Ceci est la traduction
du témoignage en justice de Mary Tabayoyon à l'occasion du
célèbre procès Fishman. Copyright ©1994 par Mary
Tabayoyon et traduction française ©1997 par Roger Gonnet -
texte provenant du groupe de news alt.religion/Homer Wilson/Université
Cornell. Message ID : 26.8.9412 :12 :23 (commentaires d'Homer entre doubles
parenthèses(()), commentaires du traducteur entre parenthèses
droites[ ].
Droits de distribution accordés pour les buts non commerciaux.
MARY TABAYOYON
: AFFIDAVIT
(témoignage en justice sous serment)
Graham E. Berry, state bar n° 128503
Gordon J. Calhoun, state Bar n° 84509
LEWIS D'AMATO, BRISBOIS & BISGAARD,
-
Figueroa Street, Suite 1200,
Los Angeles, Calif. 90012,
Télephone : 213-250-1800,
Avocats des défendants,
UWE GEERTZ, PH.D.
DISTRICT DES ETATS UNIS
COUR CENTRALE DU DISTRICT DE CALIFORNIE
CHURCH OF SCIENTOLOGY OF CALIFORNIA,
une asssociation religieuse sans but lucratif
Cas n°CV91-6426 HLH (Tx)
Motion déposée pour les frais de justice
Avortements -- Ethique
en scientologie (discipline )-- Les "conditions éthiques
"-- Rejeter les personnes critiques
-- L'éthique spéciale à la
sea org -- Hyperculpabilisation et son mécanisme
DECLARATION DE MARY TABAYOYON
Je soussignée, Mary Tababoyoyon, déclare ce qui suit:
-
1. Je suis devenue scientologue en 1967. Je suis devenue membre du corps
d'élite de la Sea Org (Organisation Maritime scientologue) en 1971.
J'y suis restée jusqu'à ce que je quitte la scientologie
en Décembre 1992.
2. L'une de mes premières affectations dans la Sea Org fut d'être
réceptionniste sous les ordres de Heber Jentzsch au Centre des Célébrités
de Los Angeles, qu'Yvonne Gilliam Jentzcsh dirigeait.
-
3. En 1972, on m'a transférée sur le bateau de Flag [Flag
est une unité dirigeante de la technique sciento] du nom d'Apollo.
Sur le bateau, j'étais un staff (membre du personnel) de Mary Sue
et L. Ron Hubbard, dans l'unité "maisonnée" (HU).
-
4. En Mars 1973, mon mari André et moi-même avons été
transférés à l'Organisation Avancée de Los
Angeles (AOLA). J'ai été transférée parce que
j'étais enceinte et que les enfants ne sont pas autorisés
à bord du bateau. J'ai passé environ 10 ans à AOLA.
En Juillet 1973, naissance de notre fils Casavius. Il a toujours été
en scientologie depuis sa naissance. Il s'est séparé de nous
parce que nous avons quitté la Sea Org et que nous ne sommes plus
en accord avec nombre des fondements de cette organisation.
-
4. Fin 1984, j'ai été transférée à
l'unité très secrète de Hemet, Californie, habituellement
nommée "Uplines" [sommet hiérarchique]. Les membres
de la sea org qui travaillent là-bas l'appellent "la base". Les
unités scientologues qui s'y trouvaient sont les suivantes: Gold,
pour "Productions de l'Ere Nouvelle", qui produit tous les films, électromètres
et promotions scientologues; CMOI (Organisation Internationale des Messagers
du Commodore), WDC (Comité des Chiens de garde), RTC (Centre de
Technologie Religieuse), et CMO GOLD (Organisations des Messagers de Golden
Era Productions). J'ai passé ces huit dernières années
à cette base d'Hemet.
DES LE DEBUT 1986,
IL FUT INTERDIT AUX STAFFS DE LA SEA ORG D'AVOIR DES ENFANTS S'ILS VOULAIENT
CONSERVER LEUR POSTE ET LA TECHNOLOGIE D'HUBBARD ETAIT APPLIQUEE DE FACON
COERCITIVE POUR NOUS CONTRAINDRE A AVORTER POUR QUE NOUS PUISSIONS RESTER
EN POSTE
7. Le 28 Septembre 1986, Guillaume Lesevre, Directeur Exécutif
International (ED int) émit un ordre à tous les membres de
la sea org. Dans la sea org, ces ordres étaient nommés "Ordres
de Flag". Le 28 Septembre 1986, cet ordre n° 3905 interdisit aux membres
de la sea org d'avoir d'autres enfants. La raison invoquée était
que la sea org n'avait tout simplement pas le temps, l'argent et les ressources
pour élever convenablement des enfants. Au cas où des membres
auraient désobéi, on les exilerait vers une organisation
scientologue de niveau Classe VI n'appartenant pas à la sea org
jusqu'à ce que l'enfant ait six ans. C'est alors que les parents
pouraient revenir à la sea org.
8. Le 3 Avril 1991, un supplément de cet ordre a été
publié. Une partie de ce texte indiquait que le parent serait envoyé
dans une organisation classe IV marchant mal (ne s'étendant pas).
C'est ainsi que Marc Yager, Officier Commandant la CMOI [organisation
internationale des messagers du Commodore], étendit cet ordre
à tout le personnel de la base, et en rajouta encore. Selon lui,
nous avions à sur nos épaules, à notre niveau élevé,
l'expansion de la scientologie, et nous ne pouvions nous permettre le temps
et les ressources nécessaires pour élever des enfants. On
découvrit donc qu'avoir des enfants était contre-productif
et s'opposait à notre but. Ceci devint affaire disciplinaire.[on
nomme ceci l'éthique en sciento]. Une affaire d'éthique
est une offense contre la scientologie. Une affaire d'éthique correspond
à tout ce qui s'écarte de l'expansion de la scientologie.
On s'en occuppe dès que quelque chose s'écarte du "chemin
droit et étroit". (Voir la définition de "éthique
pas en place", pièce jointe n°1)
9. En outre, les membres de la sea org seraient exilés, expédiés
dans une org n'appartenant pas au réseau sea org, de classe IV,
pour y servir comme staffs. La seule concession à ces années
de services dévoués était que nous pourrions conserver
notre statut de membres de la sea org.
10. L'odre de Flag établissait que les membres de la sea
org qui désobéiraient et choisiraient d'avoir des enfants
n'auraient pas le droit de choisir dans quelle org de classe IV ils iraient.
Les chefs les enverraient dans une org marchant mal. C'est une punition
granve. Dans une telle org, le membre de la sea org serait forcé
de se débrouiller pour élever son enfant avec la faible paie
nominale fournie dans une telle org. Il lui faudrait de plus ranimer l'org
mal partie sous peine de sanctions éthiques pires encore.
