Les chercheurs n'ont pas de copie des trois premiers Ordres de Flag établissant le RPF, mais disposent du quatrième, celui du 30 Mai 74,, publication révisée deux fois. Quelque part entre sa conception et Mai 1977, le RPF avait entamé sa fonction punitive antérieurement attribuée à l'EPF et vraisemblablement au DPF. Les membres Sea Org allaient au RPF s'ils avaient des "aiguilles d'électromètre ayant un mouvement violent" (nommé Rockslam) en étant "audités" ou "conseillés" en confessional de scientologie sur l'appareil à détecter les mensonges utilisé par la scientologie (appareil donnant des réactions galvaniques passant par la peau). Cet indice - un saut de l'aiguille particulier - dénotait paraît-il "des intentions néfastes cachées quant au sujet traîté en audition" (Hubbard 1975 #357). D'autres étaient envoyés au RPF pour avoir de mauvais résultats en poste, des "indicateurs" médiocres quant à leur personnalité (probablement des indices tels que dépression, marmonnements et doutes quant aux techniques ou sur Hubbard), voire quand ils créaient des troubles évidents (Conseil d'Administration des Eglises de Scientologie, 1977, #1).
Le document du RPF énonce avec des force détails le cadre de confinement, de mauvais traîtement physique et social, de réendoctrinement intensif, et de confessions imposées qui étaient et restent essentielles au fonctionnement du programme. Certains passages soulignent ainsi les règles de base du confinement obligatoire. Les membres ne peuvent quitter les locaux ou passer d'un bâtiment à un autre qu'accompagnés de gardes de la sécurité (Conseil d'administration des églises de scientologie, 1977, #10). Les mauvais traîtements physiques ont parfois lieu lors de travaux physiquement dangereux qu'on assigne aux membres. Les membres doivent spécifiquement accomplir onze fonctions de maintenance: nettoyer les bâtiments à l'intérieur et à l'extérieur; nettoyer les salles de bain; peintures; rénovations internes des bâtiments; nettoyage des stocks, passages et escaliers; autres projets "d'envergure" dans des lieux de repos, de cuisine, ou de réfectoire; "nettoyage des garages", ascenseurs et cages d'ascenseurs; des chaudières et chaufferies, et vidage des ordures. On peut aussi leur assigner des tâches spéciales pour le compte d'autres staffs scientologues. (conseil d'administration des églises de scientologie, 1977 #4). Ils sont censés avoir droit à sept heures de sommeil (même réf.) et autorisés à faire appel à l'officier médical (qui n'a pas à être médecin) uniquement s'ils ont de la fièvre ou souffrent de blessures exigeant des médicaments ou un traîtement. (même réf). On leur permet de manger normalement à condition que cela ne prive pas les autres membres de la Sea Org qui ne sont pas au RPF.(même réf, #9) Ils ont un droit d'usage des salles d'eau et douches (même réf) et ont le droit à une "ventilation minimales" dans les zônes d'étude et de sommeil, lorsqu'AUCUNE autre circulation d'air n'est facilement accessible (même réf. 1977#11). Si l'on additionne les diverses tâches obligatoires que les membres doivent, nous pouvons déduire qu'ils passent 7 heures au repos, qu'ils étudient et auditent cinq heures durant, qu'il prennent une demi-heure par repas , une demi-heure à l'hygiène et travaillent physiquement dix heures durant.
