RÉCIT D'UNE ÉVASION
Par : NEFERTITI
Prologue :
La première partie de cet ouvrage est un récit rigoureusement exact d'une
évasion d'un des goulags de la secte considérée comme une des plus dangereuses et certainement
la plus procédurière au monde.
Il s'agit bien sûr de la Scientologie. Il y a en Floride, aux États-Unis une
petite ville de province, Clearwater, qui a presque entièrement été squattée par la
secte. Au 210 de l'avenue Fort Harrison, Flag, une importante bâtisse des années trente est devenue
la Mecque de la secte et abrite tendrement dans son garage, un des goulags les plus sévères qui soient.
L'auteur préfère rester anonyme pour des raisons qui peuvent paraître évidentes même
pour celui qui n'aurait jamais connu de sectes ni les conditions d'internement de ses charmants camps de travaux
forcés.
En outre, l'auteur a choisi de raconter son expérience à partir du moment
où elle prend conscience que sa vie est en danger et qu'elle décide de s'enfuir.
Enfin, l'auteur s'est efforcé d'écrire un texte accessible à tous et
pour tous ; il est donc dépouillé le plus possible de tous ces termes techniques qui figurent déjà
dans d'autres ouvrages. En effet, l'accent a plutôt été porté sur le caractère
humain de cette expérience néanmoins dédramatisée par quelques pointes d'humour.
Le texte est accompagné des réflexions de l'adepte à l'époque
des faits, mais aussi de ses constatations dix ans après.
Aucun nom, aucune date et hormis Clearwater- Flag- aucun autre lieu n'est mentionné.
La seconde partie est une compilation d'extraits de témoignages d'ex adeptes de la
Scientologie sur les goulags de la secte appelés RPF.
DÉDICACE :
Ce récit est dédié à toutes les victimes de
la Scientologie.
Il est aussi dédié à toutes les victimes des sectes
en général.
Posté anonymement en avril 1997
SOMMAIRE
I Partie :
Prologue 1
Sommaire2
1. La décision 3
2. Analyse du déclic 6
3. Qu'est-ce que le RPF ? 9
Qu'est-ce que le RPF du RPF ?
4. Une journée type au RPF 12
5. Évasion ; mode d'emploi 18
6. Objectif ; se reconstruire 25
Épilogue 28
II Partie :
-Listing des extraits de témoignages sur le RPF 29
-Tonja Burden 30
-Hana Withfield 32
-Dennis Erlich 36
-Ann Rosenblum 37
-Monica Pignotti 41
-Larry Wollersheim 44
-Stacy Young 45
-David Mayo 48
-André Tabayoyon 49
-Abécédaire des techniques de contrôle mental
utilisées dans le RPF 51
Quand on tombe, on tombe jamais bien.
Alexandre Dumas fils.
1. La décision.
Fuir, il le faut, mais comment ? j'en sais rien, je trouverai un moyen je dois m'en aller,
je dois partir d'ici, c'est ça réfléchissonsŠ comment faire et sans argent et sans passeport,
partir les mains dans les poches ? oui c'est ça, après on verraŠ
Mais non voyons, concentre toi, concentre toi, fais un plan
c'est ça voilà, calme, calme, il me faut un plan
"ils" savent que je veux partir mais j'en ai parlé qu'une fois, une seule
fois, "ils" ne m'ont pas prise au sérieux je suis docile et pas rebelle pour un rond ils ne se
méfient pas je finirai bien par plier oui, c'est ce qu'ils" pensentŠ
Tant mieux pour moi ça simplifie la chose
voilà, c'est bien j'arrive à penser, à réfléchir
un plan, il me faut un plan détaillé, me sortir d'ici
partir mais partir vite avant qu"ils" s'en doutent sans qu'ils" m'en empêchent
avant de me retrouver avec des chaînes aux pieds
nom de Dieu, c'est même pas une métaphoreŠ
Ceci est le discours intérieur d'un adepte sur le point de partir de ce qu'il n'aurait
jamais crû être une secte - l'idée ne lui serait jamais venue à l'esprit et cet acte
ne remet pas encore en cause ses croyances profondes - C'est une idée fixe, obsédante ; partir, c'est
simplement une question de survie.
Une question souvent posée est la suivante ; "Mais que se passe t'il dans la
tête de ces gens-là ?" Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est ce qui se passait dans la mienne.
Par souci de vérité et de précision je tenterai de reproduire, d'analyser
et de mettre les mots les plus cohérents sur des cheminements d'esprit qui ne l'étaient pas forcément
à l'époque. Ce discours est saccadé et volontairement écrit d'une manière que
les puristes qualifieraient de maladroite ou de débile. Mais il ne s'agit pas ici d'un travail scolaire
ni d'un essai plaisant qu'un universitaire aurait imaginé un soir de passable ennui. Ceci n'est pas un exercice
de style pour décrire une fiction ; tout est vrai. J'essaie de reproduire, grâce à un discours
intérieur, un état d'esprit perturbé par un endoctrinement sévère d'une dizaine
d'années. Un adepte qui soudain décide de partir d'une secte, c'est pathétique, certes, mais
le merveilleux paradoxe est que malgré la damnation promise, les menaces, l'exclusion, la peur, la perte
de tous ses biens, l'absence de point de chute, d'emploi, de famille ou de diplômes rendant la réinsertion
sociale quasiment insurmontable, malgré tout cela et bien plus, le merveilleux paradoxe est que cet adepte
n'a pas perdu tout son libre arbitre et choisit la liberté.
Hier, "ils" m'ont dit : - Tu veux partir ? alors tu n'appartiens plus à
notre groupe. Tu dois attendre dans un autre groupe ; suis-moi.
Je l'avais suivi effondrée ; parce qu'il y avait un autre groupe, pire que celui-ci
? ce n'était pas possible. Voyons voir donc, tout ce temps de goulag sans me rendre compte qu'il y avait
aussi le mitard du goulag ? de mieux en mieux ! Bien plus tard je sus où on m'emmenait.
Il fallait passer par une espèce de porte très basse et marcher courbé
le long d'un tunnel ou l'humidité montait à la gorge pour arriver face à des dédales
de chemins sur lesquels en effet, je n'avais pas encore eu "l'honneur" de travailler selon la devise
"One one job, one place, one time" (un boulot, un endroit, un temps). Entendre par là, exécuter
des ordres sans broncher, tel un bagnard aux travaux forcés à une cadence rythmée sans droit
à la pause ni aux paroles, ni à la rémunération d'ailleurs, mais c'est un détail-
pour une durée fixe de dix heures la journée.
(Le reste du temps, cinq heures, était réservé à "l'étude"
entendre par là endoctrinement spécial goulag réservé aux plus récalcitrants
de la secte.)
Une porte s'ouvrit sur un espace obscur et puant ; une chose remuait dans le fond, j'ai
pensé à des rats et je réprimai un haut-le-c¦ur. Les yeux s'habituant à l'obscurité,
j'ai pu distinguer un spectacle insoutenable. Dans le fond, une forme, puis une femme, oui, une jeune femme, la
trentaine, ruisselante de sueur et de fièvre était enchaînée. Elle avait une chaîne
de cinquante centimètre environ qui reliait ses deux chevilles si bien qu'elle devait faire des petits pas
rapides et saccadés. Elle réalisait une besogne imprécise dont je n'arrive toujours pas à
saisir le sens mais il semblait qu'en autres tâches elle écopait de l'eau. Nous étions dans
un endroit qui devait être une sorte de buanderie avec des machines et de la tuyauterie un peu partout comme
il doit en avoir dans les sous-sols des hôtels. Le type me dit :" Voilà tu travailleras ici jusqu'à
nouvel ordre."
La malheureuse n'avait pas marqué de point d'arrêt et avait très furtivement
levé les yeux vers moi sans faire de commentaires. La chaleur était suffocante, la puanteur saisissante,
ma "promotion" décidément inquiétante et les perspectives de survie alarmantes.
Restées seules je risquai en fixant ses chaînes :
- Mais où diable sommes-nous ?
Elle hésita. J'insistai :
- Pourquoi es-tu enchaînée ? Elle répondit très vite ;
- Ici c'est le RPF du RPF (mitard du RPF). Je dois me réhabiliter pour réintégrer
le RPF (camp de détention et de travaux forcés) qui est mon groupe.
- Je ne comprends pas, tu étais déjà au RPF ? (voir chapitre 3)
- Oui, mais j'ai été assignée au RPF du RPF pour avoir manqué
aux intérêts de mon groupe qui est le RPF.
Cette pauvre femme répétait machinalement ces phrases. Elle était à
l'évidence terriblement perturbée. Son regard était rouge sang de peur, de malheurŠ je ne
devais par la suite plus jamais revoir un tel regard de bête traquée.
-Mais je ne dois pas parler je dois travailler, ne me pose plus de questions.
-Arrête un moment, lui dis-je, il est parti, dis-moi combien de temps tu vas porter
des chaînes ?
Le faciès marqué d'épouvante, les cernes profondes et grises sous ses
yeux accusaient une fatigue prononcée. Ses jambes pataugeaient dans une eau noirâtre, elle se trouvait
dans un état de saleté extrême et son état physique et psychique paraissaient des plus
inquiétants.
-Mais il va revenir, "ils" savent tout, je ne peux pas m'arrêter je ne dois
pas m'arrêter.
Je l'ai regardé impuissante, sans plus rien dire, je me laissai glisser le long d'un
mur là où je ne touchais pas l'eau et accroupie je pensais surtout que j'avais touché le fond.
Mais qu'avait donc fait cette pauvre femme ? J'ai su le soir même qu'elle avait envoyé du courrier
à son mari, membre cadre de la secte et donnait certains détails sur le RPF. On n'a pas le droit
de parler du RPF. Elle avait rompu la loi du silence. C'est à ce moment précis que j'ai décidé
de quitter le RPF du RPF, le RPF, goulag, cachots et autres mitards, dans la foulée la secte toute entière.
Le lendemain même, je quittai ce cauchemar.
Devine si tu peux, choisis si tu l'oses.
Pierre Corneille
2. Analyse du déclic.
Parce que la délation est de mise, j'élaborais secrètement mon plan
en le structurant du mieux possible en trois parties essentielles. Grand A : récupérer mon passeport
et la stratégie à employer sans attirer l'attention tout en assurant mes arrières, au cas
où ;
Grand B : trouver de l'argent pour acheter mon billet d'avion et payer les services d'un
taxi dont j'utiliserais les services, toujours au cas où ;
Grand C : me reposer suffisamment pour affronter sereinement moult péripéties
et réussir mon évasion.
Il s'agissait bien de cela, m'évader. Je doutai que l'on me retînt de force
si jamais je réitérais ma demande et je pressentais que des sanctions terribles me seraient imposées
si jamais j'échouai dans ma tentative. Combien avais-je raison ! Des années après j'ai lu
les déclarations sous serment, les témoignages, les livres d'ex- adeptes révélant leurs
souffrances les sanctions auxquelles ils étaient soumis, comment ils étaient retenus contre leur
volonté. On n'est pas libre de partir du goulag de la secte de l'"église de scientologie",
on n'est libre que de courber l'échine, de se soumettre à une discipline militaire illégale.
Et ces gens se donnent le statut d'église ?
En ce qui me concernait, je refusais d'accepter des conditions de vie effroyables jusqu'à
la "réhabilitation" grâce à une sorte de rédemption dont les critères
étaient inconnus de moi. Je me rappelle très clairement que j'ai refusé net de continuer "à
jouer le jeu" (une de leurs expressions favorites) Or, je refusai d'exposer davantage mon corps et mon esprit
à des pratiques tenues secrètes, à l'opposé de celles pour lesquelles j'avais adhéré
au groupe. Les contraintes, menaces, et humiliations de tout acabit n'avaient pas sur moi l'emprise escomptée.
"Ils" ne sont jamais arrivés à me terroriser. J'avais pu observer le désastre psychologique
de certains camarades sortant des fameux "maniements d'éthique" (séances de manipulations
mentales accompagnées de punitions humiliantes) J'ai vu au moins deux camarades en proie à une crise
d'hystérie avec larmes comme résultat de leur "maniements d'éthique"J'en tirai la
conclusion prudente de ne pas ruer dans leurs brancards et étais en principe d'accord avec tout ce qu'ils
voudraient (je n'avais d'ailleurs aucun poste à responsabilité) J'ai pu échapper à
ces véritables interrogatoires suivis d'interminables confessions -certaines étaient fictives car
pour avoir la paix on en venait à s'inventer toute sortes de crimes imaginaires- au moins trois personnes
m'en ont parlé- J'y échappai car je n'ai jamais ouvertement exprimé de désaccord ou
opposé de refus nets. J'arrivais toujours à contourner "l'ennemi" sans trop de casse, tant
que j'avais la foi. Ma révolte était intérieure. Maintenant, c'était une autre histoire.
Or, puisque j'étais sur le RPF je serais contrainte de me plier et de subir ces "sec-cheks" (interrogatoires
incessants dignes de la Gestapo) et ça ce n'était tout simplement pas acceptable ni admissible. J'avais
l'étrange sentiment que si je n'échappais pas immédiatement après ma décision
je ne pourrais plus jamais le faire.
Avec le recul, je constate combien j'avais vu juste ; nombre d'adeptes ont succombé
de n'avoir eu le courage ou la force de se soustraire à temps, avant que des pratiques de désinformation
et de lavages de cerveau aussi efficaces que dégueulasses leur soient appliquées. Leurs nom ?"false
data stripping" ou "false purpose rundown"(voir abécédaire des techniques de contrôle
mental utilisées dans le RPF). En fait, ce sont des pratiques de réformes de pensées accompagnées
de listes de confessions obligatoires de crimes remontant sur toute la "ligne du temps"- En d'autres
mots, la personne doit confesser des supposés crimes commis dans toutes les supposées vies antérieures
de la personne!!! A ce niveau avancé d'endoctrinement, la personne bascule soit vers une soumission robotique
proche du zombie soit elle bascule vers la folie. Sans parler bien sûr "du reverse auditing" ou
"black dianetics" consistant à appliquer des pratiques élaborées de tortures mentales.
