Par DOMINIQUE VIDAL
SÉCULARISATION : c'est le mot-clé par "lequel les spécialistes désignent un des
bouleversements les plus marquants de la société française. En 1966, 89% des Français
déclaraient appartenir à une religion et 10 % s'affirmaient "sans religion" (1). Trente-deux
ans plus tard, les pourcentages respectifs se montent à 55 % et 45 % (2). Les "sans-religion"
sont nettement majoritaires chez les moins de 50 ans, atteignant même 63 % des 18-24 ans. Bref, compte tenu
de l'évolution depuis 1998, on peut estimer que, pour la première fois depuis des siècles,
il y a autant, voire plus de Français hors des religions qu'en leur sein. Par comparaison, seuls 5 % des
Américains se disent " sans religion "...
Majeur, ce phénomène a fait l'objet d'innombrables enquêtes, articles (3) et livres. En
revanche, l'explosion des "sans-religion" n'a pas incité sociologues et journalistes à
explorer cette catégorie: quelques articles et, en France, un seul livre lui ont été consacrés.
Paradoxale timidité. Il s'agit d'un des groupes les plus larges et des plus neufs. Son essor va de pair
avec une ouverture plus grande de l'opinion sur les questions de société (féminisme et parité,
pacs, homosexualité, etc.). Enfin, son analyse pose, dans un pays et pour des sociologues marqués
par l'hégémonie catholique séculaire, de sérieux problèmes conceptuels, dont
l'éclaircissement bénéficiera à d'autres recherches.
Qui plus est, les spécialistes qui en traitent évitent rarement le jargon. Ils affirment que les
" sans-religion" préfèrent le "bricolage", la "randonnée" et
le "hors piste", qu'ils croient "à la carte" plutôt qu"'au menu", que
ce sont des "héritiers sans testament", voire des "SDF de la croyance". Autant de formules
dont le mépris n'épuise pas le sujet. Comment définir un ensemble, surtout majoritaire, par
ce qu'il n'est pas? Le catholicisme -auquel, il est vrai, 51 % des Français déclarent appartenir-
peut-il se prétendre l'"autoroute", le "menu", et la "maison"? Les étiquettes
traditionnelles (religieux sans religion, croyant/incroyant...) conservent-elles leur pertinence?
Il arrive que des détours apparents se révèlent des raccourcis. Ainsi le passage par le
judaïsme et l'Islam aide-t-il à comprendre le sort du christianisme. Certes, aucune religion -sauf
peut-être le bouddhisme- n'échappe à la sécularisation, et les rabbins comme les imams
se plaignent volontiers des ravages de celle-ci. Mais, quand la plupart des chrétiens sécularisés
abandonnent leur confession, la quasi-totalité des juifs et des musulmans continuent, eux, à s'en
réclamer : Pourquoi ?
Des marqueurs identitaires
AVANTAGE des religions minoritaires, dira-t-on. Et pourtant "les Eglises protestantes sont touchées
par les mêmes phénomènes de défiance et de désaffection que l'Eglise catholique,
observe Jean-Paul Willaime, directeur adjoint du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité.
Le mouvement est même plus accentué, dans la mesure où le protestantisme est lui-même
né d'un mouvement de sécularisation interne du catholicisme. Pasteurs mariés, laïcs vraiment
compétents, critique du magistère ecclésiastique: l'institution est secondaire par rapport
au message. Et quiconque est mécontent de son Eglise peut en trouver -ou en fonder- une autre". Bien
sûr, le million de protestants français sait ses Eglises plus en phase avec la modernité (éthique
sexuelle, contraception, avortement, divorce…). Mais, "comme sa religion est déjà désacralisée,
donc sociologiquement fragile, un protestant qui n'est plus intéressé par l'engagement religieux
se déclarera plus facilement "sans religion" qu'un catholique".
Minoritaire lui aussi, le judaïsme présente toutefois un caractère plus identitaire. Pour
Martine Cohen, du même Groupe de Sociologie des religions et de la laicité, "si se dire chrétien
c'est affirmer une croyance, se dire juif c'est s'inscrire dans une identité religieuse à dimension
collective et historique". Le sociologue ne conteste pas que le judaïsme connaisse également "une
sécularisation, par abandon ou sélection des pratiques, mais la plupart des juifs très sécularisés
se sentent aussi très juifs". De surcroît, elle enregistre une "forte poussée orthodoxe
au niveau des synagogues, des écoles et des commerces cachers, expression d'une recherche identitaire à
travers le respect plus strict des règles religieuses ". A l'inverse, elle relève "le développement
du judaïsme libéral et laïque, notamment dans les classes moyennes et parmi les intellectuels.
Mais, conclut-elle, des juifs qui ne se déclarent plus juifs, je n'en connais quasiment pas ".
