3/29/97 -- 1:04 AM

L' EX-MEDECIN ET LA MORTE
Par Cheryl Waldrip du Tampa Tribune
2e partie: entretien avec la famille et les amis de Lisa Mc Pherson
Clearwater: Une des personnes ayant aidé à transporter la scientologue Lisa Mc Pherson à l'hopital avait été médecin dans l'Arizona; son autorisation d'exercer lui avait été retirée par le Conseil de l'hopital où elle oeuvrait.

Mc Pherson, 36 ans, est morte d'une thrombose 17 jours après être rentrée aux quartiers généraux de l'église de scientologie, dans la basse ville de Clearwater. L'autopsie indiquait que la cause du décès était "déshydratation sévère et repos alité".

Le 5 Décembre 1995, ses compagnons scientologues, dont l'ex-médecin Janis K. Johnson-Fitzgerald, emmenèrent Lisa Mc Pherson dans un break, vers l'hopital de Colombie/HCA, à New Port Richey. Mc Pherson était morte en arrivant.

Les dossiers de l'hopital disent de signaler toute urgence à Johnson-Fitzgerald.

Nous n'avons pu la joindre pour la questionner.

Le porte-parole de la Scientologie, Brian Anderson, avait préparé une réponse écrite vendredi, indiquant que Johnson Fitzgerald était scientologue depuis 1994.

"Elle en avait fini de la drogue, et n'en ressentait plus du tout le besoin depuis qu'elle était membre de l'église."

"Elle n'était plus médecin en venant à l'église et n'a pas été engagée comme telle.  Elle n'a pas travaillé chez nous en tant que médecin."

Anderson a indiqué qu'elle travaillait à "l'Office  médical de Liaison" de fin 1995 jusqu'au début 96. Il indiquait que l'office fournit des références à des médecins professionnels extérieurs.

Il disait que son personnel ne donnait pas d'avis médical, que le seul rôle de ses employés était de renvoyer les patients vers des professionnels de l'extérieur.

Fin Novembre 1992, l'Hopital Northwest de Tucson signalait au Conseil des Médecins de l'Arizona ses soupçons concernant le fait que Johnson-Fitzgerald aurait usé de Fentanyl, une substance narcotique antalgique.

Les infirmières avaient témoigné qu'elle allait fréquemment dans une salle de bains avec des seringues dans les poches. On pense qu'elle usait aussi d'un autre narcotique nommé Sufenta, emprunté aux blocs opératoires. Un autre hopital avait donné des renseignements plus vagues mais similaires.

Johnson Fitzgerald prenait des injections de Dalgan, un autre narcotique antalgique, pour des douleurs permanentes liées à des problèmes dorsaux et  aux pieds. Elle travaillait en salle d'opération et traîtait également des patients atteints de douleurs chroniques.

Dans la transcription de son passage devant le Conseil de l'Ordre en Juillet 1993, après que Johnson-Fitzgerald se fut expliquée sur certaines accusations, un des membres lui avait demandé "Alors si je comprends bien, on vous a monté une cabale?"

"Je crois," avait répondu Johnson-Fitgerald.

Le Conseil avait admis que les accusations d'abus de drogues soient écartés, mais pensait qu'elle était devenue dépendante des antalgiques. Elle disait pouvoir s'en passer, et avoir arrèté d'en prendre.

Elle fut daccord pour que son droit d'exercer lui fut retiré. Les restrictions incluaient l'interdiction de pratiquer la médecine clinique, l'accès aux substances lui étant ainsi retiré, et accepta de se soumettre à des tests pharmacologiques de recherche déclenchés au hasard.

En Octobre, le personnel indiqua cependant au Conseil que Johnson-Fitzgerald marquait son désaccord sur la façon dont l'accord avait été écrit, et qu'elle ne l'avait donc pas signé. Elle avait également refusé de fournir un échantillon d'urine. Les rapports dévoilent qu'elle avait menti au Conseil en disant n'avoir pas subi de traîtement psychiatrique.

Elle ne vint pas à la réunion d'Octobre, mais écrivit pour dire qu'elle se sentait traîtée en criminelle et en incompétente.