Ces pratiques sont courantes dans le RPF. Et pourtant, je n'en avais jamais entendu parler ni mentionner en dix
ans de secte- tout comme le RPF du RPF d'ailleurs. Oh oui ! les secrets sont bien gardés par une poignée
de dirigeants proches des gourous Hubbard et Miscavige prêts à ordonner, appliquer ou se rendre complices
de pratiques de tortures mentales destinées à laver le cerveau d'une personne. Certains cadres haut
placés ont été limogés et répudiés après une vie entière
passée au dévouement d'une cause chimérique. Ils ont eux-mêmes été soumis
à ces pratiques honteuses et ils ont parlé. Les témoignages sont accablants et se rejoignent
tous au sujet de l'effet dévastateur des techniques de contrôle mental. Ces témoignages peuvent
tous se lire sur Internet. Je répète que toutes ces pratiques étaient inconnues de moi avant
de joindre la SO (abréviation de Sea Org, organisation formée par la soi-disant élite de la
secte devant signer un contrat d'un milliard d'années) je ne les connaissais pas, tout comme la majorité
des membres de la secte, mais en mon for intérieur je pressentais quelque chose de terriblement malsain
auquel je devais absolument me soustraire. Témoin au RPF de nombreuses pratiques contraires à la
dignité de l'homme - dont je parlerai par la suite, ajoutées aux conditions ignobles de détention
vécues et vues durant ma période d'internement à trimer comme des bêtes au mépris
des règles élémentaires de sécurité sans parler du droit de travail, j'ai eu
l'immense "chance" d'avoir eu ce déclic de prise de conscience. Soudain, je me rendis compte en
voyant cette femme terrorisée, enchaînée, du mensonge horrifiant dans lequel j'étais
piégée. J'aurais voulu hurler de douleur, l'échec personnel est d'autant plus cruel qu'il
s'agit d'un viol intellectuel ajouté à une souffrance psychique réelle. J'avais donc tout
sacrifié pour une vaste escroquerie ?
Il y a une seule chose dont je suis fière ; c'est d'avoir su garder mon sang froid
à un moment où je sentais que ma vie basculait dans le vide. Je me suis dit : "Mon Dieu, ils
vont m'enchaîner moi aussi si je ne pars pas. Car je ne plierai pas. Je ne suis pas une criminelle, je ne
suis pas disposée à accepter de me dégrader. Je ne comprends pas ce qui se passe, j'aurai
l'opportunité de me renseigner le temps venu mais maintenant je dois partir."
Voilà ce que je pensais, la mort dans l'âme car cette décision n'était
pas facile.
Je ressens intimement que le fait de ne pas avoir réagi à ce moment crucial
eût été un point de non-retour.
Un homme, un être a le pouvoir effrayant et incompréhensible,
d'endormir, par la force de sa volonté, un autre être et pendant qu'il dort, de lui voler sa pensée
comme on volerait une bourse.
Guy de Maupassant.
3. Qu'est-ce que le RPF ? Qu'est-ce que Le RPF du RPF ?
Comme je l'ai déjà dit, on ne part pas librement du RPF, on s'en échappe.
On serait donc tenté de dire que c'est une prison or les conditions de détention et le règlement
actuel existant dans les prisons des pays industrialisés sont similaires à celles du Club Med lorsqu'on
les compare à celles de détention du RPF. Goulag me parait beaucoup mieux adapté, ou camp
para militaire de rétention ou camp de travaux forcés, camp de rééducation.
On y envoie arbitrairement quiconque commencerait à poser des questions sur les finances
d'un groupe par exemple, ou tout simplement quiconque poserait des questions quant à la cohérence
de certains procédés, ou quelqu'un ne ramenant pas assez d'argent à la secte, quelqu'un qui
aurait à raison osé traiter d'imbécile son ou ses supérieurs hiérarchiques,
quelqu'un qui aurait décidé de s'accoupler avec la personne de son choix sans avoir demandé
d'autorisation au préalable ou plus grave, qui voudrait partir de la secte.
A la page 441 du dictionnaire administratif de la secte, entre autres définitions
obscures se trouve la suivante : "Le RPF a été créé par le Commodore (le gourou
s'était auto proclamé ce titre) pour que la rédemption puisse avoir lieu !" Rédemption,
du latin redemptio, rachat. Action de ramener quelqu'un au bien, de se racheter. (Définition du Grand Larousse.)
Il y a un règlement interne et confidentiel qui s'appelle "The Rehabilitation
Project Force" (le fameux projet de réhabilitation par la force) C'est une Flag Order (ordre de Flag)
3434 RB du 7-1- 1974 d'une dizaine de pages qui ne sort jamais du RPF et personne d'étranger au RPF ne peut
avoir accès à la délicieuse lecture dont voici les grandes lignes.
En gros, la personne est déchue de tout ses droits ; familiaux entre autre, ne peut
plus vivre avec son conjoint ni ses enfants, ne doit pas avoir de vie sexuelle même avec son conjoint, ne
doit plus utiliser sa voiture ou son vélo, ne doit plus adresser la parole aux gens à moins qu'on
lui fasse l'honneur de la lui adresser. Ce qui en fait une sous-classe d'homme privé du droit de parole.
La personne ne reçoit que le tiers de sa paye qui est déjà bien maigre elle se retrouve donc
avec cinq ou six dollars la semaine quand on lui fait l'honneur de cette aumône. Elle doit prendre ses repas
à l'écart avec les restes du repas des autres. Elle dort dans les pires locaux et se revêt
d'accoutrements obligatoirement noirs et sales. Signe distinctif : elle doit porter au bras gauche un ruban noir
qui la distingue des autres. (p 302 du dictionnaire : "personnel sans privilèges d'étiquette")
Elle doit répondre par "Yes Sir !" à toute communication lui étant adressée
(même par une femme), n'a pas le droit de marcher mais doit courir pour se déplacer. Elle doit trimer
sept jours sur sept, dix heures par jour avec trente minutes pour deux "repas", pas plus de trente secondes
pour sa douche et dispose de cinq heures d'endoctrinement obligatoire par jour. Elle est assignée aux tâches
les plus dures d'entretien et de rénovation. Cela peut très bien consister à faire tomber
un mur par un escadron formé de jeunes filles dont l'une serait enceinte peu importe si elle fait fausse
couche, comme cela s'est déjà produit- ou aux ramassage des ordures du complexe de la secte ce qui
reste très dur quand on a une frêle morphologie et même dangereux quand on n'a pas de gants,
pas d'accoutrement adéquat ni de formation d'éboueur !
Le RPFer (comme on les appelle) n'a pas le droit de contester quoique ce soit. Si autre
chose que "yes sir" venait à sortir de sa bouche il se verrait ordonner de courir de préférence
sous un soleil de plomb quand il fait 40° à l'ombre autour d'un arbre, un certain nombre de tours à
discrétion du Kapo en charge de l'escadron. Et ce, autant de fois nécessaires pour que la rémission
du RPFer soit complète et totale. "Le Running Program" peut lui être infligé. En
français, programme de la course est la forme la plus sévère des punitions ; elle consiste
à tourner pendant 8 heures autour d'un arbre ou d'un poteau jusqu'à ce que la personne devienne un
robot.
La surveillance ne se relâche jamais et aucun moment d'intimité n'est toléré.
Un "twin" (jumeau et compagnon d'infortune) lui est assigné. C'est un système très
efficace pour encadrer le RPFer mais aussi bien diabolique ; chacun surveillant l'autre, aucune solidarité
ne peut s'établir.
Le RPFer n'a droit à aucun jour de repos, à aucun loisir, pas de musique,
pas de jeux, pas de radio, bref, il ne peut qu'espérer achever son"programme" décidé
en "haute instance" et dont la durée peut aller jusqu'à un certain nombre de mois ou d'années.
On s'accorde à penser qu'une moyenne de trois à quatre ans serait tout à fait respectableŠ
De l'anglais, Rehabilitation Project Force, une traduction m'a été suggérée
et on peut bien la retenir ; "projet de réhabilitation par la force". En tout cas, on l'aura compris,
il est préférable et de loin de se faire emprisonner n'importe où ailleurs, sauf peut-être
en Chine en Corée du nord ou en SibérieŠ
Voici pour ceux qui adorent avoir des références exactes, quelques passages
perles du fameux règlement interne au goulag. Il s'appelle "The Rehabilitation Project Force"
c'est un Flag Order (ordre de Flag) d'une dizaine de pages, 3434RB du 7 janvier 1974 :
Un membre du RPF est un membre du RPF et de rien d'autre hormis le RPF jusqu'à sa
libération.
Peut-on donc en conclure qu'emprisonné, le membre du RPF n'appartient plus au genre
humain puisqu'il n'est rien d'autre qu'un membre du RPF et ne recouvrera sa condition d'homme qu'à sa libération
?
Suit un catalogue d'interdictions intitulée : Restriction du RPF, suivie d'une autre
liste intitulée ; Le RPF ne doit pas, à son tour suivie d'une longue liste au nom charmeur : Restrictions
et pénalités personnelles. Au numéro17 il y est écrit :Š la personne doit signer une
confession de ses crimes avant de quitter la base (sic)
Il y a dans cette directive quarante cinq restrictions et pénalités dont j'ai
seulement évoqué quelques unes sans toutes les énumérer.
Plus loin sur le même Flag Order, dans sa totale bienveillance le gourou a établi
une très mince liste de droits personnels parmi lesquels on trouve que la personne a le droit de manger
! sans préciser toutefois si elle a aussi le droit de dormirŠ
La devise du RPF est :
Le RPF est ce que l'on fait (sic)
Le RPF est où on le fait (sic)
La donnée stable (stable datum) du RPF est :
Un boulot, un lieu, en une fois. (sic)
Ces trois phrases sont régulièrement hurlées lors des trois rassemblements
quotidiens et obligatoires.
Il y a au moins quatre RPFs :
1) Flag à Clearwater en Floride,
2) PAC (abr ; pacifique) Los Angeles, Californie,
3)"Happy Valley" Hemet, Californie
4) Copenhague, Dannemark.
Quant au RPF du RPF il serait l'équivalent des oubliettes, du donjon anglais ou des
galères romaines ; on n'en reviendrait jamais. Les conditions sont effroyables, dignes de celles d'un roman
sur l'esclavage au 18 ème siècle. C'est le mitard du goulag. La personne n'a plus qu'à faire
ses prières. Dans ces conditions, elle peut tenir peut-être trois mois- si elle est en très
bonne santé au départ.
On trouve sa définition dans le dictionnaire, p 451. Elle est consternante :
RPF'S RPF : "Les restrictions suivantes sont appliquées à leurs membres
: 1) La ségrégation d'avec les autres membres du RPF en ce qui concerne le travail, les repas, le
logement, les rassemblements et toutes les autres activités. 2) Pas de salaire. 3) Pas d'études 4)
Pas d'audition (pratiques supposées amener la Rédemption de la personne) 5) doit seulement travailler
à des boites de boues (sic) dans les sous-sols, ne doit pas travailler avec les autres membres du RPF. 6)
six heures de sommeil maximum 8) les sanctions d'éthique standard se verront triplées pour chaque
offense dont ils seront trouvés coupables jusqu'à ce qu'ils rejoignent le RPF de leur propre déterminisme.
9) ne sont autorisés à communiquer qu'avec le MAA RPF (sorte d'officier d'éthique) 10) ne
sont pas autorisés à rejoindre le RPF jusqu'à ce qu'ils aient fait amende honorable à
chaque membre du RPF.
Le RPF du RPF a été créé car certaines personnes n'avaient pas
reconnu le besoin de Rédemption. Jusqu'à ce que la personne admette son besoin et ce par son propre
déterminisme de rejoindre les actions de Rédemption du RPF, les restrictions seront appliquées."
Fin de citation.
Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux, quand ils me regardent,
vomissent.
Lautréamont, Les Chants de Maldoror.
4. Une journée type au RPF :
Levés très tôt avant les autres et couchés très tard après
les autres, la fatigue est omniprésente. Pas plus de sept heures de sommeil pour des travaux forcés
à une cadence d'enfer ont vite fait de miner la résistance de la personne même en bonne santé.
Après une semaine de ce régime infernal que je ne souhaiterais pas à mes pires ennemis (sauf
peut-être Miscavige et autres ordures) je sentais mes forces baisser, les crampes de plus en plus fréquentes
(douloureuses lorsqu'il faut de toute façon continuer à courir) des courbatures dans tout le corps,
la sueur était devenue un ennemi redoutable. Par un temps très chaud, le rythme accéléré
de l'effort constant provoquait une sudation importante responsable d'une accumulation de bactéries. Il
fallait à tout prix se protéger des blessures potentielles. Aucune mesure préventive n'était
prise et bien sûr aucun médicament n'était autorisé ni même antiseptiques ou antibiotiques.
Branle bas le combat vers sept heures. Cinq minutes tout au plus pour être prête.
Enfiler un pantalon noir et sale, un tee-shirt noir et sale, ne pas oublier le brassard noir autour du bras gauche.
Tiens, comme les juifs, leur étoile cousue sur un manteau d'infortune lors de la seconde guerre mondiale
de sinistre mémoireŠ ou comme la lettre écarlate cousue sur la robe de l'héroïne du célèbre
roman : The Scarlet Letter de Nathaniel Hawthorne. La lettre A comme adultère signalait le péché
de la femme réprouvée et condamnée par la morale puritaine de la société américaine
de Boston du 17 ème siècle. Hester Prynne est condamnée pour adultère à être
exposée au pilori et à porter à jamais sur le corsage de sa robe une grande lettre A d'étoffe
rouge, symbole de sa faute. Au RPF, le brassard noir, c'est la représentation de la discrimination et de
la ségrégation arbitraire et illégale de l'individu. C'est la signification de l'ostracisme.
Bien sûr le RPF est contraire aux droits de l'homme, viole toutes les Constitutions, doit être interdit
par les gouvernements si ceux-ci se donnaient la peine de prendre leurs responsabilités et de légiférer
pour qu'aucune prison interne à n'importe quel groupe ou religion, que ce soit un camp de travail goulag
ou RPF ne soit toléré sur leurs sols. J'imagine que la volonté politique naîtra lorsqu'un
fils ou fille de ministre pris (e) dans les filets d'une quelconque secte sera interné dans un de ces camps
ou commettra un suicide.
