L'association "Fondation le Chemin du Bonheur" affiliée à la scientologie enseigne
l'honnèteté, mais selon la Police de Los Angelès et d'autres, elle utilise de malhonnètes
publicités.
par Carl Kozlowski
Si l'on en croit un cadre de haut rang de la Police de Los Angelès, la "LAPD", peut-être
bien que l'association scientologue "Le Chemin du Bonheur" devrait tenir compte de ses propres enseignements.
Deux des 21 préceptes de cette organisation "sans but lucratif" qui explique comment parvenir
à être heureux disent: "Soyez digne de confiance" et "Vivez la vérité".
Ni l'un ni l'autre n'ont été respectés entre l'association et la LAPD ou une ville du Texas.
Les cadres du groupe, qui distribua ses brochures "Le Chemin du Bonheur" par millions dans le pays au
cours des dernières décennies en se faisant aider par des sponsors et des officiels, expliquent avoir
travaillé avec des centaines d'organisations afin de promouvoir une vie propre, vertu sur quoi il fallait
insister.
Mais d'après Mike Downing, l'église de scientologie a elle-même fabriqué les avals
présentés sur le site web de l'association, poussant ainsi la LAPD à désavouer son
aval de la scientologie et du Chemin du Bonheur.
"En tant que Police de Los Angelès, nous ne pouvons avaliser la scientologie ni aucune religion , et
nous avons très spécifiquement expliqué qu'ils ne pouvaient pas utiliser le nom de LAPD sur
leur ouvrage. Ils savent parfaitement qu'ils ont dépassé les bornes en disant que LAPD travaillait
de concert avec La Fondation Le Chemin du Bonheur (TWTH).
Downing a raconté la semaine passée à Pasadena Weekly que TWTH avait par ailleurs
frauduleusement mis sur internet une lettre de félicitations de LAPD non signée dont l'auteur serait
soi-disant le Chef William Bratton, et qu'ils avaient fabriqué l'approbation de Downing en collant la signature
sur leur site web.
Ce n'est pas la première fois que TWTH - qui, depuis sa création en 1984, a distribué ses
brochures à quelques 12 millions d'élèves américains dans 12600 écoles publiques,
aurait fabriqué des "infos" pour promouvoir ses produits.
Dans le cas de LAPD, les brochures avaient été distribuées par le Département de police,
mais seulement après que les représentants de TWTH soient revenus plusieurs fois à la charge
auprès de cadres de la police de Los Angelès. Ils n'ont réussi qu'auprès de la division
de Hollywood. Et même là, lorsque TWTH tenta de distribuer des brochures portant le nom de la LAPD
et une couverture ornée d'un policier portant le badge LAPD, la police leur avait demandé d'ôter
l'image du badge et le nom de LAPD qu'on lisait sur le dos de couverture.
Downing relate: "Nous leur avons renvoyé les brochures et leur avons expliqué que nous ne pouvions
distribuer ça avec la mention LAPD. J'ai vu le programme à l'oeuvre et ça ne me gène
pas que des programmes intellectuels essaient d'élever le niveau des communautés et de les arranger,
mais ici, à la Police de Los Angelès, nous ne pouvons avaliser l'église de scientologie. "Je
n'ai pas autorisé que la lettre soit sur leur site et ils se sont aussi servi d'un fac-similé de
signature au lieu de la vraie.
Lance Miller, président de TWTH et scientologue de haut rang, a réagi en niant qu'il y ait
eu exaction de la part de la fondation et a expliqué qu'au mieux, Downing se trompaint.
"C'est la première fois que j'entends parler de ça. Michael Downing est venu à des manifestations
qu'on organisait et a dit du bien de notre oeuvre, explique Miller. Pour autant que je sache, la lettre est de
lui et j'ai l'original sur mon mur ici. Ca m'a tout l'air d'être sa vraie signature. Mais si c'est quelque
chose qu'on doit ôter, on le fera certainement."
Il importe de mentionner le fait que l'organisation ait réussi à entrer dans les écoles avec
son guide des 21 règles de vie, surtout depuis qu'il n'est plus permis d'afficher les Dix commandements
dans les lieux publics -- un sujet brûlant.
Bien que TWTH annonce que son livret n'a pas de caratère religieux et qu'il ne fait pas la publicité
de la scientologie, les règles qu'il évoque correspondent en tout point avec celles que prône
l'exposition faite par l'église sur L. Ron Hubbard à Hollywood.
TWTH tente de ne pas mettre l'accent sur ses liens avec la scientologie, dont on répète depuis longtemps
qu'il s'agit d'une secte. TWTH ne signale pas dans les brochures que l'auteur en est le fondateur de la scientologie,
L; Ron Hubbard.