Les règles impliquant le mauvais traîtement social sont nombreuses. Ils doivent porter des bleus de travail sombres ou noirs (même réf). On leur interdit toute activité de famille normale dans les locaux communautaires (idem 2-3 #11) et tout problème que cette restriction pourrait provoquer envers des relations non-scientologiques exige un rapport immédiat aux supérieurs (idem, 1977 #3). La règle dit en bref:
Le 24 Avril 1974, un Ordre de Conditions de Flag établissait le RPF du RPF. Ce programme était destiné à ceux qui ne progressaient pas de façon satisfaisante sur le RPF, ou qui croyaient que leur assignation au RPF était le fruit de la mauvaise humeur. Hubbard disait dans le "dictionnaire Technique de Management":
Il est surprenant qu'on puisse trouver ce résumé du RPF dans le dictionnaire scientologique, dictionnaire que peuvent consulter les membres du personnel ou du public. On ne trouvera par contre pas ce type d'information lors de la dernière campagne internationale de prosélytisme de la scientologie, sa page dans le World Wide Web! Elle n'y décrit pas le RPF du RPF, et à lire ce qu'elle dit du RPF lui-même, on pourrait croire qu'il s'agit d'une programme d'amélioration de la confiance en soi et de l'énergie. Selon la page Web, le RPF serait une "seconde chance" accordée aux "membres de la Sea Org qui risqueraient en ne le faisant pas d'être sujets à expulsion en raison de fautes graves et répétées contre l'église" -- une façon d'expérimenter une "réhabilitation complète" face à un effondrement personnel. (Eglise de Scientologie Internationale, 1996). Les "participants" du programme "reçoivent chaque jour de l'étude et de l'audition s'adressant à leurs difficultés individuelles d'existence". Ils "travaillent aussi 8 heures par jour en équipe "à des tâches améliorant les locaux de l'église qui les emploie et leur fournit la coordination". Les membres de la Sea Org qui ont fait le programme sont censés "attester de leurs énormes progrès personnels et expriment leur appréciation d'avoir pu oeuvrer à leur rédemption plutôt qu'avoir été démis de leurs fonctions". (même réf).Ce portrait publicitaire du RPF contraste violemment avec les récits d'anciens "participants" une fois qu'ils ne sont plus sous le contrôle des règles scientologiques punissant ceux qui critiquent l'organisation ou ses doctrines. Chaque sujet de la page Web parle gentiment des "huit heures par jour", de "l'étude et audition" qui rebâtissent fierté et confiance en soi, de salaire et de conditions d'emploi et de l'expression de satisfaction des gens ayant fini le programme, alors que ces mêmes choses sont très différemment interprétées par les anciens membres de la Sea Org m'ayant fourni les informations de l'étude.
Règles fixes et variables du RPF
Tandis que les récits des anciens du RPF dévoilent des conditions fixes évidentes dans le RPF depuis ses débuts, on y trouve aussi des variantes en matière de personnel, de locaux et d'exigences de l'organisation. On peut cependant dire que tous les récits illustrent la manière dont le RPF tente de contrôler les corps des membres au moyen d'exigences physiques, d'abus et d'obligations, simultanément au contrôle des esprits grâce à l'audition extensive, aux cours, aux confessions et aux "lettres de progrès ou de réussite".
En rassemblant les affidavits, entretiens, messages d'Internet, et la correspondance que j'ai recueillie, j'ai:
D'autres parlent d'avoir été internés, par exemple Whitfield, (1989#6) ou avoir vu d'autres se faire enfermer. L'ancien membre-devenu-critique, Dennis Erlich, ayant plaisanté au sujet de son assignation au RPF, on l'expédia au RPF du RPF en application des règles d'Hubbard, dans les sous-sol du Fort Harrison. On l'y a gardé dix jours d'affilée: les deux premiers jours dans une cage avec des barreaux (interview de Kent avec Erlich, 1997 #8). Lorsque Nefertiti (pseudonyme présumé d'une ancienne membre) se retrouva au RPF du RPF, dans les mêmes caves, une décennie plus tard, elle y vit une femme qui, dit-elle, "avait la trentaine, souffrait de fièvre, le corps entièrement couvert de sueur et portant des chaînes". Elle portait une chaîne d'une cinquantaine de centimètres liant les chevilles entre elles, si bien qu'elle était forcée de marcher à petits pas. (Nefertiti, 1997 #3). Tonya Burden a juré "sous peine des pénalités de parjure" (Burden, 1980, #12) qu'elle avait personnellement observé une personne enchaînée aux tuyaux de chaufferie pendant des semaines, dans la chaufferie du Fort Harrison". (1980,#10) Similaire déclaration de Hana Whitfield qui a juré que lorsqu'elle était sur le RPF au Fort Harrison, Lynn Froland avait été expédiée au RPF du RPF et enchaînée à la tuyauterie dans les caves pendant des semaines et sous bonne garde. On lui amenait ses repas et elle pouvait faire sa toilette brièvement, mais n'avait droit à aucun autre soin. (Whitfield, 1994, #42).
