Cet excellent article est paru dans New York Press, sous la plume de John DeSio, URL:
THE RUNDOWN ON SCIENTOLOGY’S PURIFICATION RUNDOWN
Par John DeSio
Nota du traducteur: observation: le nom du centre de profit scientologue essentiellement critiqué ici, "Downtown Medical" constitue une preuve de plus que la scientologie essaie de remplacer la Médecine par ses recettes anti-scientifiques et pseudo-spiritualistes - mais fort profitables.
"Je ne suis pas en train de convertir ces gens à la scientologie. Et je vais vous dire quelque chose: je suis scientologue depuis 20 ans. Et à Sacramento, j'ai amené plus de gens en scientologie que n'importe quel autre scientologue. Si vous voulez, je suis vraiment bon pour convertir les gens à la scientologie." Jim Woodworth est le directeur du Projet de désintoxication pour ceux qui ont travaillé dans les équipes de secours duu 11/9 à New York, et il se hérisse lorsqu'on suggère que son programme est une part de l'église de scientologie. Il insiste : son groupe est complètement laïque, et il ajoute qu'en lisant les déclarations aux impôts ou en discutant avec les 800 personnes qui ont suivi le programme, on en sera certains. Sa mission pour le programme, qu'on appelle aussi Downtown Medical, consiste à aider les gens des équipes de secours qui sont malades. Ce n'est pas un but religieux."
Les quelques personnes des équipes de secours avec qui j'en ai parlé confirment les dires de Woodworth. Aucun de ceux qui ont pris le Downtown Medical n'a dit avoir eu affaire aux croyances scientologues, à aucun moment. En 2003, s'ouvrait Downtown Medical, une clinique faisant la promotion d'un programme destiné à ôter les impuretés dans le corps au moyen d'un régime de sudation et de vitamines. Le projet, exclusivement destiné à ceux qui avaient travaillé autour du World Trade Center après le 11 septembre, se base sur les oeuvres de Ron Hubbard, fondateur de la scientologie, et les promoteurs du projet admettent publiquement que le livre "Un Corps pur l'Esprit clair"sert de facto de manuel du programme. Bien que nombre de ceux qui supportaient le programme, comme le plus gros syndicat des pompiers de New-York, le Uniformed Firefighters Association, aient cessé de l'appuyer lorsqu'ils ont appris les liens de Dowtown Medical avec la scientologie, d'autres ont plus que volontiers continué à lui apporter leur soutien, telle l'ex-membre du Conseil municipal de Manhattan Margarita Lopez.
Alors qu'elle était en lice en 2005 pour briguer la présidence du conseil municipal de Manhattan, on apprit que Lopez avait fait obtenir à Downtown Medical pour 630,000 dollars de financements de la ville, et qu'elle-même avait ensuite reçu 100000 dollars de contributions pour sa campagne, de la part d'associés à la scientologie, ce qui lui valut le mépris de Blomberg, Maire de New-York. Depuis, d'autres élus ont continué à soutenir les succès du programme en dépit des objections de Bloomberg. Le conseiller municipal Hiram Monserrate du Queens a déclaré son soutien en avril, indiquant qu'il avait lui-même entrepris cette désintoxication. Monserrate a même essayé de faire passer un texte officiel pour faire du 19 avril la "Journée L. Ron Hubbard", peu avant une opération de levée de fonds destinés à Downtown Medical, préparée par l'acteur scientologue Tom Cruise, co-fondateur de la clinique. Ce dîner a produit $1,3 million de recettes. Un autre conseiller municipal du Queens, Joseph Addabbo, a assisté à l'évènement et expliqué que les critiques de DM (Downtown Medical) étaient sans objet, et que le programme devrait être super-prioritaire car il aidait les employés des services de secours.
Il y a au moins un élu qui ignorait qu'on croyait qu'il soutenait le programme, jusqu'au moment où nous l'avons contacté pour cet article. A la page d'accueil du site web de DM, on lisait une citation de Michael Balboni, ex-sénateur républicain de Long Island , actuellement secrétaire d'état député du Gouverneur de la Sécurité Publique Eliot Spitzer, citation disant que "les résultats du programme de détoxication sont l'ultime victoire contre les effets que les terroristes voulaient atteindre". Cette citation n'est reprise dans les moteurs de recherche Google que sur le site de Downtown medical, et une recherche bien plus approfondie dans l'archive de la presse Lexis-Nexis ne fait nulle part apparaître la citation. Balboni ignore comment elle est arrivée là et ne se souvient pas du tout l'avoir prononcée, ni pour avaliser Downtown Medical, ni dans aucun autre contexte. " Je n'ai pas la moindre idée d'où ils ont sorti cette citation," a répondu Balboni quand nous l'avons questionné, faisant observer qu'il avait rencontré des alliés du programme quelques années auparavant pour discuter d'une éventuelle ouverture d'une clinique du même genre dans son district. Balboni a dit que si les types qui suivaient le programme se sentaient mieux, tant mieux, mais qu'il n'avalisait pas ce système et demanderait aux gens de DM d'ôter la remarque de leur site web." Je n'endosse certes pas ce programme."