Le Conseil amenda l'accord, mais lui indiqua que si elle ne le signait pas, l'affaire serait transmise à un officier pour enquète, sa licence serait suspendue ou révoquée. Elle signa l'accord peu après. Le Conseil convint à sa demande de reconsidérer l'accord en vue d'ôter les restrictions et l'inactivation de la licence. Johnson Fitzgerald ne se montra pas: l'affaire fut mise en attente. Elle ne fut jamais reprise, du fait que la licence expirait en Mai 94.

Johnson Fitzgerald avait passé son doctorat à la Faculté de Médecine de Wayne, à Detroit, en 1983, puis obtenu la licence de Médecine du Michigan, et travaillé quelques temps pour l'hopital de la Communauté de Detroit.

Elle acheva une spécialisation en anesthésiologie à l'hopital Sinai de Detroit en 1986, puis travailla au Centre Medical des Vétérans de l'administration à Albuquerque.


ENTRETIEN AVEC LA FAMILLE ET LES AMIS DE LISA Mc PHERSON
AINSI QU'AVEC L'AVOCAT DE LA SECTE
Teaser: Les autorités ont quelques doutes sur le décès de cette scientologuie, mais l'église dit que ce n'est qu'un autre exemple de harrassement par les officiels.

Hotesse de Matt Hall (Deborah Norville): L'église de scientologie était devenue le souci principal de Lisa; lorsqu'elle est morte subitement, il y a treize mois, ses amis et sa famille se sont posé des questions restées sans réponse.

La Tante,   et Kelly Davis: On trouve des récits si différents selon les membres de la scientologie - que lui est-il arrivé, où? Nous ne savons qui croire.

(Kelly Davis était la plus proche amie de Lisa au Texas; elle dit que lorsque Lisa l'a appelée en Novembre, elle donnait l'impression de vouloir sortir de scientologie)

Kelly: Elle a dit qu'elle voulait revenir et rester là, qu'elle voulait me parler d'un tas de choses mais qu'elle ne voulait pas le faire au téléphone.

Matt Hall: Lisa habitait Clearwater, en Floride. Les scientologues ont commencé à y acheter des biens immobiliers il y a une vingtaine d'années, et bien qu'ils les aient améliorés, il a coulé pas mal de sang noir entre les officiels et les scientologues.  Des milliers d'entre eux travaillent ou étudient à Clearwater; Lisa en faisait partie. Elle avait un poste très bien payé dans une affaire appartenant à un scientologue; elle a même donné près de la moitié de son salaire annuel de 136000 dollars (environ 800000 F) à l'église.

Elliot Abelson, avocat principal et porte parole de l'église nie que Lisa ait jamais voulu quitter l'église.

Elliot: Tout ce qu'elle a dit ou fait prouve qu'elle était aussi proche de l'église à sa mort qu'auparavant.

Matt Hall: Est-ce qu'elle a dévoilé certaines angoisses?

Elliot: Je crois qu'elle avait des problèmes de performance dans son boulot; et je pense qu'elle l'avait dit à sa famille et à d'autres.

Matt Hall: La nuit du 18 Novembre 1995, la pression semble avoir dépassé la dose: Lisa a été emmenée à l'hopital après un accident sans gravité.

Pourquoi l'a-t'on amenée à l'hopital?

Elliot: Ce sont les auxilliaires médicaux qui l'y ont amenée, car elle s'était déshabillée et marchait comme ça dans la rue.

Matt Hall: D'après les dossiers hospitaliers que nous avons reçus par sa famille, Lisa a dit "qu'elle avait besoin de parler" et "qu'elle avait fait exprès de se déshabiller pour faire penser qu'elle était folle". Elle a été mise rapidement aux urgences où les scientologues avertis l'ont reprise, en disant qu'ils ne tenaient pas à ce qu'elle voit un psy; car ils pourraient manier ça eux-mêmes.

Matt Hall: Serait-il excessif de dire qu'ils ne croient pas aux bienfaits de la psychiatrie?

Elliot: Oui, ils y voient plus d'inconvénients que d'avantages.