Le récit le plus complet de confinement provient de l'ancien membre André Tabyoyon qui parle de la base de Gilman Hot Springs (où travaillent les membres du RPF) et qui possède "un système de sécurité doté de barrières ultra coupantes, d'éclairage du périmètre, de moniteurs électroniques, de microphones cachés, de senseurs de mouvements au sol ou hors sol, de caméras cachées installées dans et hors de la base" (Tabayoyon, # 8). Tabayoyon explique avoir travaillé sur le système de garde et sécurité de la base en 1991, mais dès 1983, la victime du RPF Julie Mayo avait déjà rencontré les barrières l'empèchant de quitter la base de Gilman Hot Springs. Julie Mayo dût attendre qu'un matin les gardes ouvrent la porte pour laisser quelqu'un sortir prendre son déjeûner pour pouvoir filer à l'anglaise derrière lui avant que les portes ne soient refermées. (Julie Mayo, 1996, #8-9)
D'autres histoires d'évasion indiquent que les victimes étaient surtout emprisonnées dans des conditions d'emprisonnement qu'elles n'avaient pas accepté (et encore moins, accepté formellement). Vicky Aznaran et deux autres victimes s'échappèrent ainsi de Happy Valley dans la réserve indienne de Sobo, où des gardiens de Happy Valley les poursuivirent en moto. Vicky et les autres reçurent l'assistance d'habitants de la réserve qui les prirent en stop dans leur camionette et les déposèrent au Motel de la ville d'Hemet. (Aznaran et Aznaran, 1988, #12). L'ex-membre Pat s'échappa grâce à plusieurs ruses. Elle concocta une histoire pour que les gardes pour lui permettent d'utiliser le téléphone. Puis elle appela un ami non-scientologue et lui donna des instructions précises sur ce qu'il devrait faire la nuit suivante (entretien de Kent avec Pat, 1997, #b3). La nuit, elle concocta une seconde histoire pour pouvoir se rendre près de la rue où l'attendait son ami. En manipulant le garde qui l'accompagnait, elle s'arrangea pour s'en éloigner un peu afin de pouvoir monter en voiture:
Il existe d'autres récits d'évasion, tous montrant clairement que ces gens n'étaient pas sur le programme de leur plein gré. Ils se laissaient pourtant ramener sur le programme (ou sur une programme similaire) par les équipes de scientologues chargés de les y mettre. Ann Rosenblum racontait par exemple que s'étant échappée du programme RPF à Clearwater en passant par un trou et en sautant dans la rue, (Rosenblum, nd. #6), ella avait filé chez une amie scientologue qui a averti l'organisation, et quatre "escortes" l'avaient convaincue de revenir et de "sortir avec autorisation" de la Sea Org en se servant des procédures scientologiques standardisées. En pleine confusion émotionnelle, elle était rentrée au Fort Harrison et y était restée sous garde tout au long de l'établissement de la procédure censée la libérer. Il se trouva qu'Hubbard offrit alors une amnistie à tous les membres du RPF du moment: Ann et d'autres l'acceptèrent. Elle dit que l'organisation les fit passer par toutes sortes de "vérifications de sécurité" pour savoir "si elles emmenait des documents scientologiques confidentiels, et quelles étaient leurs intentions vis à vis de la scientologie ensuite, etc." Les scientologues fouillèrent ses bagages pour y trouver des éléments qu'elle aurait pu vouloir prendre, puis on lui fit signer un affidavit indiquant "tous ces crimes dans cette vie-ci", liste que l'organisation avait vraisemblablement compilé en utilisant ses dossiers d'audition. (Rosenblum, nd, #7).
Lawrence Wollersheim, célèbre opposant à la scientologie , fut également repris pendant qu'il cherchait à s'échapper d'un RPF opérant à bord d'un bateau (probablement dans la région de Los Angeles) en 1974. Une décision de justice en sa faveur déclare finalement:
2. Récits de mauvais traîtements physiques
Il ne fait aucun doute que les mauvais traîtements physiques endurés par nombre de gens lors de divers programmes RPF fut un des facteurs les incitant à s'évader. J'hésite à dire que tous ont été physiquement maltraîtés, puisqu'un des informateurs sortant du RPF au Fort Harrison a dit que le régime n'était pas génant et qu'il avait assez dormi. (Entretien de Kent avec Ernesto, 1997, #16, 17). Il en existe cependant d'autres qui ont subi une grande diversité d'abus physiques (ou de ce qu'ils considéraient comme tel).
A/ Exercice physique exagéré - Le Programme de Course
L'obligation de courir est un des aspects universel du programme, mais les chefs s'en servaient également comme punition spécifique. Selon quelqu'un qui se trouvait à bord du navire Apollo, Hubbard a fabriqué le programme de course pour punir un membre "ayant besoin d'être discipliné". Il lui ordonna de faire cinquante tours du Pont Promenade. Le gars en fit 20, et dit qu'il en avait couru 50. Je m'en souviens très bien, il s'en tira comme ça. (Entretien de Kent avec Ernesto, 1997, #5). Avec la venue du RPF, la course devint une punition normalisée.