Woodworth a montré diverses lettres de soutien au programme, émanant d'offciels élus et de chefs de syndicats. L'une d'entre elles, datée de 2004, émane du sénateur Chuck Summer, bien que son staff ait signalé que le sénateur ne soutenait plus le programme. Mais les seuls avals auxquels Woodworth ou les autres associés à Downtown Medical s'intéressent sont les approbations des patients, et ceux que j'ai questionnés étaient très clairs pour dire que le programme avait soulagé leurs maladies.
"J'y suis venu très sceptique, explique Steve Mona, lieutenant retraité de la police new-yorkaise qui a travaillé sur Ground Zero du 11 septembre jusqu'en décembre 2001. Il dit qu'il s'attendait à quitter le programme aussitôt si on tentait de lui donner de la scientologie ou de le convertir, ce qui n'eut pas lieu. "26 jours plus tard, j'étais quelqu'un d'autre, pas seulement physiquement, mais mentalement. Pas de la connerie." Mona dit qu'il dort mieux, qu'il perd du poids et qu'il se sent mieux dans la vie. Et que la scientologie n'a rien à y voir. "Maintenant, je ne sais rien de plus sur la scientologie que quand j'ai démarré le programme." Et les liens entre DM et la scientologie ne veulent rien dire pour lui. "Je m'en ficherais si ces gars étaient des adorateurs de Satan tant que le deal ne m'oblige pas à faire de même. Ils m'ont fait du bien."
Les toxines et particules lâchées dans l'atmosphère le 11 septembre représentent un souci majeur pour les officiels élus de NY, surtout pour Hillary Clinton; ils ont accusé l'administration Bush et l'agence de protection de l'environnement de ne pas s'être assez occupées des questions sanitaires pour les travailleurs sur Ground Zero. Pour des officiels comme Lopez, Montserrate et Addabbo, DM est ce qu'il faut à des gens des secours tels Mona. Mais le programme ne manque pas de détracteurs.
Depuis le démarrage du programme de désintoxication, un bonne part des critiques fut dirigée contre Tom Cruise, son co-fondateur et principal supporter ayant fait lever des fonds. Cruise a eu des comportements pour le moins bizarres depuis qu'il a commencé à prècher ouvertement les bénéfices de la scientologie voici quelques années. Entre ses bonds sur le canapé lors de l'émission chez Oprah Winfrey et la rumeur persistante expliquant qu'il avait mis sa femme Katie Holmes en esclavage virtuel en scientologie, tous les mouvements de Cruise liés à la secte ces dernières années ont été globalement qualifiés de fadas par les médias. Du coup, le programme de détox qu'il vante était tout aussi fada.
Le programme hubbardien que la scientologie dénomme "Rundown ou Programme de Purification" demande que la personne prenne un cocktail de vitamines, d'huile, qu'elle coure, et qu'elle transpire beaucoup au sauna pendant environ un mois à des températures de 60-80° C. Si l'on en croit DM, cette combinaison est miraculeuse pour divers maux. "Les patients ont vu des pâtes noires exuder de leurs pores au sauna. Leur sueur pouvait sortir bleue, orange, jaune ou noire. Des 'mouvements intestinaux' bleus ou verts ont été signalés, ou alors, ça sentait la fumée, même s'ils n'avaient pas été au feu depuis des mois. " On voit la photo d'un participant tenant une serviette tachée de pourpre, lors d'une projection qu'on trouve sur le site web de DM, et les administrateurs disent qu'il y en a d'autres. Des parcelles de verre seraient sorties des pores de patients, d'après le site web. Et les récits des progrès de participants venant du Ground Zero sont accessibles un peu partout dans le site.
Le Mythe de la désintoxication
Ce qui intéresse Woodworth est une réalité du projet, au-delà de l'implication de Cruise et de la perception hostile de la scientologie sur quoi les médias se focalisent. Mais l'examen des dossiers du programme et les discussions avec les experts laissent entrevoir un programme n'ayant pas subi de tests scientifiques suffisants, repoussé dans d'autres cités, usant de quantités potentiellement dangereuses de vitamines , et qu'Hubbard lui-même admettait comme non-médical, entre autres soucis. Nous avons contacté plusieurs experts nationaux du domaine toxicologique pour écrire cet article. Onze d'entre eux ont répondu, certains demandant à demeurer anonymes, par crainte des représailles. Sur les onze, aucun n'a avalisé l'efficacité du programme, ni ne l'aurait recommandé à ses patients, et on l'a souvent qualifié de "dangereux" ou de "charlatanisme".
