David
Miscavige, patron rarement accessible de l'église, décide
de se faire interviewer pour la première fois, pour parler de temps
plus pacifiques pour la Scientologie
Photos de ROBIN DONINA SERNE
Times Staff
En 1979, Miscavige, alors âgé de 19 ans, progressait à la fonction de "chef des activités" dans l'organisation des messagers du commodore. Sa tâche consistait à expédier des équipes - des missions - pour enquètes, afin qu'Hubbard obtienne des rapports sur le management médiocre des organisations sciento de par le monde.
Parmi les jeunes "missionnaires", Miscavige embaucha Mike Rinder et Marty Rathbun, désormais quadras installés aux plus hauts rangs de la scientologie.
Rathbun
Rinder
En 1980, Hubbard était caché. Selon l'église, il continuait ses recherches en scientologie et reprenait la plume pour la science-fiction. Les critiques disent qu'il était en fuite en raison d'ennuis possibles en rapport avec des poursuites légales du fait qu'il dirigeait l'église de loin.
Parmi les départements impliqués dans la direction de l'église, "l'office du Gardien" (GO) : Miscavige dit qu'il était autonome du reste de l'église. Il maniait les affaires légales, financières et publiques depuis 1966 ; la propre femme d'Hubbard menait ce département.
Miscavige prétend que ses "missions" découvrirent nombre de problèmes au sein du GO, y compris l'emprunt des meilleurs staffs, le fait de ne pas règler les factures ou d'engager des poursuites juridiques suffisamment tôt.
La scientologie eut aussi quelque ennuis du fait que Madame Hubbard a été poursuivie en 1979 en même temps que 10 autres membres du GO, pour conspiration afin de voler des documents du gouvernement.
Miscavige, Rathbun et Rinder insistent sur le fait que le GO portait la responsabilité des activités qui ont tant mis en colère les gens de Clearwater. Selon les dossiers du FBI, la scientologie est arrivée ici avec des plans destinés à contrôler les chefs de la ville et à discréditer les critiques. Ils ont tenté de faire chanter le Maire Cazarès dans une affaire de sexe.
"C'était il y a 20 ans, nous n'en savions rien, amis nous en manions encore les conséquences de nos jours", dit Rinder. Il ajoute: "Ce n'était pas nous".
Clearwater a toujours ignoré que la scientologie ait failli s'effondrer alors en raison des ennuis légaux et de ses luttes internes, dit Miscavige. "J'ai cru que l'église allait se désintégrer pour de bon".
En 1981, alors que Mary Sue Hubbard faisait appel de sa condamnation à la prison, Miscavige dit que lui et d'autres ont conclu qu'elle devait y aller. Alors qu'aucun de ses supérieurs ne voulait faire face à Madame Hubbard, c'est lui qui s'est avancé.
"J'ai pensé que si je faisais quelque chose et que j'avais tort ou que je n'y arrivais pas, j'étais cuit. Mais si on ne fait rien, après avoir constaté dans quoi le GO s'était impliqué, je crois qu'on est cuit de toute manière!"
En deux rencontres brûlantes, Miscavige convainquit Mary Sue Hubbard d'abandonner. Ils composèrent ensemble une lettre à l'attention des scientologues pour confirmer la décision - sans jamais parler même avec Hubbard.
Il considéra cette rencontre comme la seule voie. "Je savais que ce serait du putsch physique, car ils avaient quelques milliers de staffs, alors que nous n'en avions qu'une cinquantaine. C'est le plus surprenant de l'affaire."
Le scénario paraît effectivement difficile à imaginer dans toute autre organisation. Un employé de 21 ans, depuis 5 ans dans l'affaire, doté d'un pouvoir modique, s'arrange pour faire sauter la femme du patron en arguant que c'est ce que voudrait le patron.
Les gens continuent à me dire "Comment as-tu eu le pouvoir" - mais personne ne vous le donne: je vais vous dire ce que c'est : le pouvoir, d'après moi, c'est que les gens vous écoutent. C'est tout."
Actuellement, Mary Sue Hubbard vit en Californie: Miscavige dit qu'ils sont amis.
Il a fallu 5 mois après sa résignation pour qu'elle puisse joindre son mari dans sa retraite, dit la scientologie. Hubbard a dit "Bien que nous soyons actuellement séparés, nous demeurons mari et femme".
