MOTHER JONES
San Francisco
Au plus fort de la folie consommatrice des dernières fêtes de fin d'année, un ministre du culte
et une trentaine de fidèles pénétrèrent dans la boutique Disney de Times Square. L'oreille
collée à de faux téléphones portables (des jouets), ils firent semblant d'appeler leurs
enfants. "Je ne sais pas, ma chérie", se lamentèrent-ils de manière à être
entendus par les autres clients. "Tu sais, il paraît qu'on a fait travailler des enfants pour fabriquer
ces trucs." Puis le pasteur sauta sur un comptoir et se mit à haranguer la foule des clients médusés.
"Il n'y a qu'un péché, mes bien chers frères, mes bien chères
soeurs, tonna-t-il. Les achats! Ce frisson utopique qui vous parcourt quand le produit vous sourit, c'est à
ce moment-là que vous marchez sur un étang de feu! Mickey, c'est l'Antéchrist!" Une bousculade
s'ensuivit. Le royaume magique de la distribution dut fermer ses portes pendant quarante-cinq minutes, le temps
que la police emmène manu militari le pasteur et ses joyeux apôtres vers le commissariat le plus proche.
Le "révérend Billy" est le nom de guerre de Bill Talen, le chef de file
d'un mouvement anti-consommation dénommé l'Eglise de la fin des achats (Church of Stop Shopping).
M. Talen, un acteur qui hante depuis longtemps la scène théâtrale de San Francisco, a fondé
son "Eglise" pour rire en 1997, comme un instrument de résistance aux aspects déshumanisants
de la culture d'entreprise. Depuis, il a mené une vingtaine d'"invasions" de boutiques Disney,
prêchant l'abstinence de la consommation.
10 000 DOLLARS D'AMENDE POUR AFFICHAGE SAUVAGE
Le col de pasteur qu'il arbore est peut-être faux, mais les questions soulevées
par Bill Talen et son idéalisme sont, eux, bien réels: il a utilisé sa verve pour rallier
des partisans dans sa lutte contre l'exploitation dans les ateliers de sous-traitance ou en faveur des espaces
verts, et pour protester contre la privatisation de lieux publics à New York. Il a prononcé de multiples
parodies de sermons - émaillées de musique gospel fantaisiste - et entraîné ses ouailles
dans des actions de désobéissance civile. A la fin d'une prédication, en mars dernier, 150
membres de l'Eglise regardaient pendant que plusieurs fidèles jetaient des boulettes de peinture sur un
panneau publicitaire d'About.com qui défigurait un quartier de New York.
Dans le NewYork du maire Rudolph Giuliani, l'art du révérend Billy ne s'exprime
pas sans risques. Outre un nombre d'interpellations qui ne cesse de croître, M.Talen a écopé
récemment d'une amende de 10 000 dollars pour avoir collé sur des lampadaires des affiches annonçant
ses représentations. Sans se laisser démonter, il a mené, tout au long de l'été,
une campagne à l'encontre de Starbucks [lieux de vente de café, où l'on peut également
consommer sur place], prêchant dans chacun des 97 magasins du torréfacteur à Manhattan. Il
réserve ses homélies les plus corrosives aux points de vente ouverts par Starbucks dans des quartiers
peu rentables dans le but d'acculer à la faillite les cafés du voisinage.
S'il s'est fait de puissants ennemis, M. Talen compte également des admirateurs. "Le
révérend Billy représente un type de militantisme bien plus astucieux que ce qu'on a vu dans
les années 60", estime Jonathan Kolb, critique de théâtre de l'hebdomadaire "alternatif"
New York Press. "On ne s'attend plus à voir de nos jours ce genre de cohérence dans les actes
de désobéissance civile." Un véritable homme d'Eglise ne dit pas autre chose, en termes
plus simples. "Au bout du compte", commente Peter Laarman, qui officie à l'église Judson
Memorial, "le révérend Billy est un formidable prédicateur."
Monique Murad
Spécial Floride
Le cadeau sans conteste le plus tendance cette année aux Etats-Unis: le "pendentif
confetti", monté en sautoir sur une chaîne en argent. II s'agit bien sûr de l'un de ces
confettis issus des bulletins de vote de la discorde outre-Atlantique. Disponible sur Internet <www.Enjewel.com>
pour 850 FF environ.
The Independent, Londres