[Les notes figurent à la fin de ce texte - notes ôtées]
"Seront punis d'un emprisonnement de deux à cinq ans et d'une amende de ... francs belges ou d'une de ces deux peines seulement, ceux qui par voies de fait, violence, menaces ou manoeuvres de contrainte psychologique contre un individu, soit en lui faisant craindre d'exposer à un dommage sa personne, sa famille, ses biens ou son emploi, soit en abusant de sa crédulité’ pour le persuader de l'existence de fausses entreprises, d'un pouvoir imaginaire ou de la survenance d'événements chimériques auront porté atteinte à ses droits fondamentaux" (1).
Ceci constitue l'ossature de toute escroquerie: il s'agit en effet d'énoncer comment et pour quelles raisons on peut qualifier l'escroquerie. Le droit français est équivalent dans sa formulation. Les termes "Faire croire à l'existence de fausses entreprises ou la survenance d'évènements chimériques" sont la clé de l'escroquerie, escroquerie pour laquelle des gens comme Hubbard ont été d'ailleurs condamnés à 4 ans de prison en France.
Cette règle pénale ne remonte pas aux temps de la Terreur et de la répression jacobine de la "superstition" c'est-à-dire de la religion.
Cette loi n'a aucun rapport avec la religion. C'est Introvigne qui le dit; il s'agit d'un professeur italien, probablement adoré des sectes, et malhonnète homme s'il en est, car on ne peut simultanément défendre des mouvements tels que le Moonisme, les Raéliens ou les scientologues, leurs buts, bases, méthodes et désirs étant extrèmement différents et opposés dans la majorité des cas. Ce sont ce que l'on nomme des ennemis cordiaux; en tous cas, cordiaux pour le moment et dans les apparences exetérieures. On ne peut s'empècher de penser, à lire Introvigne, qu'il en a fait son fond de commerce et qu'il en tire une gloire - gloire que tôt ou tard, les sectes elles-mêmes lui reprocheront, en particulier si l'une d'entre elles prenait trop d'ampleur, ce qui forcerait Introvigne à réviser ses concepts. Le lecteur pourra ensuite se reporter aux textes (1) et (2) donnant davantage de précisions sur les malhonnètetés intellectuelles d'Introvigne.
Une commission d'enquête sur les "sectes" (pourquoi
sectes est-il entre guillemets?) de la Chambre des Représentants
de Belgique, dont le rapport a été rendu le 28 avril 1997,
a sérieusement proposé de l'introduire dans le code pénal
belge. Ce rapport représente une étape ultérieure
d'un processus qui - partant de la préoccupation, parfaitement légitime
en soi, de lutter contre les
abus des mouvements religieux qui violent les règles communes du
droit pénal - (notons ici qu'Introvigne
n'a pas été gèné de participer ou d'être
utilisé au procès triplement criminel - homicide, escroquerie
et extorsion - de Lyon contre la scientologie, ce qui contredit son
"parfaitement légitime") finit par utiliser les "sectes"
comme prétexte à des campagnes qui ont pour but de restreindre
la sphère de la liberté religieuse et associative, et d'étendre
les pouvoirs de contrôle de l'État sur les religions.
Tout à fait faux, car le rapport en
question est remarquablement prudent, de même que celui de l'état
français, tous deux ayant eu relativement peur de se mouiller complètement.
L'état, il est vrai, doit montrer un minimum de réserve,
et le dossier des abus sectaires est sans fin; certaines ont d'ailleurs
'normalisé' leurs activités, si bien qu'on ne peut semble-t'il
plus leur reprocher certains abus. C'est le cas des enfants de Dieu qui,
après avoir défrayé la chronique par leur abus sexuels
pédophiles et leurs notions de prostitution, paraissent désormais
calmés.