L'endroit où les gens devaient faire cette course variait selon
les lieux. Monica Pignotti , qui est passée sur l'Apollo, a fait
une description particulièrement nette de la punition qu'elle a
subi début 75: "nous devions nettoyer toute la salle de bains, les
murs et les plafonds; après le nettoyage, il y avait une inspection
gants blancs, et si le gant ne restait pas blanc, on devait faire
des tours du bateau de la poupe à la proue et retour (dans les 300m
à chaque fois). Une fois, mon supérieur trouva que ce n'était
pas assez propre, et me dit: "fais ton tour". Comme je protestais, elle
me dit: "tu ne discutes pas, donc, tu fais deux tours". Comme je discutais
encore, elle me dit: Bon, c'est quatre tours, et ainsi de suite jusqu'à
ce que je sois forcée de m'éxécuter et de faire dix
tours. (Pignotti, 1989,#23) (Pignotti avait été envoyée
"au charbon", pour user de la terminologie de la scientologie en matière
de punitions).
B. Travaux physiquement exigeants ou tâches épuisantes
Le travail physique est un des aspects essentiels du programme
du RPF; il comprend généralement l'entretien et la rénovation.
Sur l'Apollo, les membres faisaient quelques travaux: gratter les peintures,
repeindre, récurer les ponts etc. (Entretien de Kent avec Dale,
1997, #6). Monica Pignotti dut descendre nettoyer la boue dans les fonds
de cale: elle ne faisait que ça toute la journée puis il
fallait ôter toutes ces crasses et peindre, peindre, peindre. J'y
ai passé cinq jours. (Entretien de Kent avec Pignotti, 1997, #26)
Un récit raconte qu'à East Grinstead, il fallait "ôter les rouille des fourneaux ou peindre les pierres" (Forde, nd. #3); par contre, nettoyer les salles d'eau (Pignotti, 1989, #23) ou les corridors [Rosenblum, nd. #1) et les escaliers (Nefertiti, 1997, #10) se rencontre beaucoup plus souvent. Vicky Aznaran dit avoir creusé des fossés (Aznaran, 1988, #11) et Pignotti prit quelques photos qui parurent dans une publication de "Qu'est-ce que la Scientologie" en 1978; (Eglise de Scientologie de Californie, 1978). Gerry Armstrong assemblait des dossiers de cours (Cour Supérieure de l'état de Californie, 1984, #1462), mais dût aussi faire des travux de rénovation.
Vers Avril 1979, Armstrong travaillait dans une équipe de rénovation d'une maison qui servirait à Hubbard (Cour Supérieure de Californie, 1984, #1475). André Tabayoyon parle de "travail d'esclave" à propos du RPF - c'est ainsi qu'il l'appelle (Tabayoyon, 1994, #116-117, 120-122) - il s'agissait de creuser les puits, de construire les bâtiments qu'utilisent les chefs scientologues et leurs invités de marque (les stars de cinéma). Les récits de rénovation les plus dramatiques viennent de Pat, dont l'équipe RPF dut entreprendre des rénovations vraiment importantes dans le sud de la Californie, dans les années 70.
La charge importante de travail mériterait un apport calorique important, mais plusieurs des anciens membres du RPF se sont plaints de la nourriture. Malgré ses dix-huit heures de travail quotidien, Tonya décrit une alimentation de "haricots et riz" avec de l'eau. (Burden, 1980,#10); Il semble que Nefertiti mangeait de la soupe ou des trucs pour les porcs" parfois avec un peu de lait. (Nefertiti, 1997, #9). Pat se plaint d'avoir été nourrie de choses immangeables qu'elle définit ensuite comme "du vraiment institutionnel, mal préparé, et contenant des restes et des épluchures". (interview de Kent avec Patti, 1997a,#24). Pignotti dit le refrain couramment entendu: les membres du RPF mangeaient après les autres staffs mais les restes ne venaient pas des assiettes, mais des plats (entretien de Kent avec Pignotti, 1997, #6). Il se peut que la nourriture médiocre ait été l'un des facteurs ayant fait perdre quinze livres à Larry Wollersheim pendant ses six semaines de RPF à bord (Cour d'Appel de Californie, 1989, #9269).
