Les chefs de la scientologie disent vouloir la paix. Ils disent ne pas vouloir faire appel à la justice.
Pourtant, ayant des ennemis partout, ce but risque bien de n'être qu'un voeu pieux.
par LUCY MORGAN
© St. Petersburg Times, 29 mars 1999
La demeure spirituelle de la scientologie est à Clearwater en Floride, mais ses dirigeants ont depuis
fort longtemps des ambitions planétaires.
Tandis que les disciples scientologues faisaient entendre les enseignements de L. Ron Hubbard loin des rivages
américains, on peut dire qu'ils ont été presque partout mal reçus, quand ce ne
fut pas ouvertement attaqués.
Les scientologues furent bannis d'Australie à une époque; en Angleterre, on leur interdisait
d'entrer pour étudier.
La scientologie a été fermée en Grèce, mise en examen en Espagne, restreinte en
Russie; elle a subi une rebuffade en cour suprème de Suède, s'est faite expulser des campus universitaires
norvégiens, traduire en justice pour crimes au Canada, et s'est vu refuser le statut d'organisme charitable
ou religieux dans la plupart des pays européens.
Des scientologues de haut rang ont été internés en France, Italie et Espagne en raison
de crimes associés à des pratiques scientologues, et la France l'a mise sur une liste d'organisations
à surveiller en raison de leurs activités sectaires.
La scientologie prétend quelques 9 millions de membres dans le monde, mais les critiques et les anciens
scientologues croient que le nombre d'adeptes est infiniment plus réduit, peut-être moins de 50000.
La scientologie dit avoir des représentations dans 129 pays, 53 offices, et 3 millions de membres en Europe.
Les avocats de la scientologie disent que les ennuis viennent de pays n'ayant pas de tradition de liberté
religieuse, qu'il s'agit souvent de zones possédant des religions d'état contrôlant le processus
politique.
"Ce n'est pas tant la pratique scientologique qu'ils critiquent, indique l'avocate washingtonienne Monique
Yingling, mais l'absence de liberté de religion".
Le désir de la scientologie de fédérer d'autres groupes religieux tels les Témoins
de Jéhovah a pu renforcer la liberté religieuse dans certaines contrées.
Mike Rinder, patron du Bureau des Affaires Spéciales de l'église de scientologie internationale,
déclare "Nous finissons toujours par être soutenus là où nous nous installons;
chaque fois, l'église obtient ce qu'elle désire et peut continuer à agir comme elle l'entend.
Nous n'aimons pas avoir à lutter contre les gouvernements: notre but est d'aider les gens grâce à
la scientologie".
Aux USA, la scientologie a obtenu le statut de religion exemptée de taxes en 1993, lorsque l'IRS [fisc
américain] a accepté d'en finir de la longue guerre au sujet de l'exemption de taxes. Plus récemment,
la scientologie a obtenu une assistance de certains membres du congrès en se servant de membres célèbres,
comme l'acteur John Travolta, ou d'autres membres éminents ayant protesté contre le traitement des
scientologues en Allemagne.
Un rapport émis par le Ministère US en février dernier citait la France et l'Allemagne
comme ayant pratiqué une discrimination contre les groupes de l'église de scientologie. L'organisation
des droits de l'homme d'Helsinki en est arrivé à de semblables conclusions dans son rapport de mars
99.
Il a été fort délicat pour la scientologie de s'enraciner outre-mer:
La scientologie a été fermée par décision de justice en Grèce: la Cour a
déterminé que le centre grec de philosophie appliquée - appelation que la scientologie utilisait
en Grèce - avait obtenu sa licence grâce à des méthodes frauduleuses. En effet,
elle avait eu cette licence en disant qu'il s'agissait d'une organisation d'intérêt public et sans
but lucratif. Les Grecs ont découvert qu'il s'agissait d'une groupe commercial mettant en danger le bien-être
physique et mental de ses membres. La scientologie a réouvert entretemps une autre organisation en Grèce,
où elle continue d'opérer.
Toujours en Grèce, la scientologie a reçu des plaintes de parents de jeunes membres recrutés
en son sein: ils ont exigé publiquement qu'elle cesse de contrôler leurs enfants. La protestation
a conduit à effectuer une descente au centre de la secte: on y a saisi des documents utilisés contre
elle durant le procès de 1996.
Parmi ces documents, un plan scientologue pour enquèter et discréditer un prètre orthodoxe
se trouvant à la base des plaintes contre la secte.
La cour d'appel grecque confirmait en janvier 1998 les décisions du tribunal dinstance, et ordonnait
que les biens soient liquidés. La cour estimait que la scientologie provoque des changements de personnalité
chez ses membres, et qu'elle interfère avec les relations familiales.