11. Alors que j'étais à la Base, j'ai connu plusieurs
exemples de ces staffs enceintes et forcées à se faire avorter.
D'autres m'ont été dits par les victimes elles-mêmes,
d'autres transmis par diverses personnes. Deux couples ont voulu garder
leur enfant en dépit de maniements éthiques importants et
furent donc bannis vers des orgs en mauvaise posture. Ils ont dû
passer par un maniement disciplinaire destiné à leur montrer
qu'il serait bien plus avantageux pour eux de rester à la sea org
et d'avorter. Certaines de ces femmes ont dû subir des méthodes
disciplinaires pour les contraindre à l'avortement. La sévérité
du maniement disciplinaire était en fonction directe du désir
de la mère de garder l'enfant. J'ai moi-même été
enceinte en 1993 et abandonné l'enfant à cause de la pression
et du dévouement mal placés envers la sea org.
12. Un an et demi avant que je ne sache que j'étais enceinte,
j'ai constamment été entraînée avec d'autres
membres de Gold, à devenir tout à fait dévouée
au but des membres de la sea org, c'est à dire à suivre "l'Intention
du Commandement". Cela signifie fondamentalement "intention poursuivie
tout en haut de la scientologie et de la sea org". Tout comme LRH, Marc
Yager et David Miscavige exprimèrent sous diverses formes que je
ne devrais jamais mettre mes désirs personnels au-dessus de l'accomplissement
du but de la sea org. Bien que j'eusse vraiment aimé avoir mon enfant
et que l'idée d'avorter me soit odieuse, je n'ai pas osé
dire que j'aimerais garder mon enfant.
13. J'ai dit à l'officier médical [il ne s'agit
pratiquement jamais de vrais médecins, ni même d 'infirmiers,
ndt] (Martine Collins) que j'étais enceinte. Elle a immédiatement
commencé à arranger mon avortement. Elle m'a dit qu'on voulait
évidemment que ce soit moi qui le paie, puisqu'on considérait
hors-éthique d'être enceinte. (Hors - éthique, ou 'out-éthique',
en scientologie, signifie que vos facultés de raisonnement ne vont
plus dans le sens exact des idées qui promeuvent la scientologie
et que cela doit être corrigé).
14. L'officier médical Collins m'a dit d'appeler pour prendre
rendez-vous pour cet avortement. Elle m'a dit de ne pas donner mon adresse
à la Base au centre d'avortement et de ne pas dire que j'étais
de la Base. Elle disait que ça provoquait de mauvaises 'relations
publiques'.
15. Le jour où je suis rentrée d'avorter, j'étais
faible, mal fichue, et j'avais des crampes. J'ai proposé de travailler
sur des choses pas trop difficiles que je pourrais arriver à faire.
Mon supérieur, Megan Rae, a refusé et m'a fixé une
cible que même à plusieurs travaillant ensemble, nous aurions
pris pour une mauvaise blague. J'ai cherché à lui faire comprendre
que je ne pourrais y arriver et que ce qu'elle me disait avait l'air d'une
blague. J'ai immédiatement compris qu'elle ne plaisantait pas. Ma
protestation évidente a rencontré un "Si tu penses utiliser
ce cycle d'avortement pour dramatiser ton inefficacité et ne pas
parvenir à ce que j'ai fixé comme cible, je te ferais traduire
en Comm-Ev [Cour Martiale façon sciento]".C'est une des actions
d'éthique les plus sévères qui soient.
16. Une de mes amies, Betty Hardin, qui travaille à la division
trésorerie de Gold m'a dit qu'elle emmenait souvent avorter les
filles à Riverside, pour qu'elles puissent avoir les vérifications
habituelles; c'était courant. Pendant un an, elle a transporté
des femmes presque chaque semaine au Planning Familial, pour se faire avorter.
Quand elles revenaient à la Base, elles avaient droit à l'éthique.
17. Le terme éthique sert à désigner l'endroit
où l'on va se faire "remettre son éthique en place". Pour
le dire en mots simples, c'est là qu'on va à chaque fois
qu'on sort de la voie, qu'on dévie un tant soit peu de l'intention
de commandement, et l'officier d'éthique travaillera avec vous jusqu'à
que vous soyez de nouveau prèt à servir sans faiblesse l'avancée
de la scientologie, et que vous ayez "réparé les dommages".
J'en dirai plus à ce propos ensuite.
18. Betty Hardin a dit une fois que des femmes revenant de se faire
avorter passaient en éthique et devaient "faire leurs conditions
basses d'éthique", c'est à dire, "remonter les "conditions"
de Confusion, Trahison, Ennemi, Doute et Risque. Chacune contient des étapes
à suivre exactement et seul l'officier d'éthique peut déterminer
officiellement si vous avez fait ce qu'il fallait, vous laissant alors
atteindre la condition d'au-dessus: vous voilà un robot de la sea
org avec un déterminisme revitalisé de ne jamais recommencer
cette même faute qui vous a transformé en "menace"ou en" risque
"pour votre groupe...
19. Mon supérieur m'a fait faire les étapes de la condition
de 'danger', celle qui se trouve juste au-dessus de risque. Ceci, pour
manier le fait que j'avais été enceinte. On ne m'a pas fait
faire "Trahison" parce que j'ai signalé que l'audition scientologue
avait à tel point amélioré ma condition physique avant
que je ne tombe enceinte, que je ne pouvais le prévoir puisqu'un
médecin m'avait dit des années auparavant que je n'aurais
probablement plus jamais d'enfants. Ce n'était pas complètement
vrai, mais c'était la seule solution que j'avais trouvé pour
éviter les conditions d'éthiques encore plus basses. Je savais
pourtant que lors de la confession suivante, ça allait se savoir
et qu'il faudrait que je répare et que je fasse ces conditions basses,
mais ce n'était vraiment pas encore le moment. C'était très
inhabituel pour moi de faire ce genre de choses, car je m'étais
acharnée à dire la vérité dans la vie.
20. En outre, pour préserver mon intégrité
et ma dignité à mes propres yeux, je me disais en moi , ainsi
que je l'ai dit à quelques amis, que j'avais craint que mon bébé
ou moi-même ne survive pas à cette naissance du fait de difficultés
et complications lors d'une grossesse antérieure. Mais la vérité,
c'est que si j'avais été dans mon état normal, je
n'aurais jamais pensé à avorter. Mon mari et moi voulions
encore un enfant.
21. J'ai demandé à Betty combien de femmes elle avait
emmené se faire avorter à Riverside; elle n'a pas voulu me
le dire. Vu sa façon de répondre, ça devait être
pas mal... j'ai fait "plus de vingt?" elle a levé les bras au ciel
et m'a fait un "Oh, oui..." emphatique.