Le RPF, camp de redressement et de travail illégal est d'autant plus insupportable
que cette humiliation est présentée comme le rachat des supposés "crimes" de l'adepte
à qui on exige de reconnaître son besoin de Rédemption imaginé par un malade pervers
à l'esprit tordu, gourou sadique e schizofrène et paranoïaque.
Mais revenons à mon récit.
Je prenais la précaution de porter un autre tee-shirt propre sous le tee-shirt sale
; j'en avais par chance une bonne dizaine dans ma valise. Tous les soirs après ma douche de trente secondes,
je m'enduisais le corps de talc pour protéger la peau de la sueur dont nous souffrions tous. Je me rappelle
cette jeune femme qui souffrait terriblement d'une infection importante qui s'était développée
sous ses seins. La peau était à vif, des cloques purulentes s'étalaient maintenant jusqu'au
nombril. Lorsque je m'en rendis compte je lui dis : -Mets toi un peu de talc, prends le mien. Elle me regardait
avec étonnement. J'ajoutai : - A mon avis, tu devrais te mettre un tee-shirt de coton pour isoler ta poitrine
et te mettre le soutien-gorge par-dessus. Cela aiderait à stopper l'infection. Elle me dit qu'elle n'avait
pas assez de tee-shirts en coton. Spontanément je lui tendis deux des miens.
-Laves-en un tous les soirs pour en avoir un sec et propre chaque jour. Elle eut une sorte
de tremblement en me demandant :
- Mais pourquoi fais-tu ça ? pourquoi m'aides-tu ?
Avec le recul, je réalise combien la réaction de cette femme était
pathétique. Comment était-il possible que quelqu'un pût encore l'aider ? La notion de solidarité
lui était devenue étrangère !
Pour moi, c'était juste une question d'assistance à personne en danger ; son
infection était vraiment trop importante pour ne pas sentir de compassion. Au RPF, c'est chacun pour soi,
des 8 jeunes femmes logeant dans la même chambre, je fus la seule à proposer de l'aide. Mais chacune
souffrait de quelque chose, chacune essayait de survivre du mieux qu'elle pouvait et puis moi je venais juste de
débarquer au RPF, je ne souffrais pas encore d'usure, je pouvais encore me permettre le luxe d'aider quelqu'unŠ
Nous devions prendre un bus qui nous amenait jusqu'au Fort Harrison. Ce bus était
infesté de cafards ; au début je refusai de m'asseoir car les cafards grouillaient et ne se gênaient
pas pour nous monter dessus et puis la fatigue s'installant, je me résignai à m'asseoir ; un moment
de repos devenait la priorité, on se bornait tous à bouger de temps en temps la main ou le pied pour
écarter les plus grosŠ
Arrivés au "mess" (table de réfectoire) du RPF, il s'agissait de
s'alimenter le mieux possible ; des céréales sous forme de bouillies d'aspect peu ragoûtant
étaient proposés. Malgré ma répugnance à manger le matin, ma foi, le troisième
jour, je décidai de me forcer et d'avaler toutes sortes de soupes et autres bouillons à grand renfort
de lait pour tenir le coup. Le RPFer chargé d'amener la nourriture fut remercié chaleureusement par
tout le monde pour avoir réussi à trouver un gallon de lait ; je le regardai inquiète lorsqu'il
fut applaudi et en déduisis que le lait n'était pas denrée courante au RPF.
Le "muster" ou "roll-call" (rassemblement pour l'appel) avait alors
lieu. Le piteux bataillon goulag pastichait les réunions militaires où chacun devait répondre
à l'appel de son nom par : " hi sir ! "(présent).Tout retard, fut-il d'une seule seconde
était lourdement sanctionné. Le piètre spectacle des quatre colonnes chancelantes du RPF faisait
pitié à voir ; vingt personnes s'efforçant de se tenir au garde-à-vous comme elles
pouvaient ; cela relevait plus d'un camp d'extermination de l'Allemagne de l'Est que celui du glorieux bataillon
des membres du corps d'élite de "l'organisation maritime" (sea org) Je ne pouvais m'empêcher
de penser qu'il était impossible de faire la relation entre ce cortège d'ombres que nous étions
devenus avec le groupe clinquant, en grand uniforme que l'on voit dans les magazines de propagande de la secte
supposée conduire l'homme sur " le chemin de la liberté totale". Ironiquement, nous nous
retrouvions emprisonnés et portant ces mêmes chaînes dont nous voulions libérer l'homme.
De toute évidence, il y avait là un terrible piège que je n'arrivais pas à m'expliquer.
Le premier ordre du jour était de nettoyer les escaliers de Fort Harrison, immeuble
d'une quinzaine d'étages. Un seau d'eau, une serpillière, un twin (jumeau). En l'occurrence une toute
jeune fille d'à peine dix-huit ans. Alors que nous commencions à quatre pattes à nettoyer
les marches une à une, elle me demanda pour quel motif j'avais été assignée au RPF.
Je lui répondis avec désinvolture que désirant quitter le groupe, je n'avais rien trouvé
mieux que de violer le code de conduite de chaque membre de la SO c'est-à-dire ne jamais avoir de relations
sexuelles hors mariage.
- I went "out 2 D"! (langage ésotérique pour signifier intimité
sexuelle avec une personne du sexe opposé)
- Et tu sais quoi ? ajoutai-je, on a même pas eu le temps de concrétiser ;
ils nous ont surpris juste avant !
Elle éclata de rire et se mit à raconter son histoire. En gros, cela donnait
ceci. Elle n'avait pas été d'accord avec des décisions du management et avait osé tenir
tête sans fléchir.
Étant née dans la secte, n'ayant connu que la secte, les perspectives qu'elle
projetait dans le monde extérieur se trouvaient extrêmement réduites :
- Je n'ai pas de diplômes, je ne pourrais jamais travailler dans le monde "wog"(terme
raciste signifiant tout ce qui n'est pas de la secte) je ne connais rien à l'extérieur.
- Tu as de la famille à l'extérieur ? risquai-je
- Oui, ma mère en Angleterre que je ne connais pas et qui en plus est déclarée
"suppressive" (personne déclarée ennemi de la secte). Je n'ai pas le droit de la voir.
Et puis, pourrais-je me mettre au diapason dans un pays que je ne connais pas, chez une mère dont je ne
me rappelle même pas le visage ? si je ne m'adaptais pas, tout dans la vie serait fini pour moi. Je n'ai
pas le choix, je dois endurer.
Cette très jeune fille de dix-huit ans, lucide, jolie de surcroît avec ses
longs cheveux blonds clair, qui disait ne pas avoir d'avenir à l'extérieur, m'a bouleversée.
Soudain, je me rendais compte de l'horreur de l'isolement de tous ces jeunes nés et élevés
dans la secte. Ils ne peuvent même pas partir, comment le pourraient-ils ? ils sont prisonniers à
l'intérieur d'une vie qu'ils ne connaîtront jamais à l'extérieur.
Elle me jeta un coup d'¦il craintif ; allais-je trahir une confidence qu'elle n'aurait
jamais dû faire ? En souriant, je la rassurai ; - Ne t'inquiètes pas, je ne dirai rien. Tu sais, à
l'extérieur, c'est pas si horrible que ça puisque j'en viens !
Je n'oublierai jamais son regard triste et résigné mais elle ajouta pensive
:
- Oui, peut-être, qui sait ?
En fait, cette jeune fille était une Exec de CMO INT (cadre dans l'organisation internationale
des messagers du commodore) elle devait par la suite prendre ma défense lorsqu'un des gardes-chiourme vînt
à me prendre à partie sans aucune raison apparente. Elle sauta littéralement sur le type en
hurlant :
-Si tu ne lui fous pas la paix tout de suite, je te jure que je me rappellerai de toi lorsque
je sortirai d'ici et tu sais que j'en sortirai avant toi ! (ils font aussi le RPF) En tout cas, le type resta cloué
sur place ; non seulement il m'oublia mais du coup tout le monde me tint à distance respectable. Il est
vrai que dans la hiérarchie complexe de la secte, les cadres CMO INT sont réputés avoir presque
tout les pouvoirs. Avec le recul, je crois que je lui avais donné un peu d'espoir, dehors c'était
pas si horrible que ça.
La journée continuait par le lavage et récurage de toutes les chiottes du
complexe de Flag réservé à l'usage des personnes venant du monde entier pour en recevoir les
services. Nous aimions assez le faire car à l'intérieur tout était climatisé et comparé
aux autres tâches très dures, franchement passer l'éponge sur les lavabos devenait presque
une partie de plaisir. Je n'avais qu'une seule crainte ; la honte qu'une de mes connaissances ne me reconnaisse
dans un tel accoutrement en train de passer le balai dans les cuvettes des chiottes.
Une camarade d'infortune faillit se trouver mal en astiquant le miroir ; elle s'arrêta
tout d'un coup, fixait son visage avec horreur. Il est vrai que la pauvre n'avait pas bonne mine du tout ; mais
là elle était devenue verte. Nous étions toutes franchement sales, hirsutes, fatiguées
et mal foutues. Il fallait soigneusement éviter de croiser notre image. Elle commençait à
sangloter or il ne fallait surtout pas qu'elle craque. Elle risquait d'être sanctionnée durement pour
avoir pleuré devant les "clients". C'était très mauvais pour les relations publiques
(bad PR) Alors quelqu'une lança d'une voix nasillarde :
- Ben et alors qu'est-ce que je devrais dire moi, regarde moi ! on dirait Frankestein, toi
on dirait seulement que tu l'as vu !
Tout le monde rigola et la pauvre se ressaisit comme elle put. Par la suite, la pauvre fille
évitait soigneusement tout les miroirs. Il y avait une sorte de solidarité mais celle-ci était
rare et très ponctuelle. Il y avait surtout des rapports de forces inouïs. Les ordres étaient
criés, nous étions houspillés du matin jusqu'au soir, aucun ralentissement du rythme même
en plein soleil. Les sanctions pleuvaient :
-Take a lap ! take two laps ! take five laps ! (il s'agissait de courir en plein soleil
le long de la rampe des voitures du garage du Fort Harrison, une fois, deux fois, cinq fois à discrétion
du Kapo).
La jeune fille du miroir n'arrivait pas à suivre la cadence ; elle trébuchait,
tombait, se cognait, se faisait mal, était toujours en retard d'une demi-longueur et j'avais peur pour elle.
Le bosun (Kapo ou garde-chiourme en chef) faisait semblant de ne pas l'avoir remarqué. Je pensai que d'une
manière ou d'une autre elle serait épargnée compte tenu de sa nature plus fragile. En fait,
il est probable que sa chute était programmée. Je surpris une conversation qui prenait des allures
de paris dans un champs de courses.
-Celle-là, je lui donne quinze jours.
-Moi, je parie qu'elle ne tient pas une semaine de plus !
Je ne saurai jamais ce qui se passe lorsque la personne ne peut plus tenir (elle va peut-être
au RPF du RPF) car je larguai les amarres avant que cela devînt mon tour. Je n'ose toujours pas y penser.
Il y avait les tâches dangereuses, le ramassage des poubelles était particulièrement
difficile et lourd pour la gent féminine ; les "hommes" nous défiaient en se moquant de
nos efforts vains à soulever d'énormes poubelles infectes. Certaines s'épuisaient pour rien
risquant de surcroît de se blesser. J'avoue avoir fait semblant de m'évertuer alors qu'en fait je
ménageais mes forces en protégeant du mieux que je pouvais mes doigts, mes pieds et mon corps en
général. Un accident est si vite arrivéŠ et aucun traitement ne serait donné, il n'y
a pas d'hôpital dans le RPF ! il n'y a même pas une trousse de premiers secours.
Il y a aussi un manque de tout ; la paye même réduite au tiers était
suspendue pour la plus grande partie des RPFers. Alors on devient peu à peu démuni de tout. On ne
peut plus s'acheter des cigarettes - unique liberté tolérée- mais aussi on ne peut plus s'acheter
du dentifrice ou du déodorant. Ce qui est très gênant pour les femmes qui auraient encore leurs
règles- beaucoup souffrent de troubles de cycles dus au stress et à la fatigue- c'est qu'elles n'ont
plus du tout de quoi s'acheter une boite de tampax. Du moins, c'est ce que j'ai pu constater pour ma part (heureusement
que j'en avais dans la boite à gants de ma petite voiture) Quelle humiliation de se trouver dans l'indigence
la plus totale alors que l'on a donné tout ce qu'on avait parfois une petite fortune et qu'on travaille
comme des bêtes de somme ! Quel désespoir de constater que l'on est réduit à l'état
d'esclavage alors que l'on venait, poussé par les vents de la liberté, grossir les rangs de ceux
qui ¦uvraient pour que justement l'homme ne fût plus jamais enchaîné !
La fin de la journée était une pièce d'anthologie. Comme je l'ai déjà
dit, il y avait aussi l'entraînement spécial goulag obligatoire et son cortège forcé
de confessions de crimes imaginés et trahisons de toute sortes, les fameux O/Ws (les mauvaises actions et
mensonges). En tout cas, avant d'en arriver là, je savais qu'il me fallait réétudier certaines
lettres de règlements que je connaissais déjà par c¦ur. Hé bien, continuons
à faire l'idiote ! Je mettais un temps fou à lire les âneries d'usage du style : " Keeping
$ working" (un bulletin d'une dizaine pages). Je faisais semblant de m'occuper en tournant les pages des dictionnaires
et surtout restait assise le plus longtemps possible. Voyez-vous, le luxe au RPF et autres goulags, c'est l'immobilité.
On se repose en appréciant à sa juste valeur le fait que le corps soit au repos. De plus, on retarde
l'endoctrinement de l'RPF auquel d'ailleurs on préfère ne pas penser ! En tout cas, deux RPFers avaient
repéré mon petit manège car ils le pratiquaient eux-mêmes. De temps en temps on se regardait
hilares ! C'est ce qu'on appelle le bon "mutual out ruds" (expression ésotérique pour signaler
une complicité négative pour la secte).