Comme on le signalait la semaine du 4 août 2005, la célèbre église de scientologie
a attiré des superstars hollywoodiennes telles Tom Cruise et John Travolta; elle a souvent fait la Une ces
derniers mois, en particulier suite aux émissions nationales auxquelles Tom Cruise a participé.
Rouvrir le dossier a aussi poussé certains des anciens membres fâchés avec la scientologie
de rediscuter des accusations d'escroquerie, des menaces envers les critiques, et du coeur des croyances de l'église
: selon elle, les ennuis humains seraient dûs au fait que des âmes extra-terrestres
- les thétans de corps - seraient fixées sur nos corps.
Les dirigeants de l'église ont réagi à certaines critiques en mettant la pédale douce
dans certaines des tactiques de recrutement les plus virulentes de l'organisation, et en prétendant que
les méthodes les plus extrèmes n'étaient que des anomalies du passé.
D'après Tory Christman, ancienne membre de l'église parvenue à l'avant-dernier échelon
au cours de ses trente années de scientologie, ces tactiques douteuses sont de rigueur pour TWTH et son
programme affilié, "Montrez le bon exemple" (SAGE en abrégé
anglais). Ce programme encourage le bénévolat communautaire pour les étudiants et crée
des concours de textes sur ce thème du bon exemple. "C'est très bien que des gosses sortent,
fassent de bonnes choses pour la communauté dans le programme SAGE, mais ils ne peuvent pas prétendre
qu'il ne s'agirait pas de la scientologie, explique Madame Christman. La scientologie est censée nettoyer
les problèmes de la planète, les enfants font donc toujours part de ces approches."
"L'église appelle ça salut quand elle réussit à promouvoir des
attitudes positives envers la scientologie grâce à des actions d'aide à des gens, continue
Tory Christman. Ils devraient faire de bonnes choses, mais ce n'est pas normal qu'ils se servent des dirigeants
de la communauté qui ignorent souvent que la scientologie est derrière, pour promouvoir et payer
les livres."
Controverse ou pas, TWTH prend de l'ampleur, ainsi que le dit son président Miller, en faisant observer
que le programme vient d'être accepté dans les écoles publiques du Nevada.
"On vient de faire passer un million de livrets dans la partie sud de Los Angelès, par l'intermédiaire
du Club Outdoor parrainé par TWTH. Outdoor emmène des gosses dans les montagnes et
leur montre le monde tel qu'il est au-dehors de leurs quelques pâtés de maisons, explique Miller.
On travaille avec plus de 600 organisations et les programmes marchent souvent mieux à l'extérieur
de l'école, tout en lui restant liés quand-même. Nous comptons sur les dons de la communauté
pour payer ça, pas sur les impôts, et le concours SAGE n'est qu'une option."
Cette possibilité de distribuer le livret dans tant d'écoles a soulevé des doutes chez
certains défenseurs de la séparation de l'église et de l'état et de coalitions de groupes
d'églises et de groupes de parents. Par exemple, dans un article du 27 juin 1990 du Times de Los Angelès,
un responsable de district soclaire de Fresno, Geoff Garratt, a mené campagne et réussi à
empècher TWTH et son programme SAGE en se basant sur les questions de séparation de l'église
et de l'état, même après que le programme ait été lancé dans une école
de la ville.
Barbara Ayash, présidente d'un groupe lié scientologie, les Businessmen Américains
Préoccupés (CBA), mentionnait pourtant encore le programme de Fresno dans l'une des lettres
de succès de SAGE lors d'un interview du 15 août 2005 avec Weekly. En outre, la petite-fille d'Ayash,
Marylen Ayash-Borgen de San Diego, a faxé au bureau de Weekly deux déclarations dont elle
est l'auteur, sur la réussite de TWTH et de SAGE dans les écoles de Glendale et d'Inglewood.
La première de ces mentions explique que la ville de Harlingen, au Texas, a obtenu une année "zéro
crime avec violence" en 1998, trois ans après avoir été la première ville
américaine à doter ses écoles publiques du programme.
Le problème, c'est que c'est encore un mensonge.
Selon l'article du 24 mai 1999 auquel Ayash-Borgen se réfère, faxé à Weekly par
un employé du Morning Star de la Vallée d'Harlingen, le taux de crimes avec violence ET délits
contre la propriété d'autrui avait baissé de 13 % en 1998. Il y avait néanmoins encore
54 crimes avec violence pour 10000 âmes, soit environ 324 pour cette ville de 60000 habitants. La police
de là-bas ne mentionnait pas "Le Chemin du Bonheur" parmi les causes de la diminution des crimes
et délits.