L'exemple belge est particulièrement intéressant parce
que l'attaque, cette fois, est portée au coeur, non seulement des
religions "nouvelles" mais également des "vieilles" religions. D'un
seul des 189 mouvements qui figurent sur la liste qui accompagne le rapport
- un progrès, par rapport aux 172 noms "seulement" du rapport de
la commission parlementaire française (2) - on affirme que la documentation
a été "transmise au procureur général près
la cour d'appel de Bruxelles".
Où est la jonction entre les deux paragraphes
avant et après cette note? Il s'agit de deux choses sans rapport
accolées indéniablement à dessein par Introvigne,
le zorro pro-sectaire, qui n'oublie pas de se servir de l'argument "amalgame",
ce même amalgame qu'attaquent les sectes.
Il s'agit de l'Oeuvre (Het Werk), une communauté catholique
fondée en 1938 en Belgique et reconnue dans vingt diocèses
européens, parmi lesquels celui de Rome, où elle a son siège.
Dans la liste figurent également l'Opus Dei,
non sans raisons : estimé sectaire
sauf par certains catholiques qui n'ont jamais tellement voulu l'avouer:
ayez la curiosité de lire d'où sort l'Opus dei -(paragraphes
sautés: la liste d'Introvigne n'ajoute rien ici) - les activités
de l'Opus paraissent néanmoins avoir plus au Vatican qui a fini
par élever son fondateur à la dignité de "Bienheureux".
Le contexte
La commission belge a été constituée le 28 mars 1996, dans le sillage de la publication le 10 janvier 1996 du rapport parlementaire français. Le rapport français est sans doute un document discutable, avec des centaines d'erreurs de fait.
Aucune de ces prétendues erreurs n'est citée par Introvigne: il se moque du lecteur, ce qu'il dit est gratuit. Les sectes seraient trop heureuses d'attaquer d'éventuelles erreurs. Si j'avais eu à écrire ce même rapport, on y trouverait 3000 pages de témoignages vécus dans l'enfer des sectes. Affirmer "des centaines d'erreurs" sans en citer la moindre est un abus caractérisé dans le cas d'un document "professoral".
Par ailleurs, comment se fait-il que toutes
les enquètes des journalistes et des gouvernements finissent par
aboutir aux mêmes conclusions? Introvigne pourrait observer que la
coincidence est assez troublante, mais il utilise des oeillères
sectaires.
Toutefois, il a au moins un mérite, reconnu par plusieurs parties.
Dans sa partie juridique - la moins improvisée et la moins dilettante
- il conclut qu'il n'est pas opportun d'approuver une législation
spécifique en matière de "sectes".
ça ne sert à rien: les escrocs
sont des escrocs et ce n'est pas si difficile à prouver. Toutefois,
quelques aménagements ont été réclamés
vivement par certains membres de l'OIS - Observatoire Interministériel
des Sectes - français fondé à la suite de ce rapport.
Il ne recommande pas davantage une norme qui incrimine la "déstabilisation
mentale " (expression que la commission française a préférée
à celle, certainement plus discréditée, de "lavage
de cerveau" (qui donc essaie de nous laver le
cerveau à coup d'affirmations sans preuves?) car une
telle règle risquerait de violer les libertés fondamentales
(7). Il semble toutefois que les milieux anti-sectes qui ont largement
inspiré le rapport parlementaire français ont constaté,
après sa publication, que la répression des "sectes" n'avançait
pas de façon suffisamment rapide et ont changé d'idée
sur l'opportunité d'une législation spéciale.
Ce n'est pas sans raison qu'on édite parfois de nouvelles lois. Qui aurait parlé, voici 20 ans, de PIRATAGE INFORMATIQUE? Et, en début de siècle, de sectes, au sens sectes de l'an 2000? Qui aurait imaginé que des escrocs se serviraient de paravents religieux pour faire des montagnes d'argent et mettre des gens en esclavage, voire prostituer des enfants?