22. Betty m'a aussi dit qu'elle avait refusé carrément
d'en emmener d'autres là-bas, car ça devenait génant
à cause des manifestants anti-avortement qui faisaient remplir des
pétitions devant le planning familial et qui essayaient d'empècher
les femmes de se faire avorter.
23. Ce qui suit est constitué d'anecdotes de femmes que j'ai
connues et qui se sont fait avorter après des séances d'éthique
coercitives et qu'on a menacées d'exiler dans des orgs Classe IV.
Du fait que je n'étais pas supposée parler de cela, à
cause des Relations Publiques, ni dedans ni dehors de la Base, je ne donnerai
pas les noms, pour préserver l'anonymat.
A. C'était mon amie; elle travaillait dans le même
département que moi quand elle est tombée enceinte. Elle
paraissait très bouleversée et n'a dabord pas voulu en parler.
Un jour que nous étions seules, j'ai réussi à la faire
parler.Elle disait qu'elle aurait bien aimé avoir son gosse mais
après, elle est allée en éthique - ce qui a dû
durer une semaine - et s'est rendu compte qu'elle n'était pas prète
pour ce bébé (elle avait 20 ans). Elle avait dit à
son mari qu'elle voulait absolument garder l'enfant; lui-même était
vraiment très décidé à le garder. Mais après
le cycle d'éthique, il pensait qu'il ne reviendrait probablement
jamais à la base, qu'il perdrait son job et son statut à
Gold. Il serait obligé d'aller dans une org Classe IV; les actions
d'éthiques les ont convaincus "d'être de bons membres de la
sea org", d'avorter, pour pouvoir rester "SUR BUT" dans la sea org. "Sur
But" ça signifie dans la sea org que vous faites ce que vous devez
et ce qu'on vous demande pour faire progresser le but de la sea org. (Nota:
j'expliquerai ensuite les méthode de coercition de l'éthique
en scientologie).
B. : Son mari travaillait dans la même unité que moi lors
de sa première grossesse. Il m'a confié en ami, que sa femme
était enceinte et qu'il voudrait avoir cet enfant. L'éthique
lui avait déjà parlé et elle avait décidé
de le garder cette fois-ci. Je lui ai parlé ensuite, lui demandant
si elle était enceinte. Elle m'a dit oui, et qu'elle avait décidé
de le garder. Très décidée, vraiment. On a discuté
du livre référence d'Hubbard, la Dianétique, la Science
moderne de la Santé Mentale, où Hubbard s'oppose très
clairement aux avortements. (Voir pièce 2). Elle était enchantée
d'avoir quelqu'un de son côté. J'ai ensuite entendu dire qu'elle
s'était fait avorter. Elle a de plus atteri sur le RPF [le goulag
scientologique] qui est un camp d'emprisonnement au sein de la sea
org. Le fait qu'elle ait été à nouveau enceinte sur
le RPF est remarquable, car les gens qui sont au RPF vivent à part
des quartiers des autres membres de la sea org, y compris de leurs époux,
et son mari était sous bonne garde durant le RPF parce qu'on pensait
qu'il présentait un risque tant que sa femme était incarcérée.
Cette fois-ci, plutôt que se soumettre, elle réussit à
garder son bébé en s'échappant de la base et elle
eût son bébé en Angleterre; elle ne revint jamais à
la sea org. J'ai lu la lettre de Tina à sa soeur. Elle avait envoyé
des photos de son gamin et elle en était très fière!
C. J'ai appris vers 1986 que cette fille était enceinte.
C'était un sale coup, parce qu'elle avait toujours été
une des Messagères essentielles du Commodore. Ils étaient
tous deux très déterminés à conserver l'enfant.
On l'a collée dans des maniements éthiques importants, assortis
de menaces et pénalités de plus en plus dures. Elle accepta
en fin de compte. Vers 90, je sus qu'elle était de nouveau enceinte.
Simultanément, on la sortit de son poste pour lui faire faire de
basses oeuvres. Son mari m'a dit qu'ils étaient décidés
à garder l'enfant. Des mois plus tard, ils avaient réussi
à s'échapper. Ils ne sont pas rentrés à la
sea org et je sais qu'elle et son mari ont eu le plaisir d'un fils adorable.
D. On m'a dit qu'elle était enceinte. Elle est allée en
éthique et s'est fait avorter.
E. On l'a vue arriver : l'enfer. On aurait tout le temps dit qu'elle
allait se mettre à pleurer. Elle avait l'air d'être tout le
temps au bord de l'évanouissement émotif. J'ai essayé
d'être encore plus amicale et de la faire parler, mais elle a juste
souri et changé de sujet. Elle et son mari ont été
éjectés de leur poste et mis en éthique lourde parce
qu'elle était déterminée à avoir l'enfant.
Un jour, ils sont revenus en poste, souriants. J'ai demandé à
son mari ce qui s'était passé... ils avaient tous deux faits
leurs conditions éthiques basses, avaient fini à "Doute"
et décidé qu'elle avorterait. Des mois plus tard, elle était
de nouveau en état de choc et mentalement détruite, après
avoir été balancée dans le lac avec 6 autres staffs
de la section qualifications qui n'avaient pas atteint leur cible [en
scientologais, disons une ci$ble!! ] de la journée. Elle a blowé
(partie sans permission) quelques temps plus tard avec un autre staff de
la même division.
F. On m'a dit qu'elle avait avorté alors qu'elle était
mariée à l'un des dirigeants scientologues. J'ai vu qu'elle
le quittait et qu'elle divorçait. Elle a épousé un
autre staff, puis a été expédiée au RPF.
G. On m'a dit quelle avait été enceinte et s'était
fait avorter après les procédures d'éthique. Elle
s'est effondrée moralement. L'avortement l'avait détruite
émotionnellement. Elle n'a jamais plus été la même.
Avant, elle était marrante, mais après, on ne la vit plus
rire ni s'amuser. C'était une de mes meilleures amies.
H. Ce couple s'est arrangé pour garder son intégrité
et ne pas abandonner l'enfant. Ils ont eu des maniements éthiques
durant un mois, et on leur a finalement permis d'aller dans une org classe
IV et de garder l'enfant. On considérait qu'ils avaient trahi quand
ils sont partis, ce qui est considéré comme le pire des crimes
par les autres membres de la sea org
I. Ce couple a choisi de partir du fait qu'elle était enceinte.
On les a envoyés dans l'org classe IV de Santa Barbara, disgrâce
complète pour avoir osé quitter la sea org et avoir un enfant.