A la fin de l'endoctrinement spécial goulag qui coïncidait avec la fin de la
journée, il fallait, figurez-vous, du moins il était fort souhaitable de prendre la parole pour dire
combien on était ravi, charmé, enchanté, de poursuivre un programme de bagnard et combien
on était reconnaissant d'espérer un jour la Rédemption grâce à la merveilleuse
technologie du meilleur ami que l'homme ait connu sur terre ! J'ai toujours refusé de participer à
cette farce où il fallait de surcroît applaudir tous ces gains fantastiques ! J'affichais une espèce
de rictus mongolien qui passait très bien en matière de soumission et d'approbation à toutes
les âneries que j'entendais dire. Du moment que j'avais l'air d'accord et vaguement imbécile, je savais
que l'on me laisserait voguer sur des eaux passablement calmes. En tout cas, j'étais ravie d'avoir fait
un peu de théâtre en songeant que sous l'aspect trompeur du lac tranquille, les courants furieux des
quarantièmes rugissants et autres cinquantièmes hurlants préparaient un raz de marée.
A vaillant c¦ur, à c¦ur vaillant, rien d'impossible
Devise de Jacques Coeur.
5. Évasion : mode d'emploi
J'ai déjà décrit les grandes lignes de mon état d'esprit à
l'époque. Aujourd'hui, dix ans après, c'est hier, les souvenirs de mon évasion sont restés
intacts et je les reproduis ici tels quels.
Le lendemain de ma décision, je pris mon premier risque. Je refusai de me lever à
sept heures jugeant qu'il me fallait récupérer quelques heures de sommeil. On eut beau me donner
quelques coups de pieds dans les reins - nous dormions sur un matelas à même le sol - me secouer en
me menaçant et m'injuriant, je n'ouvris pas l'¦il décidée à mener à bien
mon plan établi la veille. Parmi mes tortionnaires du moment se trouvait la jeune femme aux gros seins que
je venais d'aider. Je me rendormais aussitôt qu'ils furent partis en décidant de me réveiller
à midi. A midi pile, fraîche et alerte, je fis une rapide valise de ce qui me restait d'effets vestimentaires
en laissant le trois quart de mes affaires mais enfin, qu'est-ce qu'un joli tailleur comparé à la
promesse d'une liberté proche ? Je pris beaucoup de satisfaction à m'habiller enfin avec mes vêtements
à moi, de bonne qualité, la sensation du beau tissu, propre sur ma peau, le pantalon bien coupé,
la chemise en lin, des sensations de luxe lorsqu'on a dû s'habiller comme un bagnard. Retrouver mes habits,
c'était le premier acte civil, laïque, le premier pas vers la reconquête de mon identité.
Je poussai la revendication de mon moi jusqu'à me maquiller, me coiffer et me parfumer ! grand sacrilège,
les parfums sont absolument proscrits par lettre de règlement écrite par le grand gourou d'Hubbard
lui-même. Les parfums devant réveiller chez lui des velléités de vieillard impuissant
et libidineux. Lorsque je me regardai dans la glace, je fus surprise ; j'avais oublié que j'étais
jolie, je m'encourageai avec un grand sourire, j'étais prête à me battre. Vauvenargues avait
raison ; le sentiment de nos forces les augmente.
Je sortis donc de cette chambre de 20 m2 où nous dormions à huit par terre.
Je sortis de l'antre. Le soleil brillait et je me rappelle que j'ai souri lorsque j'ai vu le ciel si bleu ; je
crois que j'avais oublié à quel point un ciel pouvait être bleu. Le dortoir du staff, "Hacienda
Garden" se trouvait à quelques kms de Flag. Je savais que personne n'y restait la journée et
je sortis comme ça, tout simplement, habillée en civil, ma valise à la main priant Dieu et
tous ses Saints pour que personne ne me remarque. La chance était résolument de mon côté.
D'une cabine j'ai appelle un taxi. Il ne se fit pas attendre. Mon taxi-driver était jeune, souriant, blond
et tout bouclé ; avec une tête d'ange il ne pouvait pas être foncièrement mauvais, je
décidai de jouer le tout pour le tout.
- Écoutez, j'ai besoin de votre aide. Il faut que je retourne dans mon pays et pour
ce, j'ai besoin que vous m'assistiez dans un certain nombre de choses. En me penchant vers lui j'ajoutai d'un air
entendu que je le rétribuerai largement.
Il eut ce merveilleux sourire en me répondant :
- All right ma'm whatever you say !
(ça marche ma p'tite dame, tout ce que vous voudrez)
Je me lançai avec fougue dans une explication détaillée mais périlleuse.
Il préféra se garer à un coffe-shop où il me convia gentiment à prendre un de
ces cafés jus de chaussette, qui néanmoins prit dans mon palais un goût absolument exquis ;
c'était le goût du retour aux gestes de vie dans un endroit banal où des gens normaux se rassemblent
pour accomplir un geste social. A ce jour, j'ai toujours une tendresse pour les cafés insipides.
- Now, say that again to me, slowly please.
(Voulez-vous me répéter tout ça lentement ?)
Mon taxi-driver répétait toutes mes phrases en écarquillant les yeux
et se grattant les biceps. De temps en temps, il se tapait la cuisse pour ponctuer chaque étape. - Et là
je démarre, ou - Et là je vous attends. Chaque fois qu'il comprenait quelque chose, il s'envoyait
une énorme rasade de café. Une adepte de secte s'enfuyant d'un goulag pour rentrer dans son pays,
ça devait le changer des filatures de maris cocus, en tout cas, il me fut d'un secours immense. Sans aucune
aide je n'y serais pas arrivée.
Opération passeport.
- Vous m'attendez ici juste en retrait. Si je ne reviens pas dans quinze minutes vous allez
au commissariat avec cette carte ; il y a mon nom et ma photo (c'était une carte de mon Club de sports)
et vous dites que je suis retenue contre mon gré et vous racontez toute l'histoire ; vous serez récompensé
proportionnellement.
Mon taxi driver fixait la carte en disant :
- Oh My GodŠ (oh, mon DieuŠ)
Je rentrai dans l'org un bâtiment séparé de Flag pour y voir le responsable
HCO (bureau du personnel) qui détenait tout les passeports du staff dans un coffre-fort. Avec un grand sourire,
je lui expliquai que j'en avais besoin pour une simple formalité en vue d'obtenir mon divorce. Sur un ton
enjoué, je lui dis que j'étais ravie de la rapidité des formalités des tribunaux de
Floride, qu'un seul tampon me faisait défaut sur le passeport, et que je m'engageai à le lui rendre
dans la journée étant donné que j'étais à l'instant convoquée au tribunal.
Confiant et ravi de ma bonne humeur il me tendit mon beau passeport. A ce moment, je dus avoir un drôle de
sourire dont l'intention tenait plus d'une invitation polie à aller se faire voir chez les grecs que celle
de réitérer l'allégeance de rigueur. Semblant comprendre, il se figea, et j'en profitai pour
lui lancer un "bye" parfaitement insolent de soprano en rut. A quelques mètres se trouvait mon
taxi driver.
- Go, go ahead fast !
(allez-y, tout droit, vite !)
Démarrant en trombe il me dit qu'il y avait un type qui courrait derrière
en gesticulant et en hurlant.
- J'ai mon passeport, j'ai réussi !
- Good girl, dit-il, good girl.
(bravo !)
Opération voiture.
J'avais une petite voiture qui était mon unique espace de liberté et que je
n'aurais pour rien au monde abandonné. Je m'emploierai donc à son sauvetage. On est rentré
les deux à l'intérieur du garage, les gardes de sécurité ne m'ont pas reconnue- des
haillons au tailleur il y avait une sacrée différence- il fallut la pousser car elle était
capricieuse et profitant de la rampe en escargot mon taxi driver poussant et moi au volant, je sortis comme une
fleur. La chance me souriait il manquait un dernier trophée à mon palmarès ; mon attaché-case
était resté dans les locaux même du RPF. A cette heure, je savais que le gros du "bataillon
goulag" vaquait à des activités de curetage de chiottes sous le flot d'injures du garde-chiourme.
Le temps de récupérer mon attaché-case je ne fus d'abord pas reconnue par un vétéran
du goulag qui se trouvait là. Deux secondes pour prendre la mallette, deux secondes pour sortir. L'effet
de surprise marche toujours. Il me reconnut enfin mais sans faire un geste vers moi il demanda banalement :
- What are you doing ? (qu'êtes-vous en train de faire ?)
Parce que ma voiture était à deux mètres et parce que j'avais réussi
toutes les opérations antérieures je trouvai les ressources nécessaires pour lui lancer avec
superbe :
-I am blowing !
(en français, je m'envole)
(mais aussi néologisme pour signifier une désertion)
En montant dans ma voiture, je vis qu'il n'avait pas bougé. Il était censé
hurler pour ameuter la clique mais il ne bougea pas, il ne dit rien. Peut-être vit-il que cela ne servirait
à rien puisque j'étais hors d'atteinte. Peut-être aussi dut-il m'envier d'avoir su partir et
respecter ce choix qu'il savait périlleux et de non retour.
Tout excité d'être le témoin de ces grandes man¦uvres aux allures
de commando au sein même de la secte, mon taxi driver jubilait. Il lançait des "Yahoo, Yahoo"
à grand renfort de tourniquets du bras gauche, tenait une cigarette de la main droite et conduisait avec
le genou. Moi, je me suis tout simplement senti vivre.
- Taxi driver, emmenez-moi là où je pourrais vendre mes bijoux !
Sans broncher, il m'accompagna dans une espèce de dépôt ; il participa
à la transaction comme s'il eut été un de mes proches. Il marchanda à ma place. J'avais
une belle parure Cartier en or massif que je portais toujours sur moi ; cachée sous l'uniforme de SO ou
le tee-shirt du goulag. Ma Rolex en acier à cadran bleu disparut avec mon beau collier trois orsŠ Le tout
pour un peu plus de l'équivalent d'un billet d'avion international. En regagnant sa voiture, je pensai que
mon sort était entre ses mains et qu'il pouvait très bien, profitant de la situation, me dépouiller
de l'argent qu'il savait en ma possession. Au contraire, il me conduisit dans un dépôt où je
pourrais laisser ma petite voiture en gage pour une autre poignée de dollars. Là encore, il aida
à la transaction. Il fut présent à tout moment à mes côtés. A la fin,
je lui donnai la somme qu'il me demandait. Elle était loin d'être excessive. Il me dit qu'il était
content de m'avoir aidé et que si je n'avais plus rien d'urgent à faire il s'excusait de me laisser
car il devait reprendre la route. Je pris ses deux mains de cow boy dans les miennes, je les serrais un moment,
je sentis une faiblesse monter. Il me dit :
- You'll be allright. (tout ira bien)
Je n'ai jamais remercié quelqu'un aussi sincèrement que mon taxi driver. Je
ne connaîtrai jamais son nom ; si mon taxi driver avait des allures de cow boy, il avait un c¦ur de
prince ; on n'oublie pas un prince qui vous a sauvé la vie.
J'achetai mon billet d'avion. C'était pour le lendemain. Je quitterai cette terre
de cauchemar où je n'avais connu qu'hostilité, répression, délation, détention,
privation de sommeil et de soins de base. Plus tard, bien plus tard je connaîtrai l'humiliation du vaste
mensonge, la honte d'avoir crû et adhéré à une escroquerie de masse. Pour l'instant,
je restais seule avec le désespoir d'avoir tout vendu pour payer ce qui n'était en fait que des pratiques
de sorcellerie, d'avoir renoncé à un emploi qui me plaisait, d'avoir quitté un pays où
j'avais des racines et d'avoir quitté l'homme que j'aimais.
Je voulais être seule. Simplement être seule protégée dans ma
petite voiture. J'ai cherché un coin calme et je me suis garée sur une jetée en bois face
à la baie de St Petersbourgh. Le spectacle était féerique, la côte scintillait de mille
feux, le ciel bleu nuit lui volait la vedette avec ses millions d'étoiles, la nuit si douce et si calme
et moi qui vivait une révolution, tantôt songeant à me jeter à l'eau, tantôt en
proie à des velléités de meurtres en série. Je passais la nuit en veille, la main très
près de la clef de contact. Et puis, je me suis détendue, j'ai mis une cassette. Je fermai les yeux.
Si aujourd'hui on me demande : Qu'est-ce que la liberté ? Je réponds invariablement que c'est écouter
Joan Baez dans une petite voiture par une nuit étoilée face au golfe du Mexique juste après
avoir échappé à un goulag de secte.
Le lendemain, j'arrivai à l'aéroport de Tampa. Je demandai immédiatement
à me mettre sous la protection du Consul. Les policiers m'ont fait asseoir dans les bureaux de douane et
m'ont déclaré qu'ils se chargeaient de m'escorter jusque dans l'avion et que je n'avais pas de souci
à me faire. Ils m'ont apporté du café. Ils se racontaient des blagues et j'ai souri. L'un
d'eux m'a demandé de qui ou de quoi j'avais peur. Une voix vint à mon secours :
- Leave her alone, she told you, the lady's going home.
(laissez-la tranquille, elle vous l'a dit ; la dame rentre chez elle)
La délicatesse de ce police-officer de l'aéroport était touchante.
J'ai hoché la tête et je me suis concentrée sur ma tasse de café. Ils m'ont laissé
seule un moment. Celui qui était intervenu en ma faveur m'escorta jusqu'à mon siège. D'un
geste protecteur, il tapota mon épaule en disant ces mots que je n'oublierai jamais :
- You're not the only one, you know, running away from that bloody "church of scientology".
You'll be fine.
(vous savez, vous n'êtes pas la seule à vous enfuir de cette satanée
"église de scientologie". Vous vous en sortirez.)
C'est une des plus jolies phrases que l'on m'ait jamais dites.
Si c'est la raison qui fait l'homme, c'est le sentiment qui le conduit.
Jean-Jacques Rousseau, La nouvelle Héloïse
6. Objectif ; se reconstruire.
Pour terminer mon récit, j'aimerais rendre hommage à ce taxi-driver, à
ce police officer, les deux premières personnes anonymes dont l'aide et la compassion ont été
capitales. J'avais l'impression de revenir à la civilisation, de renouer des liens avec le genre humain.