D. Questions de soins médicaux et d'hygiène
Epuisés par les horaires et peut-être affaiblis par la nutrition insuffisante, les membres du RPF étaient sensibles à la maladie. Sur l'Apollo, les membres avaient apparamment du mal à garder des vètements secs (entretien Kent avec Dale, 1997, #6). A terre, nombre de victimes du RPF souffraient probablement de ce type d'ennuis, mais cette fois, c'est à la sueur qu'ils le devaient, à force de travailler en pleine chaleur. Hana Whitfield se plaint par exemple d'avoir dû porter des bleus de travail épais pendant l'été Floridien -Whitfield, 1989,#5-6). Malgré les besoins évidents de douches ou de bains, Whitfield signale "qu'il était interdit de prendre sa douche plus de trente secondes." (Whitfield, 1989, #6). Nefertiti a pu témoigner des ennuis que la sueur peut causer aux femmes, et parle d'une affaire qui trouve bien sa place ici:
Les gens avaient divers problèmes de santé. Par exemple, David Mayo dit qu'on lui a refusé des trapîtements médicaux et dentaires alors qu'il faisait le RPF, et "qu'après avoir réussi à s'échapper, il a perdu six dents , puis il lui fallut dépenser des milliers de dollars en frais dentaire pour sauver celles qui restaient." (Mayo, 1994, #3). Plus grave, André Tabayoyon dit avoir travaillé sur des machines dangereuses alors qu'il était sur le RPF du RPF, et avoir vu un de ses camarades déprimé pousser son doigt dans la mcahine et se le faire couper". (Tabayoyon, 1994, #10)
E. Conditions de repos/sommeil
En plus des conditions de santé et d'hygiène, nombre des participants parlent du sommeil. Ils se plaignent rétrospectivement des conditions de repos, de l'état des matelas, de l'aération des pièces et des zônes où ils dormaient. A différents endroits et moments, certains parlent de l'état des matelas sur lesquels on les faisait dormir. Parlant du RPF sur l'Apollo, Dale a raconté que "qu'on leur donnait des matelas, mais de vieux sales, abîmés, qui avaient besoin d'être nettoyés, et qui puaient souvent". (Entretien de Kent avec Dale, 1997, #6). Pat, en se rappelant de la période des quarts de trente heures, dit "quand on avait fini nos trente heures, il fallait aller coucher; on allait dans le grenier d'un bâtiment où il faisait froid, et il fallait s'effondrer sur des matelas humides, sales et glacés pour dormir". (Entretien Kent avec Pat, 1997a, #26).
Les matelas restaient généralement sur le sol. Lorsque
Robert Vaughn Young fut mis en isolation dans un vieux poulailler reconverti
de la propriété de Gilman Hot Springs, il y trouva "quelques
vieux matelas à même le sol; vous savez? on parle de
s 'écraser au lit..." (Entretien de Kent avec Young, 1994, #20);
voir aussi Tabayoyon, 1994 #9, paragraphe 35. Adelle Hartwell était
dans les locaux d'Indio au moment où sa fille était au RPF:
quelqu'un qui était (probablement) responsable du RPF a mis les
matelas des gens du RPF dehors, et sa fille est tombée malade vers
ce moment. "Je la voyais changer son matelas de place au cours de ces chaudes
journées, allant d'un point d'ombre à un autre pour essayer
de se protéger du soleil - 46 ° à l'ombre . Je n'ai jamais
vu traîter un malade de la sorte. (Hartwell, nd. #3)
Comme dans le cas de cette fille malade, c'est peut-être ce qu'a
voulu dire Vicky Aznaran en parlant du fait qu'elle couchait à même
le sol - son matelas n'était pas probablement pas sur un sommier.
(Aznaran et Aznaran, 1988, #11). Il est certain que des récits sur
le Fort Harrison indiquent que les matelas étaient à même
le sol, en général dans des endroits trop exigüs et
mal aérés. (Armstrong 1982, Nefertiti 1997, #12; Rosenblum,
nd. #3, Whitfield 1989, #5). La première fois que Monica Pignotti
alla sur le RPF de l'Apollo, l'aération était si mauvaise
qu'ils "dormaient sur des serviettes sur le Pont tellement c'était
irrespirable à l'intérieur; c'étaient vraiment des
conditions horribles." (Interview de Kent avec Pignotti, 1997, #18).