Dirigeant du Mouvement juif libéral, le rabbin Daniel Fahri partage cette analyse. Cependant, nuance-t-il,
malgré leur dynamisme, les tendances orthodoxe et ultra-orthodoxe comme libérale restent minoritaires.
"Parmi les quelques 600000 juifs français, le phénomène majoritaire, ce sont les "juifs
de Kippour", qui ne viennent à la synagogue que pour la fête du Grand Pardon, voire les "juifs
de la Neilah", ultime office de Kippour". Pour autant, les juifs "honteux" au point de "ne
plus assumer leur judéïté" lui semblent ultra-minoritaires. "A défaut d'appartenance
religieuse, leur identité s'enracine dans la mémoire de la Shoah, la solidarité avec Israël,
la lutte contre l'antisémitisme ou la renaissance du yiddish et du judéo-espagnol. D'ailleurs, même
dans les milieux déjudaïsés, la circoncision reste la règle...".
Comme en écho, Jocelyne Cesari, chercheuse au CNRS et auteure, notamment, de Musulmans et républicains
(4), réfléchit à haute voix: "Des musulmans qui renient l'Islam? Non, ce serait renier
leur histoire, leur identité. Athées? Encore moins. Tout est question de critères: on nait
musulman et on le reste, même si l'on mange du porc et que l'on ne respecte pas les cinq piliers (5)."
Ciment national par opposition à l'Occident dans les pays du Sud, l'islam minoritaire constitue, en Europe,
"un marqueur identitaire individuel". Le mot "musulman" demeure "polysémique. Le
rabot de la République a réduit le catholicisme à sa seule dimension de confession. Malgré
les efforts du gouvernement français pour l'organiser, l'islam, lui, ne sera jamais un simple culte".
Sous-estimé par les enquêtes sociologiques (6), l'islam -avec en France, quatre millions de croyants,
dont deux millions de citoyens- résiste, beaucoup mieux que le catholicisme, à la contestation des
institutions. Et pour cause, explique Jocelyne Cesari : "La mosquée n'en est pas une : les clercs ne
sont pas autorisés à dire la parole légitime. L'islam, surtout en Europe, est souple. Chacun
le vit comme il l'entend."
Certains musulmans, jeunes notamment, aspirent à plus d'observance, d'autres à une définition
plus culturelle, tandis que certains s'éloignent. Mais, "si des éléments de la tradition
disparaissent, d'autres demeurent : identitaire, la circoncision reste pratiquée à 99,9 %".
Le judaisme, lui aussi, ne connaît ni pape, ni cardinaux, ni évêques. Et le rabbin n'a rien
d'un curé. Sévère, Daniel Fahri estime que la plupart de ses confrères se contentent
de faire des bar mitzvah [communion] à la sauvette, sans jamais transmettre une pensée profonde".
Cette religion peu hiérarchisée permet aux musulmans comme aux juifs d'entretenir une relation
très personnelle avec Dieu. Lorsque Rashid Toub, jeune intellectuel marocain qui fréquente assidûment
la mosquée, définit les "atouts de l'islam", il pense d'abord au "lien direct avec
Dieu via le Livre (le premier verset révélé dit : "Ikra !", c'est-à-dire:
"Lis!")"; ensuite à "la simplicité de son message ("Allah est un et Mahomet
est son prophète"), enfin à "la fraternité et la solidarité perdues depuis
longtemps chez les chrétiens". Voilà pourquoi, face aux humiliations et aux discriminations
qu'ils subissent, "nombre de jeunes Arabes reconstruisent leur identité au sein de leur religion. Refusant
d'être des "beurs", ils deviennent des musulmans. C'est une démarche individuelle, profondément
religieuse, mais qui empêche aussi bien des jeunes de finir -ou de rester- ratés ou voyous".
Minoritaires, identitaires, peu institutionnelles: ces trois dimensions des religions juive et musulmane, grâce
auxquelles celles-ci parviennent à conserver leurs ouailles, définissent, en creux, ce qui a poussé
bien des chrétiens hors de leur Eglise (voir ci-dessous). Elles esquissent ainsi un premier portrait des
"sans-religion", que corroborent les quelques données des enquêtes sociologiques.
Car "sans-religion" n'est pas, tant s'en faut, synonyme d'"athée". Selon l'enquête
de 1999, 29 % des "sans-religion" se déclarent "athées convaincus" mais 23 %
croient en Dieu, 26 % à "une sorte d'esprit ou de force vitale", 26 % à la vie après
la mort, 12 % au paradis, 7 % à l'enfer, 15 % au péché, 23 % à la réincarnation
(7). Des cérémonies religieuses leur semblent importantes pour la naissance (33 %), le mariage (39
%) et le décès (46 %). Quant aux croyances parallèles (porte-bonheur, voyantes, guérisseurs,
astrologie), selon l'enquête de 1998, si 49 % les rejettent, 33 % hésitent et 18 % y croient. Traditionnelles
comme parallèles, ces croyances sont nettement plus répandues chez les jeunes, où elles se
développent depuis une dizaine d'années. Par ailleurs, à des degrés divers selon leur
niveau de croyance, les "sans-religion" s'affirment plus ouverts en matière de sexualité,
plus réservés à l'égard de la peine de mort, plus intransigeants en matière
de laïcité, plus confiants dans la science. Ils se positionnent enfin nettement plus à gauche
que les catholiques (8).