L'entraide spontanée était donc possible ? J'avais oublié. Le monde extérieur à
la secte, constamment diabolisé, à la fois méprisé par tous les adeptes, pouvait donc
offrir entraide et compassionŠ La démarche reste douloureuse pour la victime car en cherchant de l'aide,
elle doit se renier elle-même. Beaucoup préfèrent se réfugier dans un mutisme total
dans lequel j'ai d'ailleurs vécu durant les dix années qui ont suivi mon évasion plutôt
que de parler d'une expérience trop intime, qui de toute façon ne serait pas comprise par ces satanés
"wogs" (terme péjoratif ou substantif raciste pour décrire tout ce qui n'est pas ou n'appartient
pas à la secte). C'est aussi une question de dignité. Parce que le phénomène sectaire
est encore peu connu, la personne est immédiatement stigmatisée. Et puis, pour en parler, encore
faut-il trouver les mots pour le dire. Dans la plupart des cas, la personne n'est pas encore prête à
témoigner. Il lui faut du temps pour se reconstruire. Et puis, les néologismes de la secte ont remplacé
le langage, la personne emploie des mots qui ne sont compris que dans la secte.
Les émotions et les réactions de la personne sont des indices qu'elle utilise
pour signaler sa souffrance. Et c'est naturel. Une victime de secte a besoin de signaler sa souffrance or elle
n'y arrive pas toujours. On trouve des exemples d'endoctrinement sévère et bizarre un peu partout
dans la " littérature" sectaire. "Human emotion and reaction" a fait l'objet d'une définition
terrifiante dans le dictionnaire administratif de la secte de Scientologie, p270. Imaginée par ce monstrueux
handicapé-de-la-vie qu'était cet Hubbard de malheur qui en était totalement dépourvu,
HE & R (abréviation d'émotions et réactions humaines) ne seraient que des manifestations
à bannir du comportement humain. Or si l'émotion doit être bannie du code de comportement humain
alors on déshumanise l'homme. Ce vautour n'a jamais rien voulu d'autre que de gentils robots bien dressés.
Il n'a jamais voulu améliorer le sort de l'homme. Les émotions et réactions humaines ne seraient
que l'apanage de gens aberrants ! Cet exemple parmi d'autres exemples d'endoctrinement freine la victime à
exprimer sa souffrance sans cesse refoulée. Elle ne doit pas montrer des émotions et des réactions
humaines !
Il faut des années pour commencer à extravertir tout simplement parce qu'il
faut des années pour totalement écarter tout ces mensonges odieux, se débarrasser des néologismes,
réapprendre des comportements sociaux, réapprendre à vivre, se trouver des nouveaux centres
d'intérêts, se faire une petite place dans un monde devenu totalement étranger, former un nouveau
couple et si très courageux, fonder une nouvelle famille. Il est faux de dire "qu'on ne se refait pas".
C'est faux et archi faux. On se reconstruit en partie grâce à tous ces anonymes qui petit à
petit redonnent confiance. On se reconstruit lentement et je dirais aussi de diverses manières et par étapes.
De même qu'on ne construit pas une maison d'un bloc mais brique après brique, pièce après
pièce, le mental doit lui aussi, tel un puzzle se remettre en place. La seule différence serait qu'il
y a plus de pièces dans un puzzle que dans une maisonŠ
On se reconstruit aussi et surtout lorsque la personne est prête grâce à
une information du phénomène sectaire et ensuite seulement grâce à une information de
la secte en particulier. Un ex adepte a besoin d'informations mais à petites doses et seulement si il le
demande et de grâce laissez-le parler ; il a tellement besoin de placer ses propres mots quelque part ! En
fait si la personne commence à en parler, c'est qu'elle commence à guérir. Pour ma part, je
n'ai pu en parler pendant de longues années faute d'interlocuteur bien sûr mais aussi parce que l'Internet
n'est "rentré" à la maison qu'il y a 6 mois. L'Internet a ceci de fabuleux qu'il possède
toutes les informations qu'un ex adepte a besoin de savoir, mais il le met aussi en rapport avec d'autres ex-adeptes
susceptibles de le comprendre, l'écouter, l'aider, l'informer etcŠ Il permet l'anonymat de la personne dans
un premier temps lorsqu'elle le désire. Elle peut donc librement consulter tranquillement chez elle et à
son rythme. C'est, je crois, le meilleur outil de reconstruction d'une personne victime de secte ou de groupe totalitaire.
D'ailleurs, la Scientologie a une peur bleue de l'impact de ce réseau extraordinaire qu'elle a essayé
d'interdire à grand renfort de procès et intimidations en tout genre. Elle a notamment voulu interdire
la liberté d'expression sur le réseau. Elle a attaqué le CAN (Cult awareness network) en justice
dans d'innombrables procès provoquant sa faillite ; elle a fait des descentes dans des maisons privées
volant des disques durs et des archives personnelles ; elle continue à intimider ceux qui osent faire valoir
leur droit de libre expression garanti par la Constitution. Il est d'ailleurs amusant de constater que plus ils
s'acharnent à faire taire les gens, plus les gens en parlent et s'insurgent contre leurs procédés
dignes de l'Inquisition. Ils fabriquent donc eux-même une publicité désastreuse qui se retourne
contre eux, à notre plus grande joie d'ailleurs ! Ils se révèlent à un large public
tels qu'ils sont ; une secte sinistre et dangereuse.
Les scientologues suivent des directives. Personne n'a le droit de changer ou d'adapter
une directive (cela fait partie d'une directive de Hubbard qui lui même interdit tout changement ou adaptation)
Or, Hubbard est mort en 86 sans avoir écrit de directives concernant l'Internet, il était déjà
trop diminué physiquement et mentalement pour comprendre le phénomène du réseau Internet.
Donc les fanatiques de la Sea Org ne pouvant changer ni adapter leurs directives se trouvent en porte à
faux dans l'incapacité d'y répondre adéquatement et font d'énormes gaffes. Je suppose
qu'ils vont continuer à appliquer leurs directives inadéquates à notre plus grande satisfaction
puisqu'en plus, la majeure partie de leurs directives ne marchent pas de toute façonŠ
C'est que sur le réseau, sur le web, l'Internet est le garant de la liberté
d'expression pour tous, notion intolérable pour tous ces marchands de malheur. L'Internet est devenu le
mode de libre communication international par excellence, un ennemi à abattre à tout prix pour tous
ces marchands de malheur. Et puis, c'est vrai que sur le web, il y souffle un formidable vent de liberté
!
Épilogue.
Ce n'est que lorsque j'ai découvert en 1996 sur Internet les témoignages émouvants
de Monica Pignoti, Margery Wakefield, Hanna Whithfield et tant d'autres que j'ai décidé d'écrire
le mien 6 mois après. Il y a des milliers d'ex- adeptes qui ont souffert, qui sont quelque part dans le
monde et qui ont quelque chose d'important à dénoncer. J'espère que ces quelques pages postées
anonymement inciteront ces milliers de victimes de sectes à témoigner de même, anonymement
s'il s'avère être nécessaire. Le fléau moderne de cette fin de siècle prend une
étrange forme ; la prolifération des sectes est alarmante et sournoise. Nous, les victimes nous devons
dénoncer et témoigner des viols psychiques, des coercitions et des escroqueries intellectuelles et
financières de tout acabit que nous avons subis. Écrivez les et postez les !
Ce qui suit est une compilation d'extraits de témoignages la plupart sous serments
de différents ex-adeptes. Ils témoignent de l'horreur des camps de prisons, d'endoctrinement et de
travail forcés que sont les RPFs. Je les ai tous trouvés sur le web et traduits en français.
La lecture en est terrifiante et donne je crois un aperçu assez diversifié de l'horreur de ces goulags.
NÉFERTITI
Posté anonymement en avril 1997.
Extraits de témoignages de différents ex-adeptes victimes et témoins
des exactions commises sur eux et/ou sur d'autres lors de leur assignation abusive aux goulags de la secte de Scientologie.
1) Déclaration sous serment en 1980 de Tonja Burden ;
RPF de Flag à Clearwater (Floride) 1977
2) Déclaration sous serment en 1989 de Hana Withfield
RPF de Flag à Clearwater (Floride) 1978
3) Déclaration de Dennis Erlich le 7 mars 1996
RPF de Flag à Clearwater (Floride) 1978
4) Témoignage en 19. ? d'Ann Rosenblum
RPF de Flag à Clearwater (Floride) 1978
5) Témoignage en 1980 de Monica Pignotti, My nine lives in Scientology (Mes neuf
vies en Scientologie)
RPF à bord de l'Apollo, 1974
6) Déclaration sous serment du 4 février1980 de Larry Wollersheim ;
RPF à bord de l'"Excalibur" (1974 ?)
7) Déclaration sous serment de Stacy young du 13 octobre 1994
RPF de Pac à Los Angeles, 1982
8) Déclaration sous serment de David Mayo le 14 octobre 1994
RPF de " Happy Valley" près de Hemet (Californie) 1980
9) Déclaration sous serment du 4 avril 1994 d' André Tabayoyon
RPF de "Happy Valley" près de Hemet (Californie)1987
10) Abécédaire des techniques de contrôle mental utilisées dans
le RPF. Déclaration sous serment d'André Tabayoyon 4 avril 1994.
En 1) voici un témoin oculaire d'une personne qui a été enchaînée
au RPF du RPF de Flag. (Ces exemples de témoignages sont consultables sur le Web.)
1) Déclaration sous serment de Tonja Burden de Las Vegas Nevada (USA) le 25 janvier
1980.
RPF de Flag (1977)
Extrait :
"Š Au RPF nous étions étiquetés comme traîtres et forcés
à travailler 18 heures par jour, 7 jours sur 7 nous ne recevions parfois que du riz des fayots et de l'eau.
Pendant ce temps-là j'ai observé qu'une personne a été enchaînée aux tuyaux
de la chaufferie du Fort Harrison pendant des semaines.
Dans le RPF j'ai vu des gens qui hurlaient et pleuraient durant leur "auditing"
(application des procédés de la secte)
Tonja a travaillé dans la SO dés l'âge de 13 ans sans être scolarisée
; elle avait été amenée dans la SO par ses parents qui y étaient entrés. Tonja
s'est échappé du RPF de Flag en Novembre 1977, elle avait 17 ans et était illettrée.
Elle a peu après été séquestrée par deux "agents" d'Hubbard dont elle
réussit à s'échapper une seconde fois. Tonja a fait un procès de 16 millions de dollars
en avril 1980 accusant d'avoir été victime d'exploitation d'esclave (slave labour) par Hubbard lui-même
dans la CMO (Commodore Messengers Org) Elle a aussi porté plainte pour séquestration. Depuis ce procès
Hubbard vécut caché pour échapper à la justice. Les dommages et intérêts
montèrent en 1985 à 45 millions de dollars.*
*Who's who in Scientology. Newsgroup, réactualisé Février1997)
2) Déclaration sous serment de Hana Eltringham Whitfield de Los Angeles Californie
(USA) le 8 août 1989
RPF de Flag à Clearwater (Floride) (1978)
Extraits :
Hana a vécu 15 ans dans la SO de 1967 à1982. Infirmière et d'origine
sud-africaine elle fut promue "officier d'éthique"* puis capitaine sur l'Avon River où
elle était directement sous les ordres du gourou en personne. Son témoignage est très instructif
et révélateur de son expérience dans la secte. Elle a passé un an au RPF de Flag en
raison de ses pensées critiques envers Hubbard et la SO. Elle s'en échappa mais fut contrainte d'y
retourner. Voici ce qu'elle écrit de son internement au goulag.
"Š Les RPFers vivaient complètement à l'écart du personnel normal".
Ils dormaient, passaient leurs journées et mangeaient souvent dans le parking de l'hôtel Fort Harrison,
au milieu des gaz d'échappement. Il leur était interdit de parler, de se mêler et de manger
avec le personnel "normal". Ils devaient porter des vieilles salopettes de travail et ressemblaient à
des clochards. Il était interdit aux femmes d'utiliser du maquillage et d'avoir un style de coiffure. Aucun
bijoux n'était toléré. Même sous le climat incroyablement chaud et humide de l'été
en Floride, ils n'avaient pas le droit de porter des vêtements plus légers.
Les RPFers devaient toujours se déplacer en courant. Ils n'avaient pas le droit de
marcher. Ils devaient courir en permanence durant les travaux de nettoyage des toilettes et des salles de bains,
quand ils s'occupaient des ordures ou quand ils montaient et descendaient les 12 étages de l'hôtel
Fort Harrison en transportant des seaux parfois remplis de matériel de construction, balais, ou tout autre
matériel de nettoyage. Ils n'avaient pas le droit d'emprunter les ascenseurs, même celui de service.
Pour empêcher que des inspecteurs municipaux découvrent les conditions dans lesquelles vivent les
RPFers, nous devions nous entraîner à transformer dans les plus brefs délais nos "chambres
à coucher" en quelque chose qui ressemblait à un entrepôt de matériel. J'ai souvent
espéré que l'hôtel Fort Harrison fît l'objet d'une visite surprise dans les garages par
la municipalité mais cela ne se produisit jamais.
C'est ainsi que l'on vivait au RPF. Certains d'entre nous dormaient sur un matelas mince
posé sur le sol en béton d'autres dans de
*Ref : Ron Hubbard, Le Gourou Démasqué de Russell Miller. Plon1987.
vieux lits superposés. Pas de place pour les vêtements alors nous laissions
nos affaires dans une valise ou dans des sacs par terre. Notre intimité n'était assurée que
par des draps suspendus entre les literies. Les hommes et les femmes disposaient de salles de bains séparées,
mais minuscules. La douche ne devait pas durer plus de trente secondes. Nous n'avions aucun temps libre pour parler
ou pour nous relaxer. Les journées commençaient à 6h30 et même parfois plus tôt,
pour des travaux physiquement très durs et le nettoyage des locaux jusqu'en soirée. Après
une douche rapide nous devions nous auditer mutuellement et nous "réhabiliter" jusqu'à
22h30. Nous n'avions droit à aucun jour de repos. Nous devions travailler 7 jour sur 7. Nous prenions nos
repas dans le garage ou parfois dans la salle à manger, mais après les heures normales de repas.
Notre nourriture était composée des restes des repas du personnel "normal". A de rares
occasions comme Noel, nous étions quand même autorisés à préparer nous-mêmes
de la nourriture fraîche si les restes étaient insuffisants.