Même quand les membres du RPF avaient des lits ou des sommiers, ce n'était pas ça: Wolldersheim dit que lors de son RPF à bord, on le força, lui et d'autres, à dormir dans la cellule du bateau. "Trente personnes y étaient empilées sur neuf hauteurs de lits superposés, sans aération suffisante." (Cour d'Appel de Californie, 1989, #9274). Au Fort Harrison, Dennis Erlich et autres membres du RPF dormaient en couchettes entassées au troisième étage de la structure de parking externe du bâtiment, si bien qu'ils respiraient les fumées d'échappement. (Entretien de Kent avec Erlich, 1997, #3). Il semble que les lieux où dormaient les femmes n'étaient pas loin, car Ann Rosenblum dit:
C/ Mauvais traîtements sociaux
La démarcation entre mauvais traîtements physiques
ou sociaux n'est pas toujours claire; certaines activités impliquant
dégradations, restrictions aux communications orales ou écrites
et paie minuscule semblent assez nettes pour qu'on en parle ici. Les dégradations
étaient nombreuses sur le RPF. Il s'agit par exemple de porter des
bleus. (entretien Kent avec Pat, 1997, avec Young, 1994; Cour Supérieure
de l'Etat de Californie, 1984, #1432; Whitfield, 1989, #5), d'avoir à
s'adresser à toute personne en utilisant le terme "Sir" (Rosenblum,
nd 2; Whitfield, 1989, #5); de l'interdiction de marcher: il faut toujours
courir. (Rosenblum, nd.#1).
Plusieurs personnes indiquent des restrictions draconiennes aux communications,
bien qu'elles en parlent en mettant plus ou moins d'emphase. Il semble
que Dale ait résumé la restriction du RPF "En fait, on ne
peut parler à personne hors du RPF, à moins qu'on ne vous
adresse la parole." (entretien Kent avec Dale, 1997a #23). L'anglais Peter
Ford dit que sur le RPF, on ne peut parler qu'à une personne: le
MAA (Maître d'armes) qui supervise le programme.(Ford, n.d, voir
Pignotti, 1989, #24) Julie Mayo insiste sur le fait suivant: "on
ne lui permit pas de parler au reste du personnel, ni même de passer
un coup de fil".(Julie Mayo, 1996, #8).
Ces restrictions de communication incluent courrier et téléphones
cellulaires. Les récits de surveillance et de censure des communications
de Gerry Armstrong sont amplifiés par ceux de Robert Vaughn Young,
qui écrivit sur Internet avoir dû subir des interrogatoires
sur le contenu de lettres qu'il expédiait à sa femme incarcérée
au RPF (Armstrong et Young, 1997, #1-2, 1994, #29). Mayo jure dans un affidavit
"qu'il ne lui était pas permis de recevoir des appels et que toutes
les lettres qu'il écrivait étaient lues par les gardes de
la sécurité". (Mayo, 1994, #3). Nefertiti raconte de façon
dramatique avoir rencontré une femme sur le RPF du RPF "qui était
là parce qu'elle avait écrit à son mari, membre de
la secte, et qu'elle lui avait donné certains détails du
RPF On n'est pas censé parler du goulag. Elle avait 'violé
la loi du silence'. " (Nefertiti, 1997, #4).
Les restrictions de communication s'étendaient aux médias.
Les gens sur le RPF n'ont pas le droit à la radio, à la télévision,
aux magazines ou journaux. (Entretien de Kent avec Pat, 1997 #23 et Rosenblum,
nd, #2).
En dépit de toutes les privations endurées, les membres
du RPF n'obtenaient presqu'aucun salaire. Armstrong dit avoir reçu
quelques 26 F par semaine (4$30) pour des semaines de plus de cent heures
de travail (Cour Supérieure de Californie, 1984, #1463). Robert
Vaughn Young révèle de son côté qu'il a "reçu
30 F par semaine pendant 14 mois" (entretien avec Kent, 1994, #24), la
même somme que Pignotti (entretien Kent Pignotti, 1997, #17). Ann
Rosenblum n'avait que 24 F (4$) par semaine (Rosenblum, nd, #3).
4. Etude intensive de l'idéologie
Lorsque ni les punitions ni la pression des tâches exigées ne les en empèchaient, les membres du RPF passaient quelques cinq heures par jour à étudier les doctrines scientologiques et participaient à nombre de séances d'audition et de vérifications de sécurité. Chacun travaille avec un co-auditeur, se doit d'achever le programme d'audition du RPF et auditer le partenaire jusqu'à ce qu'il ait aussi terminé le programme. (Rosenblum nd,#2). Il paraît vraisemblable que le but de ces études intenses soit d'infuser les enseignements d'Hubbard pendant que l'autre aspect du RPF est en cours: les confessions imposées. C'est à dire qu'en étudiant ce que la scientologie considére vérité absolue, on continue à recevoir continuellement le message (par les confessions forcées) qu'on est faible, coupable et intégralement dépendant des doctrines du fondateur en ce qui concerne la rédemption. (Voir Kent, 1994)
La "feuille de contrôle" de 1980 (programme préétabli, ndt) des éléments d'étude et des actions d'audition est désormais très structurée pour être autorisé à finir le RPF; elle comprend sept pages de cours, lectures, démonstrations de compréhension, essais, auditions et confessions qu'il faut achever pour être "lauréat" du programme (Conseil d'administration des églises de scientologie, 1980, 1-7). La liste de vérification d'un seul cours inclut par exemple que les membres du RPF lisent 92 bulletins et ordres d'Hubbard, qu'ils fassent dix démonstrations des concepts, écoutent sic conférences enregistrées, fassent 26 exercices, écrivent deux essais, fassent au moins dix heures d'audition et achèvenet trois autres programmes d'audition (même réf; 1974).