La liberté de se construire
PROFESSEURE de sociologie à l'université François-Rabelais de Tours, Sylvette Dénèfle
a écrit le seul livre consacré à notre sujet, Sociologie de la sécularisation (9).
A partir d'entretiens avec 78 personnes de Nantes et de ses environs, elle dresse un portrait des "sans-religion"
en groupe homogène. Pour elle, ceux-ci "ne se constituent pas à partir du refus du religieux.
Ils partagent, dans leur ensemble, un système de valeurs devenu dominant: la philosophie des Lumières".
Après la Renaissance et la Réforme, première déstabilisation du catholicisme, "les
philosophes du XVIIIème siècle rompent avec l'Eglise, à laquelle ils opposent la croyance
en l'homme et en ses droits, en la raison, en la science. Il faudra attendre jusqu'au milieu du XXè siècle
pour que des groupes sociaux de plus en plus massifs basculent dans cette idéologie, désormais majoritaire.
Nous vivons donc, non l'irruption de la postmodernité, qui n'offre d'ailleurs pas de système alternatif,
mais l'apogée des modernités dont le credo rationaliste et individualiste rassemble effectivement
les "sans-religion" ".
Stimulante, cette vision récuse, à juste titre, l'approche strictement religieuse des "sans-religion".
Elle contredit néanmoins par trop les résultats des dernières enquêtes pour prétendre
décrire l'ensemble de cette catégorie. Son échantillon, que la professeure reconnaît
"significatif mais non représentatif", a-t-il faussé l'analyse? "Sylvette Denèfle
décrit le noyau ancien des "sans-religion", athée, rationaliste et anticlérical,
majoritaire jusqu'aux années 1970", explique Yves Lambert, du Groupe de sociologie des religions et
de la laïcité. Or ce noyau "ne représente plus qu'un petit tiers de l'ensemble. Deux autres
composantes l'emportent: les "indifférents", enfants de la sécularisation qui n'ont pas
grandi dans un univers religieux et ignorent celui-ci; les "intéressés", dont la recherche
d'une spiritualité individuelle et libre, hors de toute institution, exclut le prêt-à-penser".
Anti-institutionnelle, la génération de 1968 a largement impulsé cette évolution.
Mais le mouvement, désormais, transcende les générations. "C'est une évolution
en cascade, poursuit Yves Lambert: bon nombre de catholiques pratiquants sont devenus des non-pratiquants, dont
une partie a rejoint les "sans-religion", lesquels transmettent leur attitude à leurs enfants
-alors que seule la moitié des enfants ayant des parents religieux le restent. Voilà pourquoi la
sécularisation va si vite." Et pourquoi, n'en déplaise aux "bouffeurs de curés"
nostalgiques, l'opposition à l'Eglise catholique ne structure plus le champ idéologique. Prévaut
désormais "un pluralisme très ouvert, dans lequel la religion a sa place au même titre
que toutes les instances spirituelles. C'en est fini des clivages cléricalisme/anticléricalisme,
comme des grandes certitudes. Regardez: 42 % des jeunes "sans religion", contre 36 % des jeunes religieux,
jugent important d'explorer les enseignements des différentes traditions religieuses... ". Yves Lambert
assure "lutter depuis longtemps contre les étiquettes et plaider pour un renouvellement des sondages.
Il ne faut plus définir les gens négativement, mais positivement. Il n'y a pas de gens "avec"
et de gens "sans"! Explicable lorsque pratiquants et croyants étaient hégémoniques,
la prétention à définir les "sans-religion" à partir de la religion n'a plus
aucun sens quand ces derniers deviennent majoritaires".
Auteur de La Liberté de choisir (10), Jean-Marie Donegani mène, lui aussi, la guerre aux "catégories
figées, qui n'unifient plus rien". Selon ce chercheur au Centre d'études de la vie politique
française (Cevipof), "les sociologues des religions demeurent prisonniers des catégories de
la sociologie pastorale des origines comme des catégories antireligieuses, ce qui revient au même.
C'est pourquoi nous avons du mal à prendre la mesure de l'extraordinaire diversité du monde religieux".