Fin 1988 en Espagne, 70 scientologues, dont le président international Heber Jentzsch, étaient
inculpés et incarcérés pour escroquerie, extorsion, faux en écriture, tricherie en
matière d'impôts, et violation de lois sur la santé publique. Jentzsch a payé 1 million
de dollars de caution pour être mis en liberté provisoire en attendant le procès, auquel il
ne s'est pas présenté.
Les arrestations suivaient une descente effectuée dans les centres scientologiques; le juge l'avait décidée
en décrivant que "la scientologie gagnait un argent facile sous prétexte fallacieux de faire
du bien aux gens".
Jentzsch a dit avoir été arrèté en raison de fausses informations fournies aux espagnols
par Interpol.
Les autorités espagnoles ont formellement poursuivi Jentzsch et 17 autres membres de l'organisation en
1995, en se basant sur les charges accumulées en 1988; l'affaire n'est pas terminée.
Les scientologues disent qu'ils pensent que les charges contre Jentzsch seront annulées.
Début 1997, 29 scientologues étaient condamnés à des peines de prison en Italie
en raison d'actes criminels, dont le fait de profiter de gens mentalement diminués. Ils ont été
acquittés en ce qui concernait l'évasion d'impôts, bien qu'ils aient refusé d'en payer
en Italie.
En octobre 1997, la cour de cassation inversait le jugement et ordonnait le renvoi en tribunal d'instance. Les
avocats scientologues se félicitent de cette décision qu'ils considèrent comme un progrès
en matière de liberté de religion.
Le chef d'un centre scientologique français a été condamné à de la prison
pour homicide involontaire suite au décès de Patrice Vic qui s'était suicidé car il
ne pouvait emprunter l'argent qu'on lui demandait pour poursuivre les cours scientologiques.
Ce n'était là que le dernier acte judiciaire contre la scientologie en France: en 1978, le fondateur
de la secte fut condamné in abstentia pour escroquerie, en raison de ses affirmations à pouvoir
guérir les maladies physiques. Il ne s'est jamais présenté pour éxécuter la
sentence.
En Octobre 1996, trois scientologues furent condamnés à des peines de prison avec sursis à
Marseille, pour avoir tenté de suborner un témoin, expert auprès les tribunaux appelé
à témoigner lors du procès lyonnais de 1996.
En Russie, les officiels de la santé publique ont interdit l'usage de la procédure dite "de
purification" ainsi que d'autres pratiques scientologiques menaçant la santé publique. En février
dernier, la police financière a fouillé armes au poing les centres scientologiques moscovites. Elle
a annoncé être à la recherche d'infractions fiscales, voire d'armes.
Le président Jentzsch a alors écrit une lettre de protestation à l'Ambassade russe, se
plaignant de harrassement et disant que la police avait saisi des dossiers confidentiels des paroissiens.
Les autorités suisses ont expédié trois scientologues en prison pour escroquerie et usure,
après qu'un ancien membre se soit plaint d'avoir dû payer 80 000 dollars de cours pour le "débarrasser
de ses démons" supposés l'habiter. Les suisses ont également restreint l'usage des tests
scientologiques de personnalité lors du recrutement dans les rues.
Un rapport de la commission de sécurité suisse publié fin 1998 parle des pressions exercées
par la scientologie envers ses nouveaux membres pour qu'ils achètent livres et services, et des activités
d'espionnage contre ses critiques, ainsi que des tentatives d'infiltration des positions gouvernementales.
En Allemagne, les officiels ont sommairement repoussé les plaintes de certains pro-scientologues américains
prétendant que la scientologie était victime de discrimination, et comparant cela avec ce qu'avaient
subi les juifs durant la 2e guerre mondiale.
Au Danemark, la scientologie a fait la une des journaux lorsqu'en 1996, une jeune baby-sitter a assassinné
les deux jumeaux de parents scientologues. La baby-sitter avait un passé de dérangement mental et
avait arrèté de prendre des médicaments afin de se faire accepter par la scientologie, puisque
celle-ci interdit l'usage de soins et médicaments psychiatriques à ses membres.
Fin 1998, trois anciens membres portaient plainte contre la scientologie au Danemark, exigeant le remboursement
des sommes versées pour des cours scientologiques, et soutenant qu'ils avaient été contraints
à s'endetter de plus en plus pour acheter de nouveaux cours.
Ces deux évènements se produisent alors que la scientologie demande au gouvernement danois de
l'autoriser à accomplir des mariages dans ce pays.
La Cour suprème canadienne a maintenu les peines criminelles contre l'église de scientologie de
Toronto et de l'un de ses cadres, pour abus de confiance commis lors d'opérations cachées d'espionnage
des organismes d'état canadiens , commis au long des années 70 et 80.