Les travaux allant dans le sens du programme de désintoxication et laissant supposer qu'il s'agirait d'une cure médicale légitime apparaissent en mains endroits, dont Clear Body, Clear Mind; —sur le site de Downtown Medical; sur celui du groupe apparenté à Downtown Medical’s," the International Academy of Detoxification Specialists; et dans un troisième volume de la main d'Hubbard appelé “Série sur le Rundown de Purification", un recueil des "Bulletins Techniques" connus en scientologie sous le nom de "HCOBs"
L'ouvrage "Un corps pur l'esprit clair" est vague. Bien qu''il donne des recettes de vitamines et soit un élément essentiel du programme hubbardien, il est truffé de preuves anecdotiques quant aux résultats positifs supposés du procédé de purification. La préface émane des Docteurs David Root et James Barnes, tous deux membres du conseil d'administration de Downtown Medical. Ils y relatent diverses études de cas démontrant l'efficacité de la désintoxication. Ils soulignent les cas de militaires de retour d'Iraq, traités pour le "syndrome de la Guerre du Golfe", ou d'anciens combattants du Vietnam soumis à "l'Agent Orange", voire celui de gens ayant souffert de la catastrophe de Tchernobyl. Des documents de même ordre font partie des HCOBs d'Hubbard. Bien entendu, tous les patients montrent d'incroyables signes d'amélioration.
Si on y regarde de plus près, ces documents relatant ces succès magnifiques ne collent pas aux normes de base de la recherche scientifique qu'un étudiant d'université devrait respecter en biologie. Les échantillons sont minuscules et la recherche est menée par des gens dont les buts correspondent à ceux du programme. On peut en dire autant de la recherche effectuée sur l'action de Downtown Medical.Une étude qu'on trouve sur le site du programme provient de sept personnes, dont 4 sont directement liées à DM, soit à titre de conseillers, ou qu'elles en soient employées. L'étude indique des améliorations chez sept personnes ayant suivi la procédure de purification, mais fait observer que l'échantillonage est insuffisant pour permettre un jugement d'efficacité. Root a répondu par écrit quant à la partialité des auteurs qu'il était tout à fait normal que les gens qui s'intéressaient à un domaine d'étude y effectuent des recherches et que l'indépendance se retrouvait dans les publications médicales professionelles. Plusieurs médecins consultés pour l'article ont répondu qu'aucune étude crédible répondant aux critères de révision par des pairs n'avait jamais été publiée sur le Rundown de Purification dans une publication professionelle.
D'autres études effectuées sur des groupes plus vastes de participants à cette détoxification sont fondées sur des symptômes subjectifs. Un résumé de juillet de 2004 posté sur le site de DM fait état d'améliorations chez 286 patients, et signale que la fonction thryoïdienne s'est améliorée tandis que le cholesterol baissait chez nombre de participants. Néanmoins, l'étude indique nombre d'autres indices de réussite du programme dont la mesure serait plus hasardeuse, tels des améliorations de douleurs articulaires, fatigue, difficultés mémorielles, et irritations oculaires. La fatigue se soigne en dormant davantage, l'irritabilité peut simplement correspondre à une journée de travail pénible. Le résumé de l'étude signale même une diminution de la consommation alcoolique comme un plus du programme, même si cela consistait à prendre 5 bières au lieu de 6 le soir, ou d'avoir décidé d'arrèter de boire, décision que des alcooliques prennent chaque jour au cours de réunions, sans vitamines ni coup de suée.
Une autre étude de Root et deux autres personnes associées au projet de DM, se trouve jointe à la déclaration d'impôts de DM en 2005. Elle mentionne d'autres améliorations pour d'autres symptomes subjectifs pour le programme. Selon cette étude, 100% des 484 participants ont signalé des améliorations des "symptomes subjectifs" et de "leur perception de leur santé". Elle signale par ailleurs que les participants du Rundown de Purification ont "beaucoup moins de perte de jours travaillés" et moins de soucis quant à risquer d'être contraints à prendre leur retraite précocement. Elle dit aussi que la détox pourrait améliorer le QI de 4 points, chiffre modeste si on le compare à celui de 15 points que prétend le site de l'église de scientologie pour le même purif. L'amélioration pour des symptomes subjectifs est tout à fait légitime pour mesurer la réussite d'un programme, selon le docteur Phyllis Gelb, de Downtown Medical. "Bien des participants du programme ne dormaient pas depuis des années, étaient déprimés, craintifs, léthargiques et instables, et avaient subi divers examens expliquant que "tout allait bien". Vu qu'il n'existe pas de moyens d'identifier les causes de leur souffrance, leurs déclarations subjectives peuvent demeurer le seul moyen de mesurer la réussite", écrit Gelb.