Le code de réforme du RPF était très strict et ne tolérait aucune
insubordination ou résistance quelle qu'elle fût. La moindre résistance était immédiatement
punie par des exercices physiques comme une série de pompes ou par des allers-retours innombrables au pas
de course le long de la rampe du garage, le tout sous la chaleur accablante du climat de Floride. La moindre infraction
était sévèrement sanctionnée. Chaque règle devait être respectée
en dépit du bon sens et même si elle était inapplicable."
Voici ce qu'elle dit à propos de l' RPF du RPF de Flag :
" Certaines infractions étaient passibles du RPF du RPF, dans la salle des chaudières
située au sous-sol de l'hôtel Fort Harrison, en compagnie des tuyauteries d'eau chaude qui grondaient
et sifflaient 24 heures sur 24. La pièce était faiblement éclairée. Elle était
constituée d'enchevêtrements de tuyaux énormes connectés aux chaudières hautes
de trois mètres, entre lesquelles il fallait ramper à quatre pattes. C'était une pièce
sombre dans laquelle on ne se sentait pas en sécurité. Une de mes amies s'est vue assignée
à deux mois de RPF du RPF pour avoir refusé de révéler des informations confidentielles
liées à son engagement dans le Guardian Office (services secrets de la secte) Elle fut enfermée
24 h sur 24 dans ce lieu d'isolement avec des possibilités limitées de toilette et de maintien d'hygiène
et sous la menace et le harcèlement incessants des superviseurs. elle en sortit finalement brisée,
silencieuse et prostrée. Peu après elle réussit à s'échapper du RPF. Elle s'appelait
Lynn Froyland.
"Vers la fin de 1978, je me suis finalement enfuie. Mais en moins d'une semaine, Tom
Provenzano, officier d'éthique senior de Flag réussit à me localiser, me menaça par
téléphone de me déclarer suppressive, de me poursuivre en justice et de ne plus jamais me
laisser tranquille pour le restant de mes jours si je ne retournais pas immédiatement à Clearwater.Je
cédai et retournai à Flag mais seulement après la promesse de Provenzano de reconsidérer
mon assignation au RPF. Bien sûr cette promesse ne fut pas tenue. Elle n'a servi qu'à me convaincre
de retourner à Clearwater. De retour au RPF, je me trouvais à nouveau dans des conditions de travail
pénibles : courir, transpirer, souffrir.
J'en suis sorti finalement après un an de ce traitement inhumain. J'étais
réduite à l'état de robot parfaitement obéissant, un être servile et docile comme
je ne l'avais jamais été. Je ne pouvais pas envisager de quitter la secte car je n'avais pas d'argent
pour aller nulle part et nulle part où aller. Ma famille habitait dans un autre continent. Je n'avais pas
les moyens de les rejoindre et ils n'avaient pas les moyens de m'aider."
Hana Whitfield quitta la SO 3 ans après en 1982. Ce n'est qu'en 1984 qu'elle découvrit
la face sombre de la secte et tira un trait définitif. Elle dut suivre un traitement médical pour
ses migraines et un traitement dentaire pendant de longues années.
3) Témoignage de Dennis Erlich le 7 mars 1996 sur WMNF Radio Activity (USA)
RPF de Flag Clearwater, Floride (1978)
Extraits :
Rob Lorey :Š Vous étiez retenu enfermé par la Scientologie ?
Dennis Erlich : Oui, au sous-sol du Fort Harrison. On m'a mis dans une cage et j'avais un
garde pour une durée d'une dizaine de jours. J'étais privé du droit de parole ; je n'étais
pas autorisé à parler à qui que ce soit ; je n'étais pas autorisé à téléphoner
non plus. J'étais prisonnier là-dedans.
RL : Pourquoi étiez-vous retenu enfermé ?
DE : Parce-que j'ai dit une plaisanterie.
RL : A quel sujet ?
DE : J'ai fait une plaisanterie au sujet du RPF qui est leur camp de travail et de rééducation,
un peu comme en Russie dans leurs goulags. Ici, on l'appelle le RPF. Dés le moment où vous réveillez,
vous vivez dans la ségrégation. Quand j'y étais, on dormait dans le garage au 3eme étage.
Nous avions à respirer les fumées des gaz d'échappement des voitures et étions constamment
réveillés au milieu de la nuit. Nous étions debout dés l'aube à faire tous ces
travaux de nettoyage de chiottes et de ramassage de poubelles. Nous travaillions jusqu'à une heure avancée
de la nuit et c'était vraiment un programme de bagnard.
RL :Š Etes-vous la seule personne à avoir été retenue contre son gré
dans les locaux de Scientologie à Clearwater ?
DE : Oh non absolument pas. Au contraire, c'est une sorte de pratique courante chez eux
d'incarcérer les gens qui poseraient des questions ou refuseraient certaines activitésŠ Quand j'étais
au sous-sol, j'y ai vu une femme ; elle s'apellait Lynn Froyland *(ou Freulind ?) elle était enchaînée
- il y a plusieurs témoins- Il existe des gens qui ont été kidnappés, ramenés
du bout des Etats- Unis et qui sont enfermés dans les chambres. Cette pratique se fait couramment.
Š A la base, la Scientologie est une pratique de l'occulte qui traite surtout de sorcellerie.
C'est une escroquerie ; en plus les gens sont enfermés et torturésŠ
Dennis Erlich était l'officier en chef de la section de Cramming à Flag (Chief
Cramming Officer) (poste important de correction de l'application des procédés de la Scientologie)
Il y passa une quinzaine d'années. Il refusa de refaire un programme de RPF et préféra partir
en 1982.
*Hana Whitfield confirme ce témoignage ; il s'agit bien de la même personne
: Lynn Froyland ou Freulind.
4) Témoignage de Ann Rosenblum
RPF de Flag (1978)
Extraits : (Traduction de Roger Gonnet)
Š" L'audition du l'RPF m'a pratiquement détruite. J'avais beaucoup de mal à
retourner dans le passé, dans les vies antérieures. Après avoir appris les " Remèdes
aux difficultés" où l'on apprend à dire n'importe quel truc qui vous saute à l'esprit,
genre monstres ou navires spatiaux en guerre, mon imagination commença à ficher le camp dans tous
les sens. J'avais deux ou trois images qui me sautaient dessus à la fois, je n'arrivais pas à savoir
laquelle était dans les vies antérieures ou s'il s'agissait de mon imagination ou si toutes arrivaient
en même temps etcŠ On m'auditait des trucs que j'avais déjà vus. J'ai eu 3 ou 4 "procédures
sur les drogues" (remarque : techniques d'audition ayant pour thème les drogues et les médicaments
même si la personne n'a pris que des aspirines ou des antibiotiques) revérification de ma "Méthode
1" (procédés de clarification de mots) 35 heures de " Procédés d'ouverture
par duplication (procédé durant lequel vous vous promenez d'une table à l'autre avec une bouteille
dessus vers une autre table avec une autre bouteille dessus, en les décrivant pendant des heures entières,
des semaines durant dans certains cas). J'étais bouleversée et plus je l'étais et plus on
me donnait de l'audition. Comme mon programme allait de mal en pis, je devenais de plus en plus une menace pour
la sécurité. Je me tus en fin de compte et leur laissais auditer ce qui les amusait. Ceci m'amena
à la Dianétique Amplifiée (c'est là que s'auditent les buts malfaisants, les mauvaises
intentions, les "rockslams" (mouvement erratique de l'aiguille de l'électromètre) Les buts
malfaisants sont : vouloir tuer, désirer détruire, vouloir tout casser etc. Je dois en avoir parcouru
des dizaines. C'était vers le début de 1978. J'ai beaucoup perdu le sens du temps. Tous les jours
étaient pareils. Sans rien qui change ; les week-ends ? identiques à la semaine. Tout cela me fait
l'effet d'un gros mélange plus encore après que j'aie entamé la Dianétique amplifiée
et que ma tête ait vraiment commencé à mal aller. J'étais la majorité du temps
dans une sorte de nuage, de brouillard. J'avais la sensation d'être KO druggie dans les vapes. Je passais
en audition ces buts malfaisants liés aux "rockslams" et je commençais à hurler
et voir les choses les plus étranges du genre, "être un autre", "exploser une planète,"
"se suicider", "ne jamais grandir", "me tuer," "détruire des corps",
une liste sans fin. Ma tête était complètement coincée dans les vapes. Je me sentais
la plus abominable des personnes ayant jamais vécu. Je me souviens avoir passé la moitié du
temps vaguement morte. Je faisais les choses comme si je me voyais en train de les faire sans m'en rendre vraiment
compte comme s'il s'agissait d'une autre, je gueulais après mon auditeur, je jetais les boites de l'électromètre
("le patient" est lié par des boites servant d'électrodes) je refusais d'aller en séance,
je faisais une vraie scène. Ca finissait en Ethique et on me collait un garde du corps sur le dos. Cela
dura des semaines, je pense ; dans l'état où je me trouvais ca peut avoir duré aussi bien
2 jours que 2 mois. C'est vers cette période que je tombai malade."
Š" Je fis alors le mur et commençai à errer en ville. Personne ne m'avait
vue car j'avais juste quitté les malades je n'étais pas encore sous bonne garde. J'ai marché
un quart d'heure comme un zombie un peu comme si ma tête était hors de tout espace, rien ne me venait
à l'esprit, vide complet, un zombie, quoi. Je ne remarquais rien de ce qui m'entourait, je ne savais pas
où j'allais, je marchais, quoi. Au bout d'un quart d'heure, j'ai commencé à réaliser
que je venais tout bêtement de faire le mur. J'étais très ennuyée, j'étais pétrifiée.
Je voulais rentrer mais si je le faisais, je serais de nouveau sous bonne garde et envoyée au RPF du RPF.
On me remettrait à nouveau sur la "liste des mauvais indicateurs" (gens placés sous garde
continuelle) Je ne sais pas où j'étais, quelque part dans Fort Harrison Avenue peut-être ?
Je me suis assise sur un trottoir pour réfléchir. Puis je me suis souvenu que j'avais le numéro
de mon amie. Je l'ai appelée d'une cabine. Elle me dit le chemin pour arriver chez elle. C'était
à 7 ou 8 kilomètres. J'ai marché et en arrivant il y avait 4 ou 5 gars qui m'attendaientŠ
J'ai complètement perdu la tête en les voyant, j'ai hurlé, pleuré, leur disant que je
voulais voir mon amie seule. Je tenais des propos incohérents, les larmes coulaient, je continuais à
crier que je ne pourrais plus continuer le RPF que c'était de ma faute, que j'étais psychotique,
que je ne pourrais pas "manier mon cas" mais que je ne pouvais pas le faire dans le RPF car j'étais
trop "restimulée" et que je n'arriverais donc jamais à sortir du RPF. Mon amie m'a convaincue
de retourner sur le RPF. Elle m'a dit qu'il fallait être fou pour s'en aller avec une "dette de déserteur"
pareille, que je ne pourrais pas la payer. (La scientologie fait payer tous les services de formation et autres
qui ont été pris par un membre du personnel si celui-ci s'en va avant d'avoir rempli son contrat,
même celui d'un milliard d'années ! C'est évidemment illégal mais cela augmente la pression
exercée ; cette pratique se nomme "dette de déserteur") Elle me raconta qu'un de nos amis
avait quitté la sciento et s'était tué peu après dans un accident de moto. Que j'allais
fabriquer un "motivateur" (si vous faites une mauvaise action, vous pouvez vous punir vous-même,
c'est l'idée du motivateur) Finalement, je fus d'accord pour revenir et être "routée dehors"
de la SO. Les gars m'escortèrent, on me mit sous bonne garde immédiate. Je pense que c'était
début août. Les semaines suivantes me laissent le souvenir d'un brouillard indistinct- une masse de
confusion. Je sais qu'on m'a fait une Cours d'Ethique (justice disciplinaire scientologue à caractère
grave) un Comité d'Evidence (plus grave encore) avec des témoignages à l'appui. Tout cela
servant à démontrer à quel point j'étais mauvaise de vouloir quitter la SO. Si je commençais
à douter de la sciento, le maître d'armes me disait que je n'appliquais pas convenablement les formules
d'éthique et me faisait tout recommencer. Peu à peu, je devenais folle. J'étais gardée
tout le temps et refusais la plupart du temps de travailler. Finalement, on en vint à ce qu'ils me laissent
simplement assise sans rien faire ou en train de remplir mes formules de conditions d'éthique à longueur
de journée. L'un des maîtres d'armes a essayé de me balancer au RPF du RPF mais j'ai hurlé
que s'il me touchait je le mordrais. Ils me laissèrent m'asseoir me harcelant de temps à autre en
me disant que je serais déserteur ; ils me disaient : tu ne crois pas que tu pourrais au moins travailler
pour payer le pain que tu manges ? ce à quoi je répondais : non. Je crois qu'ils en étaient
arrivés au point où ils ne savaient plus que faire de moi. J'ai finalement dit que s'ils ne me laissaient
pas partir je deviendrais folle."
Š" Le 2 septembre 1978 je pris l'avion pour le Colorado avec un billet payé
par mes parents.
Je pourrais résumer le RPF en une phrase : il s'agit d'UN PROCEDE PAR LEQUEL ON VOUS
FAIT CROIRE QUE VOUS ETES FOU ET QUI VOUS REND VRAIMENT FOU."
Ann Rosenblum était messagère du commodore dans la CMO (Organisation des messagers
du commodore Hubbard) et avait un poste important au quartier général ouest La Quinta, Californie.
Elle reçut un nombre impressionnant de vérifications de sécurité
(sec-checks) dont elle parle dans son témoignage. Parmi ces vérifications elle dit avoir reçu
la vérification de sécurité spécialement écrite par CMO. L'ironie de l'histoire,
est qu'elle avait elle même écrit une vérification de sécurité de distribution
limitée et classée confidentielle. En effet, Le 3 mars 1977, quelques mois avant son assignation
à l'RPF, elle a écrit un confessionel (classified confessional) de 231 questions qu'elle signe de
son nom suivi de son poste de messagère du commodore approuvé par HubbardŠ
Ann Rosemblum avait 23 ans en 1978. Elle a réussi à se reconstruire en partie
grâce à l'amour de ses parents.