Pour y parvenir, Jean-Marie Donegani a mené une double enquête, à trois ans de distance, sur
une soixantaine de catholiques, mettant en lumière "la grande diversité des "modèles"
d'appartenance (intégralistes, marginalistes et intermédiaires), tous trois se déclinant en
une série de "sous-modèles" ". Le problème dépasse d'ailleurs les catholiques
et les "sans-religion" : "Désormais, tout le monde est à la même enseigne, la
plupart des gens bâtissent leur propre système de sens comme ils l'entendent, à partir de l'ensemble
des références existantes."
Patrick Michel va dans le même sens, mais plus loin. Pour l'auteur de Politique et Religion et de La Religion
au musée (11), "toutes ces catégories sont obsolètes. Elles maintiennent la fiction d'une
stabilité qui n'existe plus depuis longtemps. Les concepts de "croyants" et de "non-croyants",
de "religieux" et de "sans religion" perdent toute épaisseur parce qu'il n'y a plus
de noyau dur -on compte autant de noyaux durs que d'individus". Les spécialistes s'y perdent, faute
d'avoir tiré toutes les leçons de l'"individualisation" et de la "désinstitutionnalisation"
de la croyance." Dans le "supermarché du croire", chacun cherche un peu partout réponse
à sa demande de sens: catholicisme ouvert, judaïsme orthodoxe, Vichnou... On essaye le "produit",
on l'adopte et, quand on n'en est plus content, on le jette. Et ceux qu'on appelle les "sans-religion"
s'interrogent comme tout le monde sur le "d'où viens-je? Où suis-je ? Où vais-je ?""
Paraphrasant Pierre Bourdieu, Patrick Michel assure: "Du capital symbolique, il y en a toujours, mais personne
-et surtout pas l'Eglise- ne peut plus prétendre en monopoliser la gestion."
Pareil bouleversement dépasse, et de loin, le seul domaine religieux.." Le paysage où nous
vivons n'est plus statique, souligne Patrick Michel: en mouvement dans tous les domaines, chacun de nous se définit
par son itinéraire. Cette "mise en flottement" entraine une crise des références
stables d'identité, qui interroge tous les domaines de la vie: professionnel, politique, religieux, sexuel...
" Difficile ne pas mettre en parallèle déclin des grandes Eglises, rejet des partis politiques
traditionnels, banalisation du divorce, modification du statut de l'homosexualité et, par conséquent,
multiplication des "modèles" de famille. "Il y a quarante ans, un lycéen aux parents
divorcés était en général seul de son genre dans sa classe, alors qu'actuellement,
à Paris, la majorité des élèves vit dans une famille recomposée." A l'ordre
du jour figure la "réinvention d'un édifice modèle de définition identitaire.
L'éloignement par rapport à la norme est devenu explosion des références identitaires".
Comment penser le mouvement à partir du stable? Ce défi, les sociologues peinent à le relever.
"Qui s'intéresse aux religions? Ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Mais les uns comme les
autres n'ont que faire des "sans-religion". "Pour comprendre ces derniers, il faudrait, poursuit
Patrick Michel, tenir pour "pleinement légitime" une construction "autonome" de sens.
"Nous vivons une période extraordinaire, où chacun a la liberté de reconstruire, de se
reconstruire. Une telle nouveauté explique que les mentalités, comme souvent, retardent sur les réalités.
Et que la société soit en avance sur les sociologues."
Dans son couvent parisien, René Luneau se passionne pour les Eglises d'Afrique, d'Amérique latine
et d'Asie: il voit en elles l'avenir du christianisme. Et c'est à elles qu'il pensait lorsqu'il nous a confié:
"A force de s'intéresser au reflux, on ne voit pas la mer qui monte." Une réflexion, non
dénuée de poésie, qui pourrait s'appliquer aux "sans-religion"...
DOMINIQUE VIDAL.
(1) Guy Michelat, "L'essor des croyances parallèles ", Futuribles, Paris, n°260, janvier
2001.
(2) Pierre Bréchon, "Les attitudes religieuses en France ", Archives des sciences sociales
en religion, Paris, n° 109, janvier/mars 2000.
(3) Dans Le Monde diplomatique de septembre 1997, lire Florence Beaugé, " Vers une religiosité
sans Dieu ".
(4) Complexe, Bruxelles, 1998;
(5) La profession de foi, les cinq prières quotidiennes, le jeûne, le mois de ramadan, l'aumône
(zakat) et le pèlerinage à La Mecque.
(6) Le taux de non-réponses des musulmans est particulièrement important.
(7) Yves Lambert, " Religion: développement du hors piste et de la randonnée ", in Pierre
Bréchon (sous la direction de), Les Valeurs des Français. Evolutions de 1980 à 2000, Armand
Colin, Paris, 2000.
(8) Pierre Bréchon, op. cit.
(9) L'Harmattan, Paris, 1997.
(10) Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 1993.
(11) Respectivement Albin Michel, Paris, 1994; et l'Harmattan, Paris, 1999.