On découvre dans les affaires de désintoxication deux problèmes majeurs en sus des problèmes soulevés quant à la fiabilité de la subjectivité. Le premier, c'est l'absence totale d'un groupe de contrôle pour mesurer le test. Dans une classe scientifique, on pourrait avoir mesuré les effets de la fumée de tabac sur la croissance d'une fougère. Une fougère subirait la nicotine tandis qu'une autre n'en verrait pas la trace, et l'on mesurerait les plantes pour conclure. Lors des essais de médicaments, on teste l'efficacité de chaque produit en donnant à l'un des groupes ce qui équivaut à du sucre. Aucune des études effectuées sur le procédé de purification ne comprend de groupe de contrôle, et il n'y en a jamais eu à Downtown Medical.
Woodworth admet n'avoir pas fait d'étude de contrôle. Il a préparé et écrit une étude, mais n'a pas les fonds pour la faire faire. De son côté, Root explique qu'il n'y en a aucun besoin. Lui et son équipe savent comment fonctionne le purif, si bien que ça ne sert à rien d'imposer un placebo à quelqu'un. Pas la peine de suivre des méthodes scientifiques. "Pour le contrôle, on ne peut donner des placebos à un groupe tandis qu'on enverrait l'autre au sauna, aux vitamines et à l'exercice sans qu'il soit évident pour le groupe de contrôle qu'il ne reçoit pas le même traitement. On a trouvé plus pratique d'utiliser les participants pour leur propre contrôle, c'est à dire de vérifier leur condition avant le début du programme, écrit Root.
Mais le temps est une cause majeure pour laquelle un groupe de contrôle serait indispensable pour vérifier l'efficacité du programme de détoxification, puisque le corps se désintoxique lui-même sans l'aide du sauna et de vitamines. Les humains se débarrassent naturellement des produits présents dans le corps, en particulier lorsq'uil vont aux toilettes. Si vous prenez de l'antibiotique aujourd'hui, il va passer dans le corps et en ressortir. C'est pourquoi on prescrit en général des médicaments pour une période définie, afin que leur niveau soit suffisant pendant la période où ils ont besoin d'agir. C'est pareil pour les radiations: la dose de radiations emmagasinée diminue peu à peu.
Il ne s'agit pas seulement d'un effet secondaire de la méthode d'Hubbard, c'est simplement la façon dont ça fonctionne. Les promoteurs du Purif disent que des toxines s'accumulent à jamais dans le corps à moins de prendre leur cocktail de vitamines et de se faire suer, mais on ne peut sérieusement affirmer de telles choses sans mesurer le temps que mettent les toxines pour ressortir naturellement. Le simple fait de boire beaucoup d'eau nettoie déjà le corps. Il faudrait aussi vérifier quelles toxines mettent combien de temps pour ressortir naturellement, mais la recherche faite chez Downtown Medical a tendance à coller tous les toxiques dans le même panier. L'étude jointe à leur déclaration d'impôts ne se donne pas même la peine de mentionner les niveaux d'aucune toxine avant et après.
"C'est un carrément un mythe", a déclaré Stephen M. Pittel, psychologue expert auprès les tribunaux et expert en toxicologie en Californie. Avec plus de trente années d'expérience en toxicologie et de recherches en toxicomanie, Pittel déclare ne voir aucun mérite pour la procédure de purification. Il explique que la désintoxication a lieu de manière naturelle et que tout ce que le médecins ont à faire consiste à traiter les symptomes de la désintoxication au moyen de médication, et d'éloigner graduellement les patients des toxines. "Ca se passe tout seul. Il n'y a pas besoin de faire quelque chose pour que le corps se désintoxique, et rien qui puisse accélérer le processus." Pittel ajoute que la méthode d'Hubbard se fonde beaucoup sur une supposition d'accumulation indéfinie de toxines dans les tissus graisseux, et que le Purif les en expulserait, mais il indique que tout cela est faux. La seule chose qui puisse forcer les toxines à quitter les tissus serait de l'exercice à haute dose, mais même là, Pittel dit que la diminution serait infinitésimale. "Le sauna n'ajoute rien".