Son témoignage de plus de 15 pages sur le RPF est poignant et est le plus complet
qui soit.
5) Témoignage de Monica Pignotti de1989
My Nine Lives in Scientology
(Mes neuf vies en Scientologie)
RPF à bord de l'"Apollo" (1974.)
Extraits :
Monica Pignotti a vécu 6 ans en Scientologie, de 1971 à 1976. Elle n'avait
que 18 ans en 1971 lorsqu'elle travaillait en tant qu'auditeur du Staff à la mission de Salt Lake City.
En 1973, elle rentre à la SO à AOLA (advanced organisation of Los Angeles) étant déjà
OT 3 et auditor Classe VI. Elle se fait remarquer grâce à sa bonne réputation d'auditeur et
Mary Sue Hubbard (la 4 femme du gourou) l'invite personnellement à rejoindre le "Flagship Apollo"
où vivait Hubbard ce qui était un grand honneur. Elle y vécut 2 ans, a été témoin
d'incidents ahurissants sur l'"Apollo". Incidents qu'elle narre avec beaucoup d'à-propos dans
son excellent témoignage. Elle fut arbitrairement assignée 2 fois à l'RPF et une fois à
l'RPF du RPF à bord de l'Apollo dont voici ces quelques extraits.
"ŠEn janvier 1975, je retournai donc au RPF. Cette fois, cependant, cela n'eut rien
à voir avec le RPF de 1974 que j'avais personnellement inauguré. Les RPFers ne se serraient pas les
coudes pour s'entraider mutuellement et il était beaucoup moins facile d'en sortir. Une nouvelle version
du RPF a été mise au point pour les récalcitrants : le RPF du RPF. Le RPFer y étant
assigné devait travailler toute la journée dans des conditions très pénibles à
l'intérieur de la salle des machines pour nettoyer la cale et était censé dormir dans le local
de la chaîne d'ancre. La première personne à y être assignée s'appelait Ron Hopkins,
un cadre de Londres. Je l'aperçus parfois dans la salle des machines. Il était couvert de crasse
récoltée en fond de cale et paraissait misérable. Il toussait énormément à
la suite d'une crise de pneumonie dont il n'était visiblement pas remis.
Š." La vie au RPF était très dure, chaque journée débutant
à 5 heures 3O du matin. Nous étions divisés en groupes de 5 à 7 personnes. L'équipe
féminine nettoyait toutes les salles de bain du bateau, certaines coursives et les salons, comme le salon
arrière. Nettoyer les salles de bain ne signifiait pas seulement faire briller les cuvettes. Il fallait
également astiquer entièrement la pièce, y
compris les cloisons et les plafonds. Après notre grand nettoyage, il y avait le
passage au gant blanc. Si le gant présentait des traces de saleté, le coupable était condamné
à courir autour du bateau de la proue vers la poupe (soit environ 300 mètres) Un jour, mon supérieur
hiérarchique qui était une femme, n'étant pas satisfaite de mon travail m'ordonna de "faire
un tour" (en anglais : take a lap)
Je protestai car je trouvais sa décision injuste, mais sa réponse fut : "On
ne répond pas. Fais deux "tours !". J'objectais encore et elle continua : " Fais 4 "tours
!". Cela continua ainsi jusqu'à 10 "tours". A une occasion, je marchais au lieu de courir
comme ordonné. Le responsable du RPF - à l'époque Homer Shomer- m'ayant prise sur le fait,
se mit à courir après moi. J'essayai de lui échapper mais il était trop rapide. Il
m'attrapa violemment et j'eus finalement droit à des tours supplémentaires. La leçon essentielle
au RPF était d'obéir aux ordres sans discuter peu importe ce que nous puissions ressentir ou qui
donnait l'ordre. C'était une leçon que je n'avais pas envie d'apprendre. Je ne l'avais pas apprise
lors de mon premier séjour au RPF et j'étais donc de retour. L'obéissance aveugle ne correspondait
pas du tout à ma mentalité. Je pensais que la Scientologie prônait l'indépendance et
l'autodétermination, non pas la soumission inconditionnelle à l'autorité."
Š" Je ne voyais aucun espoir de m'en sortir. Un jour, je me suis effondrée.
Je pénétrai dans la cale inférieure où se trouvait la salle du cours du RPF et je me
mis à crier de toutes mes forces comme jamais je ne l'avais fait de ma vie. J'avais l'impression de ne pas
pouvoir m'arrêter. J'avais perdu mon "self control". Finalement, Ron Hopkins alla trouver le médecin
pour chercher du Cal-Mag (ndt : une solution de calcium et magnésium) une mixture censée m'aider
à m'apaiser. Cela sembla réussir durant quelques heures, mais le jour suivant, mon chagrin reprit
le dessus. Je passai plusieurs jours sans pouvoir m'arrêter de pleurer. J'étais dans un état
de désespoir profond. Dans cet état de trouble émotionnel je réalisai que la Scientologie
n'était qu'une imposture. Je ne trouvais pas les mots pour décrire le vide qui s'abattit sur moi.
A l'époque, il n'existait pas d'associations d'aide aux anciens adeptes susceptibles de m'aider à
comprendre ce qui se passait en moi. Une chose était certaine, jamais je n'avais été dans
un état aussi désastreux de toute ma vie. David Mayo remarqua mon état et sembla très
inquiet mais même le superviseur des Cas (personne qui supervise l'audition) fut incapable de cerner ce qui
n'allait pas chez moi. J'avais l'impression d'avoir tout perdu. J'étais entrée en Scientologie avec
de grands rêves et de grands projets de ce que le monde pourrait être et j'avais travaillé très
dur pour faire de mes rêves une réalité."
Š" J'avais perdu ma capacité à me mettre en colère. Tout ce dont
j'étais capable était de pleurer. Aussi malheureuse que je sois, j'étais persuadée
j'étais quand même aussi persuadée que la vie à l'extérieur de la Scientologie
serait bien pire encore."
Š" Et c'est ainsi que le 26 mai 1975, je fus assignée au RPF du RPF. Je passais
de longues journées dans la salle des machines à enlever la boue nauséabonde des fonds de
cale et à repeindre les parois. J'étais assignée à la "Condition d'Ennemi"
et pour en sortir, je devais rédiger une dissertation sur le sujet suivant :"Découvrez qui vous
êtes en réalité". Je soumis ma rédaction à Ron Hopkins mais il n'en fut
pas satisfait. Je ne comprenais pas ce qu'il attendait de moi. Pendant des jours je m'acharnais à trouver
une réponse qui puisse lui convenir. Qui étais-je ? A vrai dire, je ne le savais pas moi-même..
Si je l'avais su à l'époque, je les aurais laissés m'expulser et m'envoyer aussi loin que
possible du bateau et de tout ce monde à bord. Mais quitter Scientologie était une possibilité
que je refusais d'envisager. J'étais toujours persuadée que quitter la Scientologie serait pire que
tout ce que j'endurais sur le bateau.
Je passais 5 jours au RPF du RPF mais cela me parut bien long. Il m'était interdit
de communiquer avec qui que ce fût excepté Ron Hopkins. J'étais déterminée à
conserver le peu de raison qui me restait. Le meilleur moyen était de taire toutes mes émotions.
C'était une question de survie. J'écrivis enfin une dissertation à Hopkins et je sortis du
RPF du RPF. Ils avaient finalement réussi à me briser après une longue résistance.
Quand Ron Hopkins avait dit :" ça suffit ! tu es assignée à l'RPF du RPF !" quelque
chose s'était brisé en moi et je n'ai plus jamais eu envie de me défendre. Je n'étais
plus en colère, j'étais réduite à l'état de machine à obéir. A
force de mauvais traitements, j'avais finalement retenu la leçon du RPF."
Š" Jusqu'à ce moment de capitulation, je n'ai pas eu trop de difficultés
à trouver les mots pour décrire mes expériences ; mais maintenant, j'ai l'impression de n'avoir
pas grand chose à dire pour évoquer cette période qui a suivi ma libération du RPF
du RPF. Peut-être parce qu'il ne restait presque plus rien de moi-même à la fin de cette épreuve.
Mon identification à la Scientologie avait pris le dessus et j'étais devenue une "Rondroïde"
une sorte de robot de Ron Hubbard. J'avais cessé de créer des problèmes et j'exécutais
machinalement tout ce qui m'était demandé."
Monica Pignotti resta un temps à Clearwater, fin 1975 après que l'"Apollo"
eût été vendu, puis occupa malgré elle le poste de D of P (directeur du processing)
à AOLA en mai 1976. Menacée en août 76 d'avoir un Com Ev (comité d'évidence =
mesure disciplinaire équivalant à la court martiale) elle prit le lendemain le bus pour Michigan
ou elle rejoignit sa mère. Pendant 9 mois, elle ne fit rien d'autre que de rester à la maison essayant
de comprendre ce qui lui était arrivé et de s'adapter à sa nouvelle vie.* En 1977, elle s'inscrivit
à l'université de Michigan d'où elle décrocha une licence de lettres. Elle passa une
ensuite une maîtrise en "Social work" et est actuellement psychologue titularisée à
New York.
*Intéressant de noter que Margery Wakefield mentionne dans son livre, Le Chemin vers
Xenu qu'en rentrant chez ses parents elle resta prostrée dans un fauteuil à écouter de la
musiqueŠ
6) Déclaration sous serment de Larry D. Wollersheim du 4 février 1980
RPF à bord de l'"Excalibur" (1974 ?)
Extrait :
.. "Finalement la secte me donna l'ordre de faire le RPF ce qui impliquait que j'étais
mauvais et que je devais me réhabiliter moi-même comme je pouvais. Cela fut l'expérience la
plus dégradante de ma vie. Le RPF était sur le bateau "Excalibur" (faisant partie des 7
bateaux de la flotte SO) qui était amarré à San Pedro, Californie. Nous étions emprisonnés,
sauf pour nettoyer le pont du bateau, sur une zone toute petite. La nourriture était si mauvaise qu'une
personne, Bill Yaoude, a dû être hospitalisé pour malnutrition. Je passais mes jours en lamentations
me demandant pourquoi j'étais tellement mauvais et rebelle aux ordres de la secte et à ses règlements.
Puisqu'ils allaient "sauver l'humanité", je travaillais donc contre la seule organisation qui
pouvait "sauver l'humanité". J'étais audité et corrigé sur les auditions
passées encore et encore, jusqu'à ce que je ne puisse plus en prendre (supporter). Je fis alors le
projet de sauter secrètement pardessus bord. Quand je mis ce projet à exécution, je fus rattrapé
et maintenu à bord en attendant l'arrivée de l'officier d'Ethique qui me mit en garde sur ce qui
m'arriverait si je partais : je serais déclaré SP (personne supressive) et en trahison. Je me fis
tout petit et retournai au RPF. Plusieurs semaines après je fus libéré du RPF comme ayant
été assigné là par erreur."
Larry D. Wollersheim est en procès avec la Scientologie depuis 1980. Il a gagné
son premier procès et une somme de 2 millions et demi de dollars que la secte ne lui a jamais versée.
En revanche, la secte fait traîner en longueur les procès (5) tant et si bien que sur le Net on parle
de "Wollersheim the V"
Pour la petite histoire, Julia Darcondo raconte dans son livre Voyage Au Centre de la Secte
* paru en 1987 qu'elle aida Larry à s'enfuir du RPF de Copenhague auquel il avait été assigné.
Larry ne pouvait pas supporter d'endurer un deuxième RPF et profita d'un incident pour s'enfuir. "ŠIl
avait couru droit devant lui, dans les rues désertes. C'est alors qu'il m'avait aperçue ma valise
à la main. Il me connaissait de vue et savait que j'étais de l'org de Paris. Alors il a joué
le tout pour le tout, au risque d'être dénoncé. Son regard était encore chargé
de terreur." (Extrait du livre p 246)
* Les copyrights de ce livre ont curieusement été achetés par la secte
!
7) Déclaration sous serment de Stacy Young
le13 octobre 1994
RPF de "PAC" (pacifique) (1982) : Los Angeles, Californie
Extraits : (Traduction de Roger Gonnet)
177) Miscavige m'accusa d'être un agent envoyé pour détruire la Scientologie.
Il prétendit que je travaillais pour Michael Flynn un avocat qui gagnait à l'époque des procès
contre la Scientologie. Il ordonna qu'on me fasse subir une vérification " Gang bang". Deux gros
balaises André Tabayoyon et Rick Aznaran m'ont enfermée dans une pièce et questionnée
des heures durant. Pendant l'interrogatoire ils me hurlaient dessus et m'insultaient. Ils m'accusaient de toutes
sortes de crimes contre la Scientologie. Ils exigeaient que je confesse être un agent ennemi.
178) Miscavige avait aussi ordonné que je fasse le "programme de course"
(Running Program) dans mes obligations du RPF. Cela consiste à courir autour d'un piquet orange douze heures
par jour. J'étais censée le faire jusqu'à ce que je me rende compte de ce qui n'allait pas
chez moi, auquel moment j'étais censée arrêter mes critiques à l'encontre de Miscavige.
179) Après l'une des séances Gang Bang j'étais très boulerversée
je n'ai pas fait attention où je mettais les pieds en courant autour du piquet et je suis tombée
dans un trou d'une trentaine de centimètres et me suis abîmée un disque sacro-iliaque, ce qui
m'a immédiatement obligé à rester étendue sur le dos. Je ne pouvais plus marcher, un
médecin m'a interdit de bouger sous peine de risquer la paralysie tant que le disque ne serait pas remis..
J'ai payé le médecin moi-même car Miscavige avait ordonné que personne ne m'aide d'aucune
manière ; d'ailleurs je n'ai pas été payée du tout pendant des mois au RPF.
180) Malgré mon état médical diagnostiqué par un médecin
scientologue Miscavige ordonna qu'on me renvoie en Floride pour m'éloigner le plus possible de mon mari.
Miscavige dit qu'il craignait que je monte mon mari contre lui. Une Messagère du Commodore pénétra
dans ma chambre et m'ordonna de faire mes valises immédiatement pour prendre l'avion du soir pour Clearwater.
On me transférait au RPF de Flag (un des QGs). J'ai protesté, elle a continué à insister
pour que je me lève jusqu'a ce que j'obtienne qu'elle téléphone le médecin qui lui
dit que l'"église" serait responsable si je restais paralysée.