L'un des aspects centraux de la remise à niveau idéologique exigent que les membres du RPF confessent répétitivement des péchés, crimes, et intentions nuisibles supposés. (Voir entretien Kent avec Dale, 1977, #9). Selon Monica Pignotti, ces confessions forcées se font sous deux formules; la première a lieu à l'électromètre:
Distinction pratique entre audition et vérification de sécurité: le scientologie ne considère pas les informations révélées dans les vérifications de sécurité comme confidentielles, (alors que celles révélées en audition sont censées l'être). Les gens du RPF se rendent donc probablement compte que ces renseignements pourraient être utilisés ensuite contre eux. Cependant, il y a au moins deux personnes qui disent que les gens associés au RPF tiraient en réalité des renseignements dans les dossiers d'audition des préclairs (les "patients" de la scientologie), pour déterminer les crimes qu'aurait pu faire la personne (entretien Kent avec Pat, 1997, #29, Cour Suprème de Californie, 1984, #2714).
Les vérifications de sécurité peuvent et sont souvent très intenses et déprimantes. Avant d'envoyer Stacy Young au RPF, deux cadres généraux de la scientologie la soumirent à un "gang-bang sec-check", c'est à dire que deux personnes ou davantage posent des tas de questions accusatrices sur le ton de la colère pour essayer de casser la personne sur le plan émotionnel:
Quand un membre du programme du RPF désire achever le programme, il doit en passer par la rédaction d'une lettre de succès indiquant à quel point le RPF a transformé son existence. Depuis bien longtemps avant la venue du RPF, Hubbard avait mis au point une obligation au sein de l'organisation, applicable à toute personne: les gens doivent faire des récits mirobolants de leurs progrès en scientologie; l'obligation d'en faire sur le RPF suit cette même tactique. Hubbard, ses relations publiques en tête, écrit en 1968:
Bien que ratissant moins large que les confessions que des victimes de programmes de réforme (politiques) durent écrire dans les années 40-50 à leurs 'rééducateurs' (voir Lifton, 1961, #266-73, 473-84), les lettres de succès du RPF rejoignent semble-t'il la même formule. Les gens "achevant" le RPF devaient accuser réception à leurs défauts antérieurs supposés, louer l'instruction scientologue reçue au RPF, identifier comment les aspects positifs de l'instruction avaient réussi à améliorer leur existence, et remercier Hubbard et l'organisation pour cette expérience RPF.
Une lettre de succès de Mars 77 qui fut publiée illustre bien la formule:un certain "B.G;" proclame:
Je suis prêt à achever. C'est ici que j'ai eu le plus grand
gain de toute mon existence. Je sais que la scientologie marche.
J'ai une certitude totale dans mes aptitudes à manier les autres
et me manier au moyen de la tech de LRH. Et c'est au RPF que tout
ça se passe: ça, c'est quelque chose. Grâce à
LRH, j'ai un avenir, un avenir sacrément brillant! (Sea Organization,
1977, #5)"
Impact sur certains scientologues ayant vu fonctionner le programme
On a deux récits très révélateurs provenant de scientologues ayant brièvement croisé des membres du RPF. Leurs révélations donnent quelques indices sur l'impact cumulatif du lavage de cerveau et des efforts de confinement sur les gens les ayant subi. L'un d'eux vient de Joe Cisar, qui dit:
On se demande ce qui se serait passé si Cisar n'avait pas constaté les conditions du RPF avant qu'on l'y envoie.