C'est la niacine qui agit
En l'absence d'un groupe de contrôle, des études poussées ont été menées sur l'élément principal du cocktail de vitamines du programme, ces études ayant conclu que ce produit est en mesure de provoquer des dommages éventuellement mortels. Le "produit miracle" de la méthode de désintoxication n'est pas un médicament. C'est un cocktail de vitamines où domine la niacine, dont il dit dans "Un Corps pur l'Esprit Clair" qu'elles peuvent avoir des effets "surprenants" et "bénéfiques". Dans l'ouvrage, Hubbard conseille de démarrer la niacine à 100mg par jour et d'augmenter au fur et à mesure, pour parvenir à des dosages pouvant atteindre 5000mg quotidiens.
Le Dr Manoj K. Mittal du service des Urgences de l'Hopital de Philadelphie explique que de tels dosages peuvent être -pour parler gentiment- excessivement risqués pour la santé. Dans une étude de cas parue dans l'édition d'avril des Annales de la Médecine des Urgences (Annals of Emergency Medicine), Mittal signale les cas de deux adultes et deux adoslescents ayant subi des effets secondaires importants après avoir pris de fortes doses de niacine comme complément alimentaire. Tous ont subi une irritation cutanée, les deux adolescents ayant quant à eux souffert de réactions qui auraient pu être fatales, incluant un empoisonnement du foie, une hypoglycémie (niveau de sucre dans le sang trop faible) ainsi que des vomissements, nausées et vertiges. L'un des ados a même eu des palpitations cardiaques. Tous ont guéri après traitement.
On n'entend guère discuter de ces effets secondaires dans les oeuvres d'Hubbard, qui les présente en fait comme des effets positifs. Dans Un Corps pur l'Esprit clair, Hubbard explique que ces irritations cutanées proviennent des radiations/coups de soleil emmagasinés qui ressortent et sont expulsés du corps par le processus. En réalité, c'est l'effet toxique/vaso-dilatateur de la niacine qui provoque cela. Il décrit que d'autres effets du produit seraient dus au fait que les maladies ou douleurs quittent le corps. Quant aux effets secondaires du type nausée, il les met sur le dos d'un déséquilibre de la salinité ou d'une participation négligente au programme. La goutte, autre effet de la niacine, proviendrait selon lui d'avoir utilisé une huile rance pendant le programme; ceux qui en souffrent sont priés de consulter un" praticien médical qualifié"
D'après le Dr Mittal, la dose de niacine recommandée est de l'ordre de 15mg par jour, nettement moins que ce que recommande Hubbard. Mittal, à qui nous avons demandé de donner son avis sur le Purif, avait commencé à s'intéresser à la niacine du fait que le bruit courait, dans le milieu de la rue, qu'en ingurgiter permettrait de masquer la drogue lors des tests auprès des employeurs. Une recherche sur Google pour "niacine" et "test d'urine" [anglais] donne 86400 réponses, nous a dit Mittal. Alors que les programmes comme Downtown Medical promeuvent la niacine comme méthode de purification physique, la sagesse populaire pense qu'elle sert à cacher le fait qu'on se drogue: mais le Dr Mittal dit qu'elle n'en est pas même capable.
Du fait qu'on sait que la niacine affecte le métabolisme, il existe cette notion parfaitement infondée qu'elle pourrait rapidement nettoyer le corps de drogues comme la cocaïne et le cannabis. Mais non seulement elle est inefficace à y parvenir, mais elle devient dangereuse quand on la prend en grandes quantités, dit-il. Il a rencontré un cas ayant trop absorbé de niacine et à qui il a fallu faire une transplantation du foie.
Robert Amidon, membre du conseil de DM, écrit dans sa réponse à nos questions qu'il n'y a pas de réactions négatives lors du programme de surdosage de niacine du fait que le régime engendrerait une expulsion immédiate plutôt que graduelle de la niacine. C'est ce qu'on a estimé le plus capable d'engendrer les pires conséquences de surdoses de niacine, comme l'effondrement du foie. Des médecins associés à une autre recherche indiquent que l'expulsion immédiate de la niacine comme cela se produit lors du Purif, peut également être nocive pour le foie et que d'autres effets secondaires ne sont pas non plus des effets d'une désintoxication.
Si l'on donne ces quantités de niacine à quelqu'un, explique Saeed A. Jortani, Ph.D, directeur du laboratoire de toxicologie judiciaire du département de Pathologie et du laboratoire de médecine de l'Université de Lousiville, les effets constatés sont des effets toxiques de la niacine. Il ajoute que la Procédé de Purification est "dangereux", et qu'aucune dose de croyance ne peut transformer ses effets secondaires en quelque chose de postif. Il souligne en outre que d'autres produits utilisés lors du programme, tels la vitamine A ou le calcium, peuvent s'avérer toxiques à long terme quand on les utilise mal. "Votre corps ne voit pas la religion, quand il s'agit d'un surdosage."
