La Chambre des représentants a consulté le gourou de la secte Raël pour réfléchir
sur le copiage genétique.
Washington de notre correspondant
" On a parlé de monstres [...]. Mais les risques d'anormalité génétique (1) existent
aussi lorsqu'on fait un enfant par des moyens naturels. Faut-il interdire la reproduction sexuelle? ", lance
Raël, visiblement content de son astuce. Il rayonne. Il y a de quoi, il est entendu par le Congrès
américain! Du sérieux, le Congrès! Quelle reconnaissance! Raël, né Claude Vorilhon,
à Vichy, gourou de la secte des raéliens, participait hier comme témoin aux auditions sur
le clonage humain, menées par la commission de l'énergie et du commerce de la Chambre des représentants.
Le Congrès, qui songe à interdire le clonage humain aux Etats-Unis, comme l'ont déjà
fait 26 autres pays, a entendu des scientifiques, des responsables d'associations et des représentants d'agences
gouvernementales, et donc les raéliens français.
Raël porte sa plus belle tenue blanche, de style samourai des années 70. C'est celle des elohims, ces
êtres venus d'un autre monde qui l'ont enlevé dans leur soucoupe volante, en 1975, pour lui expliquer
comment ils avaient créé l'humanité en laboratoire. " C'est formidable cette commission.
Cela ne se passerait pas comme ça, en France, hein? ", nous glisse le grand maître pendant une
pause, avec un accent de titi peu assorti à sa tenue. Si cette très sérieuse commission se
réunit ce jeudi c'est, en partie, à cause de lui. Le mouvement raélien a annoncé au
début de l'année qu'il travaillait activement au premier clone humain.
Troupes nécessaires.
La technologie du clonage, en elle-même, n'est pas si compliquée. Simplement, il faut faire des centaines
d'essais pour arriver à un clone viable. Or, à la différence de la plupart des savants fous
isolés, les raéliens ont les troupes nécessaires pour la phase d'incubation : 50 adeptes sons
prêtes à jouer les mères porteuses, et à recevoir un oeuf reproduit 50 fois à
l'identique. Les raéliens croient pouvoir "dupliquer" un enfant mort, à l'âge de
10 mois, au cours dune opération chirurgicale, et que ses parents espèrent pouvoir "ressusciter".
Lorsque les raéliens ont annoncé qu'ils commençaient leurs travaux au début de l'année,
les magazines : Wired, New York Times Magazine ou Time leur ont consacré la une. Et le Congrès a
fini par se saisir de la question. Dans la matinée, la raélienne Brigitte Boisselier, 44 ans, "directrice
scientifique" de Clonaid - l'une des branches de Raël -, une femme aux longs cheveux noirs et aux bottines
à hauts talons, n'a pas voulu révéler le lieu où se trouve le laboratoire : "
Dans un Etat des Etats-Unis qui n'a pas interdit le clonage humain" (ce qui n'élimine que la Californie,
le Michigan, la Louisiane et Rhode Island).
Elle n'a pas non plus rendu publique l'identité des cinq scientifiques de son équipe. Actuellement,
dit-elle, ceux-ci travaillent sur "l'énucléation d'oeufs de vache", et devraient s'attaquer
"très bientôt" à des ovocytes humains. Le clonage, selon Brigitte Boisselier, sera
destiné à aider " les couples homosexuels, infertiles, ou les parents ayant perdu un enfant".
Il devrait aussi aider les finances du mouvement raélien. Le tarif affiché sur le site Internet de
Clonaid pour une reproduction par clonage est de 200 000 dollars (226475 euros). "Nous ajusterons le tarif
lorsque nous saurons quel a été le coût du premier clonage", a précisé,
hier, Brigitte Boisselier. Les raéliens ont reçu mercredi une lettre de la Food and Drug Administration
qui commence enfin à s'affoler. La FDA leur interdit de poursuivre les expériences sans son accord
: "La FDA estime qu'il existe de nombreuses questions de sûreté non encore résolues et
qu'elle n'autorisera donc pas de telles recherches." Boisselier a refusé de dire si elle se plierait
à l'injonction: "Mon avocat est en train d'examiner la lettre."
Un autre "cloneur" a été entendu par les représentants : le professeur Panayiotis
Zavos, spécialiste de physiologie reproductive à l'Université du Kentucky. Il est beaucoup
plus crédible que la demi-douzaine de scientifiques anonymes que revendique Raël. Et donc, pour les
parlementaires américains, il peut être bien plus dangereux. En tout cas, il se désolidarise
ostensiblement des raéliens : "L'intérêt de tous est que ce soient des gens sérieux
qui travaillent sur le clonage humain", a-t-il déclaré.
Renommée internationale.
Zavos, qui porte un pin's en forme de spermatozoïde, travaille avec d'autres chercheurs étrangers,
comme l'Italien Severino Antinori qui s'était fait une renommée en aidant, il y a quelques années,
une femme de 62 ans à être enceinte. Zavos pense que son groupe sera en mesure de réussir un
clonage humain d'ici deux ans. Où? "A l'étranger, mais je ne peux pas révéler
le pays. " Quel est le but? "Reculer les limites de la science."
Les scientifiques présents l'ont traité d'"irresponsable". Certains, comme le Dr Rudolf
Jaenishch, du MIT (Massachusetts Institute of Technology), ont souligné qu'à l'heure actuelle, "tous
les mammifères clonés présentaient des anomalies" . Souris obèses, vaches aux
poumons atrophiés... Visiblement, des mutations ont lieu pendant le processus. Même la doyenne des
clones, la brebis Dolly, souffre d'une "surcharge pondérale". "Il y a toujours des gens pour
s'alarmer des avancées scientifiques, a répondu Zavos avec mépris, c'était le cas lorsqu'on
a envoyé Neil Armstrong sur la Lune, lorsque Christophe Colomb est parti pour l'Amérique!" (En
fait, il partait pour les Indes, ndlr).
Traitements.
Au terme de cette journée, la plupart des représentants présents avaient fait part de leur
dégoût pour les expériences en cours et souhaité l'interdiction de " la production
d'humains manufacturés" aux Etats-Unis. Le républicain Brian Kerns (Indiana) a déjà
déposé une proposition de loi allant dans ce sens. Dans la journée, la Maison Blanche a fait
savoir qu'elle appuierait une telle interdiction. Des scientifiques ont mis en garde contre le risque de freiner,
par une telle législation, la recherche sur le clonage d'embryons en vue d'améliorer des traitements.
Mais personne, après le cauchemar dessiné par les Zavos et autre Raël, n'a semblé les
écouter.
Raël est reparti heureux de Washington: " Cette interdiction, je la souhaite presque, dit-il. Car l'étape
d'après ce sera la Cour suprême, et elle, elle ne pourra faire autrement que de reconnaître
le droit à la reproduction de son choix."
PASCAL RICHÉ
(1) Lire Libération d'hier sur le " père de Dolly " qui mettait en garde
contre les dangers du clonage dans Science.
PS du webmaster: c'était également assez hallucinant de voir Rael/Vorilhon
témoigner devant le Congrès. Vorilhon est un écrivain supposé, relativement jeune encore.
Pourquoi donc doit-il suivre les lignes de son texte avec son doigt, quand il lit?