L'autre aperçu dramatique du RPF vient d'Ann Bailey, qui déménagea la scientologie dans les nouveaux bâtiments (anciennement hospitaliers) tout justes achetés par la scientologie (le complexe de Cèdres à Los Angeles), au printemps 1978. Ayant subi ce déménagement épuisant, on lui ordonna de garder les documents secrets des niveaux théologiques supérieurs (ceux qu'on appelle Thétan Opérant ou OT), documents qui se trouvaient dans une pièce sans porte. Ils étaient dans l'ancienne morgue de l'hopital où elle dut rester des heures au milieu des odeurs de cadavre, de dissection et de produits chimiques" (Bailey, nd, #60). Ensuite:
Quelqu'un m'a violemment frappée. J'ai réalisé qu'ils tournaient leur colère contre moi; ils voulaient me frapper pour avoir les dossiers. Je suppose qu'en pareilles conditions, nous devenons tous un peu fous - c'est la survie pour celui qui s'adapte le mieux. La force m'est venue de l'intérieur, je me suis mise debout avec tous mes "trainings en place" [c'est à dire les exercices de communication scientologiques] pour contrôler les groupes: "Mes amis, j'ai dit, croyez-moi, je suis votre amie. Le destin fait que je ne suis pas sur le RPF avec vous. Mais croyez-moi, si vous ne vous dépéchez pas de filer d'ici, vous serez punis, partez avant qu'il ne soit trop tard." Et ils ont reculé et sont partis. En fait, ils sont partis parce que mon intention véritable, c'était de les voir hors de l'hopital, qu'ils s'en aillent vraiment des Cèdres. Mais je ne crois pas qu'aucun d'eux ait reçu le message. (Bailey, nd, #61-62)
Elle quitta la Sea Org la semaine suivante.
Pris ensemble, les effets de ces actions et pressions peuvent être très profonds chez ceux qui les ont subies. Dans un environnement où l'organisation de scientologie et ses dirigeants exercent un pouvoir totalitaire sur les internes du RPF, les chercheurs peuvent s'attendre à observer un taux élevé de conformité chez les "lauréats" récents du RPF. Monica Pignotti avait certes raison d'affirmer que la leçon à engranger sur le RPF consistait à" ne pas discuter les ordres, quoi que nous pensions des ordres ou de la personne qui les donne." (Pignotti, 1989, #23). La conclusion de Pat est encore plus nette, car elle répond que "le but du RPF n'était que de vous ré-endoctriner, de vous casser." (Entretien Kent avec Pat, 1997b, #5). Je ferai un pas de plus en ajoutant que l'intention finale du RPF était et reste de mouler/modeler les gens selon une idéologie proche de la scientologie, idéologie en laquelle les membres identifient leurs buts et stratégies avec ceux de l'organisation. Travaillant à la fois en confinement forcé et avec de mauvais traîtements physiques et sociaux, l'étude intensive de l'idéologie s'additionne aux confessions obligatoires pour affaiblir puissamment les structures morales propres aux personnes ainsi que les valeurs qui les représentent. Lorsqu'il fonctionne, le lavage de cerveau scientologique conduit donc les gens à accepter le code moral et le modèle d'idéation du fondateur Hubbard. Comme l'a résumé Gerry Armstrong, " les gens du RPF deviennent si obéissants qu'ils remercient les bourreaux de la punition et écrivent ... des lettres de succès qu'on pourra ensuite utiliser contre eux s'ils se rendent comptent qu'on les a trompés et qu'ils veulent obtenir redressement des dommages." (Armstrong dans Young, 1997, #5). Il faut en effet écrire ce genre de lettre pour achever le programme du RPF.
Les implications de la présente étude sont modestes mais néanmoins significatives pour la sociologie (en particulier la sociologie des religions), et comptent davantage pour les discussions politiques et légales contemporaines. Les scientifiques sociaux n'ont pas à modifier leur définition du lavage de cerveau, mais il faudrait au minimum admettre qu'au moins l'une des organisations idéologiques contemporaines se sert du lavage de cerveau afin d'essayer de retenir ses membres. Bien que cette étude ne puisse répondre à des questions cruciales sur les implications à long terme pour les gens ayant participé à ce programme spécifique de lavage de cerveau (comparer avec Schein, 1961, #284), il n'y a pas de doute sur le fait que le fondateur de la scientologie a beaucoup étudié les techniques de lavage de cerveau et les a imposées à ceux de ses adpetes dont il pensait que les actions accomplies ou les idées en cours s'en prenaient à lui ou à l'organisation. Le terme "lavage de cerveau" paraît donc valable dans certains cas au sein des sciences sociales.
Stephen A. Kent,
Professeur au Département de Sociologie
Université d'Alberta
Etats-Unis
Trad: roger gonnet
Bibliographie
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