Matt Hall: Le médecin des urgences a insisté pour que Lisa reçoive une évaluation psychologique, c'est après que Lisa a dit qu'elle voulait partir. D'après les dossiers, ses amis scientologues ont dit qu'ils s'occuperaient d'elle 24 h sur 24.

Wayne Shellor: (porte parole de la police) Elle a décidé elle-même de signer sa sortie, en dépit des ordres du médecin; d'après ce que j'ai compris, le médecin de garde lui a conseillé de rester pour être examinée.

Matt Hall: Après qu'elle ait signé sa décharge, elle n'est pas rentrée chez elle; elle est allée au vieil hotel Fort Harrison, le QG spirituel de la secte en bas de la ville. Les scientologues disant qu'elle voulait s'y reposer. Mais elle en est ressortie 17 jours plus tard, avec des abrasions des bras, des jambes, du nez, ayant perdu beaucoup de poids; arrivée dans un autre hopital, elle était morte.

Wayne Shellor: Peu après, nous avons constaté qu'elle n'était pas morte de mort naturelle: c'est le constat du médecin légiste. Nous avons donc enquèté depuis lors sur ce décès anormal.

Abelson: La police de Tampa mène une guerre de harcèlement contre l'église, et nous pensons qu'il n'y aurait pas de cas Lisa si elle n'avait pas été scientologue.

Matt Hall: Abelson s'en prend aussi à la compétence du médecin légiste, prétendant qu'il a conspiré avec la police lorsqu'il a donné son rapport d'autopsie.

Abelson: Ils n'ont pas la moindre preuve qu'elle ne soit pas morte de mort naturelle.

Matt Hall: Comment le savez-vous?

Abelson: Parce que j'ai lu le rapport d'autopsie.

Matt Hall: L'autopsie que la famille nous a transmise indique qu'elle serait morte d'une thrombose coronarienne due à "repos alité et déshydratation sévère".

Médecin Légiste (Joan Wood): C'est la cas de déshydratation le plus sérieux que j'ai pu voir.

Matt Hall: le Dr Joan Wood, médecin Légiste du Comté de Pinellas Pasco nous a confié après notre entretien avec Abelson, que mourir d'un embolie est naturel, mais que la cause de l'embolie, elle, ne l'est pas. Elle dit que les tests effectués montrent qu'il y avait au minimum cinq jours que Lisa n'avait rien au à boire.

Matt: 5 jours sans boire?

Wood: Je crois que cinq à dix jours est un chiffre raisonnable: ça peut même atteindre dix-sept jours.

Matt: Qu'est-ce qui pourrait expliquer ça?

Médecin Légiste: Mmm, il y a plusieurs solutions; elle a pu refuser de boire et de manger; peut-être l'a t'on privée exprès, car vous savez que ce besoin est primordial...

Abelson: Elle s'est reposée, a beaucoup dormi, rien d'anormal, jusqu'à la fin de son séjour. Elle a eu ce qu'il fallait pour manger et boire, et des gens lui ont parlé, évidemment.

Matt Hall: un peu plus tard, Elliot  se réfère à une bizarrerie:

Abelson : C'était quand-même anormal de voir cette charmante jeune femme  taper contre les murs.

Matt Hall: avec le corps?

Abelson: Du poing.

Matt Hall: Les scientologues ne croyant pas en la psychiatrie, ils ont leurs méthodes pour manier les "crises" - dont on parle dans les 'volumes rouges' - les techniques de la secte -. On leur apprend à mettre en quarantaine les membres qui sont supposés dangereux pour eux-mêmes ou pour d'autres.

Matt Hall: Etait-elle mise à l'écart dans une cellule, par exemple?

Abelson: Non, c'était son choix.

Matt Hall: Et elle était libre d'aller et venir?

Abeslon: Tout à fait.

Matt Hall: Abelson dit qu'elle est tombée brusquement malade, et que ce n'est qu'au cours des dernières 24 heures qu'il y avait des raisons de s'inquiéter.

Abelson: Elle a perdu pas mal de liquide alors; elle n'a certainement pas perdu assez de poids auparavant pour qu'il y ait une bonne raison de l'emmener à l'hopital.

Matt: Est-ce qu'on peut se détériorer si vite que ça?

Wood: Absolument pas.