On les a aussi fortement critiqués durant les réunions du
staff. J'ai parlé au mari avant qu'il ne parte, pour avoir son point
de vue. Il disait que c'était en partie pour raisons personnelles,
car il sentait qu'ainsi il aurait peut-être la possibilité
de devenir OTIII; il disait y être coincé depuis trois ans
en "revue" et qu'il n'avait pas pu continuer du fait du manque d'auditeurs.
Il disait que ça le rendait marteau et pensait que sa seule chance
était de faire ce qu'il avait décidé. Quatre ans plus
tard, je les ai vus à l'org avancée de Los Angeles, tous
deux très très minces, leur fille de 4 ans très mince
aussi. La mère avait un genre de maladie de peau sur une moitié
du visage. Le mariage était détruit et ils voulaient divorcer.
Elle essayait de faire bonne figure. Mais elle m'a dit que l'org de Santa
Barbara était vraiment nulle. Cela signifiait qu'ils n'en tiraient
même pas de quoi manger, car dans les orgs classe IV, les staffs
sont payés selon les rentrées d'argent de cours et livres
vendus dans l'org. Les voir m'a convaincue que c'était folie que
faire des bébés dans une org classe IV. On aurait dit qu'ils
en avaient vraiment bavé - sans qu'ils le disent. C'est cette impression
qui m'a poussée encore un an plus tard, quand j'ai moi-même
été enceinte. C'est intéressant de savoir que la seule
façon d'avoir un enfant à la sea org consiste à la
quitter complètement. Il est difficile de décrire à
quel point c'est impensable de partir, pour des gens comme mon mari et
moi, complètement endoctrinés et dévoués à
la sea org.
On pourrait faire l'analogie suivante: quelqu'un vous demanderait
de tuer toute votre famille avec un révolver. Vous auriez vraiment
l'impression qu'il n'y a absolument pas moyen de faire ça, que c'est
vraiment impossible.
J. Elle n'offrit apparemment guère de résistance à
se faire avorter, car sa grossesse la rendait assez malade.
24. Je peux maintenant me rendre compte que mon avortement, joint
au traîtement sans pitié de mes supérieurs après
l'avortement, a commencé à secouer mes bases et l'état
d'endoctrinement aveugle de la sea org. Une des autres choses qui m'ont
secouée un peu plus fut un procédé qui m'a été
assigné deux semaines après l'avortement: le 'FDS", c'est
à dire "PELER (extirper) LES FAUSSES DONNEES".
Cette action m'a ouvert les yeux sur diverses folies totales ayant lieu
à la Base, folies sur lesquelles j'avais jeté un regard aveugle
jusque là. La pire, c'est le fait que Miscavige, le chef supérieur
de la scientologie, hurlait colériquement à intervalles (peut-être
une fois part mois) sur nous lors des assemblées des staffs, en
nous disant à quel point nous étions tous incompétents
et inefficaces. Il nous disait même parfois : "Même les WOGS
feraient mieux!" (Wog est le terme péjoratif utilisé en scientologie
pour désigner les gens extérieurs à la sciento, qui
n'en ont probablement même jamais entendu parler).
25. Ce même Miscavige voyait tout le personnel de Gold en poste
et accomplissant sa tâche. Une vidéo montre que les gens de
Gold sont des sortes de demi-dieux pour leur niveau d'efficacité,
de perfection et de compétence.
26. Une autre bizarrerie vient du fait que nul ne se rendait compte
à quel point bien des organisations d'en bas de la sea org marchent
mal, comme bien des organisations classe IV. Malgré ceci, Miscavige
dressait systématiquement le portrait de le scène scientologue
internationale comme fantastisquement puissante et en pleine expansion,
lors de chaque prestation publique scientologue au cours desquelles lui-même
ou ses subalternes directs (les IGs, pour Inspecteurs Généraux)
prenaient la parole. Chacun dessinant à quel point sa zône
avait des résultats phénoménaux!
27. Je n'ai jamais pu achever cette "extraction des fausses données",
car il m'a fallu aller voir mon médecin pour un rendez-vous d'examen
de contrôle (quinze jours après l'avortement). C'est très
bien tombé, car si j'avais achevé ce procédé
de pelure des fausses données, je serais retombée en plein
accord avec tout cela , bien réendoctrinée: de nouveau, j'aurais
été ce staff sea org dévoué...
28. Mon mari est venu me chercher juste après mon examen. C'est
là qu'il m'a dit sa grosse dispute contre Miscavige, et les insultes
qu'avait proféré Miscavige envers lui. Après, il m'a
raconté toute la scène: si c'était comme ça,
il prenait la voiture et il filait immédiatement de la sea org.
(phrase peu claire ou titre de la suite?: sur une base quotidienne,
il valait mieux faire autre chose de notre temps de production).
[manquent les #29, 30, 31 dans le message en question]
32. Ci-joint pièce C, copie de la communication de Fred Swan
à l'administration scientologue datée du 9 Novembre 1989
au sujet des couples avec grossesse, se plaignant d'être privés
de l'heure quotidienne (supprimée aux parents ayant des enfants).
33. Ci-joint pièce F, copie de la Directive de l'Exécutif
Scientologue datée du 21 Novembre 1989, de Ken Shapiro à
l'administration scientologue, au sujet des couples avec grossesse dans
la zone de commandement Pacifique de la sea org. Ces couples devaient être
'expédiés dans de petites orgs marchant mal'.
34. Pïèce jointe E, ordre au personnel scientologue
concernant Jill Graham qui avait violé les règles (policies)
scientologues en ayant un enfant et en restant sur le staff de l'org avancée
de Los Angeles au lieu d'être transférée sur un poste
plus humble.
36. Ci joint pièce G, communication datée du 8 décembre
1989 des scientologues Mya et Leif Bergman au sujet de l'annulation du
temps consacré aux enfants en scientologie. Ils se plaignent de
ce que cette heure consacrée aux enfants ait disparu.
37. Pièce jointe H, communication de scientologie datée
du 30 Décembre 1989 au sujet de Karen (Jentzsch) Barter. Dans la
partie concernant ceci, en haut de la deuxième page, il y a ceci:
"Chère Sue: sauriez-vous quoi que ce soit au sujet d'intentions
de Karen Barter à propos d'un enfant?
38. Pièce jointe I, communication de Scientologie datée
du 29 Janvier 1990, disciplinant Yolanda Avila parce qu'elle avait objecté
à la suppression du temps familial et demandé un conseil
d'investigation qui avait eu pour effet de troubler ou bouleverser les
lignes de commandement de la zône pacifique scientologique. De plus,
dit-elle, "il y a eu d'importants faits criminels découverts dans
toutes les orgs de la PAC, sur les lignes des registrars [vendeurs sciento].