La relation niacine/tricher avec le patron pour faire croire qu'on est propre peut être bien différente. Dans Un Corps pur, l'Esprit clair, Hubbard insiste : la procédure permettrait de faire partir les toxines. Lle système a été utilisé depuis des années par Narconon, un programme de désintoxication, un autre programme de réhab très lié à la scientologie, -- l'un de ceux que nombre de critiques décrivent comme une méthode scientologue pour recruter des victimes affaiblies pour la secte. "Narconon? C'est de la scientlogie", explique David S. Toureztky, activiste en faveur de la liberté de parole, professeur chercheur à l'Université Carnegie -Mellon de Pitssburgh, et critique de la scientologie de longue date. "Les pratiques de Narconon sont exactement celles de la scientologie."
Les critiques du Pr Touretzky l'ont fait placer sur la liste des ennemis déclarés de la secte. Il tient un site web Stop Narconon [équivalent partiellement traduit en français http://narconon.critique.free.fr ] contenant diverses mentions des médias sur ce programme. Des célébrités scientologues soutiennent le programme. La semaine passée, John Travolta et sa femme Kelly Preston ont organisé une récolte de fonds à Hawaii. L'actrice sientologie Kirstie Alley est une porte-parole du programme auquel Cruise a déjà apporté son soutien.
Les critiques contre Touretzky ont même envahi New York Press. Fin avril, on a posté sur notre blog divers messages pour Downtown Medical, Cruise et son appel de fonds, ainsi que pour défendre le programme. Le Pr Touretzky a répondu, sa réponse étant intégralement publiée. Deux jours plus tard, le site web de New York press avait droit au passage de "hackers" et un anonyme plaçait un message pro-DM anti-Touretzky sur le site web. Il fut ôté peu après.
Quand Woodworth découvrit le message pro-Touretzky sur le blog de NY Press, il accusa le journal de "prendre son parti" et demanda que nous considérions les critiques de Touretzky postées sur le site "religioius Freedom Watch", considéré quasi universellement comme une façade scientologue destinée à attaquer les critiques de la secte. Woodworth désigna spécifiquement les éléments du site expliquant que le site contenait des instructions pour faire des bombes, et l'accusant d'être raciste. "Si vous dites que ce type est un expert, je veux que vous dévoiliez exactement qui il est", nous dit Woodworth.
On trouve des instructions de bombe sur le site de M. Touretzky, ainsi qu'une explication du fait qu'il les a mises là parce qu'un webmestre d'un site anarchiste "Raisethefist" (Levez-le-poing") avait été arrèté pour avoir publié ces infos il y a longtemps. Touretzky explique qu'il maintient l'information pour "simplifier la surveillance de public quant à la loi qui fit condamner Austin", et pour faire porter l'attention sur les questions de Premier Amendement soulevées par ce cas. Il dévoile d'autres ressources sur le sujet des bombes, chez Amazon.com, Wikipedia et même sur le site de la CNN, instructions n'ayant pas valu à leurs auteurs d'être poursuivis, contrairement à Austin.
Quant à l'accusation de racisme, l'information du site sciento Religious Freedom Watch ne trouve aucun écho crédible ailleurs, et la recherche sur la base de Lexis-Nexis en fournit moins encore. Cette accusation est donc sans fondement et inutile."C'est ainsi depuis les débuts de la secte, dit Touretzky: ils attaquent sans relâche leurs opposants en espérant que ceux-ci se taisent et s'en aillent. Mais à l'ère Internet, ça ne fonctionne plus vraiment."
Si l'on ajoute les sommes des déclarations d'impôts et le financement Lopez, Downtown Medical a reçu plus de 900000 dollars de fonds provenant des contribuables depuis 2003. Peter Vallone Jr, membre du Conseil municipal du Queens, qualifie ces chiffres d'écoeurants. Il pense que le gouvernement ne devrait jamais financer Downtown Medical, et qualifie ouvertement la scientologie de"secte" : "C'est une secte riche jusqu'à l'obscénité, qui pourrait sans difficulté aucune financer le programme", explique Vallone, ajoutant que ce financement officiel aide la scientologie et DM à acquérir une légitimité imméritée.