181) Bien que Miscavige m'ait laissée à Los Angeles, je suis restée
sous bonne garde, contre mon gré au 7 ème étage du bâtiment pour que je ne puisse pas
m'échapper et communiquer avec mon mari. On ne nous a pas permis de nous voir trois mois d'affilé
et même nos lettres étaient interceptées. Nous ignorions tous deux ce qui se passait et la
situation était angoissante pour tous les deux. J'étais sous la menace d'expulsion et je savais que
si j'étais expulsée je ne reverrais plus jamais mon mari. J'avais une peur épouvantable que
Miscavige mente à mon mari et que ce dernier se retourne contre moi. J'ai finalement réussi à
convaincre Miscavige que je n'étais pas une menace pour lui et mon mari et moi avons de nouveau pu nous
voir. Miscavige règle tout à travers la Sea Org. Il n'y a aucun respect des entités corporatives.
182) Tout les staffs ayant travaillés dans les parages de Miscavige peuvent raconter
les horreurs du genre de celles-ci. Les seuls qui parleront seront cependant ceux qui sont partis parce qu'aussi
longtemps qu'ils sont dedans, Miscavige a le droit de vie et de mort sur eux. Il peut séparer les couples,
séparer les enfants des parents, les empêcher de dormir, de manger quoique ce soit d'autre que du
riz et des haricots, les emprisonner pendant des années dans des camps de prisons comme le RPF. Le pouvoir
de Miscavige est absolu et se fiche des frontières des entités corporatives. Comme le fit Hubbard
avant lui, il transmet son pouvoir via la Sea Org qui est un corps sans existence corporative et qui n'est qu'un
corps de scientologues farouchement dévoués à la cause."
Stacy Young a tenu pendant 15 ans plusieurs postes à hautes responsabilités
dans la Sea Org : de 1975 à 1989. En contact direct avec le nouveau gourou David Miscavige dont elle a été
à la fin un des souffre douleurs, son témoignage est capital d'autant plus qu'elle occupait des postes
clés dans le management de l'Office du Gardien (actuellement OSA) et dans celui de Author Service (ASI)
8) Déclaration sous serment de David Mayo
du 14 octobre 1994
RPF de "Happy Valley" à Hemet (Californie) 1982.
Extrait :
"Le 29 août 1982, David Miscavige avec ses hommes m'ont enlevé sur ordre
de Ron Hubbard, tenu en captivité et fait subir des sévices physiques et psychologiques pendant 6
mois. A cette époque, David Miscavige, officier et directeur de RTC (Religious and Technology Center) m'avait
dit en présence de Vicki Aznaran, présidente de RTC et de Mark Yaeger, officier commandant CMO INT
(commodore messenger org international) du CSI que si je m'échappais, il veillerait personnellement à
ce que l'église de scientologie emploie tous les moyens pour détruire ma personnalité et ma
réputation internationalement. Au cours de ces 6 mois de captivité, j'ai été obligé
de courir autour d'un arbre dans le désert, sous une température de plus de 40°C, 12 heures par
jour et 7 jours sur 7, pendant 3 mois successifs. Je subissais de terribles contraintes. J'étais privé
de traitement médical dentaire (à l'issue de ma captivité, j'ai perdu 6 dents et dépensé
des milliers de dollars de frais de dentiste pour sauver celles qui me restaient). Je n'avais pas le droit d'appeler
ou de recevoir des communications téléphoniques et toutes les lettres que j'écrivais étaient
relues par les gardiens de sécurité de la Scientologie. J'ai été souvent réveillé
et interrogé en pleine nuit (principalement par Jesse Prince). Au début de Février 1983, Rick
Aznaran, directeur de la sécurité m'a dit qu'il était inutile de penser à une évasion,
puisque, selon lui, je ne quitterais jamais la propriété en vie.
Néo zélandais, David Mayo était le Senior C/S international jusqu'en
1982. Il a travaillé directement sur le niveau de Nots et était l'auditeur de Hubbard sur Nots. Théoriquement
il était l'héritier testamentaire en ce qui concernait la technologie de la secte. Il a été
évincé du pouvoir avec beaucoup d'autres par David Miscavige qui gagna ainsi le contrôle total
de la secte multinationale. David Mayo a ouvert une église dissidente qui applique les procédés
de la Scientologie, semblerait-il de manière un peu plus démocratique. Elle s'appelle The Church
of the New Civilization, Santa Barbara, Californie (USA)*
* Ref : Newsgroup ARS Who's Who in Scientology
9) Déclaration sous serment de André Tabayoyon
du 4 avril 1994 (voir aussi Abécédaire des techniques de contrôle mental
utilisées dans le RPF)
RPF "Happy Valley" près de Hemet (Californie)
Extrait :
" En 1987, j'ai aperçu David Miscavige donnant l'ordre d'incarcérer Vicki
Aznaran dans un endroit appelé "Happy Valley". Happy Valley est un ranch situé à
11 miles de la base Gold près de Hemet (Californie) Cet endroit a ensuite été transformé
en un centre de détention et de correction RPF. Vicki était le directeur exécutif au sein
du RTC quand à l'issue d'une querelle de pouvoir, Miscavige est parvenu à l'évincer et la
faire incarcérer au RPF de la base Gold, une unité du CSI.
Je me trouvais dans le complexe de Happy Valley lorsque Vicki fut amenée en voiture.
Miscavige la suivait dans une autre voiture derrière elle. A leur arrivée, j'ai entendu Miscavige
crier à Vicki : Tu vas faire ce pŠ.n de RPF.
Miscavige m'a dit que Vicki, Jesse Prince et Spike Bush avaient été consignés
au RPF. Il a ajouté : je suis sûr qu'ils ne pourront plus nuire aussi longtemps qu'ils resteront à
l'RPF. Ce ne sont que des criminels.
Vicki a passé 120 jours au RPF. En tant que directeur des rénovations de Gold
j'étais chargé de superviser le travail exécuté à cette époque. Miscavige
m'a demandé de garder un ¦il vigilant sur Vicki car il craignait qu'elle tentât de s'évader.
A raison de 12 heures par jour, pendant toute la durée de son séjour, sauf
dans les moments où elle était trop malade pour bouger, je l'ai vue courir autour d'un poteau (conformément
au " Running program", programme de course). C'est une des formes de sévices les plus dures du
RPF. Ce traitement est réservé aux personnes déclarées en très basse condition
d'éthique". Il est souvent considéré comme un programme pour dominer les personnes jugées
démentes par la hiérarchie scientologue. En plus de son "running program", Vicki "travaillait
sur d'autres projets" 5 heures additionnelles.
Finalement, Vicki a réussi à s'évader du RPF. Elle poursuit actuellement
la Scientologie en justice."
Remarque : Curieusement, Vicki Aznaran ne mentionnera pas son expérience au RPF dans
sa propre déclaration sous serment du 7 mars 1994.
10) Abécédaire des techniques de contrôle mental utilisées
dans le RPF
Déclaration sous serment d'André Tabayoyon du 4 avril 1994.
Extraits : (Traduit par Roger Gonnet)
"Š11) L'endoctrinement que j'ai reçu dans la SO était extensif. Il m'a
entièrement fait découvrir les méthodes de coercition dont se sert la Scientologie envers
les gens du public et les membres du personnel (staff) Mon entraînement a inclus :
a) Le FEBC - Cours pour cadre de Flag. Toutes les lettres de règlements écrites
par Hubbard sur la façon de gérer et réparer si nécessaire, créer une organisation
complète en se servant des méthodes de réforme de pensée et de pratiques, jointes à
la persuasion coercitive envers le staff et le public.
d) Entraînement à l'endoctrination du RPF
e) Cours d'officier de section du RPF
f) Cours du Maître d'Armes (MAA) du RPF
Dans ces derniers j'ai appris comment user des procédés de réforme
de la pensée pour rendre les personnes perméables à la persuasion.
g) Cours de Technicien responsable du RPF (Tech I/C Hat)
J'y ai appris comment administrer diverses procédures de réforme de la pensée,
de l'idéologie et du comportement social afin que la personne accepte les buts de la Scientologie tels que
les définit Hubbard-ou Miscavige.
h) Cours de Technicien des qualifications (QUAL) du RPF
Cet entraînement m'apprit à reconnaître les erreurs d'application des
procédures de réforme de la pensée, de l'idéologie et du comportement social, afin
d'en maximiser les effets envers les personnes que je supervisais.
i) Cours de Superviseur des Cas du RPF (C/S)
J'y ai appris comment me servir de la réforme de pensée pour changer les aspects
de la personnalité du sujet et obtenir un engagement de la personne à aller vers les buts de la Scientologie
et de "clarifier la planète" (conquérir la planète)
j) Cours d'Auditeur du RPF
J'y ai appris comment me servir des méthodes de réformes de pensée
pour contraindre les sujets à confesser leurs crimes et pêchés envers la Scientologie en tant
qu'"étape" vers leur réhabilitation afin de redevenir des scientologues dévoués.
k) Entraînement " Roll Back" destiné à devenir capable de
suivre la trace des rumeurs, des déclarations de désaccord ou opposées à la scientologie
afin de remonter jusqu'à la source et qu'elle ne reste pas cachée et que les sources de désaffection
soient éliminées.
l) Entraînement à la procédure de Propagande Noire (Black PR Rundown)
Ce cours apprend à découvrir qui est la source des informations négatives
et à la manier complètement par des méthodes et pratiques de coercition mentale. J'ai appris
à rechercher les informations négatives envers la scientologie une fois que leurs auteurs sont découverts
ils sont sujets à la règle et aux pratiques du Gibier de Potence (Fair Game) par exemple en les envoyant
au RPF du RPF (prison scientologue des prisons scientologues) ou en les abusant mentalement.
m) Entraînement à la Procédure de Vérité (Truth Rundown)
J'y ai appris comment me servir de la réforme de pensée pour corriger la conduite
erronée de gens rependant des rumeurs ou de la propagande noire à l'extérieur de la scientologie.
n) Entraînement à l'Instrospection (Instrospection Rundown)
J'ai appris les techniques scientologiques destinées à reprendre contact avec
des personnes ayant souffert d'une crise de psychose durant les procédés de réforme de la
pensée. Les gens dans ce cas ne pouvaient plus lier les choses au monde réel. Dans la majorité
des cas, l'entraînement à l'instrospection visait à destimuler (réduire) les stimuli
auxquels la victime était sujette, en espérant qu'elle se remettrait ensuite.
o) Entraînement à la Procédure sur les Faux Buts (FPRD : False Purpose
Rundown)
Il s'agit d'une volée de procédés de réformes de pensée
utilisées pour changer la manière de penser des personnes. J'ai appris comment superviser les auditeurs
réformant les pensées des gens alors qu'ils se trouvaient à l'RPF.
p) Entraînement à faire "sauter les idées fausses" (False
Data Stripping)
Il s'agit d'une technique destinée à découvrir et faire disparaître
"l'out- tech" c'est-à-dire les pensées non-orthodoxes par rapport à la scientologie
et remplacer ces idées par de l'information Hubbard.
q) Procédé d'"éducation KTL" (Key to Life ?)
Il s'agit d'un procédé d'intimidation capital durant lequel on ré-endoctrine
entièrement la personne depuis la grammaire de base et l'usage de l'anglais afin qu'elle communique les
principes scientologues de façon correcte et concise.
r) Entraînement au "trop horrible" (Too gruesome Training)
Cet entraînement est destiné à instiller la terreur totale et la crainte
abjecte à des subordonnés afin qu'ils obéissent sans hésiter aux ordres du superviseur.
J'ai été membre de la Scientologie 21 ans durant, de 71 à 92. Durant toute cette période
j'ai reçu un entraînement complet et extensif en tant que scientologue.
16. La Sea Org est à la scientologie ce que le parti Communiste était à
l' Ex URSS ou la Gestapo à l'Allemagne Nazie. En fait, ses membres ne sont pas autorisés à
lire des doctrines communistes, ni des magazines ou livres traitant de contrôle mental, en raison des similitudes
avec la vie interne à la Sea Org que l'on verrait dans ces papiers.
18. En tant que membre de la Sea Org, j'ai reçu des milliers d'heures d'entraînement
sur la politique de base de la Sea Org. On m'a assigné au RPF en 1977, durant 18 mois. En 1980, on m'y a
remis pendant 2 ans et demi. En 1987 à nouveau pour 18 mois. J'y ai donc passé environ 6 ans au total.
Durant ces 6 années, j'ai aussi passé 19 jours entiers au RPF du RPF. Le RPF du RPF est destiné
à détruire totalement tout déterminisme individuel chez ceux qui ne veulent pas faire le RPF.
Le RPF c'est le goulag pur et simple, le camp de concentration. Pour sortir et ne plus y rentrer, vous devez prouver
que vous avez altéré les valeurs idéales, morales, émotionnelles et l'attitude d'un
autre membre du RPFsur une longue période, comme le prouveront le comportement et les actions de la personne
ainsi "modifiée".
On doit aussi préparer des preuves sous forme de lettres de succès indiquant
à quel point le RPF est merveilleux et qu'on l'a fait de plein gré."
André Tabayoyon a eu le courage d'écrire un témoignage d'une trentaine
de pages édifiant à tout égard. Je n'ai pris ici que les passages relatifs au RPF mais je
recommande vivement qu'on le lise dans son intégralité. D'ailleurs tous les témoignages dont
j'ai choisi les extraits présentent un intérêt particulier en ce qui concerne la description
de la secte de scientologie dans son ensemble.
André Tabayoyon termine son témoignage en nous informant qu'étant subitement
tombé en disgrâce (Miscavige) après 20 ans de loyaux services dans la SO, il réussit
à s'enfuir avec sa femme de Hemet en décembre 92 en y laissant son fils de 21 ans qu'il ne put localiser
et qu'il n'a plus revu depuis.
Mary Tabayoyon, quant à elle, a écrit un témoignage édifiant
sur les pratiques d'avortements systématiques exigés pour le personnel de l'"Organization maritime".
Ceci est la fin de mon témoignage, mais le début de ma lutte contre cette
secte
NEFERTITI
Posté anonymement en avril 1997