"Avant de lutter activement contre les sectes, vous avez été vous-même scientologue,
de 1974 à 1982, comment et pourquoi êtes-vous entré à l'Eglise de scientologie ?
Tout simplement par le bouche à oreille. J'ai réagi avec quelques années de décalage.
Après avoir lu un livre de 'pseudo-psychologie' appelé La Dianétique (d'un auteur
scientologue), j'en ai parlé autour de moi. Un de mes parents m'a alors proposé d'assister à
une réunion sur ce sujet. Mon sens critique, je peux l'avouer maintenant, n'était pas très
élevé. Je me suis fait avoir par des promesses astucieusement présentées de 'monde
meilleur', de 'vie meilleure', d' 'aide aux autres', etc. Assez rapidement, j'ai ouvert avec ma femme un centre
à Lyon (l'Organisation scientologique lyonnaise).
A quel moment avez-vous commencé à douter du bien-fondé de l'Eglise de scientologie
?
J'ai aidé l'Eglise de scientologie avec une bonne foi partielle. J'ai toujours eu des doutes et exercé
une certaine critique durant mon adhésion à la secte.
| Consultez également |
Le
Secticide
Roger Gonnet, un ex-scientologue, met en garde contre la scientologie et la
dianétique.
 |
|
Je n'acceptais pas que la scientologie cherche à tout prix à se faire reconnaître comme religion.
D'autre part, je trouvais inacceptables les tarifs exhorbitants qui étaient pratiqués. Les prix augmentaient
de 5 à 10 % par mois. Les dirigeants se justifiaient en disant suivre l'inflation ! Par exemple j'ai acheté
mon 'électromètre' (détecteur de mensonges vendu par la secte) 750 francs en 1976, en 1988,
il valait 40 000 francs !
Comment sort-on d'une secte ?
J'ai rué dans les brancards pendant pas mal de temps. Ce qui fait que j'étais devenu une sorte
de bête noire pour l'organisation. Ils m'ont fichu dehors, tout en espérant que j'allais revenir.
Car malheureusement, très souvent, les anciens adeptes reviennent. Mais ma femme et moi-même étions
bien décidés à ne plus y mettre les pieds. Mais je ne suis pas un ennemi des scientologues,
pour moi ils sont tous des victimes, à part les quelques grands dirigeants. En 1997, j'ai créé
Le Secticide et j'ai écrit un livre sur la scientologie. Depuis, l'Eglise de scientologie m'a déclaré
'suppressif', ils tentent de m'attaquer, en faisant des enquêtes sur ma vie privée.
Le plus drôle de l'histoire étant que les détectives chargés par l'Eglise de scientologie
de me surveiller sont aujourd'hui devant les juges. Et je n'y suis pour rien !
Lundi 25 juin, le verdict du procès de Tabachnik et de son rôle dans l'OTS sera rendu ;
comment la justice peut-elle efficacement lutter contre les sectes ?
La justice peut faire son travail en n'hésitant pas à saisir la parquet. Pour cela il faudrait
que les politiques dotent la justice d'un budget correct. Les juges devraient aussi être mieux formés.
Il manque une juridiction spécialisée pour un problème aussi délicat. A mon avis, si
les préfets avaient été formés à ces problèmes, on aurait constaté
que certains dogmes professaient des buts illicites et méritaient d'être démantelés."
Propos recueillis par Sylvie Chayette