Narconon & l'arnaque scientologue
Pendant que la version new-yorkaise du progralmmle de purification s'enrichit de fonds des contribuables, Narconon, qui utilise quasiment la même procédure de désintoxication que Downtown Medical, ne fait pas cadeau de son programme en Californie. Narconon avait offert des leçons sur la drogue et des programmes de réhab gratuitement à des écoles californiennes depuis 1991, dans 39 écoles en fait. En 2004, lorsque la critique des méthodes Narconon et de ses liens avec la secte ont commencé à s'intensifier, le district éducatif de San Francisco a demandé à un groupe indépendant - la société médicale de San Francisco - d'analyser les mérites de Narconon. Ils n'en ont trouvé aucun.
Dans un courrier de septembre 2004 aux responsables du milieu éducatif du district, Steve Heilig, directeur de la Santé et de l'Education pour la société médicale de San Francisco, a confirmé ce que les critiques disent depuis des années: Narconon n'est pas science. Dans sa lettre, Heilig explique que lui-même et cinq autres ayant évalué le programme, ont estimé qu'il parle souvent de faits dépassés, de faits sans preuves et a une approche fréquemment inexacte, et que ça n'a pas vraiment aidé les étudiants depuis des décennies."
La lettre d'Heilig a déclenché une série d'évènements, et, en février 2005, le ministère californien d'éducation recommandait à toutes les écoles publiques de rejeter Narconon comme non-scientifique, affirmation soutenue le mois suivant par l'association médicale californienne. Dans un mail, Heilig faisait observer que "rien ne lui avait fait changer d'avis quant à Narconon et son absence de scientificité." "Nous n'avons aucune raison ni preuve de modifier notre opinion: l'usage du terme 'scientifique' pour Narconon est inacceptable pour les médecins et experts en toxicomanie. Il ajoutait que le programme de Downtown Medical n'en était pas la copie exacte, mais qu'il est basé sur les mêmes "principes." Amidon répondit que DM et Narconon étaient tout à fait indépendants et qu'il ne pouvait parler pour l'autre organisation. Au contraire, Root fit une apparition dans un documentaire intégralement produit et payé par la scientologie pour attaquer la BBC. Il y vante les bénéfices de Narconon.
Les liens entre DM et Narconon et d'autres associations ayant des liens avec la scientologie sont tout à fait évidents. Trois des membres du conseil de DM font part de leur expérience avec Narconon dans leurs biographies, tandis que les autres signalent leurs liens soit avec ABLE, soit avec FASE. Narconon est quasiment gérée par ABLE. Touretzky indique que ce groupe a été créé pour servir de tampon entre les organisations "pour le bien-public" et la scientologie, qui le gèrait en direct. Robert Vaughn Young, (+ 2003) ancien patron des relations publiques de la scientologie devenu croisé anti-scientologie, avait dévoilé que FASE est une façade de la sciento.
Downtown Medical paie des sommes à FASE et à ABLE pour leur aide quant au programme de purification. La dernière déclaration d'impôts de Downtown Medical, indique que FASE a reçu 215,166 dollars de 2004 à 2005 pour l'aide fournie au projet détoxication, selon un contrat spécifiant que le paiement dépend du budget total du programme. D'après la déclaration, ABLE reçoit de son côté 5% de chaque contribution reçue "en échange des services de management et du support pour [obtenir] le financement"
Amidon proteste, expliquant que toute somme significative payée à ABLE ou FASE fait partie des affaires. "Le projet exige du travail externe pour mieux accomplir ses buts. Ce travail inclut des campagnes de levées de fonds, soumettre des propositions de financement, établir des guides de surveillance, et d'autres soutiens administratifs. Ces services sont effectués au dehors pour une portion de ce qu'il nous auraient coûté", écrit Amidon.
Bien qu'il fasse affaire à New-York, Downtown Medical est officiellement déclaré sous le titre International Academy of Detoxification Specialists [Académie Internationale de Spécialistes en Désintoxication], officiellement enregistrée à Los Angelès. Selon l'information fournie à l'office des association sans but lucratif, GuideStar, la mission annoncée par le groupe consisterait à mener et soutenir les recherches portant sur la méthode hubbardienne de détox, "afin de résoudre les effets de contamination chimique environementale, ou sur les lieux de travail, et suite à l'abus de drogues." [NDT: la scientologie entend par' drogues' non seulement les produits illicites, mais aussi presque tous les médicaments, aspirine etc. inclus]. Son adresse est presque la même que celle de FASE, qui occupe une série de bureaux voisins du même immeuble sur le Wilshire Boulevard à Los Angeles.
Bien que les documents de cette affaire aient été ensuite amendés pour ôter les références à Hubbard, fondateur de la scientologie, les documents originels déclaraient explicitement que la mission du groupe consistait à "promouvoir les oeuvres de L. Ron Hubbard".