Matt: le soir du 5 Décembre, des scientologues l'ont finalement menée à l'hopital dans un break de l'église - avec des lettres dorées "FLAG", et bien que le premier service d'urgences soit à 500 mètres, ils ont fait 40 kilomètres aux heures de pointe, dépassant 4 autres services d'urgences plus proches ayant les pancartes "Hopital" bien visibles, pour aller jusqu'à l'Hopital Columbia Newport Richy, où l'un de leur coréligionnaires est médecin.

Est-ce qu'ils l'avaient appelé préalablement?

Abelson: Oui.

Matt: Et lui avaient-ils décrit les symptômes?

Abelson: En termes généraux, oui.

Matt: Et ce médecin a recommandé qu'ils l'amènent là-bas?

Abelson: Oui, il  a dit de l'amener de suite.

Matt: D'après les scientologues qui l'ont conduite, elle aurait cessé de respirer juste avant d'y arriver. N'aurait-il pas semblé normal de la faire prendre en ambulance?

Abelson: Je suppose, mais je ne sais ce qui était normal, n'étant pas présent.

Matt: C'étaient des adultes, non?

Abelson: Oui.

Matt: Ayant fait des études?

Abelson: et le moyen le plus sûr d'avoir un médecin pour elle

Matt: ... était sûrement d'appeler une ambulance

Abelson... c'était de la mettre dans un break et de l'emmener.

Matt: vous avez entre les mains une femme déshydratée, elle a eu des diarrhées importantes,  a perdu énormément de poids, et qui passe du coma au réveil au coma, vous pensez quoi?

Abelson: Vous en rejoutez, avec ces comas; elle est fatiguée.

Matt: Abelson dit que Lisa a participé à la discussion sur le choix de l'hopital à 40 kilomètres, et qu'elle aurait même pu marcher avec un peu d'aide, pour aller dans le break.

Médecin Légiste: J'ai passé pas mal de temps au tribunal, comme vous pouvez l'imaginer, si bien que je fais très attention  ce que je dis: elle était inconsciente depuis 24 à 48 heures avant de mourir.

Matt: Comateuse? Inconsciente?

Wood: Exactement.

Matt: Elle n'a pas pu s'asseoir et discuter ce jour-là pour savoir si elle allait chez le médecin?

Wood: Aucune chance.

Matt: Après avoir établi la déclaration de décès,  le Dr David Mikoff, le médecin des urgences scientologue,  a fait une prise de sang à Lisa. Les résultats du test montrent une infection à staphylocoques, que les officiels de l'église disent pouvoir être cause de la mort de Lisa.

Médecin Légiste: Lisa n'est pas morte d'une infection galopante.

Matt: Est-ce qu'une telle infection contribuerait ou causerait  la thrombose?

Médecin Légiste: Non, non.

Matt: Le dr Wood dit ne pas pouvoir expliquer les bleus et coupures constatées sur le corps de Lisa; il peut s'agir de coups, de chute avant le coma. Abelson maintient que l'infection à staphylos pourrait les avoir provoqués. Le rapport d'autopsie parle aussi de morsures d'insectes sur le corps.

Abelson: Je ne peux expliquer ces morsures, sinon qu'un tas de gens allaient et venaient dans la pièce et qu'il y a beaucoup de moustiques en Floride. C'est ainsi que c'est arrivé.

Médecin Légiste: Il ne s'agit certes pas de piqûres de moustiques. Ce sont vraisemblablement des morsures de cafards.

Matt: Comment aurait-elle laissé les cafards la mordre sans réagir,  pendant qu'elle était au lit?

Médecin Légiste: Dans le coma? elle n'en savait rien, et a laissé faire.

Kelley Davis (amie de Lisa): J'aimerais vraiment qu'on aille jusqu'au fond de l'affaire et qu'on sache ce qui lui est arrivé.

Deborah Norville: (de retour au studio): Les officiels scientologues  prétendent que l'enquète actuelle est le résultat d'un vieux compte à règler de la part des officiels Clearwater contre la scientologie, et qu'ils seront en mesure de prouver qu'il y a conspiration contre l'église.
 
 

Autres documents concernant le décès de Mlle Mc Pherson? :