Comparaissant comme témoin face à la commission parlementaire
belge, le psychiatre Jean-Marie Abgrall - l'un des représentants
les plus importants des milieux anti-sectes en France (8) - a affirmé
que "contrairement à ce qu'il croyait à l'époque [du
rapport parlementaire français] il considère néanmoins
aujourd'hui qu'il faut faire entrer la notion de secte et celle de manipulation
mentale dans le droit positif en les mettant en relation avec des infractions.
Il appartiendra ensuite à la jurisprudence d'affiner cette notion
au coup par coup, par analogie." (9)
(l'étude d'Abgrall gène beaucoup
Introvigne, en même temps qu'elle lui fournit de quoi écrire
ses insanités et pousser ses propres idées fixes en avant).
Dans le sillage du rapport français, le Canton de Genève
a demandé en janvier 1996 un Audit sur les dérives sectaires
à un groupe de juristes, publié en février 1997 (10).
Comme j'ai eu l'occasion de le relever dans un autre lieu, le ton et la
méthode du rapport cantonal de Genève sont, par certains
côtés, plus acceptables que le rapport français (11).
Toutefois - dans la partie signée par l'avocat Maurice Harari -
le rapport de Genève tient compte de la nouvelle opinion des milieux
anti-sectes. Il propose d'introduire dans le droit suisse un délit
de "déstabilisation mentale" (12), "si l'état de déstabilisation
mentale peut être constaté médicalement (13)" ; "alternativement,
en l'absence d'une définition médicale on pourrait envisager
d'édicter une norme qui vise les actions des auteurs tendant à
la déstabilisation" (14). Cette évolution se manifeste non
seulement dans les débats en cours en Allemagne, où une commission
parlementaire d'enquête sur les "sectes" est à l'oeuvre, et
dont le rapport est attendu en 1998 (15), mais encore dans les travaux
de la commission belge. Cette dernière a, du reste, tenu compte,
de façon évidente et même déclarée, de
quelques critiques adressées au rapport parlementaire français.
Elle a par exemple décidé - contrairement à la commission
française - de tenir des audiences publiques dans la majorité
des cas, et de publier les procès-verbaux, après les avoir
soumis au préalable à l'approbation des témoins, ainsi
que ceux des audiences tenues à huis clos. Alors que la commission
française n'a écouté aucun expert universitaire, (et
le Dr Abgrall, il ne serait pas universitaire? et les autres spécialistes
et ethnologues ou sociologues non plus? Introvigne omet aussi de citer
des gens dont les oeuvres sont régulièrement citées
en pareil cas, comme le Pr. Margaret Singer, ou Stephen A. Kent, et les
oeuvres de multiples auteurs spécialisé ou de critiques anciens
membres) la commission belge a entendu six "représentants
des milieux académiques" (16). Parmi eux, trois ne sont pas particulièrement
spécialisés dans les nouveaux mouvements religieux. Deux
sont, par contre, spécialistes dans cette matière (le professeur
Anne Morelli et le professeur Karel Dobbelaere) et un est spécialiste
en ésotérisme (le docteur Luc Nefontaine). Enfin, la commission
belge s'est sentie en devoir de dédier trois pages à l'analyse
des critiques du CESNUR - le Centre d'Études sur les nouvelles religions
- au rapport parlementaire français, analyse exposée dans
l'ouvrage "Pour en finir avec les sectes" [ouvrage
CESNURien défendant les sectes!!]. Si la commission belge
conclut "qu'elle ne peut se rallier aux constatations (de ce) groupe de
sociologues des religions" (17), l'analyse conserve au moins un ton respectueux.