L'église de scientologie peut attaquer quand on publie ses textes. En 1995, elle a ainsi poursuivi en justice le Washington Post et deux de ses journalistes pour avoir publiés des extraits du manuel scientologue sur les Thétans Opérants. En dépit de cette possibilité, une citation directe du livre "Un corps pur l'esprit clair" reste probablement le meilleur moyen de résumer pourquoi le Purif ne peut être considéré comme une méthode médicale. La citation suivante apparaît sur la page des copyrights de l'ouvrage: "[NDT: le texte ici est la citation similaire apparaissant dans la version francophone de l'ouvrage]: 'Le programme de Purification ne peut être interprété comme une recommandation à un traitement médical ou comme médicament, il n'a pas pour fonction de traiter le corps humain et n'a aucune prétention de la sorte. Il n'est fait aucune promesse ni recommendation, sur le plan médical, concernant le programme de Purification et les régimes de vitamines et de minéraux décrits dans ce livre. .../... L'auteur ne fait aucune promesse ou garantie quant à l'efficacité du programme de Purification." On a donc cet ouvrage qui constitue la Bible du traitement de Medical Downtown qui admet d'emblée que la procédure de Purification n'est pas médicale et que nul ne devrait le supposer.
On trouve une déclaration similaire dans les bulletins HCO, Hubbard allant ici jusqu'à conseiller à quiconque délivrant le procédé de faire signer un abandon de droits rappelant que le programme n'est pas un traitement médical [NDT: voir à ce sujet la section des contrats de la honte que propose la scientologie à ses associés et à ses clients] . On lit que le programme serait de nature purement spirituelle. Lorsqu'on leur a demandé aujourdéhui pourquoi un médecin devrait admettre une valeur médicale au programme lorsque le créateur lui-même a dit qu'il n'en existe pas, Root a ainsi répondu : "Je peux en parler du fait de ma position de spécialiste certifié en médecine du travail. Le problème de la charge physique est énorme pour ceux de mon domaine, c'est l'un des principaux challenges du XXe siècle. Les bénéfices qu'on retire des éléments du programme, exercice, sauna, vitamines, minéraux sont bien compris de ceux qui délivrent les soins. Près de trois décades d'expériences cliniques ont démontré que le programme apporte une libération pour ceux qu'affectent la chimie, qu'il est sûr et n'est pas vulnérant. "
Dans ses HCOBs, Hubbard sort de cette voie quand il lie le Purif à la spiritualité, en expliquant que les toxines empèchent les humains de devenir de bons scientologues du fait de stimulation nocive. Hubbard écrit aussi que le processus de purification devrait être suivi d'audition, autre procédé censé dégager les souvenirs de cette vie ou de vies passées, une étape tout à fait capitale pour devenir scientologue. Amidon écrit que le programme est tout à fait laïque et qu'aucune audition n'a lieu à Downtown Medical.
Ca n'a pas surpris David Touretzky d'apprendre que les supporters de DM tentent de tenir ces deux positions en même temps. "C'est classique en scientologie: Ils tentent à chaque fois de concilier des opposés. Leurs textes sont truffés de jargon "scientifique", puis ils se tournent et disent "Ah, mais on ne peut pas nous reprocher de pratiquer la médecine, c'est tout à fait spirituel."
Les médecins qui ne sont pas associés à Medical Downtown ont été particulièrtement durs dans leurs commentaires. L'un d'eux a répondu "Au mieux, c'est de la poudre de perlin-pimpin, de l'arnaque." Un autre a dit qu'il s'agissait probablement d'une "belle collection de non-sens." Un troisième, qui a demandé à rester anonyme a dit qu'il était prèt à accepter le programme comme légitimement médical si... une recherche correcte était menée et que ses résultats aillent dans le bon sens. Mais à ce jour, il n'y a aucune recherche effectuée et le purif ne marche pas.
"C'est bien gentil de se traiter au sauna, a dit le médecin, mais je ne crois pas que quoi que ce soit de scientifique vienne supporter ces dires."
Lorsqu'on a informé Vallone du montant alloué par le gouvernement à Dowtown Medical, Vallone a réagi: "C'est une disgrâce." Il a écrit à John Carmichaël, président de la branche new-yorkais e de l'église, en lui déclarant qu'il était géné par le "passé troublant" de la scientologie, ajoutant qu'il croyait que si l'église voulait continuer, elle n'avait qu'à financer Downtown Medical, que ce n'était pas aux contribuables de le faire. Qu'basence de science signifiait aussi absence de finances du gouvernement, et qu'il espérait que ses collègues le suivent. Aucun élu responsable ne peut apporter son soutien à cette chose", dit Vallone: "Nous n'avons pas à conférer une légitimité à une secte."
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