Pendant ce temps, Miscavige grimpait les échelons à grande allure au sein du mouvement, prenant les responsabilités que d'autres ne prenaient pas.
La scientologie entreprit une restructuration de ses composantes après l'épisode du GO, Hubbard nommant Miscavige en 1982 pour qu'il conduise ses affaires financières par l'intermédiaire d'une entité - parapluie extérieure à la scientologie. Miscavige avait 21 ans. C'est "ASI" (Services Auteur, inc) qui dirigerait désormais les affaires personnelles et littéraires d'Hubbard.
Pendant que Miscavige grimpait l'échelle, les bruits sur son comportement se faisaient entendre.
Il parle de deux de ces allégations sans qu'on le lui demande.. La première, c'est qu'il effectua de mauvaises affaires avec les biens d'Hubbard et "fit du tort au fondateur"; l'autre, c'est que Miscavige fut impliqué dans le suicide de sa belle-mère Florence Barnett en 1985, celle-ci étant supposée s'être alliée avec des scientologues dissidents.
Miscavige ne sait trop ce qui a entraîné sa mort. Les autorités californiennes ont dit qu'elle s'était tiré trois balles dans la poitrine et une dans la tête avec un pistolet 22 LR. L'autre, c'est qu'une de ses filles a dit à un enquèteur qu'elle avait été déprimée suite à une opération.
En novembre 82, le fils ainé déshérité d'Hubbard entreprenait une poursuite légale, disant que son père était décédé ou incapable. Il dit que Miscavige dirigeait alors la scientologie via la société ASI, et qu'un autre officiel de l'église et lui vidaient les comptes du fondateur.
En 1983, la scientologie produisait devant les tribunaux une attestation sous serment dans laquelle Hubbard affirmait être en retraite de son plein gré, et en bonne santé. Le document portait ses empreintes digitales et avait été signé par une encre spéciale garantissant la date de signature.
Il y nommait Miscavige une "associé de confiance" et un "bon ami" l'ayant aidé à garder ses affaires en ordre. Un juge déclara que le témoignage était authentique.
Dans des déclarations sous serments et lors de plusieurs poursuites anti-scientologiques, Miscavige fut aussi accusé d'avoir ordonné la destruction de documents recherchés par l'IRS et les tribunaux, aisni que d'avoir ordonné des attaques contre des ennemis de l'église, ou d'avoir frappé des subordonnés.
Le bras droit de Miscavige, Marty Rathbun, a dit que les tribunaux avaient obtenu tous les documents qu'ils exigeaient. Il dit aussi n'avoir jamais vu Miscavige frapper qui que ce soit en 20 ans. "Ce n'est pas dans son caractère, dit-il: il a assez de pouvoir pour être contraint d'utiliser des moyens de cette espèce".
Miscavige: "si une fraction de ce qu'on dit de moi était exacte, je ne serais pas là."
Il ajoute ensuite: "Non seulement je n'ai jamais été condamné, mais jamais même accusé. Je crois que c'est le moment de dire, face à la critique, bon, c'est maintenant ou jamais: montrez les preuves."
Il montre quelque agacement sur ces accusations, disant que "c'est de l'histoire ancienne". Irrité, il dit au Times "Je me demande ce que je fais dans cette pièce?"
L'un des critiques est Robert Vaughn Young, qui travailla dans le temps pour Miscavige et quitta la scientologie en 1989, après 20 années de services.
"Ses subordonnés lui répondaient dans un mélange d'admiration et de crainte; il y avait en lui un de ces déclencheurs que vous n'aviez pas envie du tout de titiller," dit Young.
Mais il le loue aussi: "Il dispose d'une sacré sens politique; il sait comment faire réagir les gens, comment les faire travailler pour lui. Il sait comment les favoriser, comment instiller juste ce qu'il faut de faveurs et de menaces. Il sait comment pousser les gens à faire davantage qu'ils ne s'en croyaient capables.".
Miscavige pense que Young est un conseiller payé pour dire du mal de la scientologie. Il croit être la cible de ceux "qui voudraient voir la scientologie par terre et la détruire", ceux qui n'ont jamais pardonné la disparition du GO.
"Vous croiriez que ça me ferait dire un simple merci, dit-il - mais au lieu de ça, ce que je crois, c'est que la plus criminelle des organisations d'enquètes du passé, c'est l'IRS"