Ulm, 11 août 2001
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Suedwest Presse
Un maître artisan est tombé entre les pattes d'un psycho-groupe déguisé en société
de conseillers en entreprise. Ce fait a détruit tout l'univers familial. Il n'est pas resté pierre
sur pierre de ce qui avait été bâti. Les experts préviennent: ce n'est pas aisé
de reconnaître les psycho-gourous.
Thomas Veitinger
Ulm. Klaus Rot (ce n'est pas son vrai nom) est maçon spécialisé pierre. Un maître-artisan.
"Un homme créatif, émotif", comme l'explique sa femme Birgit. "Il avait fait des tas
de choses; les gens l'aimaient, il avait le sens de l'humour, et ça lui faisait plaisir de boire une bière
en leur compagnie." Mais ce père de trois enfants avait un problème. Bien que son entreprise
de maçonnerie de pierre s'étende même à l'étranger, elle était désorganisée
et avait besoin d'être mieux structurée. Il avait besoin d'aide d'une société de conseil,
mais ne savait comment la choisir. Des amis lui recommandèrent une association qui donnait des séminaires
et rendait visite à domicile aux entreprises. Rot alla les voir. Un séminaire d'une semaine devait
commencer à règler le problème.
Après son retour du premier séminaire de Düsseldorf, son mari paraissait encore normal. Mais
après le second, c'était fini: il babillait presque, explique Birgit Rot. "Il disait que tout
était fantastique... mais ce n'en avait pas du tout l'air."
Le 30 novembre 1996 vers 8 h 30 du matin, Birgit Rot acquit la certitude que rien n'allait plus. Son mari était
rentré, il restait debout à la porte, avec un rictus d'une oreille à l'autre. "Il courait
de partout, avait l'air complètement euphorique, comme s'il avait bu. Ses yeux étaient largement
ouverts, sa voix sonnait autrement." "Je suis responsable de tout" répétait-il sans
cesse. "Il n'y avait plus moyen d'avoir une conversation avec lui".
Barbel Schwertzferger, experte de la scène psycho, commente ce comportement. Elle est psychologue et
auteur de "Der Griff nach der Psyche - Was umstrittene Persönlichkeitstrainer in Unternehmen anrichten"
(Campus Verlag, 300 pages, 42 DM/21,47 ), qui explique ce qui peut arriver aux individus , départements
voire sociétés entières lorsqu'ils tombent aux griffes des consultants de psychos-gourous
controversés. La journaliste donne quelques éléments connus au début de son livre.
Elle explique qu'il n'est pas besoin d'être doté de caractéristiques spéciales pour
pouvoir s'enticher de théories ou méthodes absconses. Les universitaires sont souvent les premiers
à tomber, à faire part de leurs secrets intimes et à se laisser polariser et humilier. "On
trouve bien des gens intelligents et conscients parmi les membres", dit-elle.
Vraiment Consternée
Rot n'avait rien du genre de gars ésotérique, sa femme en est certaine. Malgré cela, depuis
le séminaire, tout ce qu'il disait avait trait aux expériences, au leader fantastique, à quel
point sa vie avait changé, et quel potentiel gisait en chacun de nous.... Birgit Rot était "vraiment
consternée et incapable de réagir , en même temps. Son mari devenait plus agressif, l'insultait,
la menaçait physiquement. Il prit d'autres séminaires et tenta d'y entraîner ses enfants. Les
représentants de l'association appelaient les Rot, s'arrètaient pour leur rendre visite, ou parlaient
aux enfants au téléphone. Le couple finit par divorcer et il déménagea.
Sa femme chercha partout de l'information sur l'association et sur son chef - et tomba sur le pot aux roses.
"Les séminaires sont non-professionnels, bidon, de la psychologie de bazar", l'avertit le commissaire
de l'église évangélique, Hansjoerg Hemminger. Il disait que ce n'était pas une science
et qu'elle ne résoudrait jamais les problèmes mentaux. Mais pas non plus une secte, insiste la psychologue.
"Ce qui ne colle pas, c'est que si les gens savent que ce n'est pas la scientologie, alors ça va."
Mais les psycho-gourous sont conscients et fabriquent des mixtures de tautologies, de psychologie et de religion.
Ca va de la scientologie à l'extréme-orient.
Birgit découvrit aussi que le leader n'était pas professeur, qu'il n'était pas titulaire
de trois doctorats. Madame Rot explique: la liste des références de grands noms de sociétés
était partiellement contrefaite. La recherche démontra que le séminaire avait des parallèles
avec ce qu'enseigne la controversée scientologie. Le leader enseignait par exemple que le cerveau était
une sorte d'ordinateur pouvant être programmé - un signe évident, ainsi que Schwertfeger le
constata. Après avoir été menacée par Rot, Birgit fila à la campagne avec chien
et enfants.
Le professeur de psychologie Oswald Neuburger signale: "La majorité des gens qui donnent ce genre
de cours n'a pas de diplôme valide. Ils n'ont pas les méthodes vérifiées pour résoudre
les situations conflictuelles. C'est ainsi qu'un piège se forme. "Si vous ne réusissez pas,
c'est que vous n'avez pas assez essayé, et vous devez insister. Il vous suffit de le vouloir suffisamment".
Le directeur du séminaire n'est jamais celui qu'il faut blâmer, ajoute-t'il.
Schwertzfeger parle de méthode de repolarisation et de lavage de cerveau. On casse d'abord la résistance
de la personne, puis sa personnalité. Un système de règles strictes avec récompenses
et punitions amène la dépendance. Le comportement est guidé à long-terme: lavage de
cerveau.
Désastre humain
Le psychologue Colin Goldner écrit dans son important ouvrage "Die Psycho-Szene (Alibri Verlag,
642 pages, 59 DM/30 ) que la plupart des procédures "ont trait à une certaine plausibilité"
. Hormis l'effet placébo, elles ne font trien du tout - sinon tirer profit de ceux qui ont besoin d'aide,
et leur faire courir un risque psychique."
Birgit Rot vit maintenant à Ulm. Elle ne peut plus travailler, suite à un accident de vélo.
"Pour moi, les conséquences ont été terribles; désastre émotionnel, existentiel.
Ce groupe a détruit notre vie." Elle a écrit son histoire sur un agenda de 400 pages "afin
que les enfants sachent un jour pourquoi ils ont perdu leur père".