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Le Parisien 24.03.01
ORDRE DU TEMPLE SOLAIRE. Trois semaines avant rouverture du procès de Michel Tabachnik, dans le cadre
du massacre du Vercors en 1995, l'enquête pourrait rebondir. Jean Vuarnet, qui a perdu quatre proches, a
recueilli des éléments contre Claude Giron le pharmacien de la secte.
NOUVEAU COUP de tonnerre daps l'affaire de l'Ordre du temple solaire. Le 17 avril doit s'ouvrir devant le tribunal
correctionnel de Grenoble le procès du chef d'orchestre franco-suisse Michel Tabachnik, poursuivi pour "
association de malfaiteurs " dans le cadre de l'instruction du mas-sacre de Saint-Pierre-de-Chérennes,
dans le Vercors, qui a fait 16 morts en décembre 1995. Trois semaines avant cette audience très attendue,
l'ancien champion de ski Jean Vuarnet, qui a perdu son épouse, son fils, sa belle-fille et sa petite-fille
dans ce faux suicide collectif, a recueilli des éléments accablants contre le pharmacien brestois
Claude Giron 71 ans.
Mis en examen, Ie 11 février 1997, pour " association de malfaiteurs ", ce spécialiste
de l'homéopathie, ami du défunt Luc Jouret, grand maître de l'OTS, avait bénéficié
d'un non-lieu le 13 juillet. Le pharmacien était soupçonné d'avoir fourni les médicaments
- un neuroleptique, le Rohypnol, et un cardiotonique, la Digoxine - ingérés par les victimes du Vercors
avant leur mort. Dans son ordonnance de non-lieu, le juge d'instruction Luc Fontaine écrit : " il convient
de préciser que l'enquête judiciaire ne devait pas permettre d'identifier les distributeurs des médicaments
utilisés. " Jean Vuarnet, aidé de son avocat, Alain Leclerc, et d'un huissier brestois, Bernard
Legrand, a réussi en un mois à faire ce que la justice et la police n'ont pas su ou pas voulu faire.
Dans les cendres de la clairière de Saint-Pierre-de-Chérennes, les enquêteurs ont retrouvé
les restes d'emballages de plusieurs médicaments. La plupart sont calcinés, donc inexploitables.
Une boite de Digoxine, moins abîmée, porte un numéro de lot : 621. En juillet 1996, la 5e division
de police judiciaire réclame à Procter et Gamble, le laboratoire qui produit la Digoxine, la liste
des grossistes qui ont commandé ce lot, distribué les 27, 28 et 29 septembre 1995. Les enquêteurs
exploitent cette liste. Le 24 juillet 1996, ils rendent leur rapport. Ils expliquent que la ville de Brest est
approvisionnée par un grossiste qui " n' a pas été destinataire du lot 621 de Digoxine
". Plus de quatre ans après, en février, Jean Vuarnet prend connaissance de la totalité
du dossier d'instruction. Il s' aperçoit que figure, parmi les destinataires du lot 621 indiqués
par Procter et Gamble, la société OCP Répartition installée à Gouesnou, dans
la banlieue de Brest, et que celle-ci n'a jamais été contactée par les policiers. Le 9 mars,
OCP confirme être le " fournisseur régulier de la pharmacie Giron depuis de nombreuses années
".
" Déloyauté de la procédure "
Le 14 mars, Bernard Legrand, huissier de justice, se rend chez OCP et consulte les archives. Il découvre
que Claude Giron a commandé, les 29 et 30 septembre 1995, six boîtes de Di-goxine issues du lot 621
! A la demande de la famille Vuarnet, l'huissier consulte toutes les commandes passées par la pharmacie
Giron en 1994 et 1995. Sa conclusion est plus que troublante, notamment pour ce qui conceme le Rohypnol, un neuroleptique
puissant, qui a servi à droguer la plupart des 47 adeptes de l'OTS tués en Suisse en octobre 1994.
Alors qu'il commande habituellement une dizaine de boîtes de Rohypnol par mois, Claude Giron en achète
40 en juin 1994, 21 en juillet et 41 en août. Autre constat étrange, l'examen des comptes du pharmacien
montre qu'il a reçu en octobre 1994 un virement de 500 000 F dont les enquêteurs n'ont pas cherché
à établir la provenance. Fort de ces éléments, Jean Vuarnet s'apprête à
contester en appel le non-lieu dont a bénéficié Claude Giron. Il entend aussi réclamer
la nullité de l'instruction en dénonçant la " déloyauté de la procédure
". On peut en effet se demander pourquoi les enquêteurs ont " oublié " d'interroger
le grossiste attitré du
pharmacien.
Frédéric VÉZARD
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