"Je ne peux concevoir qu'ils puissent dire qu'un seul programme serait la cause de la baisse de la criminalité,
expliqua lors d'un entretien téléphonique Juan I. Ramirez, officier chargé de l'information
du public à la police d'Harlingen. Il n'existe aucune ville sur cette planète où l'on ne rencontre
pas de crimes avec violence. [ndt: le traducteur a constaté une affirmation similaire de la part de la
scientologie quant à l'Afrique du Sud: là aussi, les chiffres ont amplement contredit les vantardises
culottées de la secte, qui prétend que le taux de criminalité a énormément baissé
après que la secte aidt distribué quelques docuements et formé quelques dizaines de policiers]
Mais l'ancienne maire de Harlingen, Connie de la Garza, avait accepté d'essayer le programme dont un
dentiste local lui avait parlé. Il s'agit du scientologue Juan Villareal, qui le lui avait décrit
vers 1995 comme un programme afin d'aider les jeunes à prendre de bonnes décisions.
Le révérend Charles Palmer, pasteur de l'église presbytérienne de Treasure Hills
à Harlingen, avait mené une coalition en ville pour écarter TWTH des écoles publiques.
En dépit de ce tir groupé, les protestations n'avaient pas atteint leur but, pour une raison intéressante:
"Nous voulions que l'accès soit égal pour chaque église, mais ça n'a rien fait,
car le Dr Villareal est devenu président du Conseil scolaire," explique Palmer.
"Nous n'avons eu aucun retour une fois que le programme est arrivé dans les écoles, mais
la plupart des gens disaient que les matériaux avaient l'air bien. Ce sont l'auteur et de la provenance
qui nous génaient. La promesse de ne pas faire pénétrer les fondements scientologues dans
les écoles a tenu, bien que Villareal ait dû signer un compromis en Cour Fédérale pour
règler une plainte concernant l'égalité d'accès à l'emploi: il avait forcé
des employés de son cabinet dentaire à prendre des cours de scientologie sous peine de se faire virer.
[ndt: discrimination "religieuse", voir ceci]
L'ex-maire, De La Garza, répondit lors d'un interview téléphonique: "Quand on a un programme
comme celui-ci, j'y suis favorable, quelle que soit la religion, la croyance ou le code. Qu'on soit ou pas d'accord
avec la philosophie de M. Hubbard ne compte pas. Si on peut toucher l'enfant pour en faire un meilleur adulte,
c'est ce qu'il faut faire."
De la Garza a envoyé une recommandation par écrit pour TWTH et SAGE au maire d'Inglewood Roosevelt
Dorn voici trois ans. Dorn fait observer qu'il connaissait le lien avec la scientologie. Dorn a expliqué
qu'il croyait avoir pris assez de précautions contre le prosélytisme pour admettre les valeurs enseignées
par le programme, tout en sachant que c'était payé par les impôts.
"Je suis ministre de l'église AME; comment ne pas être d'accord avec les enseignements
scientologiques qui disent d'élever son niveau? Les méthodistes peuvent aussi développer des
ouvrages de ce genre, tout comme les Baptistes, les Catholiques, et pour qui que ce soit, ce serait bon pour les
écoles. Mais s'il s'agit de promouvoir la religion, plus question de suivre."
L'avocat Peter Eliasberg, spécialiste des questions portant sur le Premier Amendement pour l'Association
des familles Manheim de l'université de Sud-Californie, a largement fait écho à cette opinion.
Eliasberg a remarqué que certains sujets abordés par TWTH dans les écoles pouvaient être
limite, mais il pense que l'organisation semble les avoir soigneusement contournés.
"La seule façon d'autoriser une église à distribuer des matériaux religieux
sur un campus, c'est d'autoriser les autres groupes religieux à y entrer aussi. On peut penser que ça
risquerait de chauffer, si bien que pas mal d'écoles ne s'ouvriront pas tant, explique Eliasberg."
"Le truc ici, c'est que le côté religieux du groupe n'est pas évident. Je m'inquiète
quand-même qu'ils se servent d'une appelation différente, et les parents et les écoles devraient
se méfier que la ligne ne soit pas franchie", ajoute Eliasberg. "Est-ce que c'est une méthode
pour renforcer le prosélytisme? Mais s'il s'agit d'un genre de débat scolaire sur la tolérance,
je ne peux pas dire que ce soit mauvais d'augmenter les cours de morale en milieu scolaire."