VENDREDI 21 AVRIL 2000
MEDIAS
PRESSE. Le quotidien plaide une erreur technique pour expliquer la publication.
"France-Soir" piegé par une pub prosectes
"C'est une connerie, je l'assume."Jean-luc Mano, directeur de la rédaction de France-Soir, est consterné. Son journal a publié hier une pleine page de publicité
émanant d'une personalité proche de la scentologie. "On
m'a signalé cette pub la veille, expligue-t-il.
En accord avec Georges Ghosn, le PDG du journal j'ai décidé de ne pas la passer. Et puis elle s'est
retrouvée le lendemain dans nos colonnes à la suite d'une manipulation technique."
Présentée sous la forme d'une "Lettre ouverte au président de la République",
cette pub demande "la dissociation de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS)",
un organisme rattaché aux services du Premier ministre, au motif qu'il ne respecterait ni la Constution
ni les textes de référence en matière des droits de l'homme. La publication de la pub a soulevé
l'"émoi, l'indignation et la réprobation unanime de toute
la rédaction, du directeur aux CDD, en passant par les chefs de services",
souligne un journaliste délégué syndical de France-Soir. Les journalistes ont protesté lors de la conférence de rédaction
du matin et devaient évoquer la question lors d'une assemblée générale dans l'aprés-midi.
Le délégué syndical ne contredit pas la version de Jean-Luc Mano "Il
semble bien qu'il s'agisse d'un accident."
Libération, qui s'est vu
proposer cette page de publicité, a refusé de la publier. Et, selon la Mils, "d'autres journaux
nationaux et régionaux ont été contactés, mais tous ont refusé de la passer".
Seul l'International Herald Tribune
a publié une publicité du même tonneau, le 23 mars.
La "lettre ouverte" est signée par 52 personnes pour la plupart dirigeants de mouvements religieux
américains. Selon Joël Labruyère, commanditaire de la page au nom de l'association Omnium des
libertés: "Aucune de ces personnalités n'appartient à
la scientologie, et moi non plus." En réalité selon
plusieurs journalistes spécialisés, Joël Labruyère est un proche de la secte, de même
que plusieurs des signataires, bien qu'ils n'en fassent pas officiellement partie.
"Ca, il faudra le prouver!",
rétorque l'intéressé, qui affirme se battre au nom de la liberté de religion et d'expression.
OLIVIER COSTEMALLE
Mise en scène
Une "commission"d'enquête sur les droits de l'homme contre la politique
anti-secte
Un pseudo-tribunal tuyauté par des sectes
La mise en scène est perverse. Une grande salle. A un bout, l'estrade. Cinq
personnes siègent. Dominants. Juste en bas à leur gauche, trois chaises vides. Pour trois personnes
convoquées, les trois "coupables" locaux: Charline Delporte, alain Gest et l'abbé Trouslard,
très investis dans la lutte contre les sectes. A droite, avec l'obligation de ne regarder que la commission,
un homme ou une femme rend son témoignage. Un témoignage qui se veut éclairant sur "l'Inquisition"
que mènerait l'Etat français à l'égard des pensées, des communautés religieuses
parallèles via l'association de défense des familles et de l'individu (ADFI) et de la Mission interministérielle
de lutte contre les sectes (MILS).
Ces "témoins", et le tribunal, seraient victimes d'une chasse aux sorcières. Ils n'auraient
pourtant rien à se reprocher, affirment-ils. Pauvres victimes. Ce n'est pas tout. Dans l'asssemblée,
réunie sur invitation, certains arborent une étoile Jaune - raccourci du plus mauvais goût
- siglée de "Je suis membre d"une secte". D'autres portent un badge "I love Raël", gourou épinglé
dans les différents rapports d'enquête parlementaire. Pour couronner le tout, dans la commission,
auto-proclamée "Commission d'enquête permanente sur les violations des droits de l'homme en France",
siège Nayah, chanteuse qui ne cache pas son appartenance au Mouvement raëlien.
" Témoignages "
Ce "tribunal" privé, s'est réuni mardi à l'hotel
Climat de France de Lille. Interrogé avant l'ouvetture de l'audience, le responsable du lieu s'étonnait
: "J'ai loué la salle sans savoir ce qui allait se passer. Je
crois que j'ai fait une boulette...". Trop tard, sans doute, pour
faire marche arrière. Pourtant Charline Delporte, responsable locale de l'ADFI, avait appelé et rappelé
le directeur pour le mettre en garde. "Voyez, les pressions et les
menaces habituelles" insiste la commission.
Mais, qui sont donc ces derniers? A gauche, le Dr Eric Dietrich (costume noir col Mao, cheveux teints en blond,
lunettes fumées bleues), présenté comme "victimologue". Maître de cérémonie,
Joël Labruyère (pas de signe particulier), auteur de l'ouvrage L'état
inquisiteur et président de l'Omnium des libertés, association
qui dit défendre les droits de l'homme. Labruyère serait proche de l'église de scientologie.
Suivent Nayah, dont on a déjà parlé, et Christian Cotten, psychosociologue. S'est jointe à
eux pour l'occasion, Mme Khazraï, présidente de l'association lilloise des femmes Bahaï.
Le procès des absents commence. Joël Labruyère, sourire intrigant aux lèvres, lâche:
"Il semblerait qu'il règne à Lille la terreur...Les "victimes"se relaient au micro (tout est enregistré afin d'être
consigné dans un dossier). On y entend des gens raconter que d'aparaître dans le rapport de la commission
d'enquête leur a beaucoup coûté, que d'être poursuivis par l'ADFI a brisé leur
vie, que d'être la proie de l'abbé Trouslard n'est pas une sinécure... Et toujours en point
de mire, en fautifs inexorables pour le tribunal, l'ADFI, mais aussi les catholiques, les francs-maçons,
"des sectes en somme",
selon la commission.
Une commission qui incontestablement s'affiche comme pro-secte puisque Joël Labruyère a été
le commanditaire d'une lettre ouverte au président de la république, parue jeudi dans France-Soir.
Lettre qui réclamait la dissolution de la Misson interministérielle de lutte contre les sectes. On
ne saurait être plus clair.
J-M. R.
LA VOIX DU DIMANCHE 23 ET DU LUNDI 24 AVRIL 2000