ETHIQUE,
VERIFICATIONS DE SECURITE ET RPF
39. En réalité, l'éthique consiste à
garder tout le monde sous contrôle mental destiné à
penser, agir et voir d'une seule façon au point d'en ignorer les
fautes majeures des chefs scientologues, des organisations, et de la technologie
hubbardienne en soi.
40. Une fois qu' Hubbard vous a menés à une certaine
forme d'espoir en un QI plus élevé, en des niveaux d'aptitudes
supérieurs, et un désir de liberté spirituelle, il
jette le lasso et vous accule dans un coin grâce à des bulletins
comme celui-ci : "Comment faire en sorte que la scientologie continue à
fonctionner".(Pièce jointe 3). Dans cette lettre de règlements,
L. Ron Hubbard insiste très poétiquement sur la fait que
la scientologie est le seul espoir de l'humanité à secouer
ses chaînes durant le "dernier trillion d'années". Et c'est
la première possibilité qu'elle ait jamais rencontré
de le faire , et ce pourrait très bien être la dernière.
LRH implore les scientologues pour qu'ils portent la responsabilité
de cette unique chance de l'humanité, pour qu'ils mènent
les gens vers la liberté spirituelle grâce à la scientologie.
Hubbard insiste sur le fait que l'inaction ménerait les gens, vous
inclus, vers le pire des enfers. LRH a ordonné que ce bulletin soit
le premier des bulletins de chacun des cours de scientologie, et insisté
pour qu'il soit entièrement lu et compris.
41. Une fois que vous avez mordu l'appât et que vous êtes
tout à fait entré en scientologie, vous êtes canalisé
en permanence dans cette veine de pensée par l'usage qui est fait
des procédures d'éthique. (Voir pièce 4)
42. A partir de là, tout scientologue qui dit ou fait quoi que
ce soit indiquant qu'il ne serait pas pleinement un scientologue dévoué
commencera donc à recevoir des procédures d'éthique.
43. La sévérité de l'action
éthique qu'on applique à une scientologue montrant un comportement
inorthodoxe dépend du degré de la faute par rapport aux idéaux
scientologues. Elle augmente jusqu'à ce que la personne revienne
dans le système et qu'elle démontre à nouveau "la
façon scientologue correcte de penser".
44. Par exemple, un étudiant décide d'aller jouer
au basket ce jour-là, plutôt que venir au cours. Il est probable
que le superviseur de cours se contentera de le lui faire remarquer, et
de chercher "ce qu'il n'a pas comrpis dans les matériaux du cours".
Si cela ne fait pas changer l'étudiant d'attitude et qu'il ne s'excuse
pas, le superviseur l'enverra probablement en éthique. (L'éthique
est aussi le lieu où des 'officiuers d'éthique' administrent
les procédures d'éthique).
45. Une fois le scientologue en éthique, un ou plusieurs officiers
d'éthique l'interrogent jusqu'à satisfaction concernant l'élimination
de la façon de penser incorrecte.
46. Par exemple, l'officier d'éthique laissera l'étudiant
exprimer son point de vue et donner les raisons qui l'ont poussé
à choisir le basket au lieu du cours et lira le rapport du superviseur
de cours. Il demandera alors à l'étudiant dans "quelle condition"[éthique]
il se croit.
47. Il existe en scientologie 10 "conditions d'existence". Une personne
se trouvera toujours dans l'une d'elles. Il faut alors suivre des étapes
précises menant de cette condition à la condition du dessus.
Les noms des conditions en question:
- confusion - trahison - ennemi - doute - risque
[risque que l'on fait encourir aux autres, ndt] -
danger - urgence - normal - affluence - puissance. [auxquelles
s'ajoute une condition neutre 'de démarrage', la condition de non-existence,
ndt]
48. Si l'étudiant ne peut voir pourquoi il aurait dû faire
une des conditions basses et si l'officier d'éthique ne peut le
convaincre, même en le dénigrant, en l'intimidant et en l'accusant,
il ordonnera à l'étudiant d'écrire toutes les exactions
que celui-ci aurait commises, en particulier en scientologie. On croit,
en scientologie, que la personne offre d'autant plus de résistance
à suivre les règles de reconditionnement éthique du
mental qu'elle a commis d'actes nuisibles , en particulier des actes hostiles
dirigés contre la scientologie. (L'accomplissement des étapes
des conditions éthique lui fera prendre la décision de ne
plus jamais jouer au basket ou à quoi que ce soit, si elle est supposée
aller sur les cours scientologiques.)
49. Si l'étudiant récalcitrant refuse d'écrire
ses exactions, l'officier d'éthique ordonnera qu'il reçoive
une "vérification de sécurité", c'est à dire
qu'on lui posera une série de questions sous diverses formes pour
savoir quels exactions il a commises. Lors de cette vérification,
l'étudiant est branché sur l'électromètre [sorte
de détecteur de mensonges] afin de pouvoir mesurer ses réactions
physiques. La personne qui effectue cette vérification est entraînée
à mettre à jour ces exactions.
50.Si tout va bien, il est probable que l'étudiant ressentira
quelque soulagement de s'être débarrassé de ces exactions.
Il sera probablement prèt à coopérer avec les officiers
d'éthique et décidera vraisemblablement qu'il se trouvait
en condition de "doute".
51. Les étapes de la formule de la condition de doute vous poussent
à décider à quel groupe ou type de gens vous voulez
vous joindre, à l'exclusion d'autres groupes. L'étudiant
va devoir décider ici entre le groupe des scientologues et le groupe
de "ces irresponsables qui s'amusent simplement à jouer au basket
quand ils devraient se trouver en cours".
52. Les étapes effectuées pour aider la personne à
décider entre ces groupes consistent essentiellement à estimer
leur productivité et les intentions de chacun. Puis de rester ou
rejoindre le groupe qui fait "le plus grand bien au plus grand nombre de
gens", puis d'annoncer votre décision aux deux parties. Cela peut
être une simple note sur le tableau d'affichage disant que vous avez
décidé de vous joindre au groupe des scientologues et que
vous quittez celui des irresponsables qui... Puis vous faites tout ce qui
est en votre pouvoir pour améliorer les actions et statistiques
du groupe dont vous faites partie.
53. Comme vous le constatez d'après la façon dont
la formule est construite, tout scientologue va choisir la scientologie.
Notez bien que vous n'aurez qu'un seul des côtés à
choisir et que vous devrez exclure l'autre. Après avoir fait des
tonnes de ces formules de doute - ce qui est arrivé à tout
scientologue ancien - vous finissez par abandonner tout but et tendances
personnels antérieurs à la scientologie qui vous étaient
naturels, et vous passez tout votre temps et votre énergie sur la
scientologie.