Les scientologues ont de surcroît perdu le plus gros procès en diffamation canadien: 1,6 million
de dollars à verser à Casey Hill, le procureur qu'ils avaient essayé de discréditer
alors qu'il était en charge d'un procès criminel contre l'église.
La Cour d'Appel candienne estimait lors du procès "que tous les aspects du procès démontraient
la malignité très réelle et persistante de la scientologie".
La scientologie a payé finalement plus de 25 millions de F en 1996, avec les honoraires d'avocat et les
intérêts.
Avant qu'elle n'installe son QG à Clearwater, la scientologie opérait depuis St Hill Manor, à
East Grinstead dans le Sussex anglais. Les anglais ont interdit pour un temps l'entrée des étudiants
en scientologie dans le pays, et un tribunal a estimé la secte "immorale et socialement pervertie,
ainsi que corrompue, sinistre et dangereuse."
Usant de l'arguments selon lequel les Eats-Unis lui ont reconnu un statut sans but lucratif, la scientologie
tente d'obtenir une exemption similaire auprès des tribuanux anglais: encore une bataille juridique.
La scientologie est par ailleurs impliquée dans nombre de procès civils apparamment surtout destiné
à empoisonner la vie de ses critiques au Royaume-Uni. Les ex-scientologues Bonnie et Richard Woods ont porté
plainte contre elle après qu'elle ait embauché des détectives privés pour questionner
leurs voisins et distribuer des tracts les dénonçant. La scientologie a alors répliqué
par trois plaintes contre les Woods: ceux-ci habitent près du QG de St Hill et offrent leurs services pour
aider les membres qui voudraient quitter la secte.
Mi 1998, la scientologie laissa tomber ses poursuites lorsque le tribuanl lui ordonna de dévoiler publiquement
ses "écrits secrets" . Les Woods devraient voir leur procès aboutir en juin 99.
Du fait des prolongations du procès, les Woods sont en faillite et ont pris de nouveaux avocats. Le "England
Liberty Panel", équivalent de l'union pour les libertés civiques au USA, a accepté d'aider
les Woods et recruté certains des meilleurs ténors du barreau anglais pour les représenter
en justice.
Aux Pays-Bas, la scientologie combat un fournisseur de services Internet ainsi que la critique Karin Spaink,
parce que les textes secrets de la secte ont été postés sur Internet.
Une grande partie du procès tourne autour d'un cours supérieur de scientologie qui discute des
origines des forces spirituelles négatives de ce monde, les attribuant à une histoire selon laquelle
un dictateur extra-terrestere nommé Xenu aurait massacré son peuple voici quelques 75 millions d'années.
Les scientologues croient que les esprits des morts sont collés à eux et leur provoquent des misères,
à moins de les libérer au moyen de l'entrainement scientologique.
Karin Spaink et les fournisseurs d'accès Internet ont remporté le premier round lorsqu'un juge
a dit en 1996 que les fournisseurs d'accès internet ne pouvaient être tenus pour responsables des
éléments postés sur internet, et ajoutant que le site de Karin Spaink ne violait pas de copyrights
car il s'agissait d'un "usage légitime" desdits matériaux.
Mécontente de cette décision, la scientologie entamait de nouvelles poursuites. Début mars,
elle demandait à un tribunal de la Haye de déclarer Spaink et les fournisseurs d'accès coupables
de violation de copyrights. La décision est attendue pour le 28 avril.
En Suède, la secte a gagné un procès pour 7700 F de dommages contre un critique ayant posté
l'histoire de Xenu sur Internet, mais elle y a perdu la guerre. Ce critique, Zenon Panoussis, a réussi à
déposer une copie de ce texte auprès de Parlement Suédois, où la tradition exige que
les documents déposés restent publiquement accessibles. Le gouvernement suédois a vendu des
centaines de copies de ce dossier pour quelques 500 F pièce.
La scientologie a gaspillé temps et efforts pour parvenir à faire sceller les dossiers du tribunal,
et il est improbable qu'elle puisse faire payer Panoussis, qui a déclaré faillite et vit actuellement
aux Pays Bas. Du coup, la scientologie essaie de faire changer la loi suédoise sur les copyrights.
Voulant conserver les documents publics le plus secrets possible, la scientologie envoie des membres surveiller
quotidiennement ses dossiers auprès du parlement suédois, afin que des non-scientologues ne puissent
y accéder.
Monique Yingling , l'avocate scientologue, dit "qu'ils font leur travail très sérieusement".
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A participé à cet article: la chercheuse du Times Kitty Benett.