sa piètre compréhension du rôle de "conseiller
d'extraction des sectes" comme alibi à son scénario de passion entre un homme et une femme.
Le conseil pour extraire des victimes d'une secte n'a pas grand chose à voir avec le pouvoir et la domination:
il s'agit seulement de rendre ses aptitudes à quelqu'un, de lui réactiver ses capacités critiques,
de lui rendre son aptitude à choisir et être libre par lui-même.
Si l'on considère l'oeuvre du point de vue de la confusion ou des opinions de Mme Campion sur les relations
humaines ou sur ses errements spirituels, l'ouvrage peut paraître vraiment lénitif et ennuyeux. Mais
son utilisation abusive du sujet des sectes dans un domaine aussi sensible démontre amplement son incompréhension
de la gravité du problème sectaire.
Où a-t'elle effectué ses recherches? Elle n'a rien compris à l'impact profond des sectes
sur les adeptes ou leurs familles. Elle confond aussi la terminologie en mélangeant "conseiller d'extraction
des sectes" et "déprogrammeurs": elle se sert de "déprogrammeur" dans les
deux cas. Quant à l'activité du déprogrammeur, elle n'a pas grand chose de commun avec la
réalité imposée par Campion, et risque fort de fâcher tous ceux qui connaissent vraiment
la situation.
Les auteurs ont si mal fait leur recherches historiques qu'ils ont daté la tragédie de Jonestown
en 1978; guère plus amusant, le film montre un asthmatique se servant d'une bombe de Ventoline [le produit
d'inhalation dont se servent les malades] comme s'il s'agissait d'un rafraîchisseur d'haleine.
On observe diverses tentatives d'humour noir et de farces tombant à plat, car ils n'ajoutent rien au
sujet de Holy Smoke. Je préfère éviter de parler de certains jeux d'acteur décrivant
une famille à problèmes.
J'aurais aimé que Mme Campion choisisse d'autres moyens de démontrer son propos: ce film est une
honte pour des centaines de gens qui comme moi ont oeuvré depuis des décennies dans le monde entier
pour tenter de faire comprendre à la société la vraie nature des sectes .
J'avais entendu des critiques australiens se plaindre du film: je pense qu'on atteint ici des sommets.
J'aurais plutôt choisi un titre du genre "Satanée Pagaille" à la place de "Sainte
Fumée". Mais si vous tenez quand-même à y assister après mon éreintement
en règle, n'omettez pas d'emporter votre sac de pop-corn pour vous consoler du spectacle.
Commentaire du traducteur: j'imagine qu'en plus d'avoir choisi cette base, on s'étonnera
quelque peu que Jane Campion ait cru bon de devoir renforcer son propos par hasard pro-sectaire en utilisant une
actrice scientologue - qui n'est pas Kate Winslet- mais à qui je ne ferai pas de publicité. On pourrait
hélas en déduire qu'il n'y a pas d'innocence de la part de Mme Campion, dont le film primé
"Le Piano" était probablement d'une autre trempe. Les honneurs lui sont-ils montés à
la tête, ou n'est-ce qu'un faux pas?
Après avoir vu le film, j'ai au l'impression assez fugitivo-tenace - me permettra-t'on
ce zeugma? - qu'il s'agissait aussi pour l'auteur de faire un film assez proche parfois de l'érotisme (sur
fond du charmant nu de Kate Winslet et d'autres filles aux tendances, d'ailleurs, parfois homosexuelles).