Le CESNUR est défini - de façon pas totalement précise,
mais certainement pas diffamatoire - comme une association qui "regroupe
des universitaires spécialisés en histoire des religions,
la plupart étant des sociologues des religions" (18). Je dois toutefois
déplorer que l'incroyable verbiage du docteur Jean-Marie Abgrall
sur le CESNUR, ait été donné à la presse sans
un commentaire qui marque une prise de distance de la commission (comme
cela est au contraire survenu dans d'autres cas). Selon le psychiatre français,
après le succès limité de la FIREPHIM (Fédération
Internationale des religions et philosophies minoritaires), promue par
le Mouvement Raëlien (dont il omet de dire
qu'il a été l'objet de sérieuses attaques pour ses
prises de position pédophiles et dernièrement débouté
de sa plainte face à un journal suisse) pour et par d'autres
nouveaux mouvements religieux (la scientologie
n'en est certes pas un et Nouvelle Acropole, qui ne se qualifie pas lui-même
de religieux, est qualifié de tel par Introvigne!), "les
sectes ont créé une structure parallèle, le CESNUR"
(19). Le docteur Abgrall est convaincu qu'actuellement, l'Europe est principalement
confrontée à deux dangers : l'extrême droite et les
mouvements totalitaires sectaires" (20). Il fournit donc comme "preuves"
des affiliations sectaires du CESNUR le fait que le soussigné, qui
est le directeur du CESNUR, enseigne au Pontificio Ateneo Regina Apostolorum
et est "responsable" de l'"Alliance Catholique" (sic) (21). Le Pontificio
Ateneo Regina Apostolorum a été fondé par les Légionnaires
du Christ [Cesnur n'est donc pas lié au
Vatican , où Introvigne n'est pas enseignant ni intervenant - Et
Introvigne n'enseigne à cette association qu'un mois par an, mais
Introvigne omet de le préciser]. Pour le docteur Abgrall
- qui ne connaît évidemment que le nom de cette congrégation
religieuse d'origine mexicaine - "les Légionnaires du Christ" sont
un "mouvement très proche de l'extrême droite européenne,
en fait une extrême droite catholique intégriste. C'est par
ce relais que toutes les sectes européennes essaient d'obtenir une
sorte de caution morale, publique et politique"(22). Quant à l'Alliance
Catholique, elle serait simplement "l'équivalent romain de Tradition,
Famille, Propriété, qui est une secte d'extrême droite"
(23). Il s'agit, évidemment, de radotages qui se commentent par
eux-mêmes.(s'ils se commentent d'eux-mêmes,
pourquoi Introvigne les relève-t'il? On ne se gratte que là
où ça démange voir pour plus de preuves les
recherches complètes ici traduites - voir à ce propos
les textes ). Entre autres, le CESNUR n'aurait pas pu être
fondé comme une réaction au succès limité de
la FIREPHIM, pour la bonne raison que la FIREPHIM a été constituée
en 1992, c'est-à-dire quatre années après la fondation
du CESNUR, qui remonte à 1988. Ce genre d'attaques révèle
plutôt quelle est la "rigueur" et le "professionnalisme" avec lesquels
se meuvent certains personnages (24). Leur discours se situe à la
périphérie de la culture et du simple bon sens, mais il réussit
de façon incroyable à se faire prendre au sérieux
par les médias, les tribunaux et même les commissions parlementaires.
(notez bien qu'une fois de plus, tout individu
qui ne serait pas d'accord avec un pro-sectaire est implicitement considéré
comme stupide: c'est là une caractéristique sectaire essentielle:
on n'y admet aucun critique, sans quoi les sectes n'existeraient tout simplement
plus depuis longtemps, pour la grande majorité d'entre elles. Les
citations d'Introvigne pour Abgrall ne sont pas dévoilées
non plus, si bien qu'on ne peut juger par soi-même, contrairement
à ce qui est possible ici).
Je laisse ici la critique du texte d'attaque pro-sectaire d'Introvigne, grand défenseur des sectes. Tout le reste est du même tonneau.
Jacobins: observons que les jacobins sont en fait des "socialistes" de la fin du XVIIIe siècle, avec les problèmes que cela pouvait poser à l'époque. Il n'y a donc guère de rapport entre le titre accrocheur d'Introvigne et le contenu... c'est de l'effet à bon compte. Mais cela situe toutefois bien le CESNUR et Introvigne: extrème-droite.