54. Quand l'officier d'éthique estime que l'étudiant a
bien exécuté les étapes de la formule de doute et
qu'il a les bonnes réactions, il autorise l'étudiant à
passer à la condition supérieure, c'est à dire le
"risque".
55. Lors de la formule de risque, vous découvrez fondamentalement
'qui sont vos amis'. Il n'est pas étonnant que l'éthique
ne vous lâche pas tant que vous ne voyez pas alors que seuls les
scientologues sont vos amis. Les procédures éthiques scientologiques
vous demandent alors de "donner un coup réel aux ennemis de la scientologie"
- dans l'hypothèse du basket, l'ennemi serait la personne irresponsable
qui décide de faire du basket plutôt que de la sciento. Il
se pourrait que l'étudiant décide de faire venir quelques
amis du basket au cours scientologiques.
56. L'étudiant devrait alors réparer les "dommages"
bien au delà de ce que demanderait normalement le groupe à
un de ses membres.
57. L'étudiant ainsi 'réformé' demanderait ensuite
à chacun des membres du groupe d'accepter à nouveau sa présence
au sein du groupe. Dans son cas, il irait faire signer un papier à
chaque personne dans la salle de cours, disant qu'elle est daccord pour
qu'il revienne dans le groupe.
58. Comme vous le voyez ici, cela renforce encore la décision
de l'étudiant de ne plus jamais être "irresponsable" et le
décide à être vraiment bon et éthique, c'est
à dire à dédier tout son temps et son énergie
à la scientologie.
59. L'étudiant doit alors achever sa "formule de non-existence"qui
le rend encore plus obéissant et en accord avec les buts du groupe.
60. Le processus continue ensuite par l'accomplissement de la condition
de 'danger' qui parachève cette action hors-éthique [en
désaccord avec ce que la sciento considère correct] d'avoir
joué au basket au lieu d'aller en cours. L'officier d'éthique
demande alors à l'étudiant d'examiner ses habitudes et ses
routines, puis de formuler et d'adapter une politique ferme qui empèchera
que cette situation hors-éthique se reproduise. Ici, il peut s'agir
de quelque chose du genre "chaque fois que je n'ai pas trop envie d'aller
au cours et que je préfèrerais aller avec les copains, j'appellerai
le superviseur de cours et je lui parlerai, pour qu'il puisse me faire
changer d'avis immédiatement."
61. Voilà désormais l'étudiant doté
d'une règle préventive à manier s'il a la moindre
envie d'aller au basket ou de faire autre chose alors qu'il est supposé
aller au cours.
62. La condition suivante vers un statut éthique normal est
la condition d'urgence. Pour l'achever, l'étudiant doit travailler
vite et furieusement, durcir son auto-discipline, et travailler à
la chandelle...
63. Une fois qu'il a accompli cette condition d'urgence, il passe à
"normal", c'est à dire qu'il ne doit plus rien changer à
ses habitudes nouvelles, il doit continuer à faire ce qui démontre
sa productivité en scientologie.
64. La condition suivante est l'affluence, qui s'applique lorsque
vos statistiques montent fort ceci indiquant que votre productivité
en scientologie et pour vous-même est élevée.
65. Si vous continuez l'affluence assez longtemps, vous arrivez
en "puissance". Pour achever cette condition, l'étudiant doit écrire
dans le détail ce qu'il a fait pour maintenir sa productivité
élevée. Ca lui permet de faire passer aux autres les actions
à succès qui lui ont permis d'atteindre le résultat,
afin qu'ils s'en inspirent.
66. L'étudiant a alors passé 1/du refus à confesser
ou admettre la responsabilité de ses exactions, au stade de 2/confesser
tout écart d'éthique - réel ou imaginaire -3/à
demander le pardon pour ses fautes et à 4/ payer de sa personne
pour les erreurs supposées, 5/à se dévouer corps et
âme à faire grimper les statistiques scientologiques, accomplissement
qu'Hubbard glorifie - 6/puis à devenir si bien un rouage du système
qu'il en écrit les méthodes pour aider les autres à
faire de même.
67. Vous avez maintenant un étudiant qui est bel et bien
coincé dans les retranchements. Non seulement il sera heureux de
porter les chaînes, mais il trouvera normal de se les remettre en
place si elles se libérent ou qu'elles se relâchent, et il
s'activera de surcroît à pousser les autres dans la même
direction.
68. Une autre fonction de la méthodologie
éthique en scientologie est de chercher les scientologues liés
- par quelque lien que ce soit - à des opposants à la scientologie.
La raison en est que ces antagonistes à la sciento peuvent créer
des troubles à la scientologie ou bouleverser le scientologue en
lui racontant à quel point la scientologie ou Hubbard serait mauvais.
Le scientologue peut même parfois quitter l'organisation et se retourner
contre elle.
69. Dès qu'un officier d'éthique trouve quelque chose
sur un scientologue lié à quelqu'un d'antagoniste à
la scientologie, il étiquette ce scientologue "PTS", (c'est à
dire Source Potentielle d'Ennuis, ou Source d'Ennuis Potentiels - ou encore,
Source Potentielle de Troubles). On ne permettra pas au scientologue de
continuer ses services scientologiques tant qu'il n'aura pas manié
le lien antagoniste. Ceci s'obtient en faisant changer d'avis à
la personne antagoniste, soit parce qu'elle est d'accord pour apprécier
la scientologie, ou au moins être daccord pour que le scientologue
continue le "Pont".
70. Dans certains cas, la personne antagoniste ne change pas d'avis
et le scientologue se trouve contraint de la quitter. Normalement, l'officier
d'éthique fera écrire une lettre au scientologue, dénonçant
la personne antagoniste et coupant tous liens ou contacts futurs avec elle.
71. A la base, toute cette procédure revient à empècher
quiconque ne serait pas d'accord avec la sciento de pénétrer
et de venir convaincre les gens que "l'herbe est meilleure dans le pré
d'à côté" ou quelque variation du même thème.
La procédure éthique en question sert donc aussi à
garder les gens parqués dans leur coin et contents de l'être.
USAGE
DE L'ETHIQUE DANS LA SEA ORG
72. La sea org (organisation maritime) est le groupe d'élite
des gens dévoués corps, âme et vie, à libérer
la race humaine de l'esclavagisme spirituel dans l'univers entier , au
cours du prochain milliard d'années; c'est vraiment ce qu'ils croient;
ils pensent que la scientologie est l' unique espoir que l'homme se libère
mentalement et spirituellement. La très grande majorité des
membres de la sea org n'en tire aucun profit et ne reçoit qu'une
trentaine de dollars par semaine pour les efforts. Ils vivent en communauté,
nourriture et logements étant fournis.
