Seattle. - Ils ont appelé ça le "Camp David de la guerre des Sectes".
Les dirigeants des factions de cette veille dispute quant aux dangers des nouveaux mouvements religieux se sont
rencontrés ce week-end en un lieu boisé, aux environs de Puget Sound.
Quelques batailles de cris, quelques vieilles morsures, des rumeurs, mais ce meeting fut largement paisible
entre les défecteurs, les dévôts, les familles brisées et un assortiment d'experts en
matière de sectes.
"Nous avons atteint un point où l'on ne se balance plus des briques", disait J. Gordon Melton,
directeur de l'institut pour l'étude de la religion américaine à Santa Barbara, depuis longtemps
qualifié "d'apologiste" par les dirigeants "alarmistes" du mouvement anti-sectaire.
Melton faisait partie des intervenants à cette conférence au Centre Dumas Bay, au sud de Seattle,
sous la houlette de la Fondation Familiale Américaine (AFF), intitulée "Sectes et Millénaire".
Depuis sa création il y a un quart de siècle, la fondation a essentiellement été identifiée
comme une faction de surveillance des sectes, qui pense que les groupes autoritaires et totalitaires - qu'ils soient
centrés sur la religion, la politique ou la psychothérapie - sont véritablement dangereux
pour leurs membres et pour la société .
Ils se sont peu mélés à l'autre camp de la guerre des sectes, constitué des universitaires
et des membres actifs de sectes argumentant que la plupart des sectes religieuses sont relativement bénignes,
et que la croisade à leur encontre constitue une violation des garanties constitutionnelles de liberté
religieuse.
Les activistes anti-sectaires tirent la sonnette à propos du "lavage de cerveau" et du "contrôle
mental" tandis que leurs opposants racontent des affaires de kidnapping et de "déprogrammation"
coercitive.
La guerre anti-sectaire a atteint son apogée il y a trois ans, quand des avocats et autres individus liés
à l'église de scientologie - l'une des nouvelles religions les plus puissantes et des plus controversées
dans notre pays - a poussé le réseau de surveillance des sectes "CAN" à la faillite
devant les tribunaux.
Ce réseau, qui fut l'un des plus virulents des groupes d'opposition aux sectes , a fini par perdre son nom,
ses dossiers, et sa ligne téléphonique, lors d'une campagne dominée par l'église de
scientologie.
Actuellement, ceux qui appelent le CAN tombent sur un service d'information dirigé par la Fondation pour
la Liberté Religieuse, groupement lié à la scientologie.
"C'est une forme de tromperie", dit Herbert Rosedale, président de l'AFF.
Parmi ceux qui maniaient la foule de cette conférence, Mme Nancy O'Meara, très ancienne membre scientologue,
et trésorière de la Fondation pour la liberté religieuse. Elle insiste en prétendant
que la nouveau CAN fournit un service valable aux membres des familles qui appellent au sujet de parents entrés
dans une secte.
"Si quelqu'un appelle et se plaint des Hare Krishnas, on peut aller parler aux Hare Krishnas, dit-elle; nous
voulons aider les familles à résoudre leurs désaccords."
Elle dit qu'ils ont reçu une dizaine de milliers d'appels depuis qu'ils le dirigent, c'est à dire
en trois ans. 75 % des gens viennent à propos de sectes chrétiennes fondamentalistes. Elle dit que
"le nouveau réseau CAN est complètement indépendant de l'église de scientologie",
bien que "des scientologues individuels l'aident dans ses activités". Elle-même et d'autres
scientologues de la conférence n'ont pas pris la parole officiellement, mais "au moins, ils nous ont
laissé venir". C'est Michael Langone et Eileen Barker qui ont mené la réconciliation
entre les camps. Il est psychologue conseil et directeur exécutif de l'AFF, elle est sociologue à
l'école d'économie de Londres et fondatrice de "INFORM", une association non lucrative
fournissant des informations sur les nouveaux mouvements religieux.
Ils ont réuni quatre représentants des deux camps, lors d'une pré-conférence d'apaisement.
"Nous avons pas mal de choses en commun, et bien des conceptions fausses les uns envers les autres",
disait Barker, qui est surtout liée au camp liberté de religion. Il y en a qui me croient perverse
rien que parce que je viens ici, e l'AFF s'est faite incendier de m'y avoir invitée."
Barker et Janja Lalich, directeurs du centre de recherches sur l'influence et le contrôle à Atlanta,
s'accordent à dire que l'une des principales différences entre les camps réside dans les différences
de questions qu'ils soulèvent au sujet de la dynamique des nouveaux mouvements religieux, sectes et cultes.
Nombre des universitaires étudiant les sectes se focalisent sur des questions plutôt abstraites, telles
que "comment les religions naissent et évoluent".
Les groupes comme l'AFF, dont le siège est à Naples en Floride, ou le Teaneck, centre d'information
sur les sectes du New Jersey, s'intéressent aux dommages provoqués chez certains de ceux qui pénètrent
les sectes autoritaires. Ils ont affaire à l'angoisse réelle des familles brisées dont des
membres ont subi le "contrôle mental", ou qui passent par une conversion bouleversant leur existence.
Ce sont des gens comme Paul Glanville et Mike Carriker, qui ont perdu femme et enfants après avoir quitté
une église de l'état rural de Washington, décrite comme un "groupe chrétien totalitaire"
et comme "secte autoritaire et abusive".
"Je n'ai pas pu assister au mariage de ma fille, j'ai une petite fille que je n'ai jamais vue", disait
Glanville lors d'une séance intitulée "Histoires de Soins: se remettre du totalitarisme chrétien".
"Si un homme pouvait savoir ce qu'on ressent à être violé, eh bien, c'est ce que je ressens",
nous conta Granville d'une voix défaillante.
La présence simulatnée de récents défecteurs et de membres actuel des mêmes groupes
religieux a compliqué le week-end. Une des séances du soir a été ponctuée de
hurlements échangés entre scientologues présents et passés.
Lalich, ex-membre d'une secte politique radicale, explique qu'il n'est pas facile de faire la paix entre les deux
camps.
"Nous plongeons ici dans les eaux interdites: pour beaucoup d'entre eux, il ne s'agit pas d'une simple
discussion académqiue: on leur a vraiment fait beaucoup de mal," ajoutait Lalich devant le Centre Dumas
Bay, un ancient couvent catholique reconverti.