73. Les conditions spartiates que vivent pratiquement tous les membres
de la sea org contrastent énormément avec celles de la direction
de la sea org et de la scientologie. La majorité de ceux-ci possèdent
des voitures. Miscavige et sa femme, agent dirigeant de la la CSI (Eglise
de scientologie, internationale) et d'autres organisations de scientologie,
possèdent toujours les voitures les plus chères.
74. Les procédures éthiques sont utilisées
bien plus à fond et plus souvent ici. Comme vous le devinez, une
fois que certains scientologues sont prèts à passer leur
vie dans leur retranchement, on les fait passer dans le niveau supérieur,
où on les entraîne à ficeler les autres et à
les amener dans leur coin en se servant des procédures d'éthique.
75. Dans la sea org, on se sert de l'éthique au point que
ses membres acceptent de mettre des oeillères pour ne pas voir et
ne pas penser à quoi que ce soit d'autre que la scientologie, à
leur tâche, et à leur but de libérer l'humanité.
Bizarrement, quand vous êtes assez méritant pour qu'on vous
donne un poste à la Base, on cesse de vous appâter au cours
de réunions destinées à vous vendre le but de "libération
de l'humanité". Dans les réunions de la base, on vous asticote
pour que vous fassiez de l'argent, pour que vous étendiez la scientologie,
mais guère pour que vous libériez l'humanité.
76. La raison de base qui fait désirer ces visières aux
staffs de la Base, c'est qu'il est trop facile à leur supérieurs
de les jeter en condition éthique basse. Si l'on vous y met, vous
n'avez plus de temps de 'loisirs' (les après-midis du dimanche);
vous perdez pas mal de sommeil car il faut faire des travaux-amendes en
plus de votre job; il est probable que vous n'aurez pas vos sept heures
de sommeil. Et vous devrez probablement aider les autres attardés
du soir à finir un projet à temps. De plus, si un staff est
en condition basse, les autres sont contraints de ne lui marquer aucune
amitié tant qu'il n'a pas remonté.
77. Prenez quelqu'un comme moi, qui ai été entraînée
à pratiquement toutes les technologies de vérification de
sécurité:
78. Il existe une donnée d'Hubbard
dans plusieurs bulletins, qui explique que si vous êtes critique
d'un groupe ou d'une personne, c'est parce que vous avez fait du tort à
ce groupe ou cette personne. Localiser les actes néfastes et s'en
débarrasser soulage la personne. S'il n'y a rien d'autre, tout ira
bien ensuite. Mais si vous décidez de ne pas dire tout ou partie,
plusieurs conséquences: (a): vous avez la tête tourneboulée
parce que vous vous demandez s'ils savent ce que vous avez fait ou pas;
(b) vous commencez à vous faire du tort à vous même.
79. Tout scientologue entraîné essaiera sans cesse de saisir
toute occasion pour dévoiler les actes les plus insignifiants afin
d'éviter ces problèmes. Intéressant : je croyais tellement
tous les mots de la tech hubbardienne que j'ai expérimenté
ces phénomènes à chaque fois que je faisais la moindre
bricole. C'est comme si j'avais un ordre hypnotique.
80. Cette compulsion [chose que l'on se sent forcé de
faire, ndt] était telle qu'à chaque fois qu'il m'arrivait
quelque chose de travers, comme de me faire enguirlander injustement, ce
qui se produisait presque chaque jour - je cherchais en moi ce que j'avais
bien pu faire, moi.
81. Je cherchais ce que j'avais pu faire. Si je n'arrivais pas à
trouver quelque chose - c'était sans cesse le cas, puisque je me
sentais compulsivement contrainte à très très bien
faire pour éviter ces inconvénients - je pensais que c'était
quelque chose que j'avais fait auparavant et que je m'étais caché
jusque là.
82. J'avais eu tellement de vérifications de sécurité
et j'y avais dit et redit tant des choses les plus minuscules imaginables,
que je finissais par penser que puisque j'avais si bien nettoyé
cette vie-ci, j'avais dû être très criminelle dans les
vies passées et je pensais n'avoir pas encore nettoyé cela
auprès de l'officier d'éthique. Pour en finir avec mes ennuis
d'alors, j'ai commencé, comme bon nombre d'autres scientologues,
à inventer des actions atroces que j'aurais commises dans des vies
antérieures. Je me servais de tout cela pour m'expliquer à
quel point c'était normal que je sois si malheureuse dans cette
vie, et qu'on me criât dessus injustement, en dépit de mes
efforts à tout faire à la perfection.
83. Le truc consiste à tellement introvertir les membres
de la sea org, à tellement les occuper aux quantités énormes
de production exigée, pour laquelle ils obtiennent punitions et
réprimandes en cas d'échec, qu'il ne vous reste même
pas d'espace pour respirer, observer et critiquer honnètement ce
qui se voit.
84. Je voyais par exemple un staff ami se faire hurler dessus et
se faire dénigrer par un grand chef pour une erreur. Je me sentais
triste pour mon ami. Mais j'étais entraînée à
refuser même de considérer ces abus comme ineptes. Par définition,
la conduite du grand chef était correcte. En fait, j'étais
conditionnée à croire indispensable de gueuler sur les subalternes
pour qu'ils fassent leur travail. Ce conflit, entre mes inclinations naturelles
et la doctrine scientologue, que j'embrassais totalement alors, ne faisait
qu'ajouter à mon introversion, car hurler n'était pas naturel
pour moi. Par définition scientologue, quelque chose devait donc
ne pas aller chez moi. J'ai souvent pensé que mon inaptitude à
hurler sur mes subordonnés était une tare majeure de mon
caractère, puisque tous les autres chefs hurlaient sur leurs subordonnés
et les abusaient émotionnellement.
85. La tech d'Hubbard fournissait une réponse toute faite démontrant
pourquoi j'avais tort et pourquoi le supérieur avait raison de s'engager
dans ces comportements excessifs. Hubbard disait que si l'on croisait quelqu'un
d'habituellement poli et courtois, c'est qu'il avait derrière lui
des masses de crimes sur la Piste du Temps [passé antérieur
à cette vie-ci] , des crimes monstrueux, comme avoir fait sauter
des planètes entières. En d'autres termes, les cadres supérieurs
avaient dû avoir des vies exemplaires pendant que moi, j'étais
une criminelle de proportions intergalactiques! Pas moyen pour une archi-criminelle
de mon espèce, de faire face à ce que je considérais
comportementalement abusif chez ces cadres supérieurs.
86. L'éthique sert bien plus constamment et
plus violemment à la Base que dans les lieux fréquentés
par le public [payant].
87. La plupart de ce que je viens d'aborder exprime l'intensité
de ce que j'ai ressenti à la Base. Dans les orgs recevant du public,
on s'arrange pour ne pas crier afin de ne pas bouleverser le public. Il
faut que l'atmosphère y soit agréable.
88. Les seuls membres du public témoins de ces scènes
sont ceux qui travaillaient à la construction de la base. Plusieurs
d'entre eux ont exprimé leur surprise que dans une fraternité
religieuse des gens se hurlent violemment dessus et aussi souvent, et croyez-moi,
le langage utilisé est vraiment horrible, je n'exagère pas.
LA PRATIQUE DE DEMORILISATION
SYSTEMATIQUE DES STAFFS FACE AUX SUBALTERNES ETAIT AUSSI BIEN PLUS HABITUELLE
A LA BASE QUE DANS LES AUTRES UNITES SEA ORG
89. Lors des rassemblements du staff, les
cadres dirigeants les diverses sections de Gold devaient indiquer ce qu'avait
fait leur division cette semaine-là, et dire ce qu'ils auraient
dû faire. (pendant ce temps-là, ils fixent les staffs). S'ils
ont laissé quelque machin bien juteux, ou esquinté un travail,
le CO (Officier Commandant) les extrait des rangs et leur fait tout raconter
aux autres. On les interrompt en général s'ils essaient d'expliquer
l'erreur, et le CO les fait asseoir pendant qu'il explique aux autres aux
autres leurs terribles erreurs. C'est en vérité très
souvent après des nuits passées au travail, alors que la
Division a fait tout ce qu'elle pouvait, qu'ils n'y sont pas arrivés.
Parfois, le retard vient de Miscavige, qui n'a pas approuvé le produit
fini, et qui le fait refaire. A peu près la moitié des chefs
de division y avaient droit chaque semaine. On montrait souvent du doigt
des staffs , en les désignant comme les principaux responsables
de la baisse du groupe: il leur fallait alors se lever et exprimer ce qu'ils
avaient fait comme erreur.
90. Ce type de ridiculisation publique avait
souvent lieu lors des réunions quotidiennes du staff, trois fois
par jour. Ces réunions rassemblaient les 300 staffs en ligne, par
division et par unité, avec les chefs devant leurs divisions ou
départements. Tout le monde a son rapport à chaque rassemblement.
Je ne peux vraiment pas voir qui n'a pas eu régulièrement
droit à son content de ridiculisation systématique sur la
base. (Sauf bien évidemment le chef des chefs, David Miscavige,
sur qui personne ne gueulait depuis la mort d'Hubbard et l'exclusion des
deux ou trois personnes qui lui étaient supérieures: Miscavige
avait réussi à les expulser après avoir soi-disant
découvert des crimes de leur part.)
91. Une autre tradition de la sea org qui se pratique
à la base, mais pas ailleurs, consiste à jeter les gens au
lac; on fait ça quand tout le monde est là (parfois, seulement
la division). C'est un rite, avec le chapelain qui dit quelque chose du
genre "Je condamne vos âmes à la mer dans l'espoir que vous
deviendrez de meilleurs thétans" (thétan: la personne elle-même,
pas son corps).
92. Les membres de la sea org n'ont pas le
droit de regarder ou de posséder une télévision. L'ordre
est de Hubbard, vers 1960. Ils ne risquent pas non plus de lire les journaux:
on leur ferait la grimace. Ceci a réussi à couper la sea
org du monde extérieur.
93. En 69-70, j'ai participé à
la réunion de l'organisation St Hill américaine au cours
de laquelle on a reçu les instructions destinées à
se débarrasser de la profession psychiatrique. La stratégie
consistait à répandre partout des rumeurs parlant de camps
d'extermination psychiatriques. Si des milliers de scientologues le faisaient
régulièrement, ça deviendrait une association automatique
dans l'esprit du grand public; à chaque fois qu'il penserait "psychiatrie",
il penserait "camps d'extermination psychiatriques". On en avait fait la
grande affaire, et tout ASHO (organisation de st hill américaine)
dut assister à la séance dans la salle décorée
de rubans etc... Le message très excitant, c'est que c'était
le début du plus grand projet mis en marche contre la psychiatrie,
et que les scientologues devaient sonner le glas de cette profession. Avant
que les orateurs ne commencent, on écouta une bande enregistrée
de LRH disant à quel point la psychiatrie était suppressive,
qu'elle ne faisait que tuer des gens, ou au mieux, les détruire
à jamais. C'était notre devoir de la mettre par terre pour
protéger le grand public et mener les gens en scientologie à
la place. A fin, tout le monde a applaudi et crié, nous étions
très excités par cette mission.
94. Tout ce que Fishman utilise comme termes scientologiques
est très précis, il s'en sert comme quelqu'un qui aurait
vraiment travaillé longtemps sur le staff. J'ai analysé ses
écrits pour savoir s'il y en avait qui ne seraient pas à
leur place, mais il s'en sert correctement et naturellement.
95. Cette lecture des écrits de Fishman
ne m'a en rien surprise. Toute l'atmosphère dans laquelle j'ai trempé
vingt années durant est bien rendue: "Ecraser l'ennemi par tous
les moyens fait progresser la scientologie et l'humanité". USGO
(Office du Gardien Etats Unis) et OSA (Office des Affaires spéciales,
même service avec un autre nom) étaient bien les organisations
présentes pour ruiner l'ennemi et ne pas laisser "l'enthéta"
(le négatif) atteindre le staff scientologue pour qu'il n'ait pas
l'attention déviée de son travail.
96. L'ennemi inclut les agences gouvernementales,
les médias, psychiatres, psychologues, l'AMA (assoc. médicale
américaine), tout scientologue reparti qui critique quoi que ce
soit, ou même, tout membre désirant s'en aller et refusant
de revenir. Tous ces gens sont catalogués suppressifs.
97. Lorsque j'étais à Gold, (la
base) j'ai été témoin d'un décès d'un
staff de CMOInt. Martine Collins, officier médical, m'a parlé
d'un projet pilote destiné à prouver les aptitudes du cerveau
en le "nettoyant". Elle donna chaque jour quelque goutte de peroxyde d'hydrogène
à un homme. Un jour, je l'ai vu assis, délirant, dans le
bâtiment des Qualifications. J'ai approché pour tenter de
comprendre ce qu'il voulait dire. (Cet homme était habituellement
cohérent et brillant).
Je déclare que ce qui précède
est vrai et correct, sous peine des pénalités de parjure
des Etats Unis d'Amérique et des lois de Californie.
Exécuté à Los Angeles,
Californie, ce 5 Mars 1994.
Signé: MARY TABAYOYON
Traduction